‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculésChapitre 40 sur 145 · Uurnft, Histoire de non temps · texte numérisé non relu

Uurnft, Histoire de non temps

î. lUIlam, Uist. constit. d'Angtdêrrf, c. StVI.

générales approchaient, lesjacobitcs protestants agissaient de concert avec les torys , et ceux-ci avaient eu Fart de montrer au peuple le triomphe de leur cause inséparable du maintien de l'Eglise établie. Les whigs étaient affaiblis et découragés. Le résultat des élections leur fut contraire, sans cependant confirmer les espérances des jacobites. L'intérêt religieux s'était réveillé à l'approche du péril, et dans beaucoup de localités les torys qui furent élus étaient eux-mêmes partisans de la succession protestante et de la maison de Hanovre.

Jamais la presse jusqu'alors n'avait eu un rôle aussi considérable dans les affaires du pays. Le compte rendu des chambres n'était pas à cette époque publié par les journaux : les hommes politiques, dans leurs discours, jounttux s'adressaient plutôt à leur auditoire qu'au public, et ils pMppblfts. avaient recours aux pamphlets pour passionner celui-ci. Quelques écrivains d'un rare talent se distinguaient dans cette lutte ardente, et en première ligne, du côté des whigs, le célèbre Addisson, dont les écrits élégants et purs seront toujours d'inimitables modèles, et le véhément Steelc, à la plume mordante et acérée. Les torys, d'autre part, possédaient le libelliste le plus redoutable comme le plus effronté dans l'irlandais Swift, qui, après être entré dans la carrière politique sous le patronage des whigs1, leur avait prodigué l'insulte et l'outrage endé-

I. Lord Soincrs avait élé l'un de» plu» actifs protecteur» de Swift, qui lui dédia une de *rs plut célèbre* productions, te Conte du tonneau (laie <{ tut /•*). Voyant l'opinion publique revenir, ans loiy», a l'époque du procé» Je Stcbcverell, Swift déserta sou parti : il se lia avec llirlcy et Saint John, et Jan» sou journal l'Examinateur, il attaqua ses ancicus patron*, ks ministres wbigs avec uue tirulcucc qui ne pouvait se compater qu'a la bassesse citremc de» (lit terîes qu'il leur a\ait aupaiavaol piudiguée*. L^rd S orner* sut tout fut l'ol^i de tes fuiieuïc* invectives.

sériant leur cause pour celle de leurs adversaires. Cette guerre de |>amphlels devint plus acharnée à mesure que le règne approchait de son terme, et alors, comme de nos jours, il était fort difficile d'en modérer la violence. Les ministres, et en particulier Bolingbroke, qui, dans l'opposition, avait fait usage et abus de la presse contre le gouvernement, s'indiquaient maintenante^ ses attaques et provoquaient contre elle toute la rigueur du parlement. Un premier bill fut publié à l'effet de régulariser nm*o-H«écnts l'action de ce nouveau pouvoir, en obligeant de faire »>érKMl connaître, pour chaque feuille, le nom et l'adresse de l'auteur, de l'imprimeur et du libraire : les communes volèrent ensuite une autre mesure tendant à diminuer le nombre des publications périodiques en les frappant de droits considérables. Cette mesure fut impuissante, et elle eut même des résultats contraires à l'attente de ses auteurs, les partis étant toujours plus disposés à faire des sacrifices pour attaquer le pouvoir que pour le défendre, et Swift eut raison de dire que la nouvelle taxa donnait la parole aux ennemis du gouvernement, et condamnait ses partisans au silence2.

Si la guerre était vive, elle s'expliquait jiar la gravité de la situation : les destinées de l'Angleterre étaient de nouveau tout entières en jeu : on s'étonne en voyant une foule de protestants zélés donner leur confiance à l'homme qui voilait des projets tendant à la ruine de leur Église çn affectant pour elle un zèle ardent et persécuteur; et il serait impossible,

I Douze éditeurs de feuilles publiques nu Je paiii|ililels furent eu un mémo, jour poursuivis par le sceptique Uulingkn ke, tljns l'iu'c-iél «le la religion, <lc t» morile et de la loyauté.

