IV
hérité de sa puissance et de sa politique. En lord Granville d'ailleurs, le bon sens pratique n'était pas au niveau du talent l, et déjà de tous côtés menacé, il s'aliéna encore ses collègues en réclamant une plus large part d'influence el de pouvoir. Mais ils ne supportaient qu'avec peine le poids de son impopularité, et bien loin de consentir à accroître l'animosité publique en l'élevant davantage au-dessus d'eux, ils ne songeaient déjà qu'à se garantir eux-mêmes en le sacrifiant.
La crise se déclara enfin dans le courant de novembre de l'année 1744. Georges II ayant exprimé le désir qu'un subside fut accordé à la Saxe en surcroît des sommes énormes déjà données à la reine de Hongrie, tous les minisires, à l'exception de lord Granville, combattirent cette mesure; et le roi insistant, Henri Pelliamet le duc de Newcastlc, son frère, lui firent entendre qu'il avait à choisir entre eux et lord Granville. La perplexité du monarque f u l extrême : sacrifier Granville, c'était perdre, dans le con scil, l'avocat, le puissant défenseur des subsides germaniques; écarter les Pelhams, c'était s'aliéner les communes qui les votaient, et déjà Granville n'avait plus pour lui que le roi et le prince de Galles, qui, en parla géant le faible de son père pour le Hanovre, avait ruiné sa popularité. Le prince essaya en vain de s'entendre, pour le maintien de Granville, avec les chefs de l'opposition ; lord Orford lui-même, dans cette circonstance, se
4. Carteret te laissait aussi trop détourner des affaires par les plaisirs. Son intempérance et ses excès habituels, partagés par quelques-uns de ses collègues, valurent a. son administration, de la part de ses adversaires, uo surnom honteux : ils la nommaient the dimkcn administration (l'administration ivre).
contre lui. Le roi se rendit enfin ; Granville fut • cul de congédié, et sa chute amena une nouvelle composition du ,0,d GrMtiU' cabinet. ,7i4
Début* du ministère de Henri Pelham. — Suilo de la guerre de la succession d'Autricbc. — Expédition de Charles Edouard.
Le premier lord de la trésorerie, Henri Pelham, était par sa charge, comme aussi par son influence personnelle dans les communes, l'homme le plus considérable du ministère, et Granville ayant entraîné dans sa chute quelques ministres qui lui étaient particuberemenl attachés, ce fut Pelham qui recomposa le cabinet. Il le fit comme on devait l'attendre de son caractère timide, circonspect, conciliant, et toutes les fractions •le l'opposition y furent cette fois représentées par leurs chefs. Son administration, formée d'hommes appartenant a toutes les nuances du parti whig et qui comprenait aussi quelques torys, fut nommée le ministère aux larges bases (Broad hottom). Ses nouveaux membres et ceux que Henri Pelham y rappela après la chute de lord Granville, étaient Harrington, son successeur dans la charge de sécréta1 re d'Etat, le duc de Bedford, nommé premier lord de l'amirauté, lordGower, gardien du sceau privé : enfin, deux membres influents du parti Cobhamite Georges Lytlleton et Georges Grenville, furent
* Ce parti prenait son nom de lord Coliham, destitué par Walpolc
commission nés nu trésor et à l'amirauté. Deux hommes érninents do l'opposition demeurèrent seuls en dehors du gouvernement, ce furent lord Chesterfield et William Pilt. Le premier, éloquent adversaire de la politique hanovrienne dans la chambre des lords, et pour qui le roi manifestait une répugnance invincible, accepta le gouvernement de l'Irlande; le second se tint à l'écart de l'administration plutôt par choix que par nécessité: mais son concours lui fut acquis. On vit alors pour la première fois l'opposition réduite au silence qu'elle garda longtemps, et plusieurs causes concoururent ensemble à ce résultat remarquable et exceptionnel. Les divers [>arlis étaient, à cette époque, dans cet état de langueur où ils tombent lorsqu'après de longues luttes politiques sans résultat, ils reconnaissent que, sous des principes en apparence généraux, se cachent des intérêts mesquins et privés, et que les hommes sincères de chaque opinion, croyant servir la cause nationale, n'ont aidé qu'à la fortune de quelques habiles 1 : au découragement causé par la politique intérieure se mêlaient alors la fatigue delà guerre étrangère et la crainte de la guerre civile; tout
