‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculésChapitre 25 sur 145 · LIVRE VI. lllU'ITIlt I · texte numérisé non relu

LIVRE VI. lllU'ITIlt I

écossais d'un nom illustre, lord Basile Hamiltou : l'audience qu'il sollicitait ne fut pas accordée, le roi refusa de le recevoir '. L'abandon de la colonie de Darien est une des grandes taches du règne de Guillaume III. Ce prince, dans cette circonstance comme en plusieurs autres, ne donna point une attention ou une protection suffisante à des intérêts qu'il considérait comme étrangers ou contraires à sa grande politique. A la veille du conflit européen auquel pouvait donner lieu l'ouverture de la succession espagnole, il portait toujours sur Louis XIV des regards inquiets et déliants, malgré les traités qu'il avait signés avec lui, et il sentait, quel que fut l'adversaire qu'il eut prochainement en face, qu'il ne pourrait se passer, pour faire triompher sa politique, des sympathies et du concours de la nation anglaise : il n'hésita point, pour atteindre ce résultat, à sacrifier des intérêts d'un ordre inférieur, quoique cependant également fondés sur la justice, et à étouffer ce qui coûte le plus à un grand prince sur le trône, le ressentiment des offenses reçues, et jusqu'à l'espoir du bien qu'il inédite.

Le péril dont Guillaume reconnaissait la paix du inonde menacée sans savoir encore de quel côté viendu.oi.riL,»»Cnc^rait l'orage, n'était pas éloigné. Il apparut enfin et de cb.i.w» n. vjnl manjfosie immédiatement après la mort du roi Nov. iToo. Charles 11, survenue le Ier novembre de l'année 1700, lors

I. Irrita de ce refus , ce seigneur déclara que sa pétition serait présentée. Il attendit le roi au «orlir de la salle d'audience cl lui préseula sa pétiliou avec plus de hardiesse que de respect. « Ce jeune homme est trop audacieux, • dit Guillaume ; puis se reprenant aussitôt , il «jouta ! • Si toutefois un homme pnit cire trop hardi dans la i*UM- î.^ son pays. . si, \V. Scott, ut t*prà \

GClLLAl'ME Ht.

que fut connu lo testament do ce prince qui, dans sos son tournent, tlomiers jours, circonvenu par le parti espagnol favorable à la France, et cherchant avant tout à empocher lo démembrement de sa monarchie, l'avait léguée tout entière au duc d'Anjou, petit-fils de Louis XIV *.

A cette nouvelle inattendue le mécontentement public fit explosion en Angleterre. Les whigs étaient encore en charge et avaient la majorité dans le par lemenl : l'opinion les rendit responsables des périls de la situation présente. C'étaient eux, disait-on, qui avaient concouru avec le roi Guillaume aux traités de partage, cause première du testament qui donnait toute la succession de Charles U à un prince de la maison de Bourbon. Les murmures et les reproches redoublèrent lorsqu'on sut que le testament était accepté par Louis XIV. Les torys accréditèrent toutes ces rumeurs : les rôles des divers partis semblaient maintenant renversés. Depuis longtemps les torys se disaient seuls amis véritables du peuple et de ses intérêts 2 et

1. U plupart des historiens anglais ont tu dans le testament de Charles II I ffinre de Louis XIV et le ré»ullat de ses intrigues en Espagne. J'ignore de <j«elle aulorilé ils s'appuient a cet égard. Les documents français contemporain», el eulre autres les Mémoires du duc do Saint-Simon, établissent d'une nuaière positive que la cour de France demeura tout a fart étrangère a ce résultai imprévu pour Louis XIV lui-même, dont l'ambassadeur à Madrid, 1. d'Barconrt , était à celle époque même hors d'Espagne. Cu testament fut leatre, non des Français, mais du parti puissant qui , dans le conseil du roi d'Espagne, ioclinait pour la France, el qui avait pour chef le cardinal Porto. Carrero. Ce parti considérait que la seule chance que la monarchie espagnole rtt de n'être pas démembrée était d 'échoir tout eutiere a un prince français, ïoyei Miguel, Ségociation relative à ta iuccession d'Espagne.)

•• Le> rôles des partis semblaient intervertis. • Les torys, sous le règne de ''«■Ultime , ne s'écarle:ent jamais plus de leurs ancirns principes qu'en sou-

MVKK VI. CHAPITRE I.

