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militaires. L'armé»! de Flandre, sous les ordres du duc de Vendôme, forte de cent mille hommes, était le dem ier t-spoir de la France. Louis XIV y envoya son petit-fils le duc de Bourgogne, pour y commander conjointement avec Vendôme, et la mésintelligence de ces deux chefs eut pour résultat la défaite d'Oudenarde et la prise de drt%W Lille, malgré la belle défense de Bouf tiers. L'armée, découragée, laissa prendre Gand et Bruges, puis successivement tous les postes militaires ; le chemin de Paris était libre, et un parti hollandais, s'avançant jusqu'auprès de Versailles, enleva sur le pont de Sèvres le premier écuyer du roi, qu'il prit pour le daupjiin.
La guerre avait épuisé toutes les ressources de la France. Louis XIV demanda ouvertement la paix aux Hollandais; mais son négociateur, le président Rouillé, ne trouva eu Hollande que hauteur et mépris : on refusa longtemps de l'entendre; enfin on lui signifia qu'il fallait que le roi rendît l'Alsace et une partie de la Flandre, et contraignit lui-même son petit-fils à descendre du trône. Le vieux monarque répondit : « Puisqu'il faut faire la guerre, j'aime mieux la faire à mes ennemis qu'à mes eufants. » Par son ordre, les prétentions de ses ennemis furent publiées dans son royaume, où l'indignation réveilla le patriotisme, et la France redoubla d'efforts : Nouvelle débite mais Villars perdit en Flandre contre Eugène et Mari- m^.".^*. borough réunis la sanglante bataille de Malplaquet, quoi- ,709 qu'il eût tué vingt mille hommes aux ennemis et n'en eût perdu que huit mille : plusieurs places tombèrent au pouvoir des alliés, et Mons môme succomba. Louis fit congrès alors de nouveau violence à sa fierté, et des conférences Gcriruydeuberg pour la |>aix s'ouvrirent à Gertruydenberg. Là il offrit de 1710. iv. 12
MU tIVHK vi. CH.UMIKF 11.
ivopo*iiion* ne donner aucun secours à son pHil-tils, de rendre Lnu»e\iv: Strasbourg et Brisach, de renoncer à la souveraineté de l'Alsace, de raser toutes se? places depuis Baie jusqu'à Philisbourg, de combler le port de Ihinkerquc, enfin, de laisser à la Hollande Lille, Tournay, Ypres et plusieurs autres places en Flandre; il fléchit même jusqu'à offrir un million par mois pour aider les alliés a détrôner son petit-fils : tout fut vain; ils voulurent qu'il s'engageât seul à le chasser de l'Espagne. Les conférences furent rompues et suivies d'une alliance plus étroite et d'une convention nouvelle conclue entre la Hollande et Tr*, é l'Angleterre. Celleyci, célèbre sous le nom de traité de la J' *riî«,èrr' barrière, fut l'œuvre de l'habile plénipotentiaire anglais l'Aiigieier.» ioru* Townshend : l'Angleterre assurait à la Hollande en la Boikndr. Flandre la possession de plusieurs places importantes. i7io. comme une barrière contre la France, la Hollande s'engageait de son côté à concourir de tout son pouvoir à la défense et au maintien de la succession prolestante en Angleterre.
La France, accablée, semblait aux abois; des évêiioopéraiio.i» ments inespérés la sauvèrent. La fortune lui revint d'à m E*p»giif. nonj en Espagne, où, depuis la glorieuse journée d'AIr708-mo. manza, elle avait déserté les drapeaux de Philippe V. ls général Stanhope, à la tète des forces anglaises, avait eu, en 1708, de brillants succès : il avait enlevé Porl-Mahon et Minorque, dont l'Angleterre se fit aussitôt céder la possession par l'archiduc Charles : la flotte anglaise s'était emparée de la Sardaigne : la France, épuisée, avait paru abandonner l'Espagne à elle-même, et deux nouvelles victoires de Stanhope, en 1710, à Almanara et à Saragosse, avaient de nouveau forcé Philippe Y à évacuer sa capitale.
