I. Lard Ca:npMI, fie du ckancelUr Somer
qu'une commissiou fut nommée pour traiter de la réunion des deux couronnes. Mais pour que celle ci fût intime, il fallait que l'Écosse cessât d'avoir une législation séparée et une constitution particulière, et il importait que le suprême pouvoir de l'Etat fût placé dans un seul et même parlement auquel l'Ecosse enverrait un certain nombre de membres, mais qui s'assemblerait dans la capitale de l'Angleterre sous l'influence immédiate desconcommUMire. seillers de la couronne. Des deux parts les commissaires pmTrTunLn F001* traiter ce^ grave question furent choisis par Gov d.e dolphin et ses collègues, et le projet d'union fut arrêté
1 Angleterre
ci sur les bases suivantes : il fut convenu que l'Ecosse conàe i ko»*, g^g^ft ggiise nationale presbytérienne, son sys-
l7°6- tème particulier de lois civiles et municipales et ses propres tribunaux pour l'administration de la justice. On stipula qu'elle participerait dans une certaine mesure aux charges générales qui pesaient sur l'Angleterre et dans lesquelles étaient comprises les dettes contractées par ce pays depuis la révolution. L'Écosse n'ayant contracté pour son compte aucune dette, il fut dit qu'une somme considérable d'argent comptant lui serait provisoirement avancée comme un équivalent des charges qu'on lui imposait. Les commissaires des deux pays tombèrent d'accord sur ces points : leur dissentiment n'éclata que sur la manière dont les Anglais entendaient composer le nouveau parlement des royaumes-unis, et tandis que la population de l'Écosse était le sixième de la j>opulation anglaise, ils n'accordaient à la représentation de ce royaume dans les communes que quarante-quatre membres ou un treizième de la représentation totale. Seize pairs seulement devaient être choisis par élection dans
AXNH.
le corps entier de la pairie écossaise pour siéger dans la chambre des lords en Angleterre.
La rigueur de ces dernières clauses, dans lesquelles le peuple écossais vit une offense, excita un mécontentement général : il devait résulter, pour les premiers temps surtout, d'un traité d'union entre les deux peuples un froissement d'intérêts matériels préjudiciable à un grand nombre, comme il arrive à la suite de toute importante commotion politique : les blessures de l'amour-propre national auraient suffi d'ailleurs pour rendre les Ecossais insensibles aux avantages éloignés de ce i*acte et tous les partis, whigs et torys, jacobites et williamites, presbytériens, épiscopaux et caméroniens, s'u- Troubiw Dirent pour le rejeter. Les commissaires du gouverne- Êjimbourg. ment furent en butte aux insultes de la populace, qui brisa les maisons de plusieurs officiers de l'Etat partisans de l'union tandis qu'elle portait aux nues le duc d'Harnillon, le plus illustre entre les opposants. Les ducs de Queensberry et d'Argyle, les comtes de Montrosc de Stair de Roxburgh et de Marchmont essayèrent en vain d'oppoaer la raison à l'explosion du sentiment patriotique el de la fureur nationale, et ce que les meilleurs argu ments ne purent obtenir la corruption le fit. Une partie de l'or promis par les commissaires anglais comme dédommagement des charges nouvelles qui allaient peser sur le royaume voisin fut répartie entre leurs collègues écossais et plusieurs membres influents du parlement siégeant à Edimbourg : dès lors tous les obstacles furent aplanis; le traité d'union que la majorité du peuple écossais considérait comme un suicide
I. L'un des membres du ptrlemeut écossais les plus opposés à l'union, lord*
Campagne
et que n'cusst iit point sanctionné lis hommes les plus purs et les pins irréprochables, obtint l'assen liment d'une majorité vénale : ce pacte fameux, enfin, réputé un opprobre pour l'Ecosse, où elle voyait l'immolation Traité d'union t|c ^ intérêts et (le sa gloire et qui devait lui ouvrir,
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«leuï pay*. dans la suite des temps, une ère jusque-là inconnue de 1707. paix et de prospérité, fut signé le 1er mai 1707 et fut considéré comme une grande victoire par l'Angleterre tout enivrée déjà du sucrés de ses armes sur le continent.
