‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculésChapitre 59 sur 145 · I.1VKK VI. CIMI'ITKK IV · texte numérisé non relu

I.1VKK VI. CIMI'ITKK IV

paît', et tout aussitôt gralffic par le primo de tïalles, chef de l'opposition, d'un posle plus avantageux dans sa maison.

Contre tant d'ennemis, Walpole n'avait aloi*s |K)ur soutiens parmi les orateurs des communes, que Winninplon, sir William Yonpe et Henry Pelliam qui fut a la trésorerie l'un de ses successeurs les plus heureux. Ses principaux appuis dans l'autre chambre étaient le lord chancelier Hardwicke, et lord Hervey gardien <lu sceau privé. L'opposition, à l'époque où nous sommes parvenus, en 1740, fut affaiblie par la succession de lord Polwarth a la pairie écossaise du comte de Marchmont son père 2 et par la mort de sir William Wyndham ; mais pour elle cette double perte fut plus que compensée par le nombre toujours grossissant de ses membres, rendus en même temps plus âpres et plus acharnes au combat par L'approche instinctive de la victoire 3.

Les deux plus grands |>ërils que prévoyait Wal|K>le et dont l'appréhension aurait seule suffi pour justifier

1. Il «avait une couimn>»wm île lomellc : Walpole la lui enleva.

2. Polwaiih, en succédant à ion père, perdit son siège cîan» le» » oinmunr» sans en trouver un dans la chambre de» lurds, ou uu pot i t nombre scult-mml de pair» écossai» élaienl admis a siéger par élection.

3. Walpole fil à celle époque, auprè» du piclcndani, une démarche difBiilr a comprendre el plus encore a justifier. (Juns l'espérance d'obtenir sut élcclioni prochaine» l'appui du prince aupies de? jacobit.», il lui écrivit pour l'a*surer de son dévouement el lui offrir ses services. ! i réponse judicieux da prétendant fut remise a Walpo'c par T. Carte, et «e toit encore endossée des» main daus se> papiers. • Oellc démarche, dit lord Malmn, n'était pa.» sert* use . elle ne Tut leotée par Walpole qu'en vue de grossir sut électiou» suivantes le nombre des voles ministériels: pcul-élre même Tut-elle communiquée s George* Il par son auteur, cl rien ne démontre mieui l'aitacbemcul sincère de celui-ci a Is maison «le Hanovre que sa longue persistant à vouloir la pait. lundis que la p.uerrc seule avec le continent pouvait profiler aut Sluarls. *

des colonies espagnole*

GEORUIS II. :?o.{

sa politique pacifique était l'union tic la France avec l'Espagne, et le renouvellement de toutes les intrigues des jacobites, par la certitude de retrouver des alliés sur le continent. L'événement donna raison a ses alarmes : l'espérance revint aux Stuarts et les tlammes assoupies, mais non éteintes de la rébellion, se réveillèrent de tous côtés; la France enfin, rattacliée par le cardinal Fleury au pacte de famille, rentrait dans ses >oies naturelles, dont précédemment le régent l'avait fait sortir pour l'intérêt particulier de sa maison, et elle fit cause commune ivaT Espagne contre l'Angleterre.

Les principales opérations de cette guerre furent diri- AUaquc cées contre les colonies espagnoles de l'Amérique du Sud. Lieux escadres furent équipées dans ce but, chacune d'en- eV

Amérique.

\iron six bâtiments de guerre : l'une, sous le commodore «îeorge Anson, reçut l'ordre d'opérer contre la côte du Pérou, sur l'Océan Pacifique; l'autre, commandée par I amiral Vernon, devait se porter sur la côte orientale de I Amérique espagnole.

Anson doubla le cap Horn, attaqua et détruisit, sur la Eipédiiîoa cote du Pérou, la ville espagnole de Païta, traversa l'O- GeorglfeAllloni céan Pacifique pour gagner les îles Philippines et la côte . au,our1

du inonde.

chinoise, s'empara du riche galion envoyé tous les ans du iwtd'Acapulco à Manille, lutta avec des peines inouïes ° contre le double fléau des tempêtes, qui lui enlevèrent cinq bâtiments sur six, et des maladies qui emportèrent la moitié des équipages du seul vaisseau qui lui restât, k avec lequel il revint à Spithead en juin 4744, après avoir fait le tour du monde. Anson s'immortalisa dans cette expédition fameuse qui dura environ quatre années, et dont l'Angleterre recueillit beaucoup de gloire

30 4 i.i v kk vi. en umtih: iv

sans d ailleurs en retirer aucun a\ autant- matériel considérable.

La seconde escadre, sous les ordres de l'amiral Vernon, laissa échapper les valions envoyés du Pérou en Ks

pri* pagne à travers rAUanti(|ue, mais elle conquit la ville a»*

pum.-Belio. de Porto-Belio, sur l'isthme de Panama. Celle conquête coûta peu d'efforts et r.e rapporta qu'une faible sonum* au trésor; mais celui qui l avait faite était connu par son inimitié pour Walpole, et l op|>osilion en masse exalta son triomphe. L'on apprit alors en Angleterre qu'une Hotte française avait mis à la voile de Brest pour renforcer la flotte espagnole sur l'Océan. Le gouvernement an glais, stimulé par ce péril, et résolu à frap|H*r un coup décisif sur les colonies espagnoles de l'Amérique, prépara une expédition nouvelle qui fut en rapport avec l'importance du but, et une flotte de cent quinze voiles, dont trente bâtiments de guerre montés par quinze mille matelots et portant douze mille hommes de troupes de terre, fut envoyée comme un puissant renfort à la faible escadre de 1 amiral Vernon. Ces forces étaient les plus imposantes que l'Angleterre eût encore envoyées dans ces parages, mais le résultat ne répondit point à la gran deur des préparatifs. Les opérations avaient été en partit laissées par le gouvernement a la décision de l'amiral, ( qui ordonna l'attaque de Girthagene. la plus forte place de toute cette côte, et que défendait une garnison nom- Ict^Angltii Creuse (mars 1741). Le> premiers ouvrages extérieurs

4*»m furent enlevés, mais la >ille résista, et fit éprouver aux c, assaillants des perles énormes : la discorde survenue Stoiitfto. eniVi> |os commandants des forces de mer et de terre.

