I.IVUF M. r.lHPITHF II
les partisans de la guerre et de Marlborough étaient encore en majorité dans la chambre des lords, et dans leur réponse au discours de la couronne ils insistèrent Ad*»! leiii- avec force sur la nécessité de poursuivre la guerre
que use
de Ucbamhre avec vigueur. Quelques pairs torys unirent leurs voix à «iMp»ir*. des whigs : à leur tête était le comte de Nottin-
<7H- gham, ancien ministre de Guillaume III et en grande estime auprès de lui. Nottingham était également zélé pour la haute Église et pour la succession protestante : il ne voyait pas sans beaucoup d'ombrage les Stuarts à la cour de France : les Bourbons leurs alliés, lui paraissaient toujours, malgré les revers des deux dernières années, également à craindre, et il fut le principal auteur de l'adresse belliqueuse présentée par la chambre à la reine. Mais il fit payer cher aux whigs l'appui qu'il leur donnait : ceux-ci, par une transaction dont les annales parlementaires offrent de nombreux exemples, pour conserver l'appui de Nottingham et de ses amis, zélés partisans de la haute Église, tirent le sacrifice de leurs principes sur la tolérance religieuse et consentirent à voter le bill célèbre contre la conformité occasionnelle, présenté au début du règne. Ce bill, adouci dans Ulcej"cbl11 ses clauses les plus rigoureuses, fut enfin converti en loi
Iw^onneîir e* déshonora cinq ans les statuts du royaume.
jo La reine cependant était résolue à conclure la paix et quoique dissimulant encore, elle y travaillait de concert avec ses principaux ministres Oxford et Boliniibroke. Elle oublia trop, dans son impatience, que l'Angleterre était en état d'en dicter les conditions plutôt que de les recevoir et poursuivit son but pour la ruine de Marlborough et des siens avec l'ardeur que donne une haine péniblement
contenue cl la révolte contre une trop longue sujétion. Elle voulut que sa chute parût l'effet d'un châtiment plutôt que d'une disgrâce et se tint comme à l'affût des occasions les plus propices pour 1 accabler. Elle n'eut qu'à choisir, et Marlhorough, non moins cupide qu'ambitieux, convaincu de concussion pour avoir reçu en présent six mille livres des fournisseurs de l'armée, fut dépouillé de tous ses emplois1. La reine lui donna le duc d'Ormond pour successeur dans le commandement de l'armée de Flandre et lui enjoignit d'éviter toute action décisive. Elle assura le triomphc^de l'opinion favorable à la paix en recourant à un acte, ressource extrême <lc la prérogative dans les situations les plus graves, et modifia, par la création de douze nouveaux pairs, Crfaiiwi
de
la force respective des partis dans la chambre des lords douMpir*. où les torys balancèrent la majorité qu'ils av aient conquis*» dans les communes. Celles-ci partageaient l'animosité de . la reine contre ceux deg whigs dont «-lies redoutaient l'influence ou les talents : de ce nombre était Robert Wal pôle, secrétaire de la guerre sous l'administration précédente : une dénonciation qui inculpait son intégrité dans les fonctions qu'il avait récemment remplies 2, fut légèrement accueillie par la chambre, qui l'expulsa de son sein et l'envoya à la Tour. Le bourg qu'il représentait l'ayant
1. Il «t fort difficile de concilier ce que nous tâtons de l'ambition, de l'avarice sordide cl de» perfidie» de Marlborongh avec l'éloge magnifique que •wmu a lm»é de ce grand capitaine l'historien C«»xc (t. V, 403-401 ).
2. Il k'agitsail de 500 litres sterling données on présent à un protégé de Walpole, par le» entrepreneurs d une fourniture de fourrages. Walpole esl •aibJemeiji inculpé sur ce point dans l'huluire du tory Sinolelt, et lord Bmu- Chm ti-mMc avoir réduit le fait a »on exacte valeur, sans cependant le justifier. iWiiformii Sketche*. Appendii. Sir Robert Walpole )
nommé une seconde fois, les communes le déclarèrent incapable d'être élu pour le parlement actuel. Procé.1* La majorité triomphante suivit inconsidérément, comme de. wmmu ne*, toujours, la pente où l'entraînaient ses instincts aveu- J7JI gles. Mécontente de l'organisation disciplinaire de l'Eglise presbytérienne d'Ecosse, elle vota une série de résolutions blessantes pour elle, et qui attentaient à son indépen danec, quoique l'acte qui la constituait fût une des danses fondamentales du traité d'union. Elle mit ainsi en péril le maintien même de cette union, dont le rappel fut demandé en Ecosse et sérieusement discuté dans la chambre des lords. Les communes, enfin, ne montrèrent pas moins de passion en attaquant le traité de la harrièrty conclu avec les Hollandais après la rupture des conférences de Gertriiydenberg, et où elles voyaient un obstacle à la paix. Les états généraux remontrèrent vainement à la reine que la conservation d'une barrière dans les Pays-Bas était aussi nécessaire à l'Angleterre qu'à la Hollande comme garantie de l'équilibre européen; les communes passèrent outre, elles déclarèrent contraire aux intérêts du pays ce traité célèbre, et ennemi du royaume le vicomte Townshend qui l'avait négocié.