I On vil alors un remarquable txemplc Je la promptitude avec laquelle s'opèrent îles réactions dans l'opinion. l'eu de mois auparavant, dit W. Micaulay, I* public était enclin à imputer loua le» crimes aux ministres et a prêter une confiaule oreille à toutes les assertion* des membre» considérables de l'oppoiilion, et iiiitinlenaul la nation s'abandonnait entièrement et aveuglement a ta volonté des minisire», et quiconque cherchait à réveiller l'e*prit public devenait l'objet de ses soupçons ou de son mépris: le nom mémedcjN- Iriolc devint une appellation dérisoire. Horace Walpole enfin peut a peine être laté d'exagération, lorsqu'il d il qu'a celle époque la déclaration qu'un candidat pût faire sur son élection étoit qu'il n'avait jamais «MO et ne serait jtmais un patriote. (Macaulay, Et$ai tur les lellrt* d'Uoract Walpolt a $ir fforffft Wnaifl ;
G BORGES II. 3-41
concourait à calmer les dissensions domestiques. Ce calme si nouveau dans les hautes régions de l'Etat dura neuf ans, jusqu'à la mort de Henri Polliam, et celui-ci obtint, avec des qualités médiocres et la plupart négatives, un succès que n'eurent pas les plus célèbres ministres, et qui avait été refusé à l'habile Walpole et au brillant Carteret : succès d'autant plus digne d'attention, que le gouvernement persévéra dans la même voie, et le public ferma les yeux sur les subsides hanovriens et germaniques, du moment où celui qui les avait le plus vivement recommandés et défendus eut été sacrifié à l'opinion.
I ne alliance offensive el défensive ayant été conclue entre l'Autriche, la Hollande, la Saxe et l'Angleterre, un subside nouveau de 150,000 livres, dont un tiers à la charge de la Hollande, fut accordé à la Saxe, sous la condition de fournir 30,000 hommes pour la défense de la Bohème. Quant aux troupes hanovriennes et hessoises, le cabinet anglais parut y renoncer, mais Marie-Thérèse les prit à sa solde, et pour l'aider à supporter celte charge, le subside qu'elle recevait de l'Angleterre fut porté de 300,000 à 500,000 livres. L'entretien de ces trou pes cessa d'être directement à la charge du royaume, mais il y retomba d'une manière indirecte et plus onéreuse : tel fut le résultat de tant d'agitation et de bruit.
Marie-Thérèse et ses alliés semblaient, depuis la victoire de Dettingen, abandonnés de la fortune, et la ran,r,gt Flandre était le principal théâtre de la guerre avec la F|a^rt France, dont l'illustre maréchal de Saxe commandait les armées. Il avait investi Tournay, défendu par une garnison hollandaise, et les Anglais, sous le duc de Gumberland, marchaient au secours de cette place. Les" Français,
342 HVftl VI. CHAPITRE IV.
à leur approche, se formèrent en ligne de bataille au delà de l'Escaut : ils avaient devant leur centre le village de Fontenoy, celui d'Antouing à leur droite, et le bois de Bari à leur gauche : tous ces postes étaient défendus par de Mlle formidables batteries. Le 11 mai (174S), les Anglais se Fomeuoy portent en avant pour attaquer l'ennemi dans cette forte 1745. position; ils occupent le centre de leur ligne, les Autrichiens tiennent la droite sous le comte de Kœnigsberg, et les Hollandais forment la gauche sous le prince de Waldeck. Les deux armées comptent chacune environ 45,000 hommes; mais le maréchal de Saxe est malade, incapable de monter à cheval, et se fait porter en litière dans les lignes : Louis XV est à l'armée avec le Dauphin, et son quartier général est établi dans le village d'Antouing. Après une longue canonnade sans résultat, les Anglais marchent en avant avec grande bravoure, et s'élancent pour emporter le village de Fontenoy sous le feu terrible qui le protège. Mal secondés par leurs auxiliaires, ils changent de direction et s'avancent seuls contre les lignes françaises qui s'étendent entre Fontenoy et le bois de Bari; ils se resserrent, pour offrir moins de prise à l'artillerie, en une formidable colonne qui renverse les faibles corps qu'on lui oppose. Deux lignes d'infanterie française étaient forcées : encore quelques moments, et la colonne, hors de la portée des batteries, pouvait tourner sur la gauche et emporter Antouing, occupé par le roi, à qui déjà on conseillait la retraite. Cependant la colonne anglaise, sillonnée par les boulets, avait fait des pertes énormes; Maurice de Saxe fait pointer sur elle une batterie de réserve qui fait dans ses rangs un vide affreux. La cavalerie française s'y précipite au galop, entoure la
colonne île toutes parts et en balaye les débris devant elle. Neuf mille Anglais, tués ou blessés, demeurent sur le champ de bataille. Quelques jours après, Tournay est pris, presque toute la Flandre est occupée, et ses principales places deviennent pour la France le prit de cette importante victoire.