AXXK. I7!#
« >■ i rentra l'archiduc. Mais aussitôt après la rupture des conférences de Ortruydenberg, Louis XIV fit un dernier effort en Espagne : Venrlôme y reparut, et son nom fit des prodiges; il rallia l'année espagnole, et se vit bientôt à la tète de vingt-quatre mille hommes avec lesquels il manœuvra habilement dans la Castille, tandis que le maréchal de Noailles, avec une armée française, entrait en Catalogne. Charles, a son tour, évacua Madrid, et les confédérés se replièrent sur KAragon, suivis et serrés de près par Vendôme.
Lue révolution sunenue à la cour d'Angleterre fit encore plus pour la France, que le succès de ses armes dans la Péninsule, dette révolution, qui fut précipitée et même déterminée en apparence par la plus mesquine de toutes les intrigues, avait ses racines dans la situation religieuse du royaume et dans l'inclination trèsprononcée de la reine pour les doctrines étroites et absolues de la haute; Eglise. Ces doctrines étaient alors fort en crédit dans la multitude, et se liaient avec celles de l'obéissance passive et de la prérogative royale sans limites : elles avaient à Londres pour un de leurs principaux interprètes, un prédicateur fanatique, ledocleurSaeheverell, d'une intelligence médiocre, mais en revanche absolu, opiniâtre et violent à l'excès, suppléant au goût par la logique des écoles et au talent par la passion, tel enfin qu'il faut être pour dominer et entraîner les masses en flattant leurs erreurs on leurs préjugés. Ce docteur, dans un discours fameux prononcé à Saint-Paul le <> novembre 1709, jour anniversaire de la conspiration des poudres, avait attaqué ouvertement les dissidents et leurs protecteurs, et, par de nombreuses allusions a la conduite
Sachcvcrell.
du gouvernement, autant que par de \ives attaques contre tous les principes des libertés publiques, il avait fait le procès à la dernière révolution et à la constitution rn^me du royaume. La chambre des communes, où les whigs étaient alors en majorité, lit une motion contre le prédicateur téméraire : les ministres, et surtout Godolphin, désigné parle prédicateur sous le nom injurieux de Vol* poneS firent, malgré tous les efforts de lord Somerset d<- Marlborougb , cause commune avec la majorité de la chambre; ils grandirent ainsi outre mesure L'importance du docteur en soutenant l'accusation. Plusieurs membres Pr ices du cabinet figurèrent dans le comité accusateur. Sachej et . vcrell fut traduit devant la cour des pairs, et ce procès de causa une agitation immense dans le public. La question, de particulière qu elle était d'abord, était devenue générale; elle touchait aux intérêts vitaux de la nation, aux principes constitutifs de la société, et les points les plus importants furent débattus : on examina les principes mêmes du gouvernement civil, le contrat qui unit la royauté au peuple, les limites de l'obéissance et celles
I. C'est U Renard, petsounage de U célèbre comédie satirique de Ben Johnson. Lord Souiera n'y éiait pa» moins \ iule minent attaqué par le docteur : on en jugera par l'extrait suivant : a 11 y a une autre sorte de gens, dit Sacbevercll, qui sont pour la ueulralilé en religion, mais qui n uni en réalité aucune religion, qui «ont une sorte de révéïesuls athées, se disant de l'Eglise et se mêlant quelquefois au troupeau, mais qui appartiennent indistinctement a toutes les commuuions, c'est-à-dire a pus une. Ces gens-là ne sauraient voir m péclié ni danger .Uns le schisme, et parleront hien haut d'union, de compréhension, de modération, toutes expressions hypocrites par lesqu<llcs ils n'entendent autre chose que d'attrap-r des places et de l'atgeat, se méuagcaut avec des personnes de toute nuance et de tout parti, irrésolues entre le maintien des diversités d'opinion, et la léronci liaison de Dieu et de ttélial pour un fil gain. • (S ta le Triait.)
