Voytl lome III, livre V, ch
GLU.L.xlME III
qui cependant le |>arlage de la monarchie espagnole ne pouvait être indifférent : son ambition fit violence à sa haine, et il s'adressa aux états généraux et au plus ancien comme au plus redoutable de ses adversaires, à Guillaume III
Ce monarque, quelques reproches qu'il ait encourus Poiiiiqu dans cette circonstance2, voyant le valétudinaire Charles 11 Guillaume près de la tombe, appréhenda, non sans cause, que sa succession tout entière ne fût saisie par le prince qui, malgré l'épuisement de son peuple dans la guerre précédente, semblait encore seul en état de faire triompher ses prétentions sur cette proie immense : il comprit la nécessité de conjurer un pareil dénouement et il mit tout en œuvre dans ce but : de là survinrent de grands orages au sein du parlement anglais, devenu indifférent à la politique continentale, incapable d'embrasser du regard l'Europe et l'avenir, et dont l'ombrageuse parcimonie ôtoit à Guillaume non-seulement la possibilité de soute-
1. Louis XIV tuUsail Guillaume autant qu'il eu était liai; mais sa haine avait des motif» moins légitimes. Saint-Simnu en voit l'origine dans le refus qu'avait jadis fait le prince d'Orange d'épouser une fille naturelle du roi. Guillaume répondit fièrement a la proposition qui lui était faite que les princes d'Orange avaient pourcoulume d'épouser les filles légitimes des rois et non leurs bâtardes (Mémoire* de Saint-Simon).
2. La plupart des historiens, à l'exemple du continuateur de Kapin 1 boiras, ont fait, au sujet des traités de partage, de graves reproches à Guillaume III : ils les out considérés comme impoliliques, et ces reproches ont été renouvelés de nos jours par lord Campbell {Uist. du chancelier Somen) et par lord Mahoq \M$t. de la guerre de la succession). Selon nous, on peut les blâmer sous d'autre» rapports et y trouver une infraction grave au droit des gens, aux usages constitutionnels, comme aux égards dus à l'empereur; mais ils ne nous semblent pas contraires d'ailleurs aux intérêts de la politique anglaise et européenne, et nous partageons sur ce dernier point l'opinion judicieusement exprimée pat MM. Migncl et Macaulay.
nir une nouvelle guerre, mais jusqu'aux moyens de conserver la paix avec honneur. Ce prince pressentit alors qu'il n'aurait aucun concours à espérer de son parlement pour résoudre par les armes la question espagnole : il se vit ainsi contraint à négocier, a accepter secrètement les avances qui lui étaient faites par son vieil ennemi », et il tenta de détourner le nouveau péril dont l'Europe était menacée en accordant une part dans l'héritage à celui qui paraissait assez fort pour s'emparer de la totalité - : il eut, en négociant, deux choses en vue; maintenir d'abord, dans les Pays-Bas, une forte barrière entre les Provinces-L nies et la France, empêcher, en second lieu, que l'Espagne ne fît partie du lot de la maison de Bourbon : des instructions dans ce sens furent données au comte de Porlland qu'il choisit pour son ambassadeur près de Louis XIV, et il, traita lui-même directement cette grande affaire avec le maréchal de . Tallard par qui le roi de France se fit représenter aude p«riiCc. près de lui. Il obtint satisfaction sur ces deux points, et Od. «cas. un premier traité signé le 1 4 octobre 1698 par Louis XIV, Guillaume HI et le grand pensionnaire Heinsius, régla le partage de la succession espagnole en accordant au
t. t'est dans la correspondance de Guillaume otoc le grand pensionnaire Heinsius qu'on trouve la clef de sa conduile dans colle circonstance comme dans la plupart des situations difficiles de îa vie. Vovci des extraits nombreux et curieux de se» lettres dans l'important ouvrage de M. le baron Sirtema de Grovestins {Guillaume III et Louis XIV, t. vu et vm).
2. Louis XIV ne se trompa point en pensant que cet habile politique (Guillaume 111) admettrait une partie de srs droits pour éviter qu'il les revendiquât en totalité, les armes à la main, et qu'il lui maïquerait son lot dans la succession espagnole de peur qu'il ne s'en attribuât un trop grand ('il le prenait lui-même ( Mignel , Négociations relatives a la succession d'Espognc $ous louis XI K, introduction).
M'ILL.M'UK III.
prince électoral de Bavière l'Espagne, les Indes, les Pays- Bas et la Sardaigne, et divisant le reste entre le dauphin et l'archiduc Charles, second fils de l'empereur.