Les armes françaises n étaient pas moins heureuses alors en Italie sous le maréchal de Noailles et l'infant don S, 'J, Philippe : toutes les possessions autrichiennes d'Italie eo A,|^ia furent conquises, à l'exception de quelques forteresses, et le roi de Sardaigne se vit réduit à sa capitale. Mais en Allemagne, les Autrichiens tinrent tète aux Français et couvrirent Francfort, où, le 15 septembre, le grand-duc François de Lorraine, époux de Marie-Thérèse, fut proclamé empereur. Le roi de Prusse avait, trois mois auparavant, remporté une grande victoire à Friedberg.
Traité
Le traité de Dresde, qui confirma la cession de la Si- de lésie, à laquelle le comté de Gralz fut ajouté, rendit ce DrW4,e monarque à la neutralité.
Les mauvais succès des Anglais et de leurs alliés sur le continent coïncidaient avec l'époque où une entreprise, célèbre par son audace, eût rendu nécessaire, dans la Grande-Bretagne, les forces régulières qu'elle employait ailleurs. Cette entreprise, faite en 4 745 sur le sol britanique par le prince Chartes-Edouard, fit trembler les amis Je la maison de Hanovre etaurait mis en péril le trône de George II si elle eût été soutenue par la France. Il convient, avant d'en décrire rapidement les principaux incidents, de donner quelques détails sur son auteur et son héros. « Le prince Charles-Edouard, dit Walter Scott, était un jeune homme dont les traits avaient un noble caractère,
mais étaient voilés par une expression habituelle de c-rocicrc mélancolie. Il avait des manières affables et paraissait ynncc doué dun généreux naturel; son courage était capable rirt-Edoutr.i.jgg entreprises les plus désespérées, la force de sa constitution admirable, et il excellait dans les exercices et les talents particuliers, qui conviennent à un homme. Tous ces avantages favorisaient éminemment celui qui aspirait à rétablir une ancienne dynastie : mais d'une autre part son éducation avait été singulièrement négligée sur plusieurs points trop importants pour faire espérer son succès. Au lieu de lui enseigner les droits et la constitution de la nation anglaise, on s'était appliqué à graver dans son esprit ces maximes exagérées ot surannées de droit divin héréditaire et d'obéissance passive qui avaient causé les erreurs et les infortunes de son aïeul Jacques II : il avait aussi été élevé dans la foi catholique romaine, croyance qui devint si fatale à ce monarque, et il se présentait à la nation anglaise, sans aucune modification des principes politiques et religieux que réprouvaient ceux qu'il appelait ses sujets et qui avaient coûté un trône à son aïeul : c'était par une conséquence naturelle des idées dont il avait été imbu touchant la prérogative royale, autant que par l'effet d'un caractère froid et hautain, que ce jeune prince considérait les plus importants services qui lui étaient rendus et le dévouement le plus absolu à sa fortune, comme suffisamment récom|>ensés i>ar la seule conviction qu'on s'était acquitté du devoir de sujet fidèle; le résultat naturel d'une éducation si vicieuse fut une froide indifférence pour la vie et la sûreté de ses adbé rents, et c'est ainsi qu'il se précipita aveuglément dans de
entreprises chimériques dont la réalisation même eut attiré les plus grands maux, sur tous ceux qu'il appelait à y concourir ». » Tels étaient les principes dans lesquels axait été nourri le descendant de l'infortunée maison de Stuart.
