‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculésChapitre 63 sur 145 · LIVRE VI. < Il U'1 1 IU IV · texte numérisé non relu

LIVRE VI. < Il U'1 1 IU IV

lière, mais il n'en était pas de même pour les chefs de son armée : ceux-ci tinrent conseil : ils avaient en face d'eux, à Lichfield et à une journée de marche, le duc de Cumberland, tandis que le maréchal Wade s'avançait rapidement derrière eux pour leur fermer la retraite : une troisième armée, commandée par Georges II en personne, se réunissait aux environs de la capitale. D'autre part, la population se montrait toujours indifférente, et les secours de la France n'arrivaient pas. Dans cette situation, il paraissait insensé de |>énétrer plus avant, et il n'y avait plus de sûreté pour la petite armée du prince que dans une prompte retraite en Ecosse. Cette opinion de presque tous les chefs fut signifiée à Charles-Edouard, qu'elle jeta dans le désespoir, et qui s écriait en vain que le succès de son entreprise était dans son audace même. Ses officiers furent inflexibles : le prince se résigna en frémissant . l'ordre de retraite fut donné, l'armée reprit le chemin de l'Ecosse, et toute espérance d'un rapide succès fut perdue. Le charme était rompu : plusieurs villes qui naguère s'étaient abstenues de toute manifestation ennemie à son passage, Manchester, entre autres, se montrèrent alors Retour ouvertement hostiles. Charles- Edouard ramena en Ecosse

l'armée «lu une ar,n®e affaiDne el découragée, suivi de près par le prince duc de Cuuiberland : cependant, arrivé à Perth, lieu in-

en Éco&»c.

diqué pour le rendez-vous général de ses forces, il reçut des renforts de divers clans auxquels se réunirent quelques bonnes troupes auxiliaires levées par Louis de Gordon, et plusieurs détachements français commandés par lord John Drummond, frère du duc de Perth, ofÛcier général au service de France, ainsi que le régiment royal-écossais dont il était le chef. Le prince, à la tète de

«.KlUUiRS II.

ces derniers renforts, se vit à ta tête de neuf mille nom mes : il établit son quartier général à Bannockburn, et ouvrit le siège de la forte place de Stirling.

Le duc de Cumberland cependant avait repris Carlisle, lorsqu'il fut soudain rappelé par le gouvernement pour protéger la côte d'Angleterre, menacée d'une invasion de la part des Français. Il dirigea aussitôt plusieurs corps d'infanterie dans le Sussex et le Kent, tandis que la partie de ses troupes qui avait suivi Charles-Edouard dans sa retraite eut Tordre de pénétrer en Ecosse, de se réunir a l'armée cantonnée à Edimbourg, et le général Hawley fut substitué au général Wade dans le commandement de toutes les forces anglaises en Ecosse. Celles-ci s'élevaient à buit mille hommes environ, dont la plus grande partie étaient de vieux soldats : le reste était formé des volontaires de Glasgow et d'un millier d'hommes du clan des Campbells. Outre cette armée, deux mille montagnards fidèles à la maison de Hanovre occupaient, sous les ordres de lord Loudon, la ville et le comté d'fnverness.

Telle était la situation respective des deux armées, lorsque, plein d'une confiance présomptueuse dans ses troupes régulières et de dédain pour les clans qui faisaient la force principale de Charles- Edouard, le général Hawley entreprit de faire lever le siège de Stirling, et son armée sortit, dans ce but, d'Edimbourg, en deux divisions, Tune sous ses ordres immédiats, l'autre fous ceux du général Husk, vieil officier plein de courage et d'expérience. Ces deux corps arrivent jusqu'à Falkirk, où ils s'arrêtent au bruit de l'approche de l'ennemi. Lord Georges Murray, commandant en chef des insurgés sous Charles-Edouard, avait fait marcher

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l'armée rebelle au devant (le ceux qui espéraient la surprendre; et, après une fausse altaque qu'exécuta tord Bataille John Drummond en marchant sur Falkirk, bannières Ftikiik. déployées, par la grande route de Stirling, lord Georges 1746> Murray, à la tête du reste de l'armée du prince, s 'élança dans une autre direction à l'attaque des lignes anglaises. Le point culminant dont la possession paraissait devoir décider du sort de la journée, était une bauteur sur la droite du camp anglais, nommée Falkirk-Moor. C'est là que Georges Murray dirigea son attaque ; mais là aussi sir Henri Hawley se porta rapidement le premier avec trois régiments de dragons, et douze bataillons d'infanterie sur deux lignes. Les dragons, cette fois encore, cédèrent au choc impétueux des montagnards, qui, après les avoir culbutés, s'élancèrent sur l'infanterie qu'ils rompirent sur la gauche et au centre, et décidèrent la victoire. Mais, à l'extrême droite des Anglais, trois régiments tinrent ferme jusqu'à la tin de l'action, et couvrirent l'armée vaincue dans sa marche rétrograde jusqu'à Edimbourg, où elle rentra en désordre.