dans lesquelles le droit de résistance peut 3 exercer : cette affaire, enfin, devint un champ de bataille |>our tous les partis en guerre depuis un siècle, et, dans cette lutte, le \ent de l'opinion publique fut contraire au gouvernement. Aux yeux d'une multitude prévenue, l'apparence même de la persécution suffit souvent pour donner un corps à des fantômes et pour changer l'indifférence en préoccupation ardente et la sympathie en enthousiasme : l'opinion voulut voir dans Sacheverell une victime, et prit feu pour lui dans la capitale et dans les comtés, line sentence de condamnation fut rendue plutôt contre les sermons incriminés, et qui furent voués aux flammes, que contre leur auteur, qui échappa aux peinesde l'amende et de la prison. Ses partisans virent un acquittement et owiio» un sujet de triomphe dans cette condamnation timide et f>0Hê,rr ainsi mitigée : Sacheverell eut à la fois aux yeux de la multitude les avantages de la persécution pour une cause réputée sainte et les bénéfices de la victoire : il fut porté en triomphe dans les rues de Londres, alla d'église eu église rendre de solennelles actions de grâces, et la multitude fil des feux de joie en son honneur Il parcourut ensuite un grand nombre de comtés et recul partout un accueil enthousiaste. Cette manifestation de l'opinion fut si violente et en apparence si générale, que l'opposition Ion conçut l'espoir, dans le cas où le parlement serait dissous, d'obtenir une modification profonde dans la composition des communes. Saint-John et Harley en jugèrent ainsi 2 : « La partie est gagnée, » dit Harley du fond
I. Sadieverell reçut 3,000 Ruinas d'un |»roicl>«c aiiuii\me. i. Le» ministre», cl i l Saint-John, avaient un prtdicanl a cuire, ci ils l'a»! 'Nia «n feu si violent , qu'il» »> «ml brûle» eu» -menu».
182 I.IYKF VI. Cil Vl'll RE II.
de sa retraite, en apprenant le procès SacheuTell, et il revint à Londres pour attiser le feu de la passion populaire el nouer de nouvelles intrigues avec la reine qui la partageait, et qui, depuis longtemps, méditait de renverser son ministère. Elle était entretenue dans cette pensée par sa nouvelle favorite, Abigaïl Masham : eelle-ei, après avoir supplanté dans son affection lad y Marlborough, sa parente, continuait à caresser les jonchants de la reine pour les torys, et payait d'ingratitude son ancienne bienfaitrice. La duchesse avait déjà fatigué sa souveraine de son orgueil tyran nique, et à une intimité étroite et bizarre avait succédé, dans le cœur blessé de la reine Anne, la froideur, l'aversion, et enfin un vif désir de s'affranchir d'un joug devenu chaque jour plus pesant. Abigaïl Masham et son parent Harley s'entendirent pour nourrir ce vœu de la reine et pour en préparer l'accomplissement ; ils lui peignirent la nation lasse d'onéreuses victoires, l'Eglise menacée dans son existence et leur souveraine dans sa dignité par un cabinet audacieux : les trahisons et les concussions de Marlborough furent habilement rappelées; ils n'eurent garde d effraver la reine en l'invitant à braver les hasards d'une complète révolution de cabinet ; il s'agissait pour elle de recouvrer sa propre liberté, de s'affranchir de la domination exclu-
I. Les amis el le» aimrMtM 'I» docteur Sacucu-rcll, «uni d'accord pour nous le représenter tomme aussi dépourvu de cœur que d'intelligence : mai» il était considéré comme ta vivante expression d'une doctrine populahe comme le champion el le martyr de la cause de la haute Église, et la multitude qui considère toujours les pci sonnes plutôt que les principes ue peut élre gagnée a rcut-ci que lorsque les maiiuiea, dont l'évidence est le plus manifeste, lui appareillent pcrsonniûéct dans quelqu'un doses favori. Loid Manon. If Ht. d'AïujUUru dfpitis la j>aix d ltrtcki, ttiap. i.j
AYSK. 18.1
sive (I un parti, et le temps de la dissimulation était
passé.