Il ne put faire partager ses espérances au gouvernement français, qui, découragé par le mauvais succès de I expédition de 1744, n'était point encore porté à la renouveler : Charles-Edouard cependant, secrètement d'intelligence avec le cardinal de Tencin, obtint qu'une frégate française de 60 canons.. YElisabeth, portant de l'argent, des munitions et des armes, fut mise à sa disposition. 11 équipa en même temps la Doutelle, sloop de guerre, sur lequel il s'embarqua suivi de quelques compagnons; et, avec de si faibles ressources, il entreprit de reconquérir le trône de ses pères. L'Elisabeth fut rencontrée par un bâtiment anglais de force supérieure; un combat s'engagea, aprè3 lequel la frégate, hors d'état de poursuivre sa route, rebroussa chemin vers la France. Le prince, malgré ce grand revers, continua sa route vers la côte occidentale de l'Ecosse, où il aborda entre le Moidard et l'Arisaig, dans le comté d lnverness, et où sa présence Débarquement avec une si faible escorte, commença par jeter l'épouvanlech.ries-Edouird parmi ses propres partisans. Ayant fait donner avis de en Éc<m<" son arrivée aux principaux chefs jacobites de cette partie 47 li des Uigh Lands, tous furent d'accord pour blâmer son entreprise comme téméraire et pour en déclarer l'exéculion impossible. Mais Charles-Edouard avait dans les manières et dans le langage un charme entraînant et irré-
*. Sir Waltcr Scott. Mil. d'Ecos$e, c. \\ .
sistible pour des liommes de mœurs simples et d une imagination ardente, attachés à sa famille autant parle souvenir traditionnel d'une longue suite de brillants exploits pour la cause jacobite que par une haine ardente et séculaire contre des clans rivaux. Il fit appel à leurs sentiments et gagna ainsi beaucoup de ceux qui, n'écoutant que la raison, lui avaient d'abord refusé leur concours. Les Macdonalds et un puissant chef de l'ouest, Cameron de Lochiel, en état d'armer seul 800 hommes, furent les premiers entraînés f. Quelques autres suivirent leur exemple : Charles-Edouard leur assigna pour rendez-vous, la sombre et sauvage vallée de Glinfmnan. Là, le 19 août, l'éten-
""dTcùnT"1 ^ari' royal dos stnarts fl,t déployé en présence d'un |>etit dévoués aux nombre de chefs seulement, qui s'engagèrent par écrit à se dévouer à sa fortune aussi longtemps qu'il resterait 1745 dans le royaume et à ne jamais faire la paix avec le gouvernement existant.
I. Invilé parle prince à se rendre auprès de lui, ce chef obéit, mais am l'intention de le convaincre de l'impossibilité du succès : chemin faisant, il vil son fiore Cameron de Fassofern ellui Gt part de sa résolution de s'abstenir: • S'il est ain»i, lui dit son frère, je vous engage fortement à la au prince par écrit, Je vous connais mieux que vous ne vous connaisse»' même, at si le prince tous voit, il fera de vous ce qui lui plall. • Lochiel persista, se rendit auprès de Cbarles Edouard et se montra longtemps inébranlable dans son refus. • Eli bien, lui dit enfin le prince, je suis déterminé i tenter l'aventure; dans peu de jours, je déploierai l'étendard royal, et je ferai connaître au peuple de la Grande-Bretagne que Charles Stuart est venu pour conquérir la couronno de ses ancêtres , ou pour périr dans cette entrcpnie. Lochiel, dont mon père m'a parlé comme de uotre ami le plus ferme, peut rcs ter cbei lui cl il apprendra par les papiers publics le sort de son prince, t A ce» paroles, la résolution du chef l'abandonna. « Non, non, dit -il, «la ne st-r/pas : je partagerai le sort de mon prince, quel qu'il soit, et ainsi feront tous ceux sur qui la nature ou la fortune m'a donné quelque aulorilé. • (Sir Wallcr Scott, ibid )
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Le prince, voyant environ deux mille hommes armés pour sa cause, résolut immédiatement de marcher vers le sud. LÉcosse était alors, comme L'Angleterre, presque entièrement dégarnie de troupes, et les forces régulières qu'elle possédait se bornaient à deux mille cinq cents hommes d'infanterie plus deux régiments de dragons qui tenaient garnison à Edimbourg. Ces troupes étaient sous les ordres du général sir John Cope : celui-ci, apprenant l'insurrection des Highlands, marcha rapidement au nord pour étouffer la rébellion dans son germe; il laissa aStirling, les dragons qui auraient été de peu de secours dans les montagnes où il pénétra avec son infanterie. Mais déjà des forces plus nombreuses avaient rejoint Charles-Édouard, dont 1 étendard ralliait les clans d'Al- « pin, de Macdonald, de Glencoe, de Keppoch, de Glengarry, auxquels vinrent se joindre les Grants de Glenmoristan et quelques autres. Les Highlands étaient aussi d'un accès plus difficile que sir John Cope ne se l'était figuré. 11 tint conseil à l'approche des insurgés, modifia son plan, et au lieu de se porter à leur rencontre, il l'évita ^ ( et a» dirigea sur Inverness, laissant la route du sud ou- de r.rmée verte au prince. Celui-ci continua librement sa marche,i08U ",e norâ entra dans Perth et dans Stirling, d'où les dragons s'en-fe,,edu Prince
au lud.