La défaite de Falkirk répandit de nouveau de vives alarmes en Angleterre parmi les partisans de la de Hanovre : le gouvernement redoubla d'efforts : il tait le besoin d'assurer davantage son crédit au sein des communes, et tenta de s'adjoindre William Pitt, jusque-là Criie toujours écarté du pouvoir par la répugnance personnelle miimiéneiic ^ monarque, dont lord Granville, malgré sa chute, possédait seul toute la faveur. Achever la ruine de celui-ci et obtenir Pitt pour collègue, devint le but des efforts des deux frères Pelham, et ils alléguèrent la gravité de la crise du royaume entre les périls de la guerre

GRORr.es il. 355

étrangère et ceux de la guerre civile pour vaincre, à l'égard de Pitt, 1 antipathie ou le ressentiment de Georges II. Le roi fut inflexible. Le duc de Newcastle el son frère, confiants dans l'appui des communes, offrirent leur démission, qui fut acceptée. Le roi s'empressa de rappeler lord Granville, et le chargea de former, avec lord Bath, un nouveau cabinet : mais ils étaient sans force, la majorité des deux chambres leur étant hostile l, et, après avoir tout essayé durant deux jours pour constituer un ministère qui eût quelque chance de durée, ils avouèrent au roi leur impuissance 2. Georges II fut contraint de recourir aux Pelham, et ne dissimula point son dépit 3. L'administration précédente fut reconstituée tout entière, sauf un petit nombre de membres, créatures de Granville ou de Pulleney 4, et Pitt enfin y trouva place, non pas encore dans le cabinet, ni même dans un rang considérable: il acceptale poste de vice-trésorier d'Irlande, et bientôt après, l'emploi lucratif de payeur général de l'armée.

La guerre civile cependant touchait à son terme. Charles-Edouard, réduit aux seules forces de ses montagnards, qui désertaient en masse pour mettre en sûreté leur butin, se trouva, après Falkirk comme après Preston, affaibli par sa victoire même. D'autre part, six mille Hes-

1. Jusque-la, dit Horace Walpolr, tout allait bien (swimmingty) : iU n'anient oublié qu'un petit chapitre, c'était de s'assurer d'une majorité dans les fcnenambres. {Liitrei a tir Horace .Mutin . Février 4746.)

2. Ce second ministère de lord Granville est connu en Angleterre sous le de ministère des iroit jours.

3. Le roi murmura et dit qu'il était bien dur pour un roi d'Angleterre de recevoir la loi d'un Ncwcasile, a peine propre a être le chambellan du plus iolignifunl prince d'Allenugne. (Macaulay. ui suprè.)

4. De ce oombre fut le marquis de Tvmsdale, secrétaire d'fclot pour l'Êcos>e, *ftt>t U charge fut supprimée.

sois, débarqués à Leith, avaient renforcé l'armée royale, et le prince, au lieu de poursuivre l'armée vaincue, fui obligé de lever le siège de Slirling et de s'avancer davantage vers le nord de l'Ecosse, principal foyer de l'insurrection. U eut encore là quelques succès partiels : il reprit Inverness, dont, |>ar une suite d'opérations heureuses, il chassa lord Loudon : il s'empara de quelques autres forteresses; mais sans une puissante intervention de la France, toute entreprise importante et sérieuse devait être abandonnée; et tout récemment un dernier renfort en hommes et en argent, envoyé par la France, avait été contraint de reprendre la mer après d'inutiles efforts pour débarquer.

A ce nouveau revers delà fortune se joignirent, pour la petite armée du prince, d'autres causes plus puissantes d'affaiblissement et de dissolution. Le mécontentement de Charles-Edouard, depuis la retraite commencée à Derby, s'était changé en soupçon contre les principaux chefs écossais qui l'avaient contraint à cette marche rétrograde, et entre autres contre lord Georges Murray, le plus habile comme le plus dévoué de ses généraux : il ne réunissait plus son conseil, et n'avait lui-même ni assez d'expérience ni assez d'autorité pour donner s,l0.i!,o° 5énl" seul tous les ordres nécessaires à l'entretien comme à chario*-Edouard]a conduite de son armée. Le défaut de prévoyance pour les approvisionnements obligeait les différents corps à se disperser afin de pourvoir eux-mêmes à leur subsistance, et l'enthousiasme causé par de premiers succes n'aidait plus, comme au début, à supporter sans murmures les privations et les fatigues. L'argent manquait. In sloop français, portant au prince 13,000 li-

tiEORUES II. 357

\res sterling, échoua sur la cote d'Ecosse, dans la baie <lelaTongue,et fut pillé par une tribu ennemie. La somme entière fut perdue pour Charles-Edouard, qui, au milieu de son armée affamée et non payée, dénuée de tout et désunie, s'endormait sur le bord de l'abîme et donnait de royales fêles au château d'inverness.

