I. tellre d'Allerbury k Jacques, G mai
années suivantes jusqu'au moment où le parlement voudrait les racheter, et pour ce privilège en apparence beaucoup plus avantageux à l'Etat, qui le concédait, qu'à la compagnie qui désirait l'acquérir, celle-ci offrait la somme énorme de trois millions et demi sterling.
Cette offre de la compagnie des mers du Sud fut ai cueillie avec empressement par le premier lord de la trésorerie, Sunderland,'et par le chancelier de l'Echiquier Aislabie, et un bill rédigé pour mettre le projet à exécution fut présente par eux aux communes. Celles-ci décidèrent que, pour rendre les conditions plus avantageuses à l'État, il fallait établir une concurrence entre la compagnie des mers du Sud et toutes les autres corn pagnies du royaume. La banque d'Angleterre entra en lutte avec la première qui, entraînée par l'espoir de réaliser d'immenses bénéfices, autorisa ses directeurs à traiter à tout prix. Ils offrirent à l'État la somme énorme de sept millions sterling pour le privilège de diminuer sa dette en acquérant ses créances qu'ils acceptaient à un intérêt fort inférieur et qu'ils déclaraient rachetables. Une pa reille offre ne pouvait s'expliquer de la part de la compagnie que par l'espoir de gains illicites en spéculant sur la crédulité publique et en donnant à ses actions une valeur exorbitante et fictive. Une concession faite à des conditions semblables était donc, aux yeux de l'Etat luimême, profondément entachée d'immoralité, et il aurait dû s'interdire toute participation à de semblables actes; mais l'or de la compagnie avait gagné plusieurs membres du cabinet, d'autres se laissèrent éblouir, et après de longs débats dans lesquels Robert Walpole à la chambre îles communes, et lord Cowper dans celle des lords.com-
battirent avec force le projet et en signalèrent tous les dangers, le bill passa et reçut la sanetion royale (mai 1720).
Par ce bill et à l'effet de trouver les sept millions et demi dont la compagnie se reconnaissait redevable envers l'État, elle était autorisée à ouvrir des souscriptions et à créer, pour des sommes et pour un temps indéterminés, de nouvelles annuités racbetables par elle-même. Elle mit en œuvre sur-le-champ quelques-uns de ces moyens dont la tradition s'est perpétuée parmi les agioteurs de nos jours pour produire à volonté la hausse ou la baisse des effets publics, et ses agents répandirent de faux bruits accrédites dans un public tout disposé déjà a s'aveugler lui-même et à saisir la trompeuse amorce qui lui était offerte : la nouvelle se répandit que le gouvernement, pour donner au commerce des mers du Sud une extension considérable, offrait d'échanger Gibraltar et Port Malion contre plusieurs places dans le Pérou. Ce bruit absurde fut avidement accueilli, et la compagnie ayant ouvert une souscription pour un million sterling en actions cotées à trois cents pour cent de leur valeur, la souscription fut immédiatement enlevée et les sommes souscrites montèrent au double. Les directeurs annoncèrent un dividende de dix pour cent : cette nouvelle fit monter te taux des actions à quatre cents livres, et une seconde souscription d'un million fut enlevée aussitôt qu'ouverte. L'entraînement devint général : l'exemple éclatant de la chute du système de Law en France ne des alla point les yeux et fut sans force pour arrêter le torrent. Les actions de la compagnie montèrent en peu de temps au taux fabuleux de mille livres sterling, et a ce
taux la compagnie trouva encore des souscriptions |K>nr quatre millions de son capital représentant une valeur nominale et fictive de quarante millions sterling
On vit alors se renouveler à Londres, les scènes hideuses dont la rue Quincampoix à Paris avait été le dé goûtant théâtre. Tout le inonde s'y montrait possédé de '?r la fureur de faire fortune tout d'un coup et sans peine. Les avenues de la Bourse furent remplies de gens de tout état, de tout sexe et de tout âge, qui se précipitaient à l'envi sur les absurdes et coupables amorces qu'une spéculation effrontée lui présentait. 11 se forma des sociétés pour toute espèce d'entreprises : l'héritier de la couronne donna son nom à l'une d'elles créée pour l'exploitation du cuivre dans les montagnes du pays de (îalles. Son exemple fut suivi, et l'on vit surgir les idées les plus étranges, les projets les plus insensés accueillis souvent avec d'autant plus de faveur qu'ils étaient plus impraticables l. Entre ces innombrables spéculations, la plus florissante était encore celle de la compagnie des mers du Sud : vainement lord Cowper dans la chambre des lords, avec un accent aussi éloquent que prophétique, l'avait comparée au fameux cheval de Troie qu'une foule aveugle etenivrée avait introduit dans la cité de Priam,
1 11 y oui une soiiél* pour diilill. i |Yau «le mer ; il \ eu eut d'autre» poui eiliairc l'argent du plomb cl l'huile du tournesol, pour la transmutation du mercure, pour l'importation des mulets d'Espagne, pour engraisser les porcs, pour pêcher les débris des bâtiments naufragés sur les rôles de l'Irlande : il y en eul pour une importante découverte dont le secret, disait-on, serait révélé ultérieurement, et cent guioées étaient promises a chaque souscripteur quand le moment serait Tenu. La souscription était de deux Ruinées, et l'on assure, chose incroyable, que dans la matinée même le spécoliteur réalisa mille guinée*.