fuirent sans s'arrêter jusqu'à Edimbourg, et il marcha aussilùt sur cette capitale, dans l'espoir de rallier par un coup d'éclat tous ceux de ses partisans que la prudence retenait encore à l'écart. La population de cette ville, dont les dragons chargés de la défendre partageaient la terreur, n'opposa comme eux aucune résistance, et à peine I armée montagnarde eut-elle paru sous les murs de la place qu'elle s'en rendit maître.
UYMK VI. CIIAIMTKK IV
Charles-Édouard prit alors possession du palais de ses ancêtres à Holyrood, où il lint, en qualité de prince régent, une cour splendide, et Jacques VIII fut solennellement proclamé à Édimbourg Exalté par de si brillants débuts, le prince apprit que la petite armée de sir John Cope, après avoir gagné la côte et s'être embarquée à Aberdeen. avait pris terre à Dunbar où elle avait rallié les dragons et qu'elle était en marche sur la capitale de l'Ecosse. Il alla résolument à sa rencontre et les deux troupes, chacune d'environ trois à quatre mille hommes, furent en présence à Preston, à quelques milles seulement d'Edimbourg. Sir John Cope prit une position bonne pour la défensive, très-défectueuse pour l'attaque, et fit face à l'ennemi adossé aux murs d'un part' entre un marais et la mer. Son artillerie de six pièces et » sa cavalerie lui donnaient une grande supériorité sur ses adversaires; mais ceux-ci étaient enflammés par leurs premiers succès et par la présence comme par l'exemple de leur prince qui, toujours au premier rang, se montrait par sa valeur digne de conquérir un trône. Charles- Édouard résolut de livrer bataille sur-le-champ et mit en ligne sa petite armée où commandaient sous lui le duc de Perth, dont l'influence était grande en Ecosse, et lord Georges Murray, vieilli dans les armées du continent et renommé par son habileté comme par son expérience militaire. Les Anglais, démoralisés par les mauvaises
I. On lil de curieux el intéressants détails sur l'explosion de PenibouMairo* dis partisans des Stuarls et en particulier des daims jacobites témoins de li proclamation de Jacques VIII, a la Cn.ix-d'Edimbourg, dans l'excellente *ùioire de Charlet Edouard, par M. Amédéc Pichol, t. Il, p. 370-380, outrag* daus lequel se rencontic, sous une forme élégante, une érudition sérieuse «I vaiieo.
UKOBGES 11.
dispositions que leur chef avait prises, par la réputation terrible qui précédait les sauvages montagnards, par leurs hurlements et leur charge furieuse, furent aisément rompus et lâchèrent pied après une courte résistance, laissant un grand nomhre des leurs sur le champ de bataille. La victoire du prince fut complète et il rentra triomphant à Edimbourg.
L'effet de cette victoire fut immense, elle soumit momentanément au prince presque toute l'Ecosse et répandit la terreur en Angleterre. Le roi absent quitta le Hanôw et revint à Londres, où le parlement fut convoqué: des troupes furent appelées en toute hâte du continent, et tandis que le général Wade les réunissait à Newcastle, beaucoup de chefs jusque-là irrésolus rejoignirent l'héritier des Stuarts. Quelques-uns cependant, quoique partisans secrets de sa maison, hésitaient encore à se pro noncer, et entre ceux-ci le plus politique et le plus puissant était le vieux lord Lovât, chef du clan Fraser, capable d armer, à lui seul, mille cinq cents hommes. 11 s'était abstenu de répondre aux avances de Gharles- Édouard, afin d'être libre de se déclarer selon l'événement avec la fortune : toutefois, après la journée de Preslon, le maître Lovât son fils, avec son aveu tacite, joignit le prince à la tête de huit cents hommes de son clan. Charles-Edouard annonça l'intention de franchir la frontière, d'envahir le sol anglais et de marcher sur la capitale. Il ne doutait pas qu'à son approche tous les jacobites de l'Angleterre ne s'empressassent de se lever et de suivre ses drapeaux. Si dans ce moment une année française se fût jointe à la sienne, le trône de la maison de Hanovre aurait pu être renversé; mais l'entreprise, livrée à elle-même, n'avait aucune chance de succès. Le
ob«itcl« prince, en Ecosse même, et dans une partie des Highsuccèt dei'enirc-^11^ n'était réellement maître que de la portion du sol inpri»edu qu'il occupait avec son armée. La puissante tribû des
|»riuce.