17 51 l'amiral Vernon et le général Wenhvorth. affaibli! leurs

GIORGRS II. 30R

efforts et après une dernière et très-sanglante attaque, ils ordonnèrent la retraite et le siège fut levé. Une autre tentative fut faite sans plus de sueeès contre la ville de Santiago; mais des fièvres meurtrières ravagèrent les équipages anglais dont les forces furent réduites de moitié: il fallut abandonner cette seconde entreprise comme la première. Ainsi furent perdus les frais immenses de cette expédition formidable qui avait fait trembler l'Espagne pour ses colonies d'Amérique et donné de vives inquiétudes à la France.

Une troisième escadre, enfin, sous les ordres de l'amiral Haddocke, avait occupé la Méditerranée dans une apparente inaction, bornant ses efforts à garder Gibraltar et Port-Mahon, et à bloquer Cadix.

Les opérations militaires traînaient inutilement en longueur : rien encore, sauf la prise de Porto-Bello, n'avait donné satisfaction à l'orgueil national, et le terme de la durée septennale du parlement approchait. Toutes les fractions de. l'opposition se réunirent de « nouveau et firent accepter le renversement de Walpole comme unique remède à tous les maux du pays, et pour mot de ralliement dans les élections prochaines.

Une attaque directe fut ouverte le même jour contre le ministre dans les deux chambres, par lord Carteret dans celle des lords, et par un membre jusque-là peu connu, Samuel Sandys, dans les communes : celle- Aiuque

de Sandyi

ci seulement fut sérieuse. L'orateur fit valoir comme contre w.ipoie, autant de griefs, dans les relations extérieures, le traité (ej de Hanovre, l'acquisition de la Lorraine par la France, la convention signée à Madrid; et quant à la conduite du iv 20

gouvernement a I intérieur, il lui reprocha les progrès toujours croissants <le la dette avec un amortissement rendu illusoire, l'entretien d une année permanente inutile, 1 armement à grands frais d'expéditions maritimes envoyées partout, excepté contre l'ennemi : il flétrit le rejet de toute mesure constitutionnelle ayant pour but de mettre obstacle à la corruption, la présentation de lois pénales favorisant l'arbitraire, l'augmentation sans motif de la liste civile, la destitution des officiers qui avaient \olé contre le bill de l'accise, la molle conduite delà guerre actuelle ; enfin, la réunion, l'absorption dans les mains d'un seul homme, de toutes les branches du gouvernement : lui seul nommait a tous les emplois dans l'armée, dans l'administration civile, dans l'Eglise, et son despotisme avait fait, de la soumission aveugle a sa volonté, dans le parlement et dans los élections, l'unique moyen de succès pour tous dans le royaume. Pour ces causes réunies, dit en terminant l'orateur, je suis d'avis qu'il plaise à Sa Majesté d'écarter pour toujours de sa personne et de ses conseils l'honorable sir Robert Walpole. »

Le ministre accuse obtint ensuite la parole, quoiqu'une motion eût été faite pour la lui interdire. Il f classa ses adversaires eu trois catégories : les torys, les I whigs mécontents soi-disant patriotes, et les jeunes gens Réponse {ike boys). « Aux torys, dit il, je pardonne volontiers, wiipoiç. car ils me font l'honneur de vouloir m'écarter, comme étant le seul obstacle à leurs vœux. ..... J'entends,

d'autre part, beaucoup parler de patriotisme, mot respectable lorsqu'il est honorablement employé, mais qui a été, je regrette de le dire, grandement prostitué

GEORGES ii. .107

depuis vt méconnu : nous avons perdu jusqu'à l'idée devrai patriotisme. In patriote! Eh î Messieurs, les patriotes pullulent comme les moucherons; je pourrais en produire cinquante dans les vingt-quatre heun*s: j'en ai fait beaucoup en une seule nuit : refusez de satisfaire une demande déraisonnable ou insolente, et voila un patriote debout! Je n'ai jamais eu peur de faire ainsi des patriotes ; mais je dédaigne et je méprise leurs

pfforts On affecte perfidement, et pour mieux m'ac-

rabler, de m appeler le premier ministre, le seul ministre; mais, en admettant que je le sois pour ce pays, le suis-je aussi pour l'Europe entière, et suis-je responsable •le ce qui s*1 fait ailleurs ? C'est encore trop peu cependant: quoi que fasse I Angleterre, on me l'impute, et c'est a moi qu'on s'en prend. Maintenons-nous la paix, on nous reproche de manquer de cœur : prenons-nous une part active dans les querelles du continent, on nous accuse de donquichotisme : contractons-nous des alliances, on demande pourquoi nous imposons à la nation des charges envers 1 étranger. Ne cherchonsnous, au contraire, nos forces qu'en nous-mêmes, on nous blâme de n'avoir point d'alliés. » Sir Robert défendit sur le même ton toute sa politique, insistant tour a tour sur chaque point ; et, arrivant aux re~ proches d'ambition et de corruption, il dit, en prenant subitement le change: «On parle de corruption; quia pu jamais m accuser de m être laissé corrompre! Etrange phénomène en vérité! un homme à la fois corrupteur et intègre! Et quant à l'ambition qu'on me reproche, n'ai-je pas refusé la baguette blanche 1 et la pairie? n'ai-je point

