‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculésChapitre 20 sur 145 · GIILI.AL.ME III · texte numérisé non relu

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rough, lord Russcl etGodolphin. Le roi, dans celte circonstance difficile, fit preuve d'autant de prudence que de magnanimité. Il avait reconnu la loyauté du premier, il savait que l'oscillation perpétuelle des opinions de Slirewsbury et sa correspondance avec Jacques II étaient le résultat d'une conscience timorée bien plus que de calculs criminels, et comme le comte cherchait à s'excuser, exprimant son repentir et sa douleur, Guillaume lui témoigna plus d'estime et de confiance que jamais : il tint un autre langage à lord Hussel dont il connaissait déjà l'ambition et la fausseté, mais il lui dit qu'il oubliait ses torts en considérant ses services : il accepta la démission de l'habile Godolpbin sans la provoquer, et laissa Marlborough dans la disgrâce. Mais Fenwick, par ces aveux si incomplets et si perfides, n'avait réussi qu'à rendre le gouvernement et les whigs plus ardents à le poursuivre : son procès commença. Deux témoins à charge étaient nécessaires, d'après la loi anglaise et «dans les cas de haute trahison, pour qu'un jury prononçât ufi verdict de culpabilité. L'n des témoins produits contre Fenwick tit tout à coup défaut : la famille de l'accusé l'avait fait disparaître : toute la procédure était ainsi mise à néant et la poursuite légale devenait impossible. On ne put se résoudre néanmoins à laisser échapper un coupable de cette importance et il fallut recourir, pour le perdre, a un moyen employé souvent en Angleterre, dans les temps orageux, contre des hommes élevés par leur rang et leur puissance au-dessus des lois, à un 6t7/ d'attainder, expédient dangereux par lequel tous les pouvoirs sont confondus, qui transforme en juges les membres passionnés des communes, et qui rend incertain,

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aux veux de la raison et de la morale, si l'impunité du coupable n'est pas préférable à son châtiment, ressource extrême, arme terrible entre les mains des partis, et dont l'emploi, lorsqu'il devient fréquent, rend la puissance des assemblées populaires plus effrayante que le joug des plus odieux tyrans. Mais Fenwick avait par ses terribles aveux, soulevé contre lui en les dénonçant, la colère de quelques uns des hommes les plus considérables entre les whigs : il semblait que ceux-ci ne pouvaient affaiblir l'autorité de révélations si accablantes pour eux qu'en flétrissant celui qui les avait faites, et à la conviction de cette nécessité fatale se joignait une brûlante soif de vengeance. On vit s'ouvrir alors dans les deux chambres un grand et solennel débat dans lequel le châtiment extralégal de l'accusé fut poursuivi avec ardeur par le parti whig, défenseur habituel des garanties constitutionnelles, des privilèges et des libertés des sujets, tandis que les torys plaidèrent sa cause, invoquant en sa faveur l'autorité des lois, l'inconvénient de les enfreindre pour frapper un homme, d'un rang distingué sans doute, mais sans prestige ni puissance, et qui pouvait demeurer impuni sans que l'État fût en péril. Les opinions étaient Kcuwick 0 l>en Pr^s halancées, et le résultat fut quelque temps rondâiiuié incertain, mais enfin la passion l'emporta, le bill d'af-

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bill d'.ininder. tainder fut rendu, et Fenwick condamné porta sa tète 1606. sur l'échafaud.

Le ralliement de l'opinion au roi, ce retour de popularité qu'il devait surtout aux criminelles tentatives contre sa personne, au sentiment «les dangers auxquels le pays échappait avec lui, aida puissamment le gouvernement a traverser une autre crise redoutable, celle des

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finances. Jamais l'Angleterre ne s'était vue à cet égard Grande crue dans une position plus difficile. Déjà depuis longtemps Gl,anc,ere on s était aperçu de la dépréciation des espèces d'or et *C95-i696. d'argent qui circulaient dans le royaume. Mal frappées, et sans filet circulaire, elles invitaient à la fraude par leur imperfection même. Fresque toutes les pièces étaient rognées et leur valeur intrinsèque était devenue fort inférieure à leur titre. On tenta d'y remédier en frappant des pièces meilleures en grand nombre, mais en même temps on négligea d'indiquer un terme au cours de l'ancienne monnaie : le résultat fut désastreux : la bonne monnaie passa tout entière à l'étranger en échange des denrées importées, la mauvaise demeura, comme il eût été facile de le prévoir, sur le seul marché où elle était encore reçue au cours de son titre, et continua à être la seule monnaie en usage dans le royaume. Les châtiments les plus terribles, infligés à ceux qui la mutilaient furent impuissants contre les progrès du mal et celui-ci alla croissant jusqu 'à ce que le numéraire de L'Etat presque tout entier eût à peine en réalité par son l»oids la moitié de sa valeur fictive2. Toute transaction

i. Le nombre immense des délinquant» allouait beaucoup leur culpabilité dati* l'opinion, cl delà comparaison du délit à la peine naissait pour les accu»e* une sympaibie grnéralc : on trouvait rarement un jury disposé à rendre contre eux un verdict qui les fût envoyés à la mort. Les supplice-, mêmes, la ou ils étaient infligé', étaient sans force pour diminuer le mal. Le métier des rogneurs de monnaie, dit un contemporain, est si facile et si lucratif, que quelque effort qu'on fasse pour les détruire, il s'en trouve toujours d'autres pour prendre leur place. — L'H-rm'Uage, octobre IGU5.