La duchesse de Marlhorough avait vu en frémissant diminuer chaque jour son ascendant sur sa maîtresse; elle crut la ramener en s'éloignant d'elle : elle s'abusait, et lorsqu 'ensuite elle voulut s'en rapprocher, il était trop lard : elle demanda une audience et abaissa sa fierté jusqu'à répandre des larmes. Tout fut vain : Anne demeura insensible et la congédia en lui refusant toute explication. J^^i^h Les torvs IVin portaient ; Anne était résolue : mais rien ne , *\ chu,e. transpirait encore, aucun changement public n'avait été
fait ni dans les charges de la cour ni dans le ministère : la reine n'y procéda qu'avec prudence et lenteur. Au mois d'avril le (tarleincnl fut prorogé; elle se crut plus libre et commença par appeler près d'elle un homme très-considérable sous le dernier règne et d'un caractère généralement honoré, quoique timide et irrésolu, le duc deSurewsbury, absent depuis plusieurs années. Il s'était récemment aliéné les whigs en votant pour l'acquittement du docteur Sacl^erell 1 : ce vote lui gagna la faveur de la reine, qui le nomma grand -chambellan. Peu de jours après, deux autres nominations plus significatives ne laissèrent aucun doute sur les véritables intentions delà reine; le gendre môme de Marlborough, le comte de Sunderland, fut remplacé par lord llarmouth comme secrétaire d'Etat, et le lord-trésorier Godolphin fut congédié : la trésorerie fut remise en commission sous la
I. Selon Buruel, le duc de Sbrcwsbury, dans les dernières années du ici; ne précédent, t'était déjà rendu su»pecl au« wbigt, qui lui allribun'uiu en partie la rf»olatiou qu'avait prise Guillaume d'appeler des torvs dans son conseil. Mufoir* dt mon lemp$.)
direction d'Harley, nommé chancelier de l'échiquier et sous-trésorier. La reine avant résolu de donner sa coni)i»t.uiuttun |jance aux tons, la chambre des communes, où les vvhiirs
du ■ * ' «
paiement, dominaient, ne pouvait plus être conservée;, et quoique le oci. mo. |>ariemcl,t n'eût encore que deux années d'existence, il
Élection», fut dissous. Les élections furent faites sous la double et irrésistible influence «lu désir de plus en plus général d'une paix prochaine et de l'émotion populaire excitée i>ar le procès du docteur Sacheverell : elles tournèrent à l'avantage des torys : la reine, affranchie de toute crainte en voyant sortir du scrutin une majorité selon ses vœux, compléta la révolution ministérielle, et.
Formation l'administration lorv fut constituée. Le comte de Ro-
■lu
ubiiiei ion. chester, qui avait été précédemment écarté parles wliigs, 17*0. remplaça lord Somers comme président du conseil ; le chancelier Cowpcr céda le grand sceau à sir Simon d'Harcourt; Saint-John fut secrélaire d'Etat; George (iranville succéda, en qualité de secrétaire de la guerre, à Hobert Walpole, et le due d'Ormond fut nommé lord lieutenant d'Irlande. La reine se crut délivrée après avoir hrisé un cabinet qu'on lui avait dépeint comme une junte oppressive; et ainsi fut abandonnée, par Tenet d'une intrigue de cour, la grande politique de Guillaume III, continuée depuis trois ans au delà des limites nécessaires par Marlborough et (jodolphin.