t Urtqut Wttpalf fui rfinllgrl a la lélc du miaitfèr* |>*i liewrfte* II, il

préféré demeurer un simple commoner dans vos rangs? * C'est ainsi que Walpole détournait habilement l'accusation sur tous les points sans en diseuter un seul d'une manière sérieuse, et s'attachait surtout à faire ressortir l'inconséquence et les torts de ses adversaires. Il Dédisait pas qu'il était encore plus avide de pouvoir que de dignités, qu'il était assuré d'être pair du royaume aussitôt qu'il lui conviendrait de l'être, mais qu'accepter la pairie, c'était perdre sa place dans les communes, centre «le ses forces et de son crédit. Il termina en se mettant sous la protection des lois de l'Angleterre : « Songez-y bien, dit-il , présenter une adresse à Sa Majesté afin qu'elle écarte de ses conseils un de ses serviteurs sans a%oir un seul crime à lui reprocher, c'est un attentat contre la prérogative de la couronne : j'ose donc espérer, dans l'intérêt de mon maître et dans celui de la constitution de ce royaume, sans aucune considération pour moimême, que tous ceux qui respectent encore cette constitution et cette prérogative sans lesquelles l'Etat ne saurait subsister, voteront contre la motion »

Le vote de la chambre fut un triomphe pour Walpole: la motion de Sandys ne réunit que 106 voix contre 290, et Walpole se crut raffermi ; mais son heure approchait, et cette victoire lui inspira une confiance et une sécurité qui lui devinrent funestes.

u'accepla que les litres de premier membre de la commission du trésor d chancelier de Ihchiquicr (a). Il ne reprit point h cliaqje de premier lord île I' trésorerie dont l'insigne était la baguette Manche.

I. Cet intéressant débat se trouve tout entier dans V Histoire parlementaire, Toi. XI, 1223-1386, avec les comptes-rendus extraits de Coxe et d'autres r* cucils coHlempnrains.

De grands événements étaient survenus en Europe, depuis pen de mois, el amenèrent la guerre fameuse sous le nom de guerre de la succession. L'empereur Charles VI m - «

, , de |VuqM*rt«r

était mort en 1740, dans la ferme espéranee que sa Prag- c.\i*r\<» \i. matique, garantie par toutes les puissances, serait exécutée, et que sa fille Marie-Thérèse, reine de Hongrie, hériterait de ses Etats; mais à peine eut-il fermé les yeux

qu'une foule de princes élevèrent des prétentions sur son ,,nMtllllUl)l,

vaste héritage. Parmi eux on distinguait en première u

■a succession.

ligne Charles-Albert, électeur de Bavière, et l'électeur de Saxe, Auguste 111, qui réclamaient l'héritage entier, celui-là comme descendant d'une fille de Ferdinand Ier, celui ci comme é[>oux de la fille aînée de l'empereur Jo seph. Le roi d'Espagne, Philippe V, faisait revivre des «Iroits surannés sur les royaumes de Hongrie et de Bohême, dans l'espoir d'obtenir, au moyen de transactions, des établissements en Italie pour les enfants qu'il avait eus de sa seconde femme, Elisabeth Farnèse. Le roi «leSardaigue, Charles-Emmanuel, réclamait le duché de Milan ; et enfin l'illustre Frédéric II, roi de Prusse, convoitait la Silésie, qui appartenait, disait-il, par droit de réversion, aux électeurs de Brandebourg. Possesseur d'un Conquèle riche trésor, chef d'une armée nombreuse et parfaitement . disciplinée, et fort de son génie. Frédéric lança d'abord p«r l« ses bataillons sur cette province, puis il enjoignit à Marie- Thérèse de la lui céder, lui promettant son appui en échange de son consentement. Marie-Thérèse refusa : Frédéric poursuivit ses avantages, prit Breslaw, gagna en 1741 la bataille de Molwitz, et soumit la majeure parlie de la Silésie.

La Fiance ne se déclarait pas encore ; elle s'était

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U\Hr VI. « Il \l Ml; h |V.

solennellement engagée a exécuter la Pragmatique de Charles VI; mais Louis XV, tout entier Occupé de ses plaisirs, et le cardinal Fleury, accablé par l'âge, avaient laissé l'ambitieux comte de Bclle-ïsle prendre la plus grande influence dans le conseil. Celui-ci allégua pour prétexte l'éternelle crainte que la puissance autrichienne ne devint trop redoutable; et le conseil du roi, par un hontci.x délotir, crut concilier ses engagements avec ses projets hostiles : il ne déclara pas directement la guerre à la tille de Charles VI, mais il conclut un traité avec

La France

m? promue* l'électeur de Bavière, principal prétendant à la suecespotirMrcirur g.Qn (|c Charles et a la couronne impériale. L'Espagne, Bavière. ^ ^^^1 |eg possessions autrichiennes d'Italie, entra dans celte alliance, à laquelle se joignirent successivefanage n^nt les rois de Prusse, de Sardaigne et de Pologne. Les . ,e partages étaient ainsi réglés : à Charles, électeur de

la »utvr>9iOii * °

d'Autriche Bavière, la couronne impériale, le royaume de Bohème,

enlrc

iopreteii.iai.it. la Haute-Autriche et le Tyrol; a l'électeur de Saxe, la Moravie et la Haute-Silésie; le reste de cette dernière province au roi de Prusse; enfin les possessions autrichiennes d'Italie au roi d'Espagne, pour y former un établissement à l'infant don Philippe. On laissait a Marie-Thérèse, qui avait épousé François de Lorraine, grand duc de Toscane, la Hongrie, les Pays-Bas et la Basse-Autriche. Pour assurer le succès de ce nouveau partage, la France envoya deux armées chacune de quarante mille hommes *»n Allemagne, l'une sous le comte de Belle-lsle. l'autre sous le maréchal de Maillebois.