L'année 17<ïc> avait été aussi fatale que les précédentes à Louis XIV et à Philippe V quoique la campagne au nord et au midi se fut ouverte sous d'heureux auspices. Vendôme avait battu Eugène en Piémont au pont de Cassa no sur l'Adda ; il avait ensuite, et en l'absence de ce grand général, gagné sur les Impériaux la victoire de Calcinato et il marchait sur Turin, seule grande place qui fut restée au duc de Savoie. Villars arrêtait le prince de Bade aux lignes d'Hagucnau sur la frontière d'Aile magne, et le maréchal de Villeroi, ayant devant lui Marlborough, occupait la Flandre à la tête de quatrevingt mille hommes. Ses dispositions lui devinrent fatales : il avait campé son année près de la Mehaigne à Bataille Ramillies, dans une situation désavantageuse; il voulut
de Ramilltes. ... . . , , . „
combattre maigre 1 avis de ses généraux. 11 mit au centre des troupes de recrues et mal disciplinées et posta sa gauche derrière des marais infranchissables. Marlborough
n lliavcn, montra dans un discour* d'une jjtandc éloquence l'Ecosse périssant de la propre main de ses enfants. Tous les ordres de i'E'at ruinés et détruit* lui étaient, dit-il, successivement apparut dan» une vis on, • cl au milieu d'eui, j'*i vu la vieille Calédonie, assise comme César dans le sénat, jetant autour d'elle des regards désolés, se couvrant de son royal manteau, attendant le coup fatal, et s'écriant en rendant le dernier soupir : El loi aussi, mon fils! » ' (Walht Srot», fllV. d'r.msat.)
ANNE. \Cr)
dégarnit aussitôt sa droite, qu'il ne craignit plus ilo voir attaquée, pour se portera Ramillies sur le centre de l'armée française avec des forces supérieures. Gassion, lieutenant-général, supplie Villeroi de changer son ordre de bataille; le maréchal s'obstine et déjà Marlborough force ses lignes : la perle des Français est affreuse, vingt mille hommes sont tués ou prisonniers. Toute la Flandre espagnole t^t perdue. Ma rlhorough entra victorieux dans Bruxelles, et Menin se rendit. « Monsieur le maréchal, 'lit Louis XIV au maréchal vaincu, nous ne sommes plus heureux a notre âge. » Il tira Vendôme d'Italie et Fentoyaen Flandre., comme le seul homme capable de lutter contre Marlborough. Cette mesure, en privant l'armée du sud d'un bon général, entraîna un nouveau et terrible désastre. Déjà Eugène avait franchi le Pô, malgré l'armée française qui lui fermait le chemin de Turin, et il marchait au secours de cette place que la Feuillade assiégeait avec des forces nombreuses et un matériel considérable. Eugène opéra auprès d'Asti sa jonction avec le duc de Savoie. Le maréchal de Marsin avait alors succédé à Vendôme dans le commandement de l'armée française et avait rejo nt la Feuilladc devant Turin : ils attendant l'attaque des Impériaux dans des lignes d'une défense difficile. Eugène prend l'offensive, il fond sur les retranchements français et les emporte. La déroute de- Déroule vient générale : le maréchal de Marsin est frappé à mort : Fr'"ç,,.is
1 1 dtv.nl Turin.
toute son armée est mise en déroute, la caisse militaire et cent quarante pièces de canon sont prises par l'ennemi, et des cinquante mille hommes qui le matin du 7 septembre étaient dans le camp français devant Turin, 'l s'en trouva le lendemain à peine vingt mille en état
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de servir et qui se rallièrent dans les murs de Pigncrol. Cette terrible journée flt perdre à Philippe V le Milanais, le Mantouan et par suite le royaume de Naples : la France demeura ouverte au vainqueur, et l'année suivante Toulon fut assiégé.
Le but principal de la grande alliance était atteint, et si les confédérés eussent traité à cette époque ils eussent obtenu plus peut-être qu'ils n'obtinrent dans la suite après six années nouvelles d'une guerre sanglante ». La monarchie espagnole était démembrée : Philippe V aurait pu conserver l'Espagne, mais il eût perdu, dans l'ancien monde, les états annexés à cette couronne et qui, réunis sous le sceptre d'un Bourbon, eussent pesé d'un trop grand poids dans la balance de l'Europe. Mais ce qu'il y a de plus difficile est la modération dans la bonne fortune : les alliés abusèrent de leurs avantages pour réduire plus bas Louis XIV, et celui-ci, à partir de cette époque, se montra plus véritablement grand dans ses revers qu'il ne l'avait été dans le cours de ses plus éclatantes prospérités : il sut ménager à la fois ce qu'il devait à ses peuples, à son petit-fils et à lui -même. De grandes forces restaient dans ses mains et il pouvait ajourner encore des avances très-pénibles pour sa fierté : mais il avait satisfait à l'honneur par cinq années de sacrifices et d'efforts pour soutenir Philippe V sur le trône où il l'avait assis; il fut ému de la détresse de ses sujets ré-
°uv ai0"* duii& aux Pms dures extrémités et dompta son orgueil.
