‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculésChapitre 15 sur 145 · IC9Î · texte numérisé non relu

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à travers les brisants tout le reste fut anéanti. Cette journée mit fin aux espérances du roi Jacques : elle fut désastreuse pour le matériel de la marine française niais non pour sa gloire, et de grands succès remportés par les Français en Flandre balancèrent leurs revers sur l'Océan.

Guillaume était encore le seul lien qui unissait les divers membres de la coalition toujours prête à se dissoudre. Un tiers parti, celui de la paix, s'était formé parmi ^ les princes germaniques et Scandinaves, et à la tète de u ce parti étaient la Suède et le Danemark, mécontents des entraves que la guerre apportait au commerce de la Baltique ». Un nouveau pontife, Innocent XII, occupait le siège de Saint-Pierre : Louis XIV se relâchait vis-à-vis de lui des prétentions arrogantes et injustes qui avaient rendu les deux pontifes précédents favorables à ses ennemis, el déjà un rapprochement s'était effectué entre la cour de France et celle de Rome. L'empereur Léopold, occupé contre les Turcs, et le roi d'Espagne Charles II, esprit faible et sans culture dans un corps épuisé, frappante image de ce qu'était devenu l'empire de Charles- Quint, autrefois si fameux, semblaient également incapables l'un et l'autre de défendre leurs propres intérêts dans la Flandre et se reposaient de ce soin sur Guillaume, sur l'or et les soldats de l'Angleterre et de la Hollande. Ces deux étals semblaient seuls résolus à poursuivre la guerre sans re lâche : ils sentaient qu'à moins de continuer à tenir l'Eu-

tour du roi. C'esi Dieu, dit il, qui a combattu contre moi ! Il ic relira aussitôt dans sa truie, puis il alla chercher au couvent de la Trappe, l'oubli de ses grandeur* felipae*». (I)jlr\mple, Mtmoim, t. I, p. 50.)

roue en armes, ils auraient à supporter tout le poids de la France, et Guillaume ne fit pas plus pour l'affranchissement de l'Angleterre, en la délivrant à l'intérieur de la tyrannie des Sluarts qu'en la protégeant au dehors contre Louis XIV par la ligue continentale : mais ses armes furent encore malheureuses dans la campagne de 1692. Louis XIV assiégea en personne et prit la célèbre place de Namur au confluent de la Meuse et de la Sambre , et Luxembourg se couvrit de gloire dans la grande journée de Steinkerke. Abusé par de faux avis, surpris dans son ?> camp par toute l'armée coalisée, voyant ses avant-postes culbutés et ses premiers corps déjà en déroute, Luxembourg s'éleva au niveau du péril : animée par son exemple et du feu de son génie, en peu d'instants tout l'armée française fut debout, chacun à son poste, et elle chargea Fennemi avec furie. Les jeunes princes du sang, toute l'élite de la noblesse, la redoutable maison du roi enfin, rivalisèrent d'efforts et d'audace. On lutta corps à corps : il y eut là trop peu d'espace pour l'artillerie et la mousqueterie, l'arme blanche lit l'oftice, et cinq régiments anglais furent taillés en pièces dans les tranchées. Boufflers, campé à quelques lieues, accourut au bruit a>ec sa cavalerie et chargea à son tour. Guillaume alors ordonna la retraite et rentra dans ses positions : les pertes avaient été à ]>eu près égales des deux parts 1 ; mais lout l'honneur de la journée fut aux Français. Luxembourg avait effacé les affronts d'Azincourl et de Crécy, et Coudé n'était pas tout entier dans la tombe.

I. Environ »epl mille li •mniei lue» oh lde»»e» demeurèrent de ct»«|uo céte •ur le champ de Lalaille.

Gl'ILI.ALME III ET MARIE fl.

La prise de Namur et la bataille de Steinkerke furent les scliIs événements très-importants de la campagne de 1692. Guillaume, vers le milieu d'octobre, revint à Londres , où s'ouvrit bientôt la nouvelle session parlementaire. Une enquête sur 1 état du royaume et les questions financières absorl>èrent d'abord l'attention des deux ebambres. Les révolutions, la guerre civile et la guerre étrangère avaient eu dans le pays leurs résultats habituels : les crimes s'y étaient multipliés, les brigands l'infestaient, et l'accroissement des dépenses publiques était énorme. Le gouvernement prit d'énergiques mesures, et le brigandage fut réprimé : il eut recours ensuite à divers moyens pour subvenir aux charges de la guerre comme