Campbells, dont le duc d'Argyle était le chef, et plusieurs autres clans, lui étaient ouvertement hostiles, ainsi que la grande majorité de la population protestante dans les basses terres d'Ecosse comme en Angleterre; et auprès de ceux même qui lui étaient le plus attachés, l'invasion qu'il méditait sur le sol anglais ne semblait nullement populaire. Les Highlanders ne s'écartaient pas volontiers de leurs montagnes : ils étaient habitués à y rentrer après chaque expédition pour y mettre en sûreté leur butin, et avec eux on peut dire qu'une armée victorieuse était diminuée et affaiblie par la victoire même. Le sentiment qui prévalait en Angleterre, soit parmi les partisans du prince, soit parmi ceux qui, beaucoup plus nombreux, auraient vu avec inquiétudeou déplaisir le rétablissemeul de sa famille, était l'effroi. Ceux-ci, étonnés, confondus par l'audace de l'entreprise, par de premiers succès inespérés et par la terreur des bandes sauvages dont on disait le prince environné, attachés d'ailleurs à la maison de Hanôvrc par des motifs de raison et par l'amour de la paix plus que par aucune passion vive et profonde, ne trouvaient point en eux-mêmes la résolution et l'énergie nécessaires pour prendre les armes : les autres n'osaient croire à un succès durable et définitif en l'absence d'une force étrangère considérable , et, comme le vieux chef du clan Fraser, ils attendaient l'événement pour se décider.
A Londres, l'indifférence, dans le grand nombre, l'emportait sur la crainte même. Celte froideur difficile à coni prendre, cette attitude insouciante de la majeure partit* de la population en présence d'une invasion formidable
(iEORGES II.
il d'une révolution imminente, doit être imputée à la . .....
' » Indifférence
lassitude, au dégoût causés par le spectacle de la lutte publique
h Londres.
stérile des partis et de leur3 tristes intrigues, et elle rend \raisemblable l'opinion de ceux qui ne doutaient point alors que, si Charles-Edouard eût obtenu de la France une assistance sérieuse, il fût parvenu à prendre possession du trône de ses pères K Mais le prince, abandonné à lui-même, se trouvait, malgré sa victoire, dans la situation la plus critique : il avait assez de forces pour prétendre au succès, trop peu. pour l'obtenir : il ne trouva [•oint de résistance sérieuse en Angleterre, mais il ne rallia personne.
Le 31 octobre 1745, Charles-Edouard sortit d'Edimbourg pour tenter la fortune des armes sur le sol anglais.Cbarics-Kdouaid Son armée, réduite par la désertion à 5,000 hommes, |/7ronUerc marchait en deux divisions, l une sous ses ordres, l'autre a,cc
son armée.
commandée par le duc de Perth. Elles se réunirent sous les murs de Carliste, qui se rendit sans combat. Charles- Edouard y entra triomphalement le 17 novembre, et le 29 il arriva à Manchester, où des acclamations et des îeux de joie célébrèrent son entrée; mais là comme à Carlisle peu d'hommes se joignirent à lui, et deux cents >olontaires seulement, la plupart de la populace, s'enrôlèrent sous ses drapeaux. Le prince poursuivit ainsi sa marche jusqu'à Derby. Sa confiance était toujours en-
I. Ainsi pensait entr autres un des hommes les plus considérables du temps, Henri Fox : « L'Angleterre, écrivait-il confidentiellement, cl Wadeesl de celte opinion, sera pour le premier occupant... Les Français ne sont pas venus, que l>«eo eo soit loué ! Je croii en vérité que si cinq raille hommes seulement eus- M»t débarqué, il y a une semaine, sur uu point quelconque de l'île, sa conquête entière n'eût pas coûté une bataille. • (Henri Fox à sir G. H. Williams,
* *pt. me.)