Ce traité irrita le roi Charles II, qui se plaignit avecraison que ses états fussent ainsi démembrés de son vivant, et partagés sans son aveu par des puissances avec lesquelles il entretenait des relations pacifiques : il fit alors un testament en faveur du prince électoral de Bavière, et le reconnut pour son héritier universel. La mort soudaine de ce prince, survenue six mois plus tard, rendit d'autres arrangements nécessaires. Elle réduisait le nombre des prétendants : les maisons de France et d'Autriche demeuraient seules parties inléressées dans la succession espagnole, et un second traité de jartage signé comme le premier par Louis XIV, Cuil- second ira.ie laume III et le grand pensionnaire Heinsius, régla comme ,,c P"1**' il suit la succession de Charles II. U donnait à l'archiduc 1700 Charles, second fils de Léopold, l'Espagne, les Indes, les Pays-Bas et la Sardaigne; au dauphin de France, les royaumes de Naples et de Sicile, les ports espagnols de la Toscane, et il cédait au duc de Lorraine le Milanais en échange des duchés de Lorraine et de Bar, ajoutés au lot du dauphin. Tel fut le second traité de partage, aussi blessant que le premier pour Charles II, et auquel n'accéda point l'empereur, qui, depuis la mort du prince électoral de Bavière, se croyait un droit exclusif à toute la succession espagnole !.
Le cabinet de Guillaume 111 était resté complètement
1. KHc lui atai» <Me y;ira»l»r pji un iraile »ccnM stflnc en IC87 atec l'Ao jlrifirc rl la llo!lan<le.
118 LIVRE VI. CIIANTHK I.
étranger aux deux traités, (jui, bien que revêtus du grand sceau d'Angleterre, ne furent véritablement dans ce royaume l'œuvre que du roi ». L'opinion cependant les attribua à son gouvernement; elle s'irrita de ce qu'il eût reconnu quelque droit à Louis XIV, et lui eut fait une part dans l'héritage de Charles 11; elle lui reprocha^ de n'avoir ménagé dans ces traités aucun avantage positif pour la puissance de l'Angleterre ou pour son commerce; elle blâma les whigset leurs chefs d'y avoir coopéré, et sans en faire encore l'objet d'une accusation directe contre le cabinet, une partie des whigs mécontents s'unit aux torys pour former une majorité hostile dans Méconicniemcui les communes : celles-ci manifestèrent leur mécontenlemenl par une série de mesures offensantes pour le roi,
i ' minimes. » »
et dirigées surtout contre le plus éminent de ses mi- 1700.; ° 1
nistres, contre le chancelier Somers. Il eut à repousser des inculpations de tyrannie pour quelques-uns de ses actes à la suite du dernier complot tramé contre la vie du roi, et une accusation plus odieuse, comme ayant participé, dirent ses ennemis, au bénéfice de quelques prises faites par des pirates 9.
1. Ijo roi, alun en Hollande, iustinuii («récrit «on chancelier de cou projet relatif a un traité pour le partage do la succession espagnole. Il demain)* en même temps, pour rédiger ce Huile el lui donuer un caractère légal, un blanc-seing révolu du grand tecau d'Angleterre. Lord Somers, dan» sa ré ponse, critiqua foi lemenl le projet de Guillaume, niait ne crut pouvoir se dispenser d'obéir : il envoya le blanc- seing lel crue le roi le demandait (Lord Campbell, Vie du ckanctlier Somers).
2. Des pirates infestaient les mer* de l'Inde : l'argent manquait pour armer centre eux des luit il et de guerre. Une souscription fui ouverte dans ce bul el le gouvernement promit aux souscripteurs une pari dans le produit des prises tas es sur les pirates : le loi et son chancelier se mirent cuv-mêiuei au m mine des souscripteur-» «fin d'enrouiagei l'enlrcpriatf, el le commandement en fut
l ne attaque plus personnelle fut dirigée contre le roi lui-même dans les communes, à l'occasion du don qu'il a>ait Tait à quelques-uns de ses favoris, avec une prodigalité inconsidérée, des terres confisquées en Irlande Les communes en exigèrent la restitution à l'Etat; et pour . noVM*,T
° 7 1 Je» dons fa
rendre obligatoire l'acceptation de ce bill par la chambre Mande, îles lords, elles le joignirent, comme partie intégrante, à lîO» un bill de subsides, expédient dangereux, et qui, s'il eut été fréquemment ré|>été, tendait à concentrer dans les communes tous les pouvoirs '-. Lord Somcrs, absent de Londres et malade à cette époque, fut de nou\eau en butte à des poursuites directes. Une motion fut faite dans les communes à l'effet de contraindre le roi à le destituer : cette tentative avorta : mais l'opposition se vengea de cet échec par une résolution dirigée contre Fortland et les autres étrangers, amis et vieux compagnons d'armes de Guillaume, et que suggéra aux communes leur passion
coufié h un officier do valeur et d'expérience tiomrod KiJ. Celui-ci, iiiOJèle a sa mission, au lieu de purger la iner de» pirate», »e fil pirate lui-même et fut fait prîtonuier après une lutte sanglante avec une frégate anglaise ; il fut ramme par elle chargé Je fers et fut pendu. Le» ennemis du chancelier lui firent un crime de m souscription el osèrent le poursuivre, pour ce fait, comme complue da crime de piraterie. Tiislccscmple, Jil avec raison Binucl.Jc la violence lia • sensée ou l'esprit Je parti peut enl'atuer le* homme* {llintoirc de mon ttmps).