La paix désormais paraissait certaine : des deux grands Le capitaines qui avaient fait à la France de si profondes ^"undm!" blessures, le prince Eugène demeurait seul à la tèle des
armées confédérées: nul mieux que lui n'était en état d'apprécier tout ce que la cause des alliés perdait en perdant Marlborough. 11 conçut une vive douleur de sa disgrâce, et vint en Angleterre dans l'espoir d'y relever la politique de la grande alliance. 11 reçut l'accueil mérité
par sa valeur et son génie mais ses efforts furent impuissants : de nouvelles conférences pour la paix s'ouvrirent publiquement à It redit au commencement de Tannée 1712, et les efforts des négociateurs furent secondés par les éclatants succès que le maréchal de Villars obtint dans la campagne suivante sur les Hollandais et les Impériaux.
Il était en Flandre avec cent quarante bataillons contre Eugène qui en commandait cent soixante, et qui, après s'être emparé du Quesnoy, assiégeait Landrecics. L'Escaut, la Sambre et la Seille, couvraient Tannée d'Eugène, et celui-ci avait en outre un camp retranché à Denain, sur l'Escaut. Le duc d'Albermarle, général des Hollandais, gardait les lignes qui joignaient ce camp au fleuve. Villars se décide à les attaquer pour forcer ensuite le camp de Denain : il masque ce projet par de fausses démonstrations sur la Sambre, tandis que le gros de son armée attaque les lignes d Albcrmarlc et marche sur les redoutables retranchements de Denain. Eugène accourait, et
... , ^ idoire
déjà ses tètes de colonne débouchaient du coté de l'Es- «le villars eant : le temps pressait : l'infanterie française reçoit i)C„*i„. sans plier un feu terrible; elle fond sur les redoutes, les |7|a emporte, et Villars poursuit les vaincus sur le fleuve : les ponts se rompent sous la multitude des fuyards, tout
I. On dit de lui, a cette époque, quelque* moli heureui. Le lord Irétorier, cbeî du cabinet, l'étant félicite, dans on dîner qu'il lui don mil, d'avoir reçu • « table le plut grand capitaine de l'Europe : • Si Je le Mit, dit Eugène, c'est C** a Velre Seigneurie. • L'auteur d'un libelle conlre Varlborough ayant «btqae » général avait eu peut-être une heureuse chance daot ta vie : a C'est le pl« cnnd doge qu'on puisse faire de lui, dit Eugène, puisqu'il a toujours été fartai. •
iv. 13
est pris ou tué. Eugène ne put franchir l'Escaut : Marcluennes, Douay, le Quesnoy, se rendirent successivement, et les frontières de la France furent en sûreté.
Le due d Ormond, à la tète de l'armée anglaise sur ks continent, était resté inactif, fidèle observateur des ordres de la reine durant les derniers événements, et sa conduite, que les partisans de la guerre qualifiaient de trahison, avait soulevé de violents orages au sein du parlement. Le eabinet néanmoins persévéra dans ses vœux pour la paix, dont la victoire de Villars à Dcnain hâta la conclusion. La Hollande et l'Empire tentèrent en vain d'y r.u A'Uirctbt. mettre obstacle 1 : elle fut signée à Utrecht en avril 1713, Avril i-i3. cntre la France, la Grande Bretagne, la Savoie, la Prusse, le Portugal et les états-généraux. Les principaux articles portaient que Philippe V serait reconnu comme roi d'Espagne et des Indes, à la condition de renoncer à tous ses droits à la couronne de France 2. La France reconnut la succession protestante dans la maison de Hanovre, et le prétendant fut contraint de quitter le royaume 3. La Sicile fut donnée au duc de Savoie avec le titre de roi ; les Anglais eurent Minorque et Gibraltar : la France leur céda la baie d'Hudson, FAcadie, Terre-Neuve et Saint-Christophe : Louis XIV garantit la succession au trône anglais dans la ligne protestante; il reçut garnison anglaise dans Dunkcrque, dont il promit de démolir le port qui lui
1. la Hollande cl 1 Angleterre étaieul en méfiance l'une vis-a-vis de l'autre, chacune d'elles aspirant a obtenir les conditions les plus favorables pour son
commerce (Uccrm, ut tuprà).
2. D'autre part, une renonciation formelle à la couronne d'Espagne fut exigée des duc* de Ucm el d'Orléans.