2 lin seul cscmple suffira. Lci officiers de l'écLiquici pesèrent 37,Î00 livrer sterling qu'ils venaient do recevoir en monnaie courento. Le poids aurait du être de 220,000 once», cl il ne fut que de l 14,000 (Mscaulay, ut tuprà).

mercantile ou commerciale devint alors à peu près impossible et l'Angleterre fut comme paralysée.

Cette calamité créa, soit pour le gouvernement, soit pour les particuliers, des difficultés immenses, et telles que, pour en sortir, il ne fallut pas moins que l'expérience et l'habileté de quelques-uns des hommes d'État les plus éminenls, du garde des sceaux Somers et du chancelier de l'échiquier, Charles Montague, qui s'unirent pour conjurer le fléau, à deux hommes illustres dans la philosophie et la science, à Locke et à Newton. Enfin, en novembre 1695, le parlement prit une série de résolutions commandées par les circonstances : il décida Refonie que toute la monnaie du royaume serait refondue, que gouér«ie | nouvelles pièces seraient frappées au moulinet, à

Je la monnaie. « 1 1

l'aide d'un procédé qui rendrait leur mutilation impossible, qu'une limite prochaine serait assignée au cours légal de l'ancienne monnaie dans les transactions particulières, et qu'à un terme plus éloigné elle cesserait d'être reçue dans les caisses de l'Etat. La dépense occasionnée par cette refonte générale d'une mounaie si inférieure à son titre fut évaluée à 1,200,000 livres sterling: la banque d'Angleterre avança au gouvernement cette somme énorme dont le parlement lui garantit l'intérêt par l'établissement d'un impôt sur les fenêtres (windw tax) 1 et le mois suivant fut le terme de rigueur, passé lequel l'ancienne monnaie ne serait plus reçue même

I. La pcicc|itiou de te nouvel impôt élail aussi ijcile, niait moi us v«\aluuc que celle de la laxe abhorrée dile line sur le» cheminât ou les foi/m, abolie a la requête de Guillaume : il n'était pat nécessaire pour le réj.aiiir de franchir le teuil des babilatioM , et il fut l'origine de l'impôt connu de nos jour» jeu» le nom d'imp6l des porteg el fenêtres.

au trésor. Celle date coïncidait heureusement avec L'époque où l'horreur excitée par la double conspiration jacobile" rallia le pays au roi et au pouvcrnemenl. Il y eul alors une crise formidable et jusque-là sans pxemple : l'ancienne monnaie avait disparu presque tout entière et n'avait plus cours légal; la nouvelle, lentement .fabriquée, et accaparée à mesure qu'elle paraissait, était à peine entrée dans la circulation, le numéraire faisait ainsi défaut partout, et le gouvernement en manquait lui-même pour payer ses fournisseurs, ses commis, ses armées de terre et de mer : de là de grands désordres et d'immenses désastres, et tout d'abord la nu nuruine des espérances fondées sur une banque foncière ré- d "u"'f ,^",,Mc cemmenl établie, à la demande des propriétaires du sol, et dont le gouvernement attendait deux millions et demi sterling pour prix de son privilège. À peine fut-il possible d'eu réunir quinze cents, le privilège fut retiré et la banque foncière expira avant d'avoir fonctionné. La banque d'Angleterre elle-même, objet de jalousie pour un grand nombre de spéculateurs aux opérations desquels les siennes avaient été substituées avec succès, fut assaillie par une ligue étroite de tous les intérêts qu'elle avait froissés, et elle n'échappa à la banqueroute que par la prudence et le dévouement de ses directeurs Cependant, au milieu de L'inexprimable confusion ré-

I. l>ans l'impossibilité uu te trouvèrent le* directeur» ■!« la banque de répondre immédiatement ë toutes les demandes des détenteur» do leur papier, il» firent un appel de fond* aut propiioiaire* mcmbie» de leur corporaiiou , el furent «lui» en > incarne de »uldci »»n» drlai quinze pour cent eu bunne monnaie a leur» créancier» , auxquels ils rendirent Iran billets tvec une matquc 'pécule indiquant la portion do Ij somme rembourser.

