I. tfi'jcf. foii*/i/. d'Angleterre, chap. ITI
William Slrickland, pour procéder contre Oxford par un bill d'attainder l. Elle fut rejetée ; mais les communes en adoptèrent une autre à l'effet de supplier le roi d'excepter le comte d'un acte de grâce qu'il s'était engagé à publier. George Ier promit d'accéder à cette demande •les communes, et peu de jours après il vint, en personne, dore la session.
Les rapports entre le roi et son héritier s'envenimaient chaque jour; le prince, à la suite de scènes orageuses, quitta la résidence royale pour habiter l'hôtel Leicesler, qui devint le rendez-vous général et le principal foyer de l'opposition. Le ministère subit à la même époque des modifications, profondes. Stanhope, élevé à la pairie, échangea . ses attributions de premier lord de la trésorerie dans le conseil contre celles de Sunderland et devint secrétaire d Etal pour l'extérieur ; Craggs, orateur abondant et poli- Modifications tique habile, remplaça l'autre secrétaire d'Ëtat Addisson, m,n,,,éne ,w l'un des plus excellents écrivains qu'ait eus l'Angleterre, 174 8" mais qui, dépourvu des qualités qui font l'homme d'Etat et convaincu de son insuffisance, se retira volontairement. Lord Cowper résigna les sceaux après une longue et glorieuse carrière et fut remplacé dans sa charge par lord Parker, premier juge du banc du roi, et qui devint comte de Macclesfleld.
Toute l'attention du gouvernement ainsi constitué, se porta sur l'Espagne, où Albéroni avait su capter la faveur royale. Cet homme étonnant qui, de l'humble condition
I. Ccde motion, présentée d'abord pendant le procès du comte d'Oiford, fut renouvelée, sans plus de succe*, après s«m acquittement. (Tindal.ï — Voyei Mtai le procès du comte d'Oiford dans \'Bi$toire parlementaire, vol. VII, 477 499.
iv. 16
Aan.inifr.iion de jardinier, s'était élevé à la dignité de cardinal et de d A,^roni premier ministre, déploya dans ce poste éminent, des fai:*r«cnc. cnltés peu communes, et montra un louable désir de régénérer l'Espagne en la retirant de rabaissement où elle était tombée depuis Philippe Il ; mais il voulut tout faire à la fois, oubliant que le temps est, pour les empires surtout, la seule condition des sérieuses réformes et des créations durables. Albéroni creusa des bassins, releva des citadelles, répara les ports de la Biscaye et de h . Catalogne, fonda un collège naval à Cadix et fit construire de nombreux vaisseaux; il créa beaucoup de manufactures, appelant en Espagne d'habiles ouvrier anglais et hollandais, et au moment même où-il dépensait des sommes immenses dans ces travaux utiles pour lesquels la paix était précieuse, il se jeta dans la guerre, bravant tout ensemble l'Angleterre, la France, la Hollande et l'Empire, appliquant au gouvernement de l'Etat cette hardiesse inconsidérée, cette politique d'aventure qui étonne, éblouit, mais qui, impuissante à rien fonder de " stable, ne peut donner que des succès éphémères auxquels trop souvent survivent leurs auteurs.
Albéroni avait grandi à la cour et s'était acquis un crédit absolu sur l'esprit de la reine Elisabeth Farnèse en la flattant de l'espoir d'une souveraineté en Italie pour un de ses enfants; mais son audacieuse politique, en inquiétant l'empereur pour ses possessions italiennes, rapprocha ce monarque de la France et de l'Angleterre, l'o- Tnité bligea de faire cause commune contre l'Espagne avec ces * ,,B puissances et la Hollande, et donna ainsi naissance au lianec. fameux traité de la quadruple-alliance. Ce traite fut con- 1718. clu sur les bases de la paix d'Utrecht (1718). Celle-ci en-
UEoRGES I.
traînait la double renonciation de l'empereur à la couronne d'Espagne et de Philippe V aux états détachés de sa monarchie, nu nombre desquels était la Sicile, donnée à Llrechl au duc de Savoie avec le titre de roi. Le nouveau traité assurait la réversion des duchés de Panne et de Toscane a l'infant don Carlos, et l'échange de la Sicile contre la Sardaigne entre le roi de Piémont Viclor-Amédêe et l'empereur. Celui-ci, comme une compensation pour l'inégale valeur des deux îles, reconnaissait les droits de la maison de Savoie à la succession de l'Espagne en cas d'extinction de la postérité de Philippe Y. Un délai de trois mois était accordé au roi d'Espagne et à Victor-Amédée pour accéder au traité de la quadruple-alliance. Passé ce terme, les puissances contractantes s'engageaient à réduire par la force des armes celui des deux souverains qui refuserait son assentiment, et au besoin l'un et l'autre.
Au moment où le traité fut signé, une flotte espagnole de vingt-neuf vaisseaux de guerre, sortie du port de Barcelone, portait une armée de trente-cinq mille hommes en Sicile afin de rattacher cette île à la couronne de Philippe V. La conclusion définitive de la quadruple alliance n'abattit point les espérances d'Albéroni; il pour- Pu,Ill1uc suivit tout à la fois ses immenses armements à l'intérieur, »w»J»««^
d'AlMTOIII.
ses négociations et ses intrigues au dehors : il tenta d'éblouir Victor-Amédée en lui faisant espérer le Milanais comme un équivalent pour la Sicile; il poussa les Turcs a continuer la guerre contre l'empereur malgré leurs défaites ; il excita la jalousie du commerce hollandais, et en même temps il nourrit soigneusement en France toutes les semences de discorde et de rébellion, encourageant l'insurrection des mécontents en Bretagne et des
iii I.IVRK VI. CH.VNTRK III.