Le jour suprême pour la race des Stuarts approchait : le duc de Cumberland achevait de réunir ses forces à Aberdeen : il franchit la Spey à la tète d'une armée nombreuse, aguerrie, parfaitement approvisionnée et disciplinée: il gagna la cote orientale de l'Ecosse, protégé par une forte escadre, et s'avança jusqu'à Nairne, petite ville du littoral, d'où il expulsa un corps de montagnards, et près de laquelle il établit son camp. Charles-Edouard, quoique eu apparence distrait par le plaisir, ne se dissimulait pas son danger : la France l'abandonnait, sa propre armée diminuait tous les jours, et il ne voyait de remède à sa situation presque désespérée que dans le succès d'une action générale qu'il recherchait avec ardeur.

Le 14 avril 1746, il sortit d'inverness avec sept mille hommes euviron qui lui restaient encore, et s'avança au nord sur la route de Nairne jusque dans la plaine de Drummosie, à peu de distance du château de Culloden. Là il s'arrêta, disposa remplacement de ses différents corps, et envoya le commandant de sa cavalerie, lord Elcho, pour reconnaître l'ennemi. L'armée du duc ne se montrait pas et se tint renfermée dans son camp. Charles- Edouard tint alors son premier conseil depuis Derby. Georges Murray opina pour une surprise nocturne. Son conseil fut suivi : le prince donna Tordre de marcher en trois colonnes à la nuit tombante, de se réunir à quelque

distance du camp anglais, et de l'attaquer à l'improvistc dans les ténèbres. Les différents corps se mirent en marche après la chute du jour. Mais aucune distribution de subsistances n'avait été faite : beaucoup d'hommes, exténués de faim, quittèrent les rangs pour chercher des vivres : une des colonnes s'égara dans l'obscurité : on perdit ainsi un temps précieux, et, lorsqu'aux approches du jour la petite armée du prince fut enûn parvenue à peu de distance du camp anglais, déjà l'alarme y était donnée : il lui fallut retourner sur ses pas et revenir en désordre au lieu d'où elle était partie. Là elle s'arrêta enfin, épuisée de besoin, vaincue par la fatigue et le sommeil. Tout à coup le bruil des instruments de guerre se fait entendre ; on voit de loin flotter les drapeaux, briller des armes; c'est le duc deCumberland qui feuille arrive pour livrer bataille avec toute son année. A celle cuii»dco. vue les montagnards se raniment; ils forment leurs m6 rangs, menacent l'ennemi et se préparent au combat. L'issue n'en pouvait être longtemps douteuse entre deux armées dans des conditions si différentes, et la fatalité, toujours implacable pour les Stuarts, voulut qu'à cette dernière heure le clan le plus redoutable, celui des Mac- Donalds, qui jusqu'alors avait toujours occupé la droite de l'armée, et qui regardait ce poste d'honneur comme son privilège, fût cette fois à la gauche, et se montrât, pour cette cause, plein de colère et d'irrésolution. Les clans de l'aile droite fondirent sur l'ennemi avec leur impétuosité accoutumée et renversèrent la première ligne; mais ils furent arrêtés par la seconde, mis en déroute et moissonnés par la mitraille. Lord Georges Murray, parcourant le front des Mac-Donalds a la gauche, les

exhorta en vain à charger à leur tour: le vaillant Keppoch,leur chef, donna l'exemple et ne fut pas suivi. La déroute de l'aile droite fut bientôt connue : les Mac- Donalds, secondés par le détachement français, se replièrent alors sur la seconde ligne et arrêtèrent quelque temps l'ennemi. Mais Charles-Edouard, voyant sa première ligne rompue, sa position tournée par le clan des Campbells, et l'ennemi victorieux prêt à l'envelopper, désespéra de sa fortune, et abandonna le champ de bataille avec une faible escorte. Sa fuite fut le signal d'une déroute complète : quelques clans seulement se retirèrent enseignes déployées et en bon ordre. Le reste de l'armée vaincue se dispersa, se tint caché naître ou fut massacré en fuyant. Le petit corps français re-fuilc declc,iarl gagna Inverness, où il obtint une capitulation honorable : Edouard, toute l'armée insurgée fut ainsi anéantie , et Charles- Edouard, qui, peu de mois auparavant, avait fait chanceler le trône de la maison de Hanovre, n'était plus, après la journée de Culloden, qu'un fugitif et un proscrit.