1 Swift, four lasl weeks »f Ihe Qtkicn.

après l'exemple, encore si récent, dn règne de Jacques II, d'expliquer un semblable phénomène si l'on ne sa\ail à quel point les passions sont aveugles et, qu'entre toutes, la plus crédule, lorsqu'on la flatte, est la passion religieuse. L'Angleterre alors donna cet étrange spectacle de deux fractions respectables de la population protestante liguées ensemble pour soutenir l'hypocrite auteur d'une trame criminelle, et Ton vit ceux pour qui l'avenir du royaume était invariablement attaché au maintien de l'établissement religieux, et ceux, en qui la vieille loyauté héréditaire envers la race de leurs anciens rois, parlait plus haut que tout intérêt, donner inconsidérément au sceptique Bolingbroke, leur confiance et leur appui, et agir en cela de concert avec toute la population catholique de la Grande-Bretagne et de l'Irlande. 11 s'en fallut de peu que le rétablissement du fils de Jacques H n'ait été la conséquence de cet état de choses, et il est hors de doute que si à cette époque le prétendant eût abjuré son culte et fait profession de protestantisme, il aurait pu remonter sur le trône de ses ancêtres. Buckingham et Oxford unirent leurs efforts pour l'y déterminer; ils échouèrent, le îils de Jacques 11 se souvint, à son lion-

rrfuse ncur éternel, qu'il y a pour l'homme dans une foi inlè- 4'rtjMrer. ^rc c^ persévérante, dans le respect inviolable de sa propre conscience, quelque chose de supérieur à toutes les couronnes que la terre peut offrir, et par une lettre destinée à circuler parmi ses partisans, il déclara sa résolution immuable de ne recouvrer le sceptre héréditaire ni en dissimulant sa foi, ni en l'abjurant Celte déclaration,

I. Celle Lilie se Iiujvc dan» L collection »le Maiplimon, u»l II, p. V25.

digue de louange, le |>erdil aux yeux des politiques, courtisans perpétuels de la cause triomphante, et qui savaient combien étaient profondes en Angleterre les racines du protestantisme : Oxford était de ce nombre et dès lors il s'arrêta sur la pente périlleuse où l'attirait son collègue Bolingbroke; mais il n'osa le faire trop ouvertement et il continua à louvoyer sans boussole entre les partis, les flattant et les abusant tour à tour. Bolingbroke persévéra, et prit une suite de mesures habiles qui toutes menaient au bot. Il modifia l'administration dans un Conduilehab,,c sens torv et môme jacobite : sir William Wyndham d« fut nommé chancelier de l'échiquier, et le comte de eu bvcur Mar, secrétaire d'État pour l'Écosse; Atterbury, membre du Préu'nd,,,,• jacobite du clergé, homme très-éminent par l'intelligence et le talent, et peut-être encore plus ambitieux, fut promu à levèché vacant de Ilochester : Ormond enfln obtint l'important gouvernement des cinq ports. Il s'agissait de ruiner le crédit de Marll>orough dans l'armée : ce ^rand capitaine ne la commandait plus, mais son esprit y subsistait dans une foule d'officiers qui avaient appris à vaincre sous lui. Les uns, sous dilFérenls prétextes, furent congédiés ou privés d une position active; d'autres furent imités à vendre leurs brevets, et le ministre décida qu'un fonds de 10,000 liv res sterling serait destiné à les acquérir d'eux pour ses propres partisans, mesure d'une importance capitale si elle eut été mise à exécution, mais que le lord trésorier fit avorter sans bruit en évitant de pourvoir aux fonds nécessaires.

Le déclin rapide de la santé de la reine ajoutait aux périls de la situation. La constitution de cette princesse «h'ja depuis longtemps affaiblie était encore minée par les

IIVRK VI. CHAPITRE 11.

combats violents que tles intérêts et des affections contraires également respectables, se livraient dans son pcipie»ii<H cœur. Le souvenir de sa conduite passée envers son h reine, père lui devenait plus poignant depuis que les principes où elle avait été élevée toucliant le droit héréditaire et sacré de la couronne prenaient plus fortement |K*?session de son àmc. Son esprit n'était pas de force à comprendre la situation toute nouvelle qu'avaient faite au souverain de la Grande-Bretagne, les grands événements et les actes de 1688, par lesquels elle régnait. Son frère était donc à ses yeux son seul et légitime héri- ' lier, et indépendamment de la voix du sang qui l'invitait à lui transmettre sa couronne elle aurait -cru faire, en y obéissant, un acte expiatoire et réparateur. Ces puissants mobiles n'étaient combattus dans son cœur que par la religion. Anne était sincèrement attachée à la réformation, elle paraissait avoir compris jusque-là que l établissement religieux et protestant de l'Angleterre ne |>ouvail être garanti et maintenu que par un prince protestant; de là ces secrètes agitations et toutes ces luttes intérieures dont une âme plus forte que la sien ne aurait pu être ébranlée : de là aussi la violence qu'elle se faisait pour s'abstenir de toute démonstration contraire aux clauses de l'acte célèbre qui transmettait sa couronne à des étrangers à l'égard desquels d'ailleurs elle ne ressentait qu'une ombrageuse jalousie et une insurmontable aversion.