Guillaume d'autre part ne trouvait plus dans les whigs mécontents et divisés le concours qu'il avait lieu d'en at ( tendre. En vain ceux-ci, peut être dans l'espoir de rallier les catholique», les sympathies populaires, votèrent contre le» catholiques, un bill odieux emprunté à l'esprit d'une époque antérieure 1 ; l'opinion publique se retirait d'eux et favorisait leurs adversaires. Le roi parut alors incliner de nouveau vers ceux-ci quoiqu'il vît en eux les principaux auteurs des motions dont il avait le plus souffert ; mais, dans cette circonstance encore, ii n'écouta que la politique et demeura fidèle à l'esprit même des institutions qu'il avait juré de maintenir. Il avait déjà quelque temps auparavant fait pressentir ses desseins en sacrifiant son illustre chancelier à une nécessité temporaire : il persévéra dans cette voie en remplaçant par «icTiorv»" des l0I7s plusieurs membres de l'administration a la

aa"wîuT,,U lête de la(ll,e,le ful nîis Laurence Hyde, comte de Ro i7oo chester, nommé lord-lieutenant d'Irlande avec dispense de résider. L'habile Montague lui-même, créé pair et baron d'Halifax, fut écarté du cabinet et remplacé par Godolphin comme premier lord de la trésorerie. Marlborough enfin rentra en grâce près du roi, qui aux ap-

lenanl dan» loule leur «tendue les pouvoir» et privilèges de» commune». • (llallam, ut $uprà, ch. XV. Voyez oimi continu»!, de Rapin Thoiras , //♦>/. d'Angleterre, I. XXV, p. 550-531).

I. Co bill , cnlie autre» clauses, off.c une récompense de cent li»res sterling h quiconque découvrira un ecclésiastique catholique exerçant ses fonctions, et punit le» prêtres de l'emprisonnement perpétuel. Il prive de leur héritage tous ceux qui, après l'Age de di\-huil ans, auront refusé de souscrire a la déclaialion dressée dan» l'acte de Charles II contre la transsubstantiation et le culte des saint». Ce statut, dit M. Ilallam. est la bonté decc parlement ; mais les juges en éludèienl 1 exécution, et le» catholiques gardèrent leur religion et leurs héritage» (c. XV).

M II i \l Ml III.

proches d'une nouvelle guerre européenne oublia se* perfidies el ne se souvint que de ses rares talents

Peu de jours après, le roi prononça la dissolution du parlement et en convoqua un nouveau qu'il ouvrit le 21 fé- Nouveau

parlemcnl

vrierde 1 année suivante (1701), et le premier vote des communes, en désignant pour leur orateur sir Robert Harlay, très-célèbre plus tard, indiqua que la majorité de cette cliambre appartenait aux torys.

Guillaume subissait alors peut-être ses plus dures épreuves. L'Angleterre et une partie de l'Europe lui reprochaient comme des stimulants dangereux pour l'ambition de Louis XIV, les traités qu'il avait faits dans l'espoir de la contenir; il voyait maintenant ce prince justifier tous ces bruits désolants et le braver lui-même en foulanl aux pieds ces mêmes traités qu'ils avaient faits ensemble: il le voyait grossir ses forces, réparer ses places, réunir ouvertement tontes ses ressources en vue d'une grande lutte prochaine, tandis que lui-même, rempli du plus juste ressentiment et d'une légitime impatience, et connaissant mieux que personne le prix du temps, les difficultés d'une guerre européenne, l'immensité des préparatifs nécessaires, l'urgence des précautions à prendre, se trouvait réduit à l'inaction par la lassitude de son peuple et l'indifférence de son parlement. Les torys l'avaient soutenu au pouvoir plus qu'ils ne l'y avaient porté; en vain il leur donnait sa confiance, il n'eut jamais leur cœur. Il invita les chambres, dans son discours d'ouverture.