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GEORGES l. 2:»9
comme une conquête précieuse, n'apercevant ni le fer ni le feu cachés dans ses flancs : le moment approchait où cette parole allait être accomplie.
La compagnie, avide de nouveaux gains, et redoutant la concurrence de toutes les autres sociétés nées du mouvement fébrile qu'elle avait elle-même imprimé, obtint des magistrats que des mesures rigoureuses fussent prises contre plusieurs; mais en les frappant elle se frappa elle-même : ces compagnies, par leur chute, ouvrirent les yeux du public jusque-là fasciné; chacun cllulc rêpitk, «lès lors voulut réaliser ou convertir en numéraire ses. •,*»««»ioOT
de la compagnu*
titres quels qu'ils fussent, et tout le système croula. Les àn
mers du Suil.
actions des mers du Sud tombèrent plus rapidement encore qu'elles n'étaient montées, et ce flot puissant, qui avait porté quelques habiles a la fortune, entraîna, en se retirant, une multitude innombrable dans la ruine et le désespoir. Rien ne put rétablir la confiance perdue ; des milliers de familles passèrent subitement de l'aisance à la mendicité: l'insolente opulence de quelques-uns, qui avaient spéculé sur cette catastrophe, rendit celle-ci plus \ douloureuse encore ; l'irritation était d'autant plus grande, que chacun cherchait à rendre les autres resjwnsables de sa propre folie, et dans toute l'Angleterre il n'y eut qu'un cri de vengeance et de rage.
Le ministère et le monarque lui-même furent mis en cause par l'opinion irritée : on disait que la maîtresse du roi avait reçu des sommes énormes des directeurs de la compagnie, et ceux que menaçait plus particulièrement la vindicte publique, étaient les ministres Àislabie et Sun- cri».derland, et le directeur sir John Blunt, celui-ci comme p° ,lM,w principal auteur du projet, les deux autres comme ses pro
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2<iO LIVRE VI. CHAPITRE III
moteurs et ses soutiens. Dans cette crise affreuse, tous l< s partisse déchaînèrent à la fois contre le cabinet : l'espérance revint aux jacobites; le prétendant était hautement désigné comme un vengeur, et dans l'effervescence générale, après le bouleversement de toutes les fortunes particulières, une révolution politique était à craindre. Le roi fut rappelé du continent par ses ministres, cl le parlement s'ouvrit sons les auspices les plus sombres, au milieu d'une désolation sans exemple, et aux cris menaçants d'une foule désespérée, de tout sexe, de tout âge et de toute condition. Le roi se montra, dans son discours aux chambres, profondément touché des malheurs du pays, et demanda qu'un prompt remède y fût apporté. Les débals pour l'adresse des communes furent d'une grande violence. Shippen flétrit les directeurs des noms les plus outrageants; et comme on disait que ceux-ci n'étaient pas punissables par les lois, lord Molesworth se leva et dit : « Des crimes extraordinaires, et que les lois n'ont pu prévoir, appellent des châtiments extra-légaux. Les législateurs romains n'avaient pas prévu qu'un parricide put exister; mais dès que le monstre eut paru, il fut cousu dans un sac et précipité dans le Tibre : Les promoteurs de l'entreprise de la compagnie des mers du Sud sont à nos yeux des parricides, des assassins de la patrie; je les verrais avec joie subir le même châtiment. »
Walpole fut dans cette circonstance le sauveur du pays: il avait réalisé prudemment de grands bénéfices avant la chute du système, et ce fut une des plus heureuses circonstances de la carrière politique de cet homme d'Etat, d'avoir été en dehors du cabinet lorsque ce projet désastreux y fut débattu. Membre de l'opposition à cette épo-