Peu de secours était apporté à la cause protestante par ceux qui avaient Le plus grand intérêt à ce qu'elle fût bien défendue, par rélectrice douairière de Hanovre, la princesse Sophie, héritière de la couronne, et par le prince George son fils, et celui-ci tenait de la nature ce défaut

de résolution, ccile c|uîétutle inaclive qui, chez sa mère l»lus qu'octogénaire, était l'effet des ans. Dansées circonstances critiques les whigs quoique affaiblis ne s'abandonnèrent pas. Eux seuls étaient tout dévoués à la cause de la succession protestante et leurs principaux chefs, les lords Cowper, Somers et Halifax, mirent tout en œuvre pour l'assurer. Par leur conseil le baron de Sehutz, envoyé de Hanovre, exprima le désir du prince électoral George, de passer en Angleterre et de réclamer sa lettre de convocation pour siéger à la chambre des pairs en sa qualité de duc de Cambridge. La reine Anne fut trèsoffensée de cette demande : peu de jours après, 1 eleclriee Sophie mourut subitement, et le prince George, que la reine désirait tenir éloigné, devint l'héritier immédiat de sa couronne.

Bolingbroke fit en ce moment un nouvel effort pour se concilier davantage, s'il était possible, les partisans de la haute Eglise : il savait que le plus sûr moyen de les gagner était de s'associer à leurs étroits préjugés et à leurs haines religieuses en frappant les dissidents, et, de concert avec Âtterbury et avec la reine, il présenta aux chambres l'acte d'intolérance connu sous le nom d'acte du schisme, Ac(e et qui, sur plusieurs points essentiels, frappait les dis- du sidents protestants de la même incapacité dont étaient nu. déjà frappés les catholiques. Cet acte odieux portait que personne ne tiendrait une école publique ou privée, et ne mit admis comme précepteur dans une famille, si d'abord il n'avait souscrit une déclaration de conformité avec l'Eglise anglicane, et obtenu l'autorisation de l'évoque diocésain. Celle-ci ne pouvait être accordée qu'à ceux qui auraient prête les serments d'allégeance et de supré-

matic, el IouUï infraction à cette loi était punie de l'emprisonnement sans caution.

La présentation d'un tel bill, réputé tyrannique à une éi>oque même où la tolérance, toujours invoquée par les faibles, était incomprise des forts, n'aurait pu être excusable que par une grande sincérité, par la conviction qu'il était tout ensemble avantageux à l'Eglise et agréable à Dieu; mais de la part d'un esprit fort, d'un philosophe incrédulecommeBolingbroke, c'était un acte monstrueux, et l'on eut, dans celte circonstance, un nouvel exemple à l'appui de cette triste vérité, que la tolérance religieuse n'a pas de plus dangereux ennemis que les indifférents sans conscience comme sans principes, lorsque leur intérêt les porte à se montrer persécuteurs. Vivement combattu dans la chambre des communes par Ham|>den, Robert Walpole et Btanhope l, et par les lords Cowj>er et VVharton 2 dans celle des pairs, il passa dans la première à une majorité de plus de cent voix, et de cinq voix seulement dans la seconde : il ne fut même adopté par les lords qu'à la faveur d'une clause qui ne rendait point son exécution applicable dans leurs propres demeures 3.

Bolingbroke, en présentant ce bill, qui donnait satisfac-

1. I.c général Slauliope fit senlir a*cc force, quoique inutilement, le lièsgiavc inconvénient qu'il y aurait pour l'Angleterre a contraindre le» dissidents qui faisaient les deux cinquièmes de sa population, a envoyer leur» enfanta sur le continent pour leur éducation.