L'Angleterre tint ses engagements, et, après le desastre de Molwitz, le parlement, a la demande de Walpole, vota un subside île :<00.008 livres et l'envoi de douze

GBOK6BS II H 1

mille hommes au secours de Marie -Thérèse. Mais L'AngMerrc Georges II était alors dans son électoral de Hanovre, que UtrilîîVbîiw menaçait l'armée française de Maillehois. Redoutant,

IM«uli allié

a rapproche de cette armée, de perdre ses états hérédi- du taires, il signa, comme électeur de Hanovre, un traile de neutralité au mépris de l'alliance qu'il avait conclue comme roi d'Angleterre avec Marie-Thérèse, et stipula qu'aucune assistance ne serait donnée à cette princesse par son électorat, durant une année. Celte convention arrêta la inarche du maréchal de Maillehois, sur ko^iiom miii- Hanovre, mais en même temps elle l'affranchit de toute eM Au'ema^e crainte sérieuse dans celte partie de l'Allemagne. \a eilBJJém< seconde armée française sous Bellelsle, obtint d'abord l74l. de grands succès, elle menaça Vienne et emporta Prague

, KleclioH

ou 1 électeur de Bavière fut proclame roi de Bohème : .le un mois plus tard ce prince fut élu empereur à Franc- c wlm Ml fort, sous le nom de Charles VII. ,7<l

La neutralité du Hanovre et la convention conclue à ce sujet par Georges H, souleva l'opinion en Angleterre. Le roi, disait-on avec justice, en refusant le concours de son électorat pour une cause dans laquelle tous les Etats d'Allemagne avaient un intérêt direct, avait voulu mettre son patrimoine à l'abri de toutes les chances funestes de la guerre, tandis qu'il disposait, selon sa coutume, et pour un intérêt tout germanique, de l'or et du sang du peuple anglais. Le ministère, qui avait consenti à ce traité honteux, en fut rendu responsable, et Walpole en partiailier en porta tout le poids à l'approche des élections nouvelles et de la dissolution du parlement.

Cette époque coïncida, pour son malheur, avec les fâcheuses nouvelles des expéditions envoyées à la conquête

Dissolution à*

pirlement.

Électrons nouvelles.

des colonies espagnoles <le l'Amérique : I échec des forci* anglaises devant Carthagène et Cuba, les souffrances du commerce, la capture d'un grand nombre de vaisseaux marchands, le surcroît des taxes, choses qu'il a>ait prévues comme étant le résultat naturel de la guerre, lui furent imputées à crime. Le parlement fut dissous à cette époque (25 avril 1741), et les élections se firent sous l'influence de ces nouvelles désastreuses et au milieu de A?r. i74i. l'irritation générale. Tous les partis rivalisèrent d'efforts pour obtenir la victoire; tous indistinctement usèrent des moyens d'influence légitime ou corruptrice que le pouvoir ou la fortune mettait en leurs mains. Quelques élections furent accompagnées de troubles sérieux , celle de Westminster surtout, et le candidat ministériel y fut proclamé au milieu d'un appareil militaire, sous l'impopulaire protection du sabre. Walpole cependant obtint encore une fois la majorité, mais une majorité incertaine, flottante, et réduite à quinze membres seulement.

Dès l'ouverture de la session et du débat sur la réponse au discours de la couronne, la faiblesse de l'administration fut reconnaissable. Walpole, sur une première question, l'emporta de sept voix seulement. « Encore une ou deux victoires semblables, dit à ce sujet son fils, comme jadis Philippe de Macédoine, et notre perte est certaine! » Alors, et comme il arrive toujours dans les assemblées politiques aux approches d'une crise décisive, la faiblesse d'un ministre une fois reconnue, a pour effet inévitable de grandir le vide autour de lui, et il n'y a pas loin d'une majorité douteuse à une majorité hostile. Walpole l'éprouva; une pétition contre l'élection de West-

OuTerlarc «le la session

minsler lut accueillie |>ar les communes; une majorité

de quatre voix cassa lelection, et Walpole vit ainsi se re de w»lpmV-

tourner contre lui cette chambre où il avait si longtemps

et sous deux rois régné en souverain.

11 ne se rendit pas encore, et s'attacha d'un effort désespéré à ce pouvoir qu'il considérait comme son bien, comme sa vie même, et qui l'abandonnait : il descendit, afin de le conserver, aux actes les plus humiliants pour son orgueil, et, après avoir entretenu longtemps l'inimitié du roi pour son héritier, et contribué à donner, en quelque sorte, celui-ci pour chef à l'opposition, il sollicita son appui, et s'efforça de le gagner en lui offrant d'acquitter ses dettes et d'ajouter 50,000 livres à son revenu annuel. Ces offres furent repoussées avec dédain, et le prince de Galles refusa de prêter l'oreille à toute espèce d'ouverture qui lui serait faite de la part de son père aussi longtemps que Walpole demeurerait à la tète du conseil. Le ministre, fort de l'appui du roi, voulut encore faire lèleà l'orage, et résista aux instances de ses partisans, de ses amis, de sa famille; mais ses collègues avaient reconnu le péril de la situation; ils espérèrent, en sacrifiant leur chef, échapper eux-mêmes au naufrage, et joignirent leurs voix à toutes celles qui demandaient sa retraite. Ainsi délaissé, trahi même par ses confrères, et seul contre tous, Walpole céda enfin; il résigna tous Remplois, reçut une pension de 4,000 livres, et fut