Du prix énorme (30,000 livres sterling) avait été promis par le gouvernement à quiconque livrerait le prince, mort ou vivant. Durant cinq mois il erra de retraite en retraite, dérobant sa tète à ses ennemis. Ses dangers, ses innombrables aventures, comme celles de Charles Stuart après Worcester, occupèrent longtemps ses contemporains, et ont fourni d'intéressants sujets aux poètes et aux romanciers : comme lui aussi, Charles- Edouard trouva dans ses amis et ses partisans un dénouement à toute épreuve : il fut obligé de se confier à une multitude d'individus de toute condition, qui pou

vaient s'enrichir en le livrant, et parmi eux il ne s*1 rencontra pas un traître. Entre toutes les personnes qui se dévouèrent pour le sauver, aucune ne se rendit plus célèbre que la jeune Flora Mac-Donald, belle- fille de sir Alexandre Mac-Donald, ennemi du prince, et qui commandait dans les Hébrides, la milice de South-L'ist, où Charles-Edouard se trouvait caché. Echappé de l'île à la faveur d'un déguisement de femme, il erra longtemps encore dans l'île de Skve et sur la côte voisine, et vécut plusieurs semaines dansune caverne de bandits (outlaws) ', auxquels il se fit connaître, et qui le servirent avec une fidélité enthousiaste. Recueilli enfin à bord d'un bâtiment français, il quitta l'Ecosse le 20 septembre, et séjourna quelque temps en France, d'où il passa en Italie. C'est là qu'il acheva une existence qui ne répondit pas au début, cherchant dans des distractions grossières l'oubli des grandeurs de sa famille et de ses espérances à jamais dé truites. En lui et dans son frère, le cardinal d'York, s'éteignit pour l'histoire l'antique race des Stuarts. Aucun résultat durable et avantageux à l'Angleterre ne pouvait être obtenu de son audacieuse entreprise, et lors même qu'il eut réussi à s'emparer de Londres, ses partisans y étaient trop peu nombreux pour qu'il eut pu espérer de s'y maintenir. 11 manquait de sagesse, et par conséquent de mesure : son éducation avait été négligée : il ne connaissait pas le royaume qu'il se croyait appelé à gouver ner : élevé à l'étranger et dans des doctrines religieuses et politiques antipathiques à la grande majorité de la na-

1. Ce ii'iHaieiit [>a» de» bandit» dans l'acception ordinaire de ce mol, mais plutôt det proferil* ronlraiuU à te cachir et a vivre du béttil (ju'ili eiilroieaî. (Waller Scott, Hitt. d Ecosse.)

f.KORliKS II. 361

lion, il n'eût jamais été volontaire ment accepté par elle : on aurait vu recommencer la sanglante série des calamités auxquelles la révolution de 1688 avait mis un terme, et le royaume eîît été de nouveau en proie aux guerres ciîiles. Sa chute précipitée détourna ce danger, mais elle , ?M8ÎIÎ!?

r ° de la rébellion.

attira de terribles châtiments sur ses partisans malheureux : d'effroyables exemples où la colère et la vengeance Cruelle, eurent plus de part que la justice, furent faits par le vainqueur dans les clans jacobites livrés à la fureur du soldat : un grand nombre de personnes furent livrées aux tribunaux sur plusieurs points du territoire, et moururent sur Téchafaud, du supplice des traîtres : un petit nombre de chefs d'un rang illustre, condamnés par la cour des pairs, subirent la mort : ce furent le comte de ,. .

■ suppute

Kilmarnock, lord Balmerino et le vieux lord Lovât, chef . . de» , m

pruicipaut t uer».

du clan Fraser, fameux par ses intrigues et ses trahisons, et qui finit par être pris dans ses propres trames. Le comte de Cromarly. condamné comme eux, implora son pardon et l'obtint.

D'importantes mesures législatives furent bientôt votées Actes législatif» |»our cm pêcher en Ecosse le retour de semblables tenta- piment tives; le gouvernement ne négligea rien pour affaiblir '^JJjJJJJJ Xn l'esprit guerrier des montagnards et les ressources que les clans pouvaient fournir à ses ennemis. Son premier soin fut de chercher à confondre par les coutumes, les lois et les mœurs, les habitants des montagnes avec ceux des plaines; il défendit aux premiers, sous des peines sévères, le port des armes et celui de leur costume national 1 ; il y détruisit, par des compensations pécuniaires

I. Celacle, dont le lord chancelier Hardwicke fut le priucipal auteur, ne

Mt M VUE VI. CHAPITRE IV.

données aux chefs, les derniers restes du régime patriarcal ou féodal, el l'obligation où étaient leurs vassaux de les suivre à la guerre. H y encouragea dans la suite des changements favorables à l'entretien des troupeaux de bétes à laine, substituées au bétail noir : plu sieurs grands territoires, jusque-là stériles, furent rendus à l'agriculture et aux pâturages, et l'on vit fleurir avec k temps les arts de la paix aux lieux où la violence et une demi barbarie avaient, durant tant de siècles, régné sans frein !-

répondit puinl h l'attente de l'administration, et en Mettant let montagnards dans leurs plus chères habitudes el dans leur orgueil national, il et - (reluit parmi «ai, contre le gouvernement anglais, une ardente inimitié qui *e perpétua dans toute une génération. (Lord Campbell, Yie du Und ckavttiur HordwUke.)