Cette révolution ministérielle coïncida presque avec
Cftpimltiioa de grands revers subis par les armes anglaises en Ks parie
sianhopc gne. Le gênerai Stanhope, dans la retraite de l'armée en Hril,,,,-,. Aragon, se vit, à la fin de novembre, enveloppé et assailli par l'année française dans la petite place de Brihuega : contraint de se rendre après avoir épuisé toutes ses mu-
ANNE. 18îi
nitionsdans une héroïque défense de vingt-quatre heures, soutenue à la fois contre les ennemis du dehors et contre les habitants 1 , il fut fait prisonnier avec son corps d'armée de 3,000 hommes. Le lendemain, Vendôme battit à , v»ooirc
de Vendôme
Villaviciosa le reste de l'armée confédérée : cette glorieuse «
Yillaficiosa
victoire sauva la couronne de Philippe V. Ce prince, après la bataille, excédé de fatigue, témoignait le besoin de dor- Nov- 17,0 mir : « Sire, lui dit Vendôme, je vais vous faire préparer le plus beau lit où jamais roi ait couché ; » et il fit étendre à l'ombre d'un arbre les drapeaux enlevés à l'ennemi.
Cette grande défaite fut connue en Angleterre, peu de jours après JTouverture du nouveau parlement : elle y fit voir de nouveaux sacrifices nécessaires pour un résullat incertain et rendit la paix plus désirable encore aux torysqui, depuis longtemps, blâmaient la guerre, el qui maintenant dominaient dans le cabinet comme dans les rom mimes.
Fait d'tllreclil. — Fin du règne d'Anne. — Surcession de la maison de
Bru nswick-lla notre.
Les charges de la guerre retombaient principalement Bill sur les propriétaires du sol, et l'un des premiers hills de "^'X™* la session, relatif aux conditions à remplir pour être élu "P"*»»»»*». membre des communes, marqua dans le parlement la '7H. prédominance des intérêts fonciers sur ceux qui avaient
I. L« Espagnols étaient si animé* contre Tarcliiduc el les Anglais, qu'il* aVniolirml leurs propres maisons pour écraser l'armée anglaise sous les dé- W (fontin. de Rapin Tlioyras, I XXVI.)
'JcuUtivi d'as- MMÎMl »ur Hailvv.
w» m\ Kt vi. LiiAi'i me II.
pour base le crédit et les valeurs mobilières. Par ce hiil six cenls livres sterling de revenu en fonds de terre, fu rent exigées de quiconque aspirait à représenter un comté au i«rlement, et il en fallait trois cents j>our représenter un bourg. Le but de la majorité était d'exclure ainsi les commerçants du parlement f, et ce vote fut considéré par l'opinion whig comme une atteinte grave portée à la liberté des suffrages : un autre acte du parlement annonça une tendance marquée à la paix en autorisant sur des bâtiments neutres l'importation des vins de France. Les tory s alors avaient jHuir eux le i>euple fatigué de la guerre et la reine qui l'avait entreprise à regret : la réaction ne rencontrait plus aucune sérieuse résistance et devenait plus rapide et violente. Déjà Harley, si habile à se ménager entre tous, voyait diminuer son influence : on lui reprochait ses temporisations, ses manœuvres sourdes et tortueuses et aux yeux de son parti triomphant il ne paraissait plus ni assez pur, ni assez dévoué. Un événement imprévu raffermit son crédit : il faillit périr sous les coups d'un Français nommé Guiscard, 11011111)1' perdu de dettes et de mœurs, espion à la solde des jacobites et traître envers la reine dont il était ouvertement pensionné. Dénoncé par Bolingbroke et amené dans la salle du conseil, il voulut entraîner avec lui un des ministres auquel il imputait sa perte. Saint-John était hors de son atteinte, l'assassin s'élança sur son collègue le chancelier de l'Échiquier et le frappa de deux coups de canif près du cœur. La vie d'Harley parut quelque temps menacée, et ses blessures le rendirent l'objet de la sym-
i. Smollel, Ui$t. d'ÂngUi. ngtu 4'Â**t.