I. Walpole lui-même écrivit a celle occasion au duc de Dcvonshire : « La

PM^ue foi »i grande parmi comment le» noramerai-je? parmi me»

rt»P«*i'ni», qu'il» déclarèrent tous que ma retraite était devenue absolument Mm«irc eu m me l'unique moyen de conduire le* affaires publiques. (î fe- »"« «742, One, Mémoires sur Walpole),

LIVRK VI. Cll.tPiTHK IV.

créé comte d'Orford. Depuis lors il vécut dans la retraite, où il s'adonna presque tout entier à de vulgaires plaisirs. H ne revint plus au pouvoir, et sauf quelques rares et grandes occasions, il s'abstint de prendre une part active aux débats politiques.

G.iuidériiionf gjr Robert Walpole , trop généralement décrié na

sur

ton nrtcière guère, et trop vanté par quelques écrivains aujourd'hui.

»• poli'ïq'ue. 684 difficile à apprécier et présente df grands contrastes.

Il possédait une raison pratique et une volonté forte qu'il mit courageusement Tune et l'autre au service de son pays toutes les fois que l'intérêt public ne fut pas eu oitposition trop complète avec le sien. Son esprit était positif, ses goûts simples, quoique sans délicatesse, son humeur égale, ouverte et facile, bien qu'à l'excès ombrageuse et jalouse. Aucun reproche d'ingratitude. uV perfidie ou de cruauté ne pesé sur sa mémoire. Ennemi, par son caractère doux et bienveillant, des mesures violentes et sanguinaires, à une époque où cette disposition était une exception rare dans les hommes d'Etat, il adoucit par son exemple la rudesse des mœurs publiques, et donna le premier au gouvernement intérieur de l'Angleterre ce caractère de mansuétude qui en est un des principaux traits Jamais peut-être, dit un écrivain judicieux, la nation anglaise ne vit un chef de parti politique

I. Il élaïl |iarf«itom« ut connu que plusieurs de ses adversaire* dans l'opposition avaient de» relation* directe* avec le prétendant : la vie d<- |>lu>nur> d'entre eux fut a »a merci : et il etïl aisément trouve de» précédent! Jao* le* actes «oit dei wlitj;s, soi: de* In y, pour se m. mirer impitoyable a leur égard; mais avec une clémence a laquelle la postérité n'a point rendu justice, il consentit a être calomnie, outrage, et enfin renversé par un parti qui comptât dans son sent beaucoup d'hommes dont la tete avait été a sa discrédit iMacanlay. Efttfi «ur Us lellrts d'Horic Watpnte à sir Horart Mtnn.)

<;e»>k<;es II.

d'une habileté plus consommée : nul ne le surpassa dans l'art de capter la faveur du prince, de gouverner les communes, de connaître l'opinion publique et de la dominer Il eut aussi une parfaite intelligence des intérêts financiers et matériels de son pays 2, et se montra plein de zèle pour les défendre, aussi longtemps du moins qu'il put le faire sans aucun inconvénient pour lui-même. Mais sa passion dominante fut l'ambition, et toutes les fois qu'il fallut opter entre l'intérêt de son pouvoir et celui de son pays, il fit au premier le sacrifice de ses convictions: il eut pour collègues des hommes très-éminenls. et dans la crainte d'être supplanté ou éclipsé par eux, il les congédia : il inclinait en principe pour les dissidents, et nul mieux que lui ne reconnaissait l'injustice des entraves qui pesaient sur eux, et la nécessité de les rallier tous au gouvernement par des mesures plus équitables que les lois existantes 3 : il ne fit cependant rien pour eux, et oublia au pouvoir tout ce qu'il leur avait promis a\ant d'y monter. Son projet pour la taxe de l'accise était sagement conçu et fut accepté après lui : Walpole le retira devant une opposition menaçante et n'osa jamais le reproduire : il savait la paix nécessaire au pays; il finit par y renoncer, préférant une guerre injuste à une session orageuse é.

I. Lord UmpM», Fw«(to lord* c hancelier* d'Angleterre, vol. v. p. 1)8, noie.

3 II lui un parlUan déclaré des ;>rali<jues du libie écbanp.e, el proposa la »".ppre*»ioo ou l'abaissement sur une foule de déniée* de première nécessité. Walpole fui, a cil éj;ard. comme le chancelier Clarendon el quelque* aiilrc* l'omniei d'Eial, 1res en avanl de *on époque. (Voyez ci doaus, vol. III, p. 417.^

3. S'il» cm- - l m éle turbulents, il leur .*erail venu en anle ; n'avait! rien a rrïindre,le1eor pari, il le» abandonna. (Macaulav, ul supra.)

Cw, qui a errit une «avante bioRraphir de Walpole, lui fait l'bol-

.iir» M VUE VI. Cil A NT H F. IV.