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«pie, il l'avait combattu comme il combattait, sans dis- Sage* uicsuio* tinction, (oui ce que proposait le ministère, et sa résis- p^'XipX. tance, qui n'eut peut-être d'autre fondement qu'une lmn, rancune ambitieuse, fut imputée à son patriotisme et à sa sagesse : tous les regards se tournèrent vers lui, et il fut considéré comme l'homme nécessaire de la situation. Il lit voir, dans cette circonstance périlleuse, ce bon sens, celte habileté pratique et ce calme modérateur qui lui valurent une réputation méritée, et qui le maintinrent vingt ans au pouvoir. Il aurait pu se venger de ses ennemis, et entre autres de Sunderland ; il préféra les couvrir île sa protection et glisser doucement à leur place. Il ré- |Munlit à l'ardente philippique de lord Molesworth que si la ville de Londres était en flammes, les hommes sages songeraient à éteindre le feu avant de s'enquérir des incendiaires; il s'empressa, en conséquence, de présenter un plan propre, selon lui, à relever le crédit public; et, après avoir fait décider par la chambre que les contrats passés avec la compagnie seraient inviolables, il proposa de faire accepter des actions pour neuf millions sterling à la banque, autant à la compagnie des Indes, et de laisser le reste, équivalent à vingt millions, à la compagnie des mers du Sud. Le projet fut adopté après de lom^s débats; maison suspendit son exécution. Il fut remplacé dans la suite par des mesures plus rigoureuses, il eut du moins pour effet de calmer les alarmes des innombrables porteurs des actions de la compagnie, en leur montrant le parlement préoccupé de leur sort.
L'elTenescenee générale des esprits fut en même temps modérée, et le courroux public satisfait par l'adoption «l'une? mesure sévère contre les auteurs de tant de nui
nœuvres frauduleuses, et contre tous ceux dout ils avaient reçu encouragement et protection. La chambre des pairs fit emprisonner cinq directeurs de la compagnie. Leur trésorier, l'agent de leur? secrètes transactions, sommé de comparaître devant les communes, prit la fuite, emportant avec lui tous ses papiers. A cette nouvelle, la chambre fit fermer ses portes, effaça du nombre de ses membres quatre directeurs de la compagnie et les fit arrêter. Leurs papiers furent saisis, et rassemblée nomma
Connu r '
dVnqutir. en même temps un comité d'enquête où elle lit entrer I72i, leurs plus violents adversaires. Ce comité, dans son rapport, incrimina non-seulement plusieurs directeurs, mais aussi des ministres et d'autres membres de l'administration, qu'il accusa de s'être laissé séduire. On avait découvert que l'année précédente des valeurs fictives avaient été créées par la compagnie pour un demi-million sterling, afin de faciliter l'adoption de ses plans : il fut aussi reconnu que les deux avides maîtresses du roi, la duchesse de Kendale et Mrae de Praten, avaient reçu chacune, sur ce fonds, 10,000 liv res, et que plusieurs de leurs parents avaient été gagnés par de semblables moyens. Ces dernières et odieuses transactions ne donnèrent lieu à aucune recherche ultérieure, par respect pour la dignité royale. Les poursuites furent limitées aux
^bâtiment directeurs eux-mêmes et à leurs complices dans l'admises .îiridcu.s nistration. Les plus gravement inculpés entre ceux-ci,
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la coni|i«giiic pour crime de péculat, étaient le secrétaire d'Etat Craggs;
■lo ,(|u»ieU;s son Pe,(S directeur général des postes; Charles Stanhope,
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ivlraiuUtraiioii trésorerie ; Aislahie, chancelier de l'Kchiquicr, cl lord r. i Stlliderlaiid Ciaggs était alors gravviiicui malade tir la