(Ipéra l'uni»

à toutes les dépenses, et son premier expédient fut une Dunimè**. taxe, connue de tout temps sous le nom de subside, prèle* ée sur la propriété foncière et proportionnelle au revenu. Elle avait été jadis tixée à qualre schellings par livre sterling; mais, dans la suite on n'avait tenu compte ni de l'augmentation dans la valeur des terres, ni de rénorme diminution dans le prix de l'argent, et le subside s'était trouvé ainsi réduit, sous Charles II, à 50,000 livres. Le parlement de 1672 ordonna un nouveau relevé des terres du royaume et de leur revenu, sur lequel il vota une taxe de quatre schellings par livre. Cette taxe, ainsi perçue et annuellement votée jusqu'à la fin du siècle dernier fut nommée land lax ou taxe sur la pro- Und *™'

1. L'évaluation ainsi faite en 16'J2 c»t restée la même jutqu'a nus jouis. Durant cent sit ans, un bill sut la land lax a éle aunurllr-iiu'iil pié*int<i an . <i !• menl Mais les sommes Yulées ont varié, selon les exigence» ilu temps, depiii» un schelling jusqu'à qualre jwr livre sleilinr; derevtiiu. Enfin, eu l'M>t>é« I7!)H, le nnrleni'itf a mmIu ptniun, nie la ia\e rie quatre frchfttittg» par

LIVMK VI. CHAPITRE I.

priété foncière : elle donna deux millions de livres sous r, ni liai une III, somme énorme, considérée |>ar rapport aux taxes d'une époque antérieure , et cependant inférieure encore d'un million au chiffre des dépenses. Il fallut recourir à d'autres moyens pour combler le déficit.

Les fortunes privées, malgré les calamités du temps, s'étaient accrues dans le royaume, où beaucoup de capitaux dormaient enfouis, faute d'emploi : le commerce et l'industrie régulière s'étaient développés, il est vrai, mais encore timidement et dans des limites étroites ; la compagnie des Indes avait seule offert pendant longtemps un puissant aliment à la spéculation , mais ses actions étaient en petit nombre et ne suffisaient plus aux demandes : l'esprit du jeu, l'agiotage, s'éveilla dans la nation, et d'audacieux spéculateurs offrirent à la crédulité des capitalistes d'innombrables amorces. Une multitude de compagnies furent créées pour les objets les plus extravagants et le gouvernement vit ainsi le public devenir

livre de revenu foncier. Mai» elle fui léclaréc ratbelable, cl ou la racbela en grande partie. Le produit de la land lax, réputée jadis la ressource la plu» considérable de l'Etat, ne produit pas aujourd'hui plus de la cinquantième partie du budget ordinaire de l'Etal en temps de paix. (Macaulay, «( supra.)

1. On vit tout a coup surgir la compagnie de la pèche des perles, la coin pagnic des verres de bouteille*, la compagnie de l'alun, la compagnie de» lames d'épée. Il y eut la compagnie des tapisserie», <|ui se chargeait de fournir de tentures tous les salon» de la classe moyenne et toutes les chambr*»» a coucb- r de la noblesse ; la compagnie pour le cuivre, qui s'offrait a csplortr les initie» de cuivre de t'Anglclt-rre, rl promettait qu'elle* vaudraient en ricb< tse* relira du Polose. On vit aussi la compagnie pour les fouilles sous- marines, qui entreprenait de letirer de* eau» «uns les effets précieux des bàlimenis submergé», au moyeu d'un attirail dont l'ensemble offrait l'image d'une armure complète. Là, une lunette énorme comme pour l'œil d'un Cyclopc était Tuée à la vi»iere d'un c.squc, et du cimier soi tait un immense tuyau d'air. L'exposition

UllUAlME III ET MARIE II

la proie d'une foule d'hommes aussi rusés que menteurs

ft cupides. L'idée lui vint alors de donner aux capitaux

une direction avantageuse pour leurs possesseurs comme

pour lui-même : un projet d'emprunt d'un million ster- Origine

ling fut présenté par lui aux communes et adopté sans rfHi«V«ttia«

division. Ce bill mémorable offrait aux prêteurs, durant t,,A,,e,c,«rr*-

huit ans, un intérêt de dix pour cent qui devait ensuite

être réduit à sept. De nouveaux droits sur les liquides

garantirent les intérêts de celte dette, qui fut le principe

et l'origine de la grande dette publique d'Angleterre.