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sultat nécessaire d'une situation si violente, la nation montra une patience, un calme qui en diminua les périls, et elle donna une nouvelle preuve de cet esprit public qui lit la force et le salut de l'Angleterre aux époques les plus critiques de son histoire. Le gouvernement sut s'élever au niveau des circonstances : le chancelier de l'échiquier provoqua des mesures aussi sages qu'efficaces pour activer la fabrication de la monnaie, et lui donner toute la perfection désirable; il fit nommer directeur de ce département le grand Isaac Newton, et bientôt plusieurs ateliers, d'où sortit une monnaie excellente, fonctionnèrent dans les principales >illes. En attendant qu'elle fut assez abondante pour répondre aux besoins. Bons Montagne inventa et créa, pour solder les dépenses du c ic iqmer. -ornement, les bons de l'échiquier de la valeur de 5 jusqu'à 100 livres sterling : ils furent rapidement répandus par la poste et mis partout en circulation. Les besoins de l'Etat étaient immenses et pressants : la guerre durait toujours sur le continent, et pour la soutenir au milieu d'une crise monétaire sans pareille, il fallait des efforts inouïs. Déçu dans ses espérances du côté de la banque foncière, le gouvernement eut recours à la banque d'Angleterre déjà si accablée, et son appel fut entendu. Charles Montagne déclara aux directeurs qu'il serait impossible au roi d«j soutenir sur le continent l'honneur des armes anglaises à inoins d'une subvention immédiate de deux millions sterling. Cette somme .n.i.nn énorme lut aussitôt souscrite et offerte à Guillaume au de la i.aiMjuo nom |a banque, dont les liens avec le gouvernement

d'Angleterre. 1 ' r

furent re sserrés par cette souscription généreuse et que les circonstances rondaienl héroïque.

Elle mil Guillaume en élat de soutenir ses troupes durant la campagne de cette année, mais non d'entreprendre rien de décisif, et le seul avantage considérable obtenu par les coalisés en Flandre fut la prise de Orvet, où Louis XIV avait accumulé d'immenses approvisionnements : mais une grande défection ruina au midi toutes les espérances de la coalition : le duc de Savoie, Victor- Amédée, l'abandonna pour réunir son armée à celle du du maréchal Câlinât, et menaça de son inimitié ses alliés de duc <,cSavoie* la veille si toute l'Italie n'était considérée par eux comme ,R9Upays neutre Le roi d'Espagne, enfin, et l'empereur, firent entendre des murmures, et Guillaume III put craindre que Yietor-Amédée n'eût en eux des imitateurs. La grande crise financière de l'Angleterre n'avait pas peu contribué à nourrir ces dispositions nouvelles dans l'esprit des principaux membres de la coalition : le bruit s'était répandu en Euiope que le pays tout entier était réduit aux abois : quelques faits isolés et exagérés à dessein entretenaient cette illusion. Louis XIV, dont les dernières ressources étaient épuisées par cette guerre ruineuse, et qui peu de jours auparavant s'était enfin décidé à traiter, à abandonner Jacques et à reconnaître Guillaume, manifesta tout à coup des intentions différentes : il conti nua cependant à négocier, mais en même temps il projeta une nouvelle invasion en Angleterre : la détresse et le mécontentement, disait-on, étaient si grauds dans ce royaume, que les Anglais prêteraient eux-mêmes la main

I, La défection de Victor-AniéiW cul pour cflcl le traité de Turin, sijjué en août IC9G. cl par lequel Victor- Amé.léc ol.iiul la rc»lilulion de lou* «Mats. Il promit de faire garantir la neutralité île l'Italie par l'Espagne el l'Anlrishc, H M fille fut alcrs inafi.v au duc- de !'t>utf,o(iiie, pctît-fill de Louis XIV.

pour renverser le gouvernement actuel et rétablir les Stuarts.

Telle était la situation en octobre 1696, quand Guillaume revint pour ouvrir en personne la nouvelle session du parlement. 11 s'y présenta avec une mâle confiance et sans déguiser les dangers nombreux auxquels la nation venait d'échapper. «L'Etat, dit-il, avait traversé une grande crise; mais, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur, les espérances de ses ennemis avaient été confondues. On avait fait pour la paix des ouvertures, dont le résultat était encore incertain. Ce qui ne l'est pas, ajouta-t-il, c'est qu'il ne peut y avoir aucune paix sure et honorable pour une nation qui n'est pas préparée à pousser vigoureusement la guerre, et nous serons tous d'accord que l'unique moyen de traiter avec la France est de négocier, la main sur noire épée. »

Eleclrisées par ces paroles, et entraînées par le sentiment profond de ce qu'exigeaient d'elles les circonstances el l'honneur du pays, les communes léguèrent alors un mémorable exemple aux parlements suivants 1 ; elles décidèrent, sur la proposition de Charles Montague, 1° qu'elles soutiendraient le roi contre tous ses ennemis extérieurs ou domestiques; 2° que le titre du numéraire ne serait point altéré; 3° que le paiement de toutes les créances existantes en vertu d'un vote du parlement se-

I. Ce fui, dil M. Macaulay, le plus beau jour de Charles Montague el l'un des plus glorieux de l'histoire du parlement anglais : les actes de celle grande joui née lurent cités comme exemple en des circonstances critiques, par Ruiae en 47D8, aui hommes d'Etat dont le rtcur faiblissait dans leur lutle a*ec le pouvoir gijanlcîquc de la république française, el par Huskinson, en IS22, a jine législature qui, sous la pression de grands désastres, était tentée de manquer aui engagements de l'Klal einers ses créanciers [Ht supra;.

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