«. H y tltil une alliance étroite de famille mire Marlborough el Godolphii», la fille «tait érou»e U fil» de M.rlbor©uCb.

a porter leur atlcnlion sur doux points capitaux : en premier lieu, sur raffermissement de la suceession de In couronne dans la ligne protestante, par suite de la mort

Moi I

d„ soudaine du jeune duc de Glocester, fils de la princesse ducdcc.iocesicr. Anne et on secon(i ijeu> sur ja nouvelle situation faite à

17m. l'Europe par IG testament de Charles U : il u "obtint le concours des communes (pie pour le premier de ces grands intérêts. La plus proche héritière protestante du trône, après la princesse de Danemark, était la princesse Sophie, petite-fille de Jacques Irr, et femme de l'électeur de Aclc Hanovre. Le parlement, en vertu de son pouvoir suprême, d'éLWjMcmcni gubstilua la couronne d'Angleterre et d'Irlande à elle et à la succession sos héritiers, au cas où Guillaume III et la princesse Anne

nu liôuc

JansU maiion viendraient l'un et l'autre à mourir sans enfants. Quel Brun.wick-iia- <l»es clauses d'une grande importance furent jointes au uom- nouvel acte d'établissement : elles eurent pour objet de «toi. frapper d'incapacité pour succéder au trône d'Angleterre et d'Irlande tout héritier non protestant, âc soustraire le inîporîauu* peuple anglais a la nécessité de soutenir une guerre quel- Ac conque pour un intérêt continental qui lui fut étranger,

ecl adc.

de rendre effective et sérieuse la responsabilité du cabinet dans toutes les résolutions graves de la couronne, d'écarter du conseil privé comme du parlement toute personne née hors du royaume britannique, de fermer l'entrée de la chambre des commuucs à tous les officiers salariés et pensionnaires de la couronne : les deux dernières clauses limitaient sur deux points essentiels le pouvoir du roi ; elles assuraient des salaires fixes aux juges du royaume révocables seulement sur la demande du parlement, et enlevaient au roi le pouvoir de soustraire qui que ce fut,

(îl'II.LAl'ME III.

un acte de grâce, à une accusation des communes La plupart de ces articles avaient pour fondement ou [K>ur cause, soit l'exercice peu constitutionnel que le roi avait fait en quelques rares circonstances de sa prérogative, surtout en signant les derniers traités sans prendre l'avis de son conseil ; soit l'abus des pensions et des emplois accordés par Guillaume à ceux dont il espérait le concours dans les communes, ou bien enfin le ressentiment des faveurs immenses dont il avait comblé inconsidérément ses favoris étrangers. Quelques-unes des clauses du nouvel acte d'établissement, et surtout celles qui fermaient les communes indistinctement à tous les officiers de la couronne, furent modifiées dans la suite 2. Presque loutesavaient pour but de limiter davantage la prérogative royale ; plusieurs furent dictées par un esprit hostile à Guillaume : il eût été fondé à s'en plaindre : il se tut et y souscrivit sans murmure : attentif à un seul intérêt, absorbé tout entier dans une seule et grande espérance, dans l'ardent désir de se concilier son parlement et d'entraîner l'Angle-

1. J'invite le lecteur a lire, dam l'Histoire constitutionnelle de M. ttallain (chap. xv . les principales clauses de cet acte d'établissement et les excellentes considérations qui les accompagnent. On trouve aussi ces clauses rapportées •vec détail dans la continuation de l'Histoire d'Angleterre de Uapiu Thoiras, sa livre \ \v ; mais il semble que leur importance, en ce qui touebe l'existence du gouvernement constitutionnel, ait complètement échappé à l'auteur.

2. Lorsqu'après une réflexion plus calme on eut reconnu que l'exclusion absolue de tous les fonctionnaires civils et militaires de la chambre des communes, telle que l'ordonnait l'acte d'établissement, était impraticable, une révision de cet article eut lieu en l'année 17043 La principale modification

apportée fut que tout membre de la chlrabre des communes qui accepterait un emploi de la couronne , excepté un grade plus élevé dans l'armée, laisserait par la son siège vacant , cl qn'un nouveau writ serait expédié pour l'élection (Htllaoi , «J nprà).

terre dans la nouvelle ligue contre Louis XIV, formée par l'empereur.

Agréions Jusque-là tous les efforts de Guillaume avaient Louuxiv. échoué : le parlement vit sans s'émouvoir Louis XIV indifférence déchirer une des clauses formelles du testament qu'il