Le parlement renouvela vers le même temps, pour trois années, la charte de l'ancienne compagnie des Indes, et il consacra ainsi le grand principe constitutionnel qui rend l'établissement de tout monopole pour le commerce extérieur l'objet d'un acte spécial de la législature.

Cette même période du règne de Guillaume et de Marie vit aussi naître les premiers essais d'une réforme parlementaire. Déjà existaient quelques-unes des anomalies qui, avec le temps, sont devenues beaucoup plus choquantes entre le nombre des représentants et l'importance des lieux représentés; mais l'attention publique

publique de» instruments était faile lur la Tamise. Le monde élégant était admit a les visiter, régalé communément aux frais de ta compagnie, et diverti par le spectacle de plongeurs qui disparaissaient dans l'eau, affublés de leur attirail, et qui en sortaient chargés de vieilles ferrailles et de déhrii de navire».... Il y eut une a< tocialion qui, sous le nom de Compagnie des royales aemdèmicM, entreprit de donner aux aentUmen une éducation libéialeau nu ilhur marché possible, et une loterie avec deux mille billets gagnants, dunl li s liriirmx possesseurs apprendraient . aux frais de la compagnie, le latin, le grec, l'bëbrea, le français, l'espagnol, 1rs section» coniqui», la trigonométrie, l'art héraldique, la fortification , la tenue des livres et la mu*iquo. (Maraulay, «J

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ne 9'y arrêtait pas encore : l'opinion se préoccupait davantage des abus qui résultaient, d'une part, du grand nombre des fonctionnaires élus dans les communes, et, d'autre part, de la longue durée des parlements , que le bon plaisir royal perpétuait à volonté et qui, en quelque sorte immobilisés, cessaient ainsi, à la longue, d'être les interprètes fidèles d'une société mobile et d'une nation en réforme* progrès. Deux bills furent présentés pour combattre ce

parlementaires. * °

double abus : l'un excluait, sans distinction, tous les fonctionnaires de la chambre élective; l'autre limitait à trois années la durée de chaque parlement. Ces deux bills furent plusieurs fois repoussés, soit par l'une el L'autre chambre, soit par le véto royal, et quelques aunées s'écoulèrent encore avant leur adoptioji définitive.

Projet • de

Une des conséquences nécessaires d'une réforme qui devait rendre les communes la représentation plûs exacte du - pays, était un changement profond de tout le système ministériel. On a vu que jusqu'alors il n'y avait aucune homogénéité dans les conseils de la couronne, où les partis étaient en présence comme au parlement, et où chacun se montrait beaucoup plus occupé à renverser ses collègues, en multipliant ses créatures dans les chambres, qu'à marcher de concert avec eux pour un intérêt général. Au lendemain de la révolution, un compromis avait été nécessaire entre les principaux représentants des divers partis qui s'étaient unis pour l'accomplir; mais un pareil ordre de choses était subversif des principes mêmes d'un gouvernement constitutionnel régulier : il en résultait les plus graves inconvénients pour le roi comme pour le pays, et Guillaume le reconnut. Il y avait

titlLLAUME III ET MARIE II

dans le royaume un gouvernement parlementaire, mais il n'y avait pas de ministère dans l'aceeption propre et constitutionnelle de ce mot. Il importait sans doute qu'il y eût un contrôle des communes sur les actes du pouvoir exécutif, mais il n'était pas moins indispensable que leur influence, en s'y faisant sentir, n'apportât dans le gouvernement aucune perturbation, résultat qui ne pouvait être obtenu qu'au moyen d'un véritable ministère. Il faut entendre, sous ce nom, un comité de membres dirigeants d uo dis deux chambres, nommés par la couronne, mais ex- Con™i!a'!onnei. clusivement choisis parmi les hommes d'Etat dont les opinions s'accordent sur les points capitaux et sont conformes à celles de la majorité de la chambre des communes. Tous les membres d'un cabinet ainsi composé sont tenus d'agir de concert dans toutes les grandes affaires; si l'un d'eux vient à différer d'opinion avec ses collègues sur un point essentiel , il faut qu'il se retire : le parlement soutient le ministère aussi longtemps qu'il partage ses vues et qu'il est satisfait de son administration; si, au contraire, il est mécontent de la manière dont les affaires sont conduites, soit à l'étranger, soit à l'intérieur, il n'est pas nécessaire qu'il prenne en main la direction ; il suffit qu'il déclare que le ministère n'a plus sa confiance