4. Je cède au désir de citer ici un fragment remarquable de sir Walier Scott qui, mieut que personne, nous a fait connaître tout ce que l'ancien régime des clans pouvait avoir de recommandable, et qui, cependant, ne se faisait point illusion sur ses inconvénients et ses vices: • L'idée qu'on se (ail, dit-il, du système des clans, tel qu'il existait naguère, est semblable à l'tftel que produit a l'œil de loin une chaîne de montagnes éclairées par le» teinte* d'un beau soir d été. Tout y reçoit «lors de l'atmosphère un éclat de beauté, dont les sites el les objets qu'elles renferment ne sont pas doués par «umémes; el il faut un efforl de l'imagination pour se rappeler la caractère sauvage, stérile et désolé qui leur appartient véritablement. Pour la même raison, il faut un efforl de l'esprit pour nous soutenir que le système so cial des clans montagnards, qui parle si puissamment au cœur et a l'imigiottion, était ennemi de toute liberté, comme de toute amélioration dans les idée» religieuses el morales, en mettant le bonheur, el même l'existence de tribu» entières, a la disposition de quelques individus dont le pouvoir n'admettait d'autre borne que leur bon plaisir. • ((Tiff. d'Écoue, 3« série, c. lift.) •

S«t* rt fin Je U guerre de la tucccision d'Autriche.— Vêh d'Aii-U Chapelle. — Dornicrci années du minitlcrc Pelbini.

La guerre allumée depuis six ans pour la succession disputée de l'empereur Charles VI, continuait avec des succès divers sur le continent, étendant ses opérations et ses ravages dans l'Allemagne, dans la Haute-Italie et dans lesPavs-Bas. Le gouvernement français, qui avait négligé de donner une assistance efficace à Charles-Edouard en t lat de porter par lui-même l'anarchie et la guerre civile au cœur de la puissance britannique, ne reculait devant aucun sacrifice pour vaincre celle-ci dans lesPays- Bas où elle pouvait difficilement être ébranlée. Cependant l'obligation où s'était vu le cabinet anglais de rappeler «lans le royaume la plus grande partie des forces bri-0 iont mi lanniques et hanovriennes, avait beaucoup affaibli les lu**™

sur le continent

coalisés en Flandre, où le prince Charles de Lorraine commandait maintenant leur armée, forte d'environ 1746 l747, so,ooo hommes, en face de 120,000 Français sous les ordres de l'illustre comte Maurice, maréchal de Saxe, qui déjà, par une suite de manœuvres habiles, s'était «nparé des principales places du Brabant : Bruxelles, victoire Anvers, Mons, Namur, tombèrent successivement en de,F™îtU son pouvoir : il vainquit le prince Charles à Rau- RiUCOttïcoux, et la France fut maîtresse de tous les Pays-Bas nie autrichiens.

Elle était moins heureuse sur ses autres frontières, et

3«4 LIVHK VI. CIIAI'II Rfc IV.

son armée, sous Maillebois, combinée avec les forces espagnoles, napolitaines et génoises, avait |>erdu (juin 1746; la sanglante bataille de Plaisance. Peu de jours après, Philippe V mourut, et Ferdinand VI, son fils et son suc-

cesseur, n'accordait qu'un faible intérêt aux événements de la guerre. Son général, las Minas, évacua le Piémoul par son ordre, et les Français, trop faibles |K>ur s'y soutenir seuls, rentrèrent en France suivis par les Autrichiens, qui s'emparèrent de Gênes, envahirent la Provence et menacèrent Toulon. Pour réduire cette place importante, l'artillerie de Gènes leur était nécessaire; ils résolurent de s'en emparer, et, accablant les Génois d'un joug de fer, ils les contraignirent à s'atteler eux-mêmes à leurs itévoiie canons. Gènes alors se révolta : quatre mille Autrichiens g«m». furent égorgés par la population en fureur dans les rues de la ville et sur son territoire. Ce soulèvement sauva la Provence, où les Autrichiens ne purent se maintenir. Au printemps de l'année 1747, ils repassèrent le Var, et le maréchal de Belle-Isle, successeur de Maillebois au commandement de l'armée française du Sud, tenta de nouveau de franchir les Alpes; mais il fut arrêté par la déroute d'une partie de son armée au col d'Exilés, où périrent cinq mille hommes avec le chevalier de Belle-Isle. frère du maréchal. A cette même époque, vingt mille Français envahissaient, au nord, la Flandre hollandaise. Menacé d'une conquête, le peuple hollandais se réveilla; toute la nation se serra de noiueau autour de l'illustre maison d'Orange, qui déjà plusieurs fois Tarait sauvée, et dont le jeune chef, Guillaume de Nassau, fut proclamé stathoudre et général des forces de terre et de mer, avec des pouvoirs aussi étendus que ceux qui avaient été ac-