Sa politique, comme on l'a si bien dit de nos jours, était une politique d'expédients : son unique objet fut de pourvoir aux nécessités du moment, et il évita toujours de soulever une difficulté présente, ou d'afîronter une agitation légère pour conjurer des orages dans l'avenir. C'est ainsi qu'il ne prit aucune des grandes mesures impérieusement réclamées par l'état de l'Ecosse, pour y détruire un perpétuel foyer de rébellion, et qu'il n'apporta aucune réforme dans la dangereuse organisation de ses clans encore à demi sauvages : il n'y toucha point, les voyant paisibles, et on en vit sortir, peu d'heures après sa chute, une tempête qui mit le trône en péril l.i

A beaucoup d'égards, cependant, et considérée dans son ensemble, la longue administration de Walpole eut des résultats très-salutaires : elle contribua puissamment à affermir dans le royaume la dynastie protestante et à fortifier, en le développant, le régime constitutionnel sur les bases établies en 1688 : elle façonna l'Angleterre aux habitudes et aux mœurs de la vie publique. Walpole, enfln, eut la gloire d'avoir gouverné sous deux rois, et durant vingt années, satisfait des pouvoirs que la constitution mettait dans ses mains, sans jamais recourir à des actes oppressifs et contraires aux lois, il eut le rare mérite de maintenir longtemps la paix extérieure en Luttant contre le flot furieux des passions populaires, sans faire aucun sacritice de l'honneur ou des intérêts du

neur de reconnaître en lui pour pastion dominante Vamour de la paix, «lie lovi of peau. M. Macaulay répond spirituellement a celle allégation qac l'amour de la \uh fui, eu effet, le Irait caractéristique de Walpole, qui avait adopté pour devise : Quiela non moverc ; mais que cette pait qu'il affeclioiMtit avant tout était celle de sa propre administration. (Ibid.) I Idftn, ibid.

(;eorc;es m

pays. Il lut, sans éclat, un très-habile ministre : le sentimont du grand lui manquait, et pour cette cause autant que |K)iir l'ombrage que lui donnait toute supériorité, il éloigna de lui systématiquement tous les hommes distingués de son époque, non-seulement dans la politique, mais aussi dans les lettres, dédaigneux pour les écrivains comme pour leurs productions Incapable de gouverner comme le fit plus tard son adversaire William Piît, par le prestige des grandes choses, il lui fallut recourir à des procédés de séduction vulgaire, et, incorruptible lui-même plutôt que désintéressé, il répandit la corruption autour de lui, prodiguant à ses amis et à ses créatures l'argent, les places et les honneurs 2. Il ne fut point sans doute l'inventeur d»> ces pratiques déjà en usage île la façon la plus scandaleuse sous Charles II, et il ne les poussa pas aussi avant que l'ont fait quelques-uns de ses devanciers ou même de ses successeurs, mais il s'en cacha moins;%et, soit involontairement, par imprudence et légèreté, soit par calcul, il contribua à faire considérer ces manœuvres corruptrices comme indispensables dans un gouvernement libre, et elles devinrent dans la suite, à l'usage des gouvernants, un art et un système auquel le nom de Walpole eut le

1. Parmi le» ho m met le» plus lonnus qui, d«us l'intérieur comme au d.bor» da parlement, attaquèrent l'admiiiislialion de Walpole, ou cite Boliugbroke, 'halcrfield, Carleret, Argyle, Pulleuey, VYyndbaiii, Pill, Lyllletou, l'ope, i*'ft, Gay, Arbuthnot, Fieldiug, Johnson, Thompson, Akenside, G lover.

2. Walpole ci- pendant n'eut pas pour habitude d'acheter ses adversaires. Il roottaisiait tout le danger de celle politique pusillanime ; il savait que pour un maemi ainsi rallié il s'en proJuirait mille qui mettraient à l'enchère leur •ilence ou leur vole aussitôt qu'il aurait reconnu qu'il y aurait moins de profit » le servir qu'a le combattre.

malheur de rester attaché. On a établi, par des raisons fort ingénieuses, que le temps où il vivait les avait rendues nécessaires et des hommes à tous égards trèsémineuts se sont montrés sur ce point indulgents pour Walpole2: mais, en admettant que la corruption pratiquée en grand lui fût indispensable pour se perpétuer vingt ans au pouvoir; si, en refusant de concourir à de si déplorables errements, il eût toujours pris pour mobilr la renommée qu'obtient un ministre à l aide de princil>es élevés et fermes, soutenus par une conduite habile et désintéressée et mis en lumière par l'éloquence, il

I . • Walpole, dit M. Macaulay, eul recourt a la corruption pour gouverntr. para* que, dao« le temps ou il vécut, il était impossible le s'en pa liet pratiques de corruption n'étaient pas nécessaires aux Tudors. parc* que leur* parlement» .Matent lies-faibles, el de nos jours la publicité qui a ete donnée aux actes du parleme nt a élevé la moralité des homme» poliliqoes. Le ponsair de l'opinion publique cal devenu si grand, que mène avant la réente reforme de la représentation, le simple soupçon qu'un ministre eût acheté des volea par des offre» pécuniaire» faites a de» membre» du parlement, aurait el« suffisant pour le perdre. Mais dans |« siècle qui suivit la restauration, la ebambre des communes était dans la situation de ces assemblées qu'on peut gouverner a l'aide de la corruption, ou qui sont absolument ingouvernables. Elle n était ni tenue «■ crninle, comme au IV1« siede, par le noue, ui comme jourd'bui par l'opinion du pa^s: sa constitution était toute olijjarcbiqutr, ses délibérations secrètes, »on pouvoir immense. • (Kssay on Walpole'*, letters l« «ir Horace Mann.)