C'est au moyen de ministères ainsi composés que l'Angleterre a été gouvernée durant de longues années, en conformité avec l'esprit général de la chambre des communes, et sans participer aux grands vices inhérents aux

I. Il omvicitl Je lire I ce twjel la .lisseiialiou luiuiucute «le M. Muaulay. («il/. d i*fl depuis l avènement de Jacques //, c. xt )

gouvernements dirigés par des assemblées nombreuses. Quelquefois cependant il ne se rencontre pas d'homme d'Etat en possession de l'entière confiance ou assuré du ferme soutien de la majorité des communes. Cette chambre est alors tumultueuse, difficile, et sans couleur appréciable : le gouvernement, dans ces crises, est faible, partagé, et flotte incertain comme la majorité elle-même. Tel fut celui de l'Angleterre durant la première moitié

Forma lion

lenio du règne de Guillaume III et de Marie. On vit enfin se graduelle former un ministère homogène, dont la composition fut a ù^nô^nT e *en*eel graduelle, et plusieurs années s'écoulèrent encore avant qu'il fût définitivement constitué. Cette révolution muette el progressive dans l'administration du royaume date de l'année 1693 : elle fut le résultat en partie du hasard, en partie de la sagesse du roi, et il céda, pour l'accomplir, à l'influence d'un homme tristement célèbre sous les règnes précédents, du comte de Sunderland, intelligence su|>érieure, mais caractère cupide, faux et servile, tombé du faîte, par ses fautes, dans l'abîme et dans le mépris. Sunderland avait trahi Jacques II après l'avoir honteusement servi et flatté jusqu'à apostasicr pour lui plaire. Le voyant sur le penchant de sa ruine et n'en espérant plus rien, il transmit à Guillaume d'utiles avis, et facilita secrètement son entreprise Obligé de fuir pour échapper au ressentiment populaire, il s'était d'abord réfugié en Hollande; puis, après la publication de l'acte de grâce2, il était revenu en Angleterre, où il vécut quel-

1. Dans une lettre ignominieuse rapports par Dalrymple, Sunderland rappelle ses Irahisnni à Guillaume el lui en demande le prix (I. Il, appendice, p. 3).

2. Le uoin do Sunderland se trouvait parmi «eui qui étaient ciclu» du bé-

(il ILLM'ME III KT MARIE II

ques années dans la solitude ei la retraite. Knfin, en i 692, nCiour il reprit silencieusement sa place dans la chambre des du ^cn,,tf pairs, et Tannée suivante le bruit se répandit qu'il avait Sunderiami.

1 11 Soncre.lil

su gagner l'oreille du roi, dont il dirigeait, disait-on, la près politique intérieure. Guillaume, en effet, avait reconnu la rare supériorité intellectuelle de Sunderland, qui possédait, en connaissance des affaires du royaume et en expérience pratique, tout ce qui lui manquait à lui-même !. Ce fut lui qui engagea le roi à se prononcer ouvertement entre les deux grands partis qui divisaient l'Etat, et il le porta à donner la préférence aux whigs. Les whigs, en effet, principaux auteurs de la révolution, étaient attachés par leurs antécédents autant que par leurs principes au nouvel établissement, et, malgré les transactions coupables de quelques-uns de leurs chefs, ils avaient la plupart sincèrement adopté la dynastie régnante : ils étaient, en outre, beaucoup plus portés que lestorys à pousser la guerre avec vigueur. La politique de l'Angleterre, seh>n les premiers, devait être spécialement insulaire : selon les autres, c'était, en occupant ailleurs Louis XIV et la France, en nourrissant le foyer de la guerre sur le continent, «pie l'Angleterre était préservée du double péril d une invasion et d'une restauration : telle était aussi l'opinion de Guillaume, dont la guerre, dans un intérêt européen, fut

Jecet acte : mai. il lui fui dit* qu'il n'avail personnel l-nioiil rien a redouter. I. Ik-s qualités .le l'un et Je l'autre on <ùl formé l'homme «1 Etat le plus consommé. Le maître voyait plus loi» que «les autre* humilirs, mai» ne distinguait pas ce qui était près «le lui aus*i Lien que le serviteur : le premier, quoique parfaitement ve^é clans la politique e/néralc des nations, tic comprit jamais dos-bien la politique do son royaume. Le scond connaissait a fond la nature cl la composition de* divrrs partis île l'Angleterre airsi bien que le fort et le faible de tous les hommes 00 renom. (\t«raulny, ibid.)

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