Louis xiv 11 fit, pour négocier, les premières ouvertures aux Holla paii. landais. Ceux-ci avaient de longues injures à venger :
i. Celle vérité • été développée el démontrée jusqu'à l'évidence par C< lingbroke dans la huitième de ses Ullm w MWoire.
A la trie de leurs conseils était encore le grand pensionnaire Heinsius, l'ami et le confident de Guillaume III, et qui mettait toute son ambition à continuer la politique de son illustre maître. Heinsius s'était uni étroitement à Marlborough et à Eugène, tous deux grands par la guerre et aspirant à la continuer : ils formèrent entre eux un triumvirat tout-puissant alors et qui décidait du destin de l'Europe. Heinsius répondit aux avances de Louis que les étals généraux ne consentiraient point à traiter avant que la France n'eût reconnu l'archiduc (Charles III) pour roi d'Espagne à la place de Philippe V. Ainsi rebuté par la Hollande, Louis XIV reprend les armes; la France fait un nouvel effort, et les Espagnols se montrent partout résolus à défendre et à maintenir sur le trône le souverain de leur choix.
L'année 1707 s'ouvre glorieusement pour les armées c*mP^8«« de la France et de l'Espagne. Les confédérés anglais, *707allemands, hollandais et portugais, commandés par lord Galloway et parle marquis portugais Das Minas, rencontrèrent l'armée franco-espagnole du maréchal de Berwick sous les murs d'Almanza (avril 1707). Berwick Bataille remporta sur eux une victoire complète : ils perdirent dA,0,>0Mleur artiUerie, leurs bagages et plus décent drapeaux; toute leur infanterie fut prise ou détruite, leur cavalerie s'enfuit jusqu'à l'Ebre et ne se rallia qu'à l'abri des remparts de Tortose «. Celte journée fameuse rouvrit à Philippe V sa capitale, où il reçut delà multitude un accueil
I. t Le» allies, dit Benriik dans set Mémoires, perdirent quinte mille hommes tues ou prisonnier?, et cent vingt drapeau I. » Et il ajoute a l'honneur •/•I eal d'avoir remporté cette grande victoire par la noble simplicité avec '»<!»< H' il la raconte.
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172 LIVRE VI. CHAMTIlE II.
enthousiaste, el la guerre fui également heureuse sur le sol français. Trois mois après la victoire d'Almanza (juillet 1707), le maréchal d'Eslrées fit lever le siège de Toulon au due de Savoie et au prince Eugène et rejeta les alliés hors de France. Ce pays montrait encore une fois la merveilleuse faculté qui lui est propre, de déployer après chaque revers des ressources nouvelles et inattendues. L'Angleterre s'épuisait pour vaincre, elle gémissait sous le poids des taxes; son commerce qui déjà faisait sa force et sa vie, subissait chaque jour des pertes énormes : les jacobî&cs commençaient à s'agiter de nouveau, et relevaient hautement la téte en Ecosse, où ils trouvaient de nombreux échos au sein d'un peuple exaspéré et profondément humilié par le traité d'union. C'est au milieu de ces graves circonstances que se réu- Picmior nit à Westminster le premier parlement britannique, 1 "unnîque." el 1Tia^r|^ tont de causes d'irritation et de mécon- „ m lentement, le eouvernement y obtint un ascendant
Ocl. 1707. ' n
faiblement contesté. Quelques utiles mesures furent immédiatement votées comme conséquence nécessaire acus relatifs de l'union des deux pays : le conseil privé d'Ecosse l'KcLc. fut supprimé : on décida qu'il n'y aurait qu'un seul conseil de gouvernement pour la Grande-Bretagne, que la milice d'tècosse serait établie sur le môme pied que celle d'Angleterre; que les pouvoirs des juges de paix seraient les mômes dans l'ilc entière; que les lords justiciers en Ecosse feraient deux tournées par an et enfin que les writs pour l'élection des membres écossais des communes seraien rédigés et expédiés dans les mômes formes que pour les membres anglais : les subsides demandés s'élevaient à la somme, énorme pour le temps, de six
CooqIc
AVNE.
millioDS sterling, et furent généreusement accordés.