î, • On peut affirmer < n conscience, a dit un d. » liomu.es les plus célèbres Je no» jours, que l'imputation fail<! a Walpole d'avoir eu recours, pour gouverner, à une corruption sans précédents avant lui, u'a pas d'autre fondement que la franchise Je se» aveux sur l'exercice habituel du patronage, et les paroles q«< lui échappèrent tur le caractère de l'homme politique. Son mot fameui: Tto' tes hommes ont leur prix, semble n'avoir pu être prononcé dans un sensgé»<ral, mais d'après des témoignages dignes de foi, il ne s'appliquerait qo'a quelques uns des adversaires de Walpole, connus par leur mépris de tout principe • Walpole aurait dit, en parlant d'eus, avec dédsin : Toux cru hommes ont lenr pru\ et ce léjjer changement enlevé a ce mot toute sa gravité. • l.ord r'roughim sur sir Robert Walpole, Mr xuprh .

tikOKIiES II.

eiil, ii est vrai, selon toute |>robabilité, succombé plus tôt, mais il eut aussi fortifié, par son exemple, les mœurs publiques, gardiennes des constitutions et des lois; il eût laisse , après sa chute, un des noms les plus justement honorés; il se fut enfin réservé pour l'avenir; et . lorsque vint bientôt le moment où ses ennemis, la plupart aussi peu scrupuleux, mais beaucoup moins babil»*, montrèrent a l'œuvre toute leur impuissance , le pouvoir lui serait revenu , et il l'eût exercé d'une main puissante et victorieuse. Au lieu décela, en alimentant (le honteuses passions, il les rendit insatiables; en jetant des trésors dans ce gouffre, il ne parvint jamais à le combler, mais l'élargit sans cesse ; il abaissa le caractère national ; il arma d'arguments plausibles les détracteurs du régime constitutionnel, et une fois tombé, ce fut |H>iir toujours !.

s«>le du règne de Genres 11 depuis la cbute de sir Kobcrl Walpoli- jusqu'à «Ile do Carlerel (lord Granville). — Première période de la guerre de la ♦(Ktesuon d'Autriche.

Quoique Walpole ne revînt plus ostensiblement au pouvoir, il conserva ce|>endant, après sa chute, presque Imite son influence sur le roi ; ce fut lui qui le dirigea

l. Le portrait le plu* llailé de Walpole cal peut être celui qu'a (rare* le eélè- **« Maiond Burke. L'impartialité de 1'bistoire nous fa î l une loi d'en citer |«»l«pj#§ extrait» : • Walpole, dil-il, gouverna beaucoup moins par la corrup-

"•»»qa'a l'aide d s liens départi (par/y attachmenl). . . <e fut lui qui, par le

LIVKK VI. CHAHITRK IV.

dans le choix de son successeur dans la charge de premier lord de la trésorerie, et, cédant à son ressentiment contre ses anciens collègues, il s'appliqua, dansées premiers moments, à rendre la marche de l'administration difficile, sinon impossible. Il indiqua au roi l'éloquent Pulteney, son ancien rival, de la part duquel il prévoyait un refus, et, à son défaut, lord Wilraington, qu'il savait incapable. Pulteney consentit à former un cabinet nouveau; mais, cédant à des considérations d'un ordre secondaire, il allégua la répugnance qu'il avait toujours montrée à remplir un emploi salarié par l'État; il refusa doncla trésorerie, qu'il lit donner à lord Wilmington, se réservant dans le cabinet un siège sans portefeuille. Mais là s'arrêta son désintéressement, et il accepta une pairie que Walpole lui fit adroitement offrir avec le titre de comte de Bath1. Pulteney oublia que toute sa force était dans sa parole, que le siège véritable de sa puissance comme orateur était dans les communes, il s'annula ainsi lui même à la grande joie de son ancien

maintien d'une longue paix et d'une équitable liberté, comme par la protection efficace donnée lui bonnes lots, contribua plu» que personne à doter le pay> de

cette prospérité qui le mit plus lard a môme d'acquérir la gloire militaire Il

eut ses défauts sans doute, mais e'e»l la prudence de cet homme, c'est sa vis'" lance et sa fc. meté qui, jointes à une grande douceur dans le ca'aclerv cl dsns la condui c politique, oui conservé la couronne % la famille réguante rt •vec «Ile let institution! el les libertés du pays, t [Uurke's ajytal fromlkt uew to the old whigs, cil. exl. des Mémoires sur Walpole, par Coie, p. 75»*) I, Il vit le pié,je trop lard, cl parut vouloir retirer son conseniement spro l'avoir donné : mais le roi insista; il repoussa cê refus tardif, el força Pulteney, par le conseil de Walpole, a accepter sou litre. • J« me souviens eucore, dit Horace Walpole, du gesteel des paroles de mon père lorsque, revenant «le la cour, il me racooU ce qu'il veuait de faire Touruaul la clef de la serrure: Je viens, ajouta-t-il, de fermer sur lui la porte, a (Mémoires sur le règne de Georges 11.)

rivai, et tomba tout ensemble, dit Chcsterfield, dans la pairie et dans l'insignifiance !. Walpole ne négligea rien pour semer la division parmi ses adversaires triomphants mais, il avait pour cela peu d'efforts à faire, et la pente naturelle des choses y suffisait. L'anarchie, à la suite du succès, avait envahi toutes les régions de l'État, et la victoire avait rompu la trêve entre les fractions si nombreuses et si divergentes de l'opposition. Toutes maintenant réclamaient une part dans le succès obtenu cl une place dans l'administration nouvelle, et durant ce conflit de tant de prétentions qu'il était aussi impossible de concilier que de satisfaire, on entendait retentir la grande voix de la nation irritée, à laquelle tous les organes de l'opposition, devenue triomphante, avaient depuis si longtemps fait entrevoir la chute de Walpole comme le terme des abus et le commencement d'une nouvelle ère de prospérité sans bornes, mais dont chacun des divers partis se faisait une idée différente.