I. Dans le rcle\é de» concession» faites par Guillaume III sou» le grand sceau d'IrlanJe, H se trouva que lorJ Kumney avait en pour m paci 40,517 acres Je terre, le conile d'Alb*rinal« 408,633, Bontmk ( I.tJ IWiland) US.S30, le ciimtc d'Atlilone 26,880, cl le comte le Gillowav 30,148. ... GuillauiiM avuit M oulrc fait donation à Klisabdli Villiers, comtesse J'Orkncy, de tunl ce (pie le roi Jacques avait pos*è\lé en IrlauJe, qui se munlait à 95,649 acres Je lune, tilaal 20,000 livre» sterling de revenu (Conliii. Je llapin Tliotm, ut nfjaré).
2 11 n'est p*« permis a la chambre Jes lonls d'apporter .un une iiunlili. ali. n » un bill de subsiJes quoiqu'elle puihîc le lejelcr dans son ensemble
120 UVUK VI. CHAPITRE I.
étroite et jalouse : elles votèrent qu'une adresse serait présentée au roi, exprimant le vœu qu'il écartât de ses conseils en Angleterre et en Irlande toute personne qui ne serait point née sur le sol anglais, à la seule exception du prince George de Danemark, mari de la princesse Anne, héritière présomptive de la couronne. Guillaume prorogea le parlement pour éviter de recevoir cette insultante adresse; mais voyant les whigs affaiblis dans l'opinion, une partie d'entre eux coalisés avec les lorys, et ceux-ci revenus en crédit par les résolutions populaires qu'ils avaient provoquées, le roi crut devoir céder à l'entraînc- Disgiicc men* presque général et donner une satisfaction aux t «'«» adversaires de son cabinet whig, en leur sacrifiant son
lord cbiiicclicr
SrtlIHTS. chancelier; il redemanda les sceaux à lord Somers, qui i7oo. '('s résigna sans se plaindre, et demeura fidèle à Guillaume et à son parti.
De tous côtés le gouvernement s'était suscité de nombreux ennemis, et l'Keossc autant que l'Angleterre, mais avec de plus justes causes, se montrait désaffection née et irritée. Une multitude de familles de ce royaume se trouvaient engagées à celle époque dans une entreprise aventureuse et lointaine que le roi Guillaume abandonnait après l'avoir encouragée et patronée. Cette l'isthme entreprise funeste était la colonisation en Amérique de italien. ^\lttc |>artic de l'isthme de Darien, plus connu aujour- Uio:» le.»» (Hmj sous le nom d'isthme de Panama. In ingénieux spéculateur écossais, nommé Palerson, celui qui le premier avait conçu l'idée et le plan de la banque d'Angle terre, avait reconnu que cet isthme célèbre était appelé par la nature à devenir le centre de commerce du globe. Sun territoire était alors occupé par des tribus d'Indiens
GlILLUME III 121
«•n guerre continuelle avec les Espagnols. Ceux-ci n'y avaient point fontlé d'établissement et ils ne revendiqueraient, disait Paterson, aucun droit de possession ou de suprématie sur cette contrée encore sauvage et ouverte a des colons de toutes les nations. Il s'agissait maintenant, après avoir obtenu le consentement de la population indigène, d'établir une compagnie commerciale avec le privilège de faire acte de possession dans l'istbme, d'y construire des forts et de trafiquer dans les deux mondes. Ce privilège avait été obtenu du gouvernement anglais en l'année 1695, et une compagnie écossaise s'é- compaR„ie lait formée dès cette époque pour la colonisation de . éco*sais;*'
r * 1 indienne ei a
1 isthme de Darien, sous le nom de compagnie indienne c*iltcet africaine. Les difficultés de l'entreprise avaient été déguisées, atténuées ou méconnues, et des résultats qui ne l»ouvaient être que le fruit du temps et de capitaux immenses furent exagérés et présentés comme immédiats aux yeux éblouis des Écossais, nation aventureuse et l>auvre. L'entraînement fut général, jamais spéculation hardie n'inspira une confiance plus aveugle : presque tous ceux qui |>ossédaient de l'argent ou qui purent s'en procurer le placèrent dans la nouvelle compagnie; un ^rrand nombre mirent toute leur fortune en souscription, et la moitié des 800,000 livres sterling qui formaient alors tout le capital circulant en Kcosse fut versée dans l'eulreprise de Darien l. Les étrangers et surtout les Hollandais et les Haiiibourgeois s'v associèrent pour des sommes considérables, les négociants de Londres enfin, aussitôt que les registres furent ouverts dans la cité,
I Sr\\,lirr Sent', Ittsl tf'ErOfM, 2- sur, r. «VI.