S. t 11 c>l fort étrange, dit lord Wliarlon, que ce que nous appelons schisme en Angleterre soit en Ecosse la religion établie; • el il invita les pairs écossais, au cas nu ils donneraient leur assentiment à ce bill, à eu proposer un antre pour ai ré 1er les progic* de leur propre rulle clici eut.

3, Ou ne voulut poiut admettre qu'il fut possible a un membre de la pairie d'Angleterre de mal plaier sa confiance pour l'éducation de ses enfants.

Googl

tion aux préjugés do la reine, fit de nouveaux progrès clans sa faveur; mais il ne voulut point la partager, et pour l'exécution de ses plans, il fallait ruiner dans l'esprit de sa souveraine le lord trésorier Harley, eonite d'Oxford, son 1.ï u,,,c,

J d Oxford

ancien ami et premier auteur de sa fortune. Celui-ci, qui ei d'abord avait incliné du côté du prétendant, s'était refroidi dc Bo,,nl'»brokc• pour ses intérêts depuis que le fils de Jacques II avait 17 refusé d'acheter le trône par un parjure; ayant reconnu I* obstacles que rencontrerait, dans l'Angleterre protestante, le rétablissement d'un prince catholique, Harley avait cessé de le désirer, et cependant il ne se séparait pas de ceux qui mettaient tout en œuvre pour l'obtenir : la soif des honneurs et l'habitude du pouvoir le clouaient à son poste, le forçaient de s'associer malgré lui h des projets qu'il trouvait criminels et qu'il n'osait ouvertement combattre. Il subissait maintenant les conséquences déplorables de sa conduite double et tortueuse, et n'ayant, en toute occasion, sacrifié qu'à la fortune sans se dévouer sérieusement à aucun grand intérêt, jouant chaque parti tour à tour, il s'était rendu suspect à tous, et tous l'abandonnaient. Sa parente même, la nouvelle favorite, Abigaïl Masham, qui avait entièrement supplanté auprès de la reine la duchesse de Marlborough, se donna tout entière aux dangereux projets de Bolingbroke, et conspira la perte de Harley de concert avec la petite cour de Saint- Germain et avec les principaux chefs jacobiles.

La guerre alors fut ouvertement déclarée entre ces deux politiques, Bolingbroke et Oxford, que l'intérêt avait unis jadis, et qu'il séparait maintenant. La reine, languissante, approchait du tombeau : elle hésitait, épuisée par la lutte de ses ministres autant que par ses propres combats ; la

soc»

cour, la capitale et la nation, semblaient comme elle incertaines et en suspens; mais la victoire ne pouvait demeurer longtemps indécise : Harley s'était aliéné par sa faiblesse tous les partis que Bolingbroke avait temporairement ralliés à lui par son audace, et, après une violente querelle dont la reine fut témoin, et qui se prolongea fort rhuled,Giford avant dans la nuit, la baguette blanche, insigne de sa charge, fut redemandée au lord trésorier : Boling-

broke demeurait en apparence seul maître de la situation.

Parvenu à ce faîte, le vertige le saisit ; sa conduite ne fut pas celle d'un homme qui, pénétré d'un grand devoir, ou qui, mil par un intérêt puissant et sérieux, marche au but d'un pas ferme et surmonte hardiment les obstacles. Elle fut vacillante et double !, comme on pouvait l'attendre d'un homme sans principe et sans convictions, qui, après être arrivé sous un drapeau à la fortune, hésite HéntatioM à le suivre encore à travers les périls. Bolingbroke avait noiinjbroko (1e lumières pour ne pas reconnaître tous les dangers d'une tentative de rétablissement des Stuarts, auxquels il ne s'attacha jamais que par ambition ou par vengeance ; et si, après s'être élevé à l'aide des jacobites et des torys de la haute Eglise, il eût pu, sans rompre ouvertement avec les premiers, se faire accepter par les whigs, il est probable qu'il fût venu a eux. On le vit, soit pour endormir leur vigilance, soit pour les gagner,

I. Elle n'avait jamais cessé de IVtre : quatre jours avant U clmte d'Oxford, sur le bruit d'un prochain débarquement do prétendant, Bolingbroke fui forcé de s'associera un bill qui mettait la leic du prince a prix, et il fit écrire ensuite au fil» de Jacques II pour justifier sa participation a un tel tele. — IhervilleèTorcv, V juillet 17 M.

faire des avances à leurs principaux chefs x, et en môme temps il donnait au prétendant de nouvelles assurances d un dévouement inaltérable. Les whigs exigeaient de Bolingbroke, comme un gage de sa sincérité, qu'il fît fermer à ce prince la Lorraine où il résidait : « Ce pays, disaient-ils, étant trop voisin de l'Angleterre pour son re\\o&. » C'était provoquer une rupture ouverte. Bolingbroke, ne voulant point à ce prix se concilier ses adversaires, continua à conspirer avec les jacobiies, quoique sans résolution ferme et sans confiance.