cordés à Guillaume III de glorieuse mémoire, prince d'O- i„Va*ion range et dernier slathourlre. Mais le jeune Guillaume \J$J!l£m

manquait de talents militaires, et ne put s'accorder avec Par le «lue de Cumberland, rappelé d Ecosse pour commander

les forces anglaises en Hollande : le résultat fut désas- 1747 treux pour les alliés, et contribua puissamment à la perle

«le la bataille de Lawfelt, gagnée sur eux par le marécbal victoire de Saxe juillet 1747). L'importante place de Berg-op-Zoom,mârétJ|U,|0 s„e

l'un des remparts de la Hollande, défendue par une gar- a Uv,Ml-

nison de douze mille liommes et par des fortifications, ,7*7 chef-d'œuvre de Cohorn, fut rapidement investie et emportée d'assaut : Maëstricbt seule fermait encore aux Français l'entrée de la Hollande : Maurice de Saxe marcha sur cette ville et l'assiégea.

La mer fut moins propice aux Français : une de Désastre»

nisri finies d t*^

leurs escadres, de six vaisseaux et de quelques frégates, . Frillçoi, rencontra, près du cap Finistère, dix-sept vaisseaux |7 anglais sous les amiraux Anson et Warren : elle fui accablée par le nombre après un glorieux combat mai 1747). Quelques mois plus tard, une seconde escadre, la dernière que possédât la France dans l'Océan, succomba à son tour dans une lutte inégale près de Belle- Isle, contre une flotte de quatorze vaisseaux de ligne commandée par l'amiral Hawkes, et fut prise presque tout entière 1 .

L'honneur du pavillon de la France était alors vengé dans les mers de l'Inde. Neuf bâtiments français, sous les ordres de Mahé de la Bourdonnais, gouverneur des îles

I. La France n'avait plut qu'un seul vaisseau, et l'on connut alora dans •ouieson llcnduc la faute immense qu'avait faite le cardinal Fleury on negli- S-iat U marine.

Lear» »uc- de France et de Bourbon, battirent une division de la cè.da,»l'i.,de.flotte anglaise> linrenl le res|e a distance> et débarçoè-

rent audacieusement quelques milliers d'hommes en face Prise de Madras, où les Anglais avaient un de leors principaui

de Mailras.

comptoirs. La ville fut assiégée et capitula : mais des ins tructions contradictoires avaient été données par le ministre de France à la Bourdonnais et au fameux Dupleii, gouverneur général des établissements français de la compagnie dans l'Inde. Celui-ci, animé de sentiments jaloux à Tégard de son brillant collègue, et s'autorisant de ses ordres secrets, refusa de reconnaître la capitulation qu'il avait signée, et le chassa de sa conqnète, dont il prit lui-même possession. Dénoncé par Dupleix, la Bourdonnais, «le retour en France, reçut des fers au lieu de % la récompense méritée pour ses glorieux services, et fut jeté à la Bastille. Les ministres de Louis XV étaient faiblement touchés des progrès de la France dans les Indes. Le prince lui-même, par lassitude de la guerre, peut-être aussi par compassion ou dégoût des maux quelle eutraîne, et dont l'horreur avait frapi>é ses yeux dans la dernière campagne, désirait la paix, et des conférence* la |>ai\ h furent ouvertes dans ce but à Aix-la-Chapelle.

Aii-la -Chapelle 1

Georges H, et la majorité du cabinet anglais, inclinaient m8' encore à la guerre, et l'avaient continuée jusque-là, mal gré les dispositions pacifiques du premier ministre Pelham, et contre l'avis formel du célèbre Philippe Stanhope. comte de Chesterfield, qui, après avoir exercé avec un rare bonheur la vice-royauté d'Irlande, avait succédé depuis deux ans au comte d'Harrington en qualité de secrétaire d'Etat. N'ayant pu réussir à convaincre ses collègues du danger rFajourner une paix avantageuse.