Les whigs, dirigés par l'habile Godolphin, commençaient ainsi à raffermir dans la nation leur crédit, qu'avaient ébranlé les succès récents des armées françaises en Espagne. Le ministère cependant n'était pas homogène : les whigs voyaient avec inquiétude dans ses rangs plusieurs anciens adversaires, entre lesquels sir Kobert Harley était le plus à craindre i>ar ses talents et surtout par son ascendant sur la reine : celle-ci enfin, irritée de la conduite des torvs au début de la session, s'était rapprochée des whigs sans éprouver aucune sympathie pour eux. Son ancienne favorite, la duchesse de Marlborough, avait eu la [dus grande part dans ce rapprochement; mais déjà une autre femme entraînait la reine dans une politique opposée, plus conforme à ses goûts, a ses habitudes comme a ses idées. Un nouvel a3tre s'était levé à la cour, et le crédit de la duchesse, encore « ntier en apparence, était sapé secrètement par une favorite plus jeune, Abigaïl Masham, sa parente, quelle AbiBaii Ma^.a m. rail tirée de l'indigence et introduite comme femme de Sa favcur diambre auprès de la reine. Abigaïl avait moins de fierté, ,
1 ° de U mue.
plus de souplesse et de complaisance que sa protectrice, et avait su s'insinuer fort avant dans la faveur royale, en caressant l'inclination de la reine pour les principes du lorysine et pour les maximes absolues de la haute Kglise. Intrigante habile et parente d'Harley, elle se dévoua d'abord à ses intérêts comme à ceux de son collègue Saint- John, et les servit de toute son influence auprès de sa rojale maîtresse. Ces deux hommes d'Etal, dans la suite ennemis implacables, étaient encore à cette époque trèsétroilement unis. Ils s'appliquèrent l'un et I autre, avec
l'assistance de leur collègue d'Harcourt, à rallier sous main les torys découragés ou désunis; ils leur montrèrent la reine mécontente, fatiguée du joug des whigs, aspirant à suivre la pente secrète qui la portait de nouveau vers leurs adversaires, et ils obtinrent d'elle quelques actes conformes à leurs desseins. Une découverte imprévue affermit leurs adversaires : Harley se trouva compromis par la trahison d'un employé subalterne, nommé Gregg, au-
Traliison
.i« Grèce, quel il donnait toute sa confiance. Gregg correspondait avec la cour de Versailles et le prétendant : par son entremise aussi le maréchal de Tallard, prisonnier des Anglais, entretenait un commerce de lettres avec le ministre français Chamillard. Le coupable, arrêté, confessa son crime et l'expia sur l'échafaud. Marlborough et Godolphin s'emparèrent du fait pour ruiner leur rival, dont ils n'ignoraient pas les secrètes manœuvres pour les perdre euxmômes. Ils lui imputèrent hautement à crime la confiance qu'il accordait* à des traîtres1, protestèrent qu'ils ne siégeraient plus avec lui au conseil, et s'abstinrent tout à coup d'y paraître. Surprise et irritée, réduite ainsi, par un incident misérable, à se prononcer ouvertement et à l'improviste, la reine inclinait encore pour Harley, lorsque Somerset, au nom du conseil, déclara toute délibération impossible en l'absence du général en chef et du lord trésorier. Anne se contint, et, selon son habitude, dissimula : elle croyait encore l'appui de Marlborough nécessaire à son gouvernement, et n'ayant pu le détacher de Godolphin, elle ajourna ses projets. Harley
I. On avait découvert en moine temps <juc plusieurs agents employas comme espion», et dont Harley soldait les services, trahissaient le gouvernement et s'étaient mis au» (>a(;ek de I* l iante. (Couliuuat. de Kapi.i Tuoirti )
se démit de sa charge, et fut suivi dans sa retraite par rémission trois de ses collègues, sir Simon d'Harcourt, sir Tho- aJ^y mas Mansel et Saint-John, à qui succéda Robert Walpolc, membres ion»
du ministère.
fort obscur encore. Le grand ministère whig, auquel les