Voyej vol. m, Appendice
î lemaiu, Tableau de lalillératurr au dix -huitième siècle, I. I", j,. |07 IV. W
Gommera».
Lettre* • I
sciences.
21 fi LIVRE VI. CHAPITRE II.
haute piété, Samuel Clarke, Lardner Tillolson et l'idéaliste Berkeley tentèrent d'opposer une digue aux progrès du sensualisme par leurs œuvres chrétiennes et savantes. L'Angleterre, depuis l'avènement de Guillaume III, avait été, comme à l'époque de la restauration des Stuarts, inondée d'ouvrages irreligieux : ce fut le temps desTindal, des Toland, des Gollins, des Shaftesbury. Ceux-ci, disciples de Locke, allèrent plus loin que leur maître; ils exagérèrent la portée des arguments tirés des phénomènes de la sensation dans son récent et fameux Essai sur V entendement humain, qui donna des armes si puissantes à l'école matérialiste du dix-huitième siècle. Cette philosophie, bientôt battue en brèche en Angleterre par des doctrines où le spiritualisme reprit l'empire qui lui appartient, se répandit dans toute l'Europe, et nulle part plus qu'en France, dans le temps même où, par opposition, la littérature française du grand siècle de Louis XIV achevait d'agir sur les lettres anglaises pour les épurer. La littérature anglaise atteignit par cette influence, sous le règne d'Anne, une pureté de goût qu'elle n'avait pas connue auparavant. Pope et les poètes ses contemporains, Addison, Prior, Philip, Parnel, le fabuliste Gay, et d'autres moins connus, essayèrent de rivaliser avec les grands écrivains français, par l'élégance soutenue du style et la perfection de la forme. Cette influence était moins sensible sur la scène, où cependant Congrève , successeur de Dryden, mort en 1701, ramenait la décence, et où Addison avait donné, dans sa tragédie de Caton, un modèle du style le plus pur et le plus classique. Au nombre des meilleurs poètes dramatiques de l'époque,
nous citerons encore Georges Farquhar, sir Richard Steele et Rowe, auteur de la touchante tragédie de Jeanne Shore.
Les sciences aussi jetèrent beaucoup d'éclat sur le règne d'Anne, et deux grands noms s'y élevèrent audessus de tous les autres, celui de l'astronome Halley et dlsaac Newton , sans rival dans les sciences mathématiques et physiques.
On vit alors les succès scientifiques et littéraires frayer le chemin aux emplois lucratifs comme aux hautes dignités de l'État : Locke présida le bureau du commerce, Newton fut directeur des monnaies, Steele membre des communes. Prior ambassadeur; Addison devint ministre de la couronne. Beaucoup d'autres, plus connus dans les affaires que dans les lettres, furent redevables à un heureus début littéraire de leur fortune politique, et le fameux Charles Montague, dans la suite comte d'Halifax, faisait remonter l'origine de ses grandeurs à ses premières productions poétiques *. Le patronage des minis- ^ TcSîm très, et surtout d'Harley et de Bolingbroke , n'était ce- u pôniTque. pendant pas désintéressé, et n'avait point, pour principal objet, l'avantage des lettres mêmes. Ils voyaient, dans les hommes littéraires en renom, des auxiliaires puissants ou des ennemis redoutables, et tous leurs efforts tendirent à se les concilier, à les attirer, dans un intérêt tout personnel, du champ des lettres dans celui de la politique : ainsi, nous avons vu de Foë, Steele, Arbuthnot, i, et plus qu'eux tous le spirituel doyen de
I. Il devait, disait-il, ton entrée dans la vie publique, sa jarretière et tout *n Viire», à m fable du Rat dt ville et du rat drs champs.
Journaux
Saint Patrick, le haineux, le cynique Jonathan Swift, se mêler par d'ingénieuses fictions !, par les journaux, les pamphlets ou d'audacieux libelles, aux brûlants débats du jour, à la guerre des factions et des partis. Quelques-uns des recueils et des écrits périodiques de ce a»ircs recueils temps acquirent une réputation méritée non-seulement
périodique». 1 1
|>ar le talent de leurs auteurs, mais aussi par l'influence qu'Us acquirent sur l'esprit et les opinions des contemporains. Les plus célèbres sont : le Babillard de Steele, l'Examinateur de Swift et le Spectateur d'Addison, dont certaines parties sont des chefs-d'œuvre et vivront autant que la langue anglaise.
La société présentait, sous ce règnt; agité, les plus étranges contrastes, comme on peut le supposer dans une génération dont les pères et les instituteurs, nés sous la République, avaient été nourris et formés à l'école pubÛqaL corruptrice de trois révolutions. L'évèqueBurnet, dont les écrits, malgré l'empreinte des préjugés et de la passion, éclairent toute cette époque et celle qui la précède, nous a transmis de très-précieux renseignements sur les mœurs de la société anglaise sous le règne d'Anne 2. 11 juge sévèrement le clergé épiscopal dont il est lui-même un membre éminent : il n'est pas moins rigoureux pour les hautes classes de la société, et il attribue aux vices de l'éducation une grande partie des malheurs publics : il signale la passion du jeu et les excès de l'intempérance, l'ivresse surtout, comme le vice le plus
1. Les deux plu$ célèbre» œuvres .'e ce flcnri* publiées par Swift Mufle Conte du tonn'au «M tes Voyage* de Gullivrr