Son premier soin fut d'aviser à la composition d'un cabinet homogène, dans lequel des hommes dont il se croyait sûr devaient occuper toutes les grandes fonctions de l'Etat. Ormond, Mar, Atterbury, Harcourt, en eussent fait partie : l'importante charge de lord trésorier demeurait vacante : Bolingbroke avait résolu de la mettre en commission sous la présidence de sir William Wyndham. Quelques jours encore, et peut-être l'œuvre de Guillaume UI et de 1688 périssait : l'arbitre souverain des destinées humaines interposa sa main puissante pour la conserver. La reine eut une attaque de MtU(,;c goutte remontante 2, et le bruit de sa mort prochaine sur- Je U reine, prit Bolingbroke et ses complices, au milieu de leurs projets et avant qu'ils fussent murs. Déjà les whigs, pressen-

I. Il réunit » dîner le jour .le la chute d'Oxford, Stanbope, W.lpol -, Pul- »«T et CnCgs. (Lord Malion, ut supra.)

i. U reine Anne • été accusée, dans le» libelles du temps, de s'adonner en »«ret aux liqueurs fortes, et quelques historiens attribuent en partie sa dermaladie à cette bon) «use habitude. La Jucbesse de Marlborough absous la reine à cet égard, quoique d'ailleurs le jugement qu'elle porte sur elle soi'» "gourcux et empreint d'un amer ressentiment (Pricale correspondance of Sa- '•A, Uckm nf Hnrlborfivah, toi If, p.

tant une catastrophe imminente, s'étaient concertés pour la prévenir, et se ralliaient pour la lutte autour du général Stanhope; celui-ci, éprouvé dans la paix comme dans la guerre, el qui fut l'un des hommes d'Etat les plus émilïnergiquet JU- nents du règne suivant, prit aussitôt d'énergiques mev° *âm "* sures et disposa tout, en vue de la mort de la reine, pour |,r-E?*" mettre en mains sûres la Tour, les principaux postes de la capitale et les cinq ports, et pour faire proclamer le nouveau roi. On annonça aussi le prochain retour en Angleterre du vainqueur de Blenheim , de Marlborough, depuis longtemps sans emploi sur le continent, et dont le nom seul valait une armée : mais celui à qui, entre tous, appartint l'honneur de terminer celte crise dangereuse, fut le duc de Shrewsbury, lieutenant pour l'Irlande et grand chambellan, longtemps ministre sous Guillaume III, et qui avait pris une grande part à la révolution de 1688. Il reconnut le péril et se montra au niveau de la situation : son plan avait été d'avance concerté avec les grands chefs whigs, les ducs d'Argyle et de Somerset. Le vendredi 30 juillet, l'état désespéré de la reine venait d'être annoncé. Les ministres, éperdus, et ceux d'entre les membres du conseil privé qu'avait con voqués Bolingbroke, s'étaient rassemblés à Kinsington, où ils siégeaient mornes et découragés. Tout à coup les portes s'ouvrent, Argyle et Somerset sont introduits; ils déclarent qu'ayant appris le danger où est la reine, ils sont venus, quoique sans convocation, pour offrir leurs services. Le duc de Shrewsbury les remercie el les invite à prendre place. Somerset demande aussitôt que, sans perdre un instant, le duc soit proposé à la reine pour la charge vacante de lord trésorier ou de prin-

ci|»al ministre. Surpris par une démarche aussi subite qu'imprévue, les jacobites se taisent : aucune voix ne proteste. ( ne Réputation dont Shrewsbury fait partie se rend soudain auprès de la reine pour lui soumettre cette proposition comme l'expression du vœu unanime de son conseil.