Cuntérencti pour

il s'était démis de sa charge pour se donner tout entier aui travaux paisibles de l'étude et d'une société brillante dont il était un des principaux ornements. Son opinion ne tarda point à prévaloir, et le ministère , voyant à I intérieur les finances obérées, l'intérêt de l'argent élevé a 12 pour 100, et la nation fatiguée de continuels sacrifices; voyant, en outre, au dehors , la Provence évacuée, les Pays Bas autrichiens conquis, la Hollande impuissante et près de succomber, il se décida enfin à répondre aux ouvertures pacifiques de la France. Les préliminaires de la paix furent arrêtés au mois d'avril entre l'Angleterre et la France, et ratifiés six mois plus tard en octobre par les autres puissances belligérantes représentées au congrès La base fondamentale de ce

les deux premières puissances fut l'abandon Traité de pan

réciproque de toutes leurs conquêtes : la France recouvra^^jj.^^^jç te cap Breton, l'Angleterre Madras, la république hol- m8 landaise ses places fortes : les fortifications de Dunkerque du coté de la terre furent conservées : on stipula que les duchés de Parme, Plaisance et Guastella seraient cédés à l'infant don Philippe, pour être possédés par lui et par ses descendants, à charge de retour à la maison d'Autriche, en cas d'extinction de la ligne directe. Le roi de Prusse fut maintenu en possession de la Silésie et du comté de Glatz : toutes les puissances enfin reconnurent et confirmèrent le pragmatique de l'empereur Charles VI et garantirent à la maison de Hanovre, la succession du trône d'Angleterre et de ses états en Allemagne. Tel fut le traité d'Aix-la-Chapelle qui, après huit années d'une sanglante

I. Le principal négociateur de ce Irai lé par l'Angleterre fui le comte de Sandwich,

guerre soutenue par d'immenses sacrifices, replaça les principales puissances européennes à peu près dans l'état où elles étaient à son début : la Prusse seule y gagna un grand accroissement de territoire et d'influence, et prit rang tout à coup parmi les grandes puissances du con tinent.

La signature de ce traité commandée à l'Angleterre par les derniers événements, fut loin d'être populaire dans ce royaume où Madras recouvré ne parut pas une compensation suffisante pour l'abandon du cap Breton : et cette fois encore, comme en 1714, pour avoir refusé de négocier plus tôt, les Anglais ne retirèrent pas de la paix conclue tous les avantages qu'ils étaient en droit d'espérer

L'Angleterre, après la signature du traité d'Aix-la-Cha- Conduiicpo. peiip demeura paisible encore durant six années. Pel-

itique <1 Hem v 1 1

Pellum. ham qui la gouvernail, formé à l'école de Walpole, avait appris de lui à temporiser et à traverser tous les obstacles sans les heurter; mais, moins confiant dans ses forces, moins jaloux aussi de son autorité, il évitait de provoquer ses rivaux, mettant son étude et ses soins à les contenter, à leur faire une part près de lui dans le gou ver ne ment, s'exposant ainsi quelquefois aux critiques de ses propres subordonnés et plus disposé à souffrir

I. Ainsi furent ju>liliéc» les prévisions de Clieslerfield : « Je me réjouit écrivait-il, de ce que la pm est faite; j'étais d'avis de la faire plut tôt, et elle eût été meilleure. J'ai prévu et prédit outre faiblesse dans notre dernière campagne, et j'aurais déliré prévenir, par une négociation faite a temps opportun, les danger» auxquels nous avons éebappé par notre bonne fortune plus que par notre sagesse. Ma volonté, en ouvrant les yeui de la nation aur les péril* 4« la guerre, a couti ibué a cel é paii qui sauva la Hollande de la raine et l 'Angleterre delà banqueroute. • (Ltllre a Al. Djyrolle», mai 17*8.)

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une infraction aux lois de la discipline et de la hiérarchie dans sa propre administration qu'une attaque violente et directe dans les rangs opposés. Celte tactique, insuffisaute dans les temps où l'opinion est puissamment agitée, réussit à Pelham, à une époque où tous les partis faisaient silence, contenus par l'indifférence publique, par le défaut de confiance dans leurs chefs, et surtout par le besoin de repos qui prédominait au sein des masses. Pelham parvint ainsi, secondé par les circonstances, à administrer paisiblement, en tenant sous lui dans un rang secondaire, des hommes qui lui étaient fort supérieurs en énergie et en talents, comme le fameux William Pitt, plus tard lord Cbalam, et Henry Fox, dont la réputation d'orateur serait plus grande si elle n'eût été surpassée par celle de son fils. Fox était alors secrétaire de la guerre, sans place dans le cabinet », et Pitt payeur général des forces militaires, position plus lucrative qu'influente et à laquelle il se résignait, convaincu que le moment n'était pas arrivé pour lui d'aspirer au premier rang. Le calme des esprits était alors général dans les trois royaumes, et l'opposition parlementaire s'affaiblissait chaque jour, entretenue seulement par la petite cour de Frédéric prince de Galles, qui continuait à vivre en dissidence avec le Moll roi, et cher à la nation autant que son frère le duc de duprj;»f««,o

^ folles.