On pouvait espérer que, de cette violente tempête qui avait soufflé d« tous les points de l'horizon, que de cette masse de reproches et d'accusations véhémentes dont la dernière administration avait été l'objet, U sortirait quelque amélioration importante, quelque grande et utile réforme, destructive des abus et victorieuse de la corruption: il n'en fut rien cependant. Nous avons vu Walpole désigner lui-même au roi le chef de son gouvernement :

I. U première fuit que lord Orford (Walpole) rencontra lard Balh (Pulle- Mf] «Un* 1« chambre des pairs, il viut à lui, et lui dit, avec une iati»faction ">ilign« . «Eli bien, Mylord, nous voila ici voua et moi les deut individus le» pluMMMftinfiâiiU de lou e l'Angleterre. » (0' King, anecdotes de sou temps.)

iv. 21

.122 LIVHK VI. CIIAHTKE IV.

lonl Carteret et plusieurs île ses collègues n'arrivèrent au pouvoir qu'après avoir pris l'engagement formel d< soustraire, s'il était possible, à toute poursuite celui sur lequel ils avaient naguère appelé la vengeance du pays. Ce pacte tacite en Ire Walpole et ses successeurs devint bientôt manifeste, et contribua puissamment à les déconsidérer dans l'opinion.

L'administration nouvelle, dont furent exclus les patriotes prononcés et les ardents torys, fut enfin complétée. CoaipMtfH.ii cl demeura composée on partie comme il suit : le comtede. nuifc.,1 Wilmington, premier lord de la trésorerie ; lord HaringmiuMièrr. |OÏ]j président du conseil ; lord Hardwickc, cbancelier du 1712. royaume; sir Samuel Sandys, chancelier de l'Echiquier; lord Carleret et lord Pelham, duc de Newcastle, secrétaires d'État. Une charge de secrétaire d'État pourl'Écosse fût créée en faveur du marquis de Twceddale: sir William Yonge demeura secrétaire de la guerre; le frère du duc de Newcastle, Henri Pelham, fut payeur général de l'armée; l'amirauté, enfin, fut mise en commission sous la L»rd carierai présidence de lord Wincbetsea. Lord Carterel, qui hérita lord g r«n riiic) bientôt après, par la mort de sa mère, du titre de comte du «binci (,e G™wille, M (,c fait cnef (,u nouveau cabinet, où Pulteney, devenu lord Batb, s'était réservé un siège sans portefeuille : mais cet homme d'État penlit rapidement toute son influence en se montrant sans force comme sans volonté pour exécuter aucune des grandes mesures qu'il avait naguère proclamées urgentes et indispensables : il disparut ainsi de la scène politique et ne recouvra jamais ni sa popularité ni son crédit. Le roi confia ou rendit d'importants emplois à quelques hommes fort influents dans le parlement. Sir John Hinde Cotton, quoi-

que jacobite avoué, devint membre de l'amirauté, et lord Cobham, rétabli dans son commandement militaire, fut nommé feld-maréchal. Celui-ci s'était rendu populaire, et quoique les ministres eussent tenté de le rallier, il leur devint bostile en les voyant sacrifier les intérêts du pays aux leurs. Autour de lui se groupèrent des familles puissantes et quelques personnes d'un mérite reconnu qui, sous le nom de parti Cobham, formèrent bientôt une ligue redoutable.

Trois hommes entre les plus éminents de l'ancienne opposition, lord Chesterfield, William Pitt et le duc d'Argyle, restèrent en dehors de l'administration nouvelle; le dernier cependant, après avoir hésité, consentit à siéger dans le cabinet, mais peu satisfait de la part d'influence et d'autorité qui lui était faite, il résigna sa place et rentra dans l'opposition, dont le foyer fut principalement entretenu dans les communes nar sir Watkin Willams et Shippen Wynn.

U s'agissait maintenant, pour le cabinet, de répondre à l'attente générale, d'annoncer sa politique et d'opérer la réforme des abus : sur tous ces points, les difficultés étaient immenses, et les remèdes proposés plus dangereux que les maux qu'ils étaient destinés à guérir. La diversité vues dire»*

des vues et des projets était infinie, et les nombreux par- » ^,n„

lis maintenant triomphants ne semblaient d'accord que . de*

pttriotet pour

sur un point, savoir : pour accuser Walpole et demander h sa tête. Les uns, d'ailleurs, voyaient une calamité* pU.rér°nnede,ibu» blique dans l'acte de la septennalité dont ils exigeaient le rappel, d'autres dans le maintien d'une armée permanente en temps de paix, étrange grief au milieu d'une guerre dont nul ne prévoyait le terme : quelques-uns

demandaient une forte réduction dans les taxas et en même temps recommandaient de pousser la guerre avec plus de vigueur 1 ; plusieurs, enfin, attribuaient la misère croissante des classes pauvres à une trop grande exportation de la laine anglaise, comme si le meilleur moyen de soulager les malheureux était de tarir une des principales sources de la richesse nationale! Aucune mesure sérieuse ne fut ni adoptée ni proposée contre la corruption qui, durant l'administration de Walpole, avait fourni le texte de toutes les alla quea de ses adversaires2; et ceux-ci, en se bornant à s'emparer de toutes les places sans apporter à la politique aucune modification sensible, jetèrent pour de longues années dans le royaume une immense défaveur sur le tilre de patriotes dont ils s'étaient |iarés, et à l'aide duquel ils s'étaient élevés au pouvoir 3. Us demandèrent cependant et ils obtinrent que le nombre de ceux qui tenaient une charge à la cour et dans l'Etal fût réduit daus la chambre basse, seule mesure proposée qui eût un caractère d'uti-

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