du

priment, .venait d'accepter en réservant les droits de son petit-fils à J70| la couronne de France, et violer le traité de Ryswiek en faisant occuper par ses trouj>es toutes les places de la Flandre espagnole qui devaient servir de barrière entre la France et les Pays-Bas. La Hollande, ainsi menacée, sollicita l'assistance de l'Angleterre contre son formidable ennemi. Le roi communiqua aux communes la pressante requête des états généraux, et leur fit en même temps donner lecture d une lettre interceptée du comte de Melfort, ministre de Jacques II, annonçant qu'une expédition de soixante bâtiments français sous les ordres du fameux Jean Bart, élait destinée à seconder, par une descente, une intervention des jacobites dans la Grande-Bretagne. Le parlement se borna, dans sa réponse, à inviter le roi à négocier pour la paix, de concert avec les états généraux. En conséquence, l'Angleterre et la Hollande demandèrent à Louis XIV de donner un dédommagement à l'empereur pour l'abandon de ses prétentions à l'héritage de Charles H; de retirer ses troupes des places dites de la barrière en Flandre; de souffrir qu'Oslende et Niewport fussent occupés par une garnison anglaise; de renouveler leurs anciens traités de commerce avec la France et l'Espagne ; elles insistèrent enfin pour qu'il fut admis qu'aucune province ou ville de l'un ou de l'autre de ces deux royaumes n'appartiendrait jamais à la couronne des deux pays voisins, et comme gage de leurs intentions paciii-

(il IU . U ME III. 131

ques, Guillaume III cl les états généraux reconnurent kccohdmhiiicc Philippe V. Louis XIV rejeta leurs demandes, offrant de PW|f* v revenir aux clauses du traité de Hvswick : il continua en .i,ar

Guillaume III.

même temps à se préparer pour la guerre et à former ses alliances : il tenta enfin de séparer les intérêts de la Hollande de ceux de l'Angleterre. Mais ces puissances demeurèrent fermement unies : la Hollande invoqua les anciens traités de 1677 pour une alliance offensive et défensive; elle offrit de fournir sur-le champ le nombre de vaisseaux spécifié, et demanda en retour l'assistance promise par l'Angleterre.

Guillaume fit valoir avec force la justice de ces demandes, les intérêts mutuels et le danger commun «les deux pays. Le parlement demeura sourd à ses exhortations, et la majorité tory des communes parut ne se souvenir que de ses propres ressentiments : les traités de partage étaient toujours, à ses veux prévenus. Tunique cause de la crise présente où l'Europe était engagée; elle haïssait ceux des anciens conseillers whigs qu'elle soupçonnait de les avoir approuvés ou conseillés : elle fit tomber sur eux sa colère, et l'ex-chancelier, lord Somcrs, baron dTiversham, fut le premier décrété d'accusation pour ce fait. Il demanda à se défendre devant ses accusateurs : admis à se justifier et introduit dans la chambre des communes, il dit qu'en sa qualité de conseiller privé, il avait fait connaître au roi sa désapprobation des deux traités, mais qu'ensuite il n'avait pas cru de son devoir comme chancelier de refuser à son souverain le blancseing qu'il demandait, et de revêtir du sceau de l'Etat les traités conclus contre son avis. Cette défense ne fut pas admise : les communes, selon les principes constitution

AecuMlioii «le

lord

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nels, considérèrent l'ancien chancelier comme responsable des actes revêtus du sceau royal déposé dans ses mains : une liste de quatorze chefs d'accusation fut dressée, et Somcrs fut traduit devant les pairs avec deux de ses anciens collègues, membres comme lui de l'administration whig, Halifax et Orford, qui n'avaient eu aucune connaissance des traités avant leur conclusion, et auxquels les communes adjoignirent dans leurs poursuites lord Portland qui les avait négociés, confident des secrètes pensées de Guillaume, et son ambassadeur en France après la |>aix de Kysvvick.

Les communes poussèrent plus loin le ressentiment, et sans attendre l'issue du procès, elles rédigèrent une adresse au roi dans laq utile, à la suite de protestations de dévouement, elles le supplièrent d'écarter pour toujours de sa personne et de ses conseils les quatre lords accusés. Guillaume, dissimulant son émotion sous un front impassible, évita de rebuter ou de provoquer les communes : il les remercia des assurances qu'elles lui réitéraient de s'attacher à lui, de le servir contre ses ennemis domestiques ou étrangers. Il était persuadé, leur dit-il, que rien n'y contribuerait plus efficacement que le bon accord entre lui et son peuple, et il était résolu à n'employer à son service que les personnes les plus propres à entretenir cette confiance mutuelle si nécessaire pour la sécurité de l'Angleterre et de ses alliés du continent Jamais Guillaume ne montra autant de pouvoir sur lui-même qu'en cette occasion, plus étonnant peut être par son calme héroïque devant la froideur mal-

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