souscrivirent pour 300,000 livres de marchandises. Mais la jalousie des Anglais lit évanouir toutes ces brillantes espérances. L'idée qui dominait alors dans la nation était que tout profit était perdu pour elle à inoins d'être le résultat d'un commerce exclusivement anglais : c'était assez qu'une compagnie écossaise fût à la tète d'une grande entreprise de colonisation et de commerce pour que l'Angleterre en prit ombrage, et une année à |>einc s'était écoulée depuis l'octroi du privilège, lorsque le roi Guillaume reçut une adresse des deux chambres du parlement, portant, que les avantages accordés à la compagnie écossaise, indienne et africaine, donnait à celle-ci une grande supériorité sur la compagnie anglaise des Indes et qu'il en résulterait pour l'Angleterre un immense désavantage dans la vente de ses propres marchandises à l'extérieur. Les Espagnols à leur tour se plaignirent du nouvel établissement comme usurpant un territoire sur lequel ils avaient seuls des droits. Guillaume se laissa convaincre ou parut convaincu !, et retira brusquement son appui à l'entreprise. Enhardi par ce succès, le parlement fit défense aux négociants de la cité de continuer d'accorder leur concours à l'entreprise : les agents du gouvernement anglais usèrent en même temps, à Hambourg et !à Amsterdam, de l'influence et de l'autorité que leur donnaient leurs charges pour enlever tout crédita la compagnie écossaise, qui se vit ainsi bientôt réduite à ses seules forces tout à fait insuf lisantes pour une si grande entreprise.
Elle ne perdit cependant pas courage; quelques mil—
^ Dur net, ut gupra.
GUILLAUMB III. 1x3
liers d émigrants, ayant à bord tous les objets nécessaires pour une colonisation) firent voile vers l'isthme, où ils traitèrent avec les indigènes et s'établirent heureusement. Mais bientôt ils souffrirent tous les maux qu eugendre un climat de feu, inculte et pestilentiel : ils furent décimés par la famine et par la fiè\ re ; et les Es pagnols ayant su que le gouvernement anglais désapprouvait l'entreprise, attaquèrent les colons déjà fort affaiblis et réduits en nombre par les fatigues, les maladies, les privations et les souffrances de toutes sortes. Ceux-ci invoquèrent en vain les privilèges qu'ils tenaient de la couronne; ils demandèrent l'assistance île quelques navires anglais qui stationnaient dans ces parages : mais des ordres secrets avaient été envoyés aux gouverneurs des Antilles pour leur défendre de secourir la colonie naissante. Abandonnés à eux-mêmes, les colons firent une défense héroïque et déses|»érée, mais leur inutile bravoure et quelques renforts qu'ils reeurent d'Ecosse ne purent que prolonger leur agonie, et en moins de trois années, après leur descente à Panama , iRuiu«
1 do la colonie
où ils étaient venus au nombre d'environ quatre mille, de D.rien. ils se trouvèrent réduits à une centaine qui revinrent iM» misérablement dans leur patrie sans y rien rapporter des trésors enfouis dans cette entreprise malheureuse dont la ruine fut irrémédiable et complète. Un deuil immense remplit alors l'Ecosse d'oii s'éleva de toutes parts contre le gouvernement anglais un long cri de douleur qui remonta jusqu'au roi lui-même. Une députation fut envoyée par la société expirante en 1699, à l'époque même où les traités de partage commençaient à soulever l'opinion. A la léte de celle députation était un seigneur