protestants clans les Gévennes, et entretenant avec le duc et la duchesse du Maine, ennemis du récent, une correspondance criminelle par le canal de l'ambassadeur espagnol Gellamare. Mais c'était surtout l'Angleterre qu'Alix roui menaçait : il reprit tous les projets du baron de r.orlz : il espéra «pie Charles XII et le ezar, oubliant leurs querelles, s'uniraient contre le roi George pour rétablir le prétendant; il corn>pondit avec ce prince, qui, depuis la conclusion du précédent traité de la triple alliance, avait franchi les Alpes et tixé sa résidence à Home : il l'appela à Madrid, où l'héritier des Stuarts fut reçu en roi. Les agents du cardinal, partout répandus en Angleterre, déclamaient contre le fardeau des taxes, contre les dangers d'une armée permanente, et les conséquences désastreuses d'une guerre avec l'Espagne \mn les intérêts commerciaux du pays, et tandis qu'ils fomentaient ainsi l'irritation populaire dans le royaume, une année et une flotte nombreuse, dont le commandement devait être donné à d'Ormond ou au prétendant lui-même, se disposaient à l'envahir.
Toutes ces espérances s'évanouirent aussi rapidement Aruieniraii for- qu'elles avaient été conçues : l'Angleterre, «à la nouvelle nM d, " de l'armement formidable sorti du port de Barcelone et 1 EM,ar,»«'. (|ont [a destination n'était pas connue, avait ordonné à l'amiral Byng de croiser avec vingt vaisseaux dans la Méditerranée. La flotte espagnole aborda en Sicile où l'armée débarqua sous les ordres du marquis de Lèdeet s'empara île Palerme et de Messine. Cette ville s'était rendue et les Espagnols tenaient la citadelle assiégée lorsque la flotte anglaise rencontra la flotte espagnole à la hauteur du cap Passaro (1718). Le combat s'engagea, quoique la guerre
<;koh<;ks i,
n eût pas encore été ouvertement déclarée, et la victoire ('.omui naval
PasMtw.
fui disputée sans être un moment indécise, les Anglais
liant su|HÎrieurs par le nombre comme par l'expérience
Victoire
el l'habileté. Les Espagnols combattirent avec un grand An *»gUi». courage, mais sans ordre et sans discipline; leurs bâti- ,7I{4 inents, dont plusieurs n'étaient que des navires de commerce armés en guerre, furent attaqués et pris les uns ;iprès les autres : la flotte entière fut, en quelques heures, perdue pour Philippe V, et toule communication fut rompue entre l'Espagne et l'armée qui combattait pour elle ou Sicile. Ce désastre fut promptement suivi d'un autre presque aussi irréparable. Une expédition de cinq* >aisseaux de guerre et de vingt transports avait été préparée a grands frais par Albéroni dans le port de Cadix, elle portait 3000 hommes, en grande partie irlandais, et «tt s armes pour trente mille soldais. Son but était le rétalilissement des Stuarts : Ormond, revêtu du titre de
Huile e»pa(>iiolL<
capitaine général du roi d'Espagne et désigné pour la .i#iniiic commander, devait s'embarquer à la Corognc; mais les |a iem^w. \< nts combattirent pour la Grande-Bretagne : l'expédition r vJ »ut a peine doublé le cap Finistère qu'elle fut battue d'un ouragan terrible : la tempête souffla douze jours avec furie; chevaux, canons, approvisionnements, armes de toute espèce furent jetés à la mer pour alléger les bâtiment*, et le peu de navires qui échappèrent au désastre rentrèrent brisés et désemparés dans les ports (1710).
A ces revers maritimes de l'Espagne il s'en joignit d'autres sur terre. Le gouvernement français, justement irrité de la violation des lois des nations, par la conspiration de l'ambassadeur Cellamare, accrédité auprès de lui, avait déclaré la guerre à l'Espagne, l ue armée Iran
inva* on çaise, sous les ordres de M. de Silly, pénétrait dans ce de rE»p*Snc J)ayg j)ftr |a ijjscayej tandis qu'une autre armée envahis-
par
a.Mit armé,» ^jt |a Catalogne : vers le même temps enfin, vingt
l.attrai>rs. #
mille Autrichiens ou impériaux sous le comte Mercy abordaient en Sicile. L'armée sous les ordres de Sill\ franchit la Hidassoa, réduisit les Passages où six vaisseaux en construction furent bridés. Fontarabie fut ensuite; investie et contrainte de se rendre : Santona attaquée par mer eut le même sort; ses chantiers et ses arsenaux devinrent la proie des flammes : trois mois plus tard ^ ^ une expédition anglaise battit en brèche les remparts de ils Aftghii Vigoet détruisit dans ce port les derniers débris de la marine espagnole et il ne resta rien de tant de préparatifs gigantesques.
L'Espagne, au milieu de tant de revers, eut cependant une journée glorieuse : son armée en Sicile vainquit les impériaux en bataille rangée à Franca- Villa. Ce triomphe» en maintenant l'honneur de leurs armes, ne pouvait rétablir leur fortune et en donnant une satisfaction passagère à l'orgueil blessé d'Albéroni, il le disposa à faire des avances à la France et à l'Angleterre pour obtenir la paix. Mais les gouvernements de ces deux nations étaient trop profondément irrités des moyens criminels auxquels il axait eu recours pour les renverser, ils Rivaient que s'il demeurait à la tète des conseils de l'Espagne aucune paix durable ne serait possible aussitôt qu'il se croirait intéressé à la violer; ils s'entendirent pour exiger son renvoi. Philippe V d'ailleurs et la reine Elisabeth I arnèse ouvrirent enfin les yeux sur les désastres qu'il avait attirés sur l'Espagne; et les nombreux ennemis qu'il s'était suscités, moins encore