patltits générale : on y \it la preuve qu'il était pur de toute intrigue avec les jacobites et avec la France. L'horrcur inspirée par cet attentat devint funeste aux papistes, contre lesquels la stricte exécution des lois fut ordonnée, tt un bill fut rendu, déclarant crime de félonie, sans bénéflce du clergé, tout attentat contre un conseiller privé. Harley atteignit alors l'apogée de sa fortune : il fut élevé a la pairie avec le titre de comte d'Oxford, et le comte de llocliesler, président du conseil, étant mort , Harley, nommé lord trésorier, fut reconnu pour chef du cabinet.
Lu seul puissant adversaire restait à vaincre pour les torys : Marlhorough demeurait à la tète de l'armée, défendu par sa gloire. La guerre seule pouvait le maintenir, et ses ennemis aspiraient plus fortement encore à la paix, par l'espoir de le renverser et de rendre leur victoire plus complète. Au début de la crise, Marlborougb s'était lc»u à l'écart; mais au bruit des coups répétés qui avaient frappé ses amis et ses proches, il était revenu à Londres, où il essava vainement de dominer la situation. H n'y reçut pas des deux chambres du parlement les hommages accoutumés, et sévit attaqué par les feuilles publiques avec la plus amère violence : ses lauriers naguère couvraient ses vices, ceux-ci maintenant faisaient oublier ses exploits. Ce fameux vainqueur qui avait rétabli sur le continent la gloire des armes anglaises, gagné tant de batailles, soumis tant de villes, humilié la France et pesé d'un si grand poids en Europe, n'était plus, dans les entretiens de la cour et dans une multitude de pampliets, qu'un vil aventurier, qu'un odieux intrigant. Par son caractère d'ailleurs, par ses nombreuses trahisons *HM les règnes précédents, il donnait \mœ contre lui
aux plus violentes attaques sans pouvoir les imputer à la calomnie. Il vit la reine, dont il ne reçut qu'un froid accueil et il retourna à sa véritable place, au milieu de son armée campée en Flandre campagne H se vengea, dans la campagne de 17H, par de nou- 17d", veaux succès. 11 força le long de l'Escaut et de la Sambre les lignes de Villars réputées imprenables et s'empara de Bouchain, dernière place fortifiée sur cette frontière et l'une des clefs de la France. Ce fut le terme de ses exploits qui n'étaient plus profitables qu'à lui-même. Déjà, depuis trois ans, s'il eut recherché l'avantage de son pays pins que le sien, voyant tous les résultats désirés obtenus par la guerre, il n'eût point persévéré à outrance et sans but dans une politique belliqueuse : celle-ci était maintenant plus que jamais contraire au voui général comme aux grands intérêts de la nation. L'eni|>ereur Joseph Pr, successeur de Léopold en 17(tf. Mort venait de mourir, et sa mort avait appelé à la succession VttSï%r *0l,s ^k**8 héréditaires de la maison d'Autriche son de*Pmhiduc f™re * arcm(U,c Charles, concurrent de Philippe V et cinrlM reconnu roi d'Espagne par la coalition sous le nom «le
au
irùne impérial. Charles 111. Six mois plus tard il fut élu empereur -, et 17J , tandis qu'il montait ainsi rapidement au faîte et acquérait d'immenses forées, Louis XIV était frappé dans sa vieil lesse d'une suite de malheurs domestiques qui le rendaient un objet de respectueuse compassion même pour ses ennemis. Aux yeux de tout esprit impartial l'équi-
1. Selon Coxe, son savant biographe, Marlborough se fit violence pour reprendre son commandement apiès la chute du cabinet vijjh, et ne céda quW instance* r^i tarées du prince Kugène et de tous les chef* de la coalition. {Mimoirrs du duc de Marthnrottgh, vol. v, p. 430.)