Cumberland, en était haï2. Le prince Frédéric mourut en l7oi. Avec lui s'éteignit pour un temps toute opposi-

1- Le secrétaire de la guerre en Angleterre n'était pas secrétaire d'Etat et ne po«é<lait qu'une faible partie de» attributions du miniaire de U guerre en France.

2. Cumbcrland t'était f.»il liait par ton ignorance ou son méprit affecir, en ditertes rireoittlances, dea usages conttituliouneU, et tes cruautés a U suite <it m victoire de Cullodeii, lui avaient valu l'udieux surnom de bouehêr.

iv. 24

tion systématique. Son flls George, nouveau prince de Galles, n'avait alors que douze ans, et un bill de régence fut présenté pour le cas où le trône deTÎendrait vacant avant qu'il eût atteint sa majorité. Le roi désirait que Le régent désigné fût le duc de Cumberland, ob jet de sa prédilection paternelle, tandis que le sentiment général se prononçait en faveur de la princesse douairière de Galles, héritière de la popularité de son époux. Pelham, voulant satisfaire l'opinion sans blesser le roi, Ri|i eut recours à une transaction et fit adopter un bill por-

.i< régence qUe> s j \e prince George était appelé au trône avant sa majorité, sa tutelle comme la régence appartiendraient à sa mère, à laquelle fut adjoint un conseil de neuf membres composé du duc de Cumberland et de huit grands officiers de la couronne.

Vers le même temps une légère modification survint dans le ministère d'où sortirent lord Sandwich et le

iiiiniliérieiie*. duc de Bedfort, et où furent appelés l'amiral Ànson comme premier lord de l'amirauté, et le comte d'Holderness, comme secrétaire d'État. Lord Granville, toujours cher au roi, rentra aussi alors dans le cabinet avec le titre de président du conseil 1 ; mais il n'était plus que l'ombre de lui-même, toute ambition sé

1 . Ce litre en Angleterre, ne donne point comme en France la primaoté dans le cabinet. Pelham l'avait offert a lori Chrrsterfteld qui le réfuta. U comte de Granville de 1751, dit lord Mahon, était fort déchu de ce qu'avait été l'audacieux et remuant Carlcrct des temps antérieurs ; ses habitudes intempérantes avaient émousaé se* brillantes facultés intellectuelles : le repos était nécessaire a sa santé détruite, autant que les émoluments de sa place à sa fort m ne endommagée. Il avait perdu sou énergie, son éloqueoce, soa activité et même ce qui survit le plus souvent a toutes ces choses, son ambition. [But d'Angt. depuis ta paix d'Vtrtckt.)

rieuse graissait l'avoir abandonné : ainsi fui facilitée son entrée dans l'administration de ceux qui avaient renversé la sienne, et où sa présence fut agréable au roi sans donner d'ombrage à ses collègues.

Pelham, en toute occasion, ne se montrait pas moins soigneux de conserver son crédit près du roi que de ruiner la popularité de ses rivaux en les absorbant. La rentrée deGranville dans le cabinet, fut un gage, qu'il crut devoir accorder à George II, de son empressement à lui plaire : il lui en donna un autre plus significatif encore et qui caractérise sa politique inconstante jusqu'à l'oubli complet de sa conduite antérieure : après s'être élevé au pouvoir en attaquant l'abus ou l'usage des subsides accordés aux princes germaniques, dans le seul intérêt de la conservation du Hanovre, plus chère aux rois de la maison de Brunswick que la possession de leur couronne même, il présenta plusieurs bills pour continuer ce tribut impopulaire, annuellement soldé par le trésor britannique aux petits potentats de l'Allemagne : le parlement les adopta presque sans discussion, et la session de 1 752, d'après le témoignage d'un contemporain, fut la plus mauvaise qu'on eût jamais vue.

Durant les quatre dernières années du ministère de Pelham, quelques bills dignes d'attention furent votés ou discutés par les deux chambres. De ce nombre est le Adoption bill par lequel l'Angleterre admit enfin l'usage du calen- «leader Brc drier Grégorien, ainsi nommé parce qu'il fut introduit wj^Sm par le pape Grégoire XIII. Le succès du bill qui autorisa l9am cette utile réforme appartient à deux hommes illustres, aux lords Gherslerfield et Macclesfield : il ne fallut pas moins que toute l'autorité du savoir et de l'éloquence

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