La reine sortait alors d'un long assoupissement : elle aop|K)sa aucune résistance, et la baguette du lord trésorier fut donnée avec son assentiment au duc de Shrewsbory, qui réunit ainsi sur sa téte trois des plus grandes charges et devint le principal personnage du royaume. Par son ordre, tous les conseillers privés furent immédiatement convoqués; les whigs, et parmi eux l'illustre So- Diers, se rendirent à cet appel, et toutes les précautions militaires que les circonstances nécessitaient furent prises. Mwrl Le lendemain, 1er août, la reine expira ; mais la succès- ,,c u mr sion protestante était assurée. 1714.

Uifeulrrjiioi!» sur l « ut l'Europe cl île l'Angleterre daranl le règne d;Auni>.

A la fin de ce règne, la plupart des États de l'Kurope se trouvèrent constitués à peu près comme ils l'étaient a s»i»»tion

de

sou début, ou furent agrandis aux dépens de la monar- l'Europe chu espagnole qui sortit, démembrée sans retour, delà grande lutte pour la succession de Charles II. Cependant les partages réglés par la paix dTtrecht, furent dans la suite profondément modifiés ; la Sicile échappa bientôt au due de Sa \ oie : l'empereur perdit Naples el la iv 14

Sardaigne; mais la Flandre et la Loin hardie demeurèrent à la maison d'Autriche. La Russie, sous Pierre le Grand, continuait à grandir quoique peu connue encore dans l'occident de l'Europe : elle avait essayé avec succès ses forces contre la Suède; Charles XII était vaincu et déjà il ne restait plus à ce prince que sa gloire. La Prusse, sous ses deux premiers rois, Frédéric Pr et Frédéric-Guillaume, devenait déjà une puissance prépondérante, tandis que la Hollande, qui atteignit à son apogée sous son illustre stathouder Guillaume III, et qui s'y maintint jusqu'à la paix dl'trecht, perdit cependant à cette époque, cl sans retour, ses titres au premier rang comme puissance maritime. C'est l'Angleterre qui, entre tous les états de l'Europe, fil alors le plus de progrès, à l'extérieur par le triomphe de ses armes, par l'extension de ses relations coloniales; à l'intérieur par son union avec l'Ecosse, par le maintien de la paix publique malgré la fureur des factions, et parla consolidation du gouverne* ment qu'elle s'était donné, situation i»t.'- En aucun temps la constitution anglaise, dont les bases

p7og7ii fondamentales furent affermies par la révolution de 1688, *" ne prit un développement plus rapide que sous les deux

litiqaes. premiers règnes qui suivirent cette grande époque. On la voit alors se fortifier au milieu des orages : le parlement, par deux actes célèbres, établit son droit de disposer de la couronne à défaut de la transmission naturelle et légale: la prérogative est désormais subordonnée aux lois; la responsabilité du cabinet pour toutes les mesures importantes est consacrée par les statuts, ainsi que l'appropriation des subsides à leur objet : les parlements sont régulièrement et périodiquement convoqués; la presse est

ANNK

affranchie, des restrictions nécessaires sont apportées à l'influence de la couronne dans les communes, de nouvelles garanties enfin sont données par les lois à l'indépendance de la justice comme à la sécurité des sujets. Cependant, sous le règne d'Anne, qu'une rare réunion de circonstances rendit heureux et florissant, le régime nouveau traversa une de ses plus fortes crises : ia machine politique si laborieusement façonnée, après avoir fonctionné sous la main puissante de Guillaume, et surmonté, grâce à sa sagesse, les périls d'une pression trop forte, échappa, sous le règne suivant, aux dangers que lui créaient, sur le trône, l'inconséquence, le caprice et la faiblesse : abandonnée presque à elle-même, marchant comme au hasard et tour à tour en sens contraire, de secousse en secousse, sous la conduite d'hommes égoïstes, intrigants, ambitieux, sans foi politique et sans scrupule, elle semble à chaque instant prête à se dissoudre. Le salut vint en quelque sorte du danger même. Parsuite »les événements et du monopole électoral exercé dans un }rrand nombre de bourgs, une oligarchie puissante disposai! du pays : ses membres, incapables de raffermir l'État par leur union, par leur accord pour ses intérêts véritables, le conservèrent du moins en équilibre par leur jalousie et par leurs rivalités; et ce résultat fut obtenu à l'aide des deux grands partis dont le plus célèbre écrivain du dix-huitième siècle 1 a dit avec raison, i|uen veillant l'un sur l'autre, ils s'empêchent mutuellement de violer le dépôt sacré des lois 2.

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