‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculésChapitre 65 sur 145 · I. Voyci ci-desius |«. 3<»5, 3Wi · texte numérisé non relu

I. Voyci ci-desius |«. 3<»5, 3Wi

GEORGES li.

h la cour de I)ehli : on a vu qu'une sorte de féodalité s'était établie clans les Indes, où tes nababs ou gouverneurs vivaient presque aussi indépendants des soubadars ou vice-rois que ceux-ci Tétaient du grand mogol lui-même dont ils recevaient l'investiture1. Le succès avait légitimé une foule d'usurpations, de là des prétentions sans tînmes et des conflits sans nombre ; l'usurpation était partout, le droit positif nulle part ; Dupleix en profita, et résolut de transformer de simples factoreries, des possessions faibles et précaires en un vaste et puissant empire.

Dupleix cependant fut obligé d'ajourner ses projets : leDecean avait alors pour vice-roi ou soubadar le fameux Xizara-El-Molouk, ce môme ministre aussi rusé que perfuleque nous avons vu attirer les Persans à Dehli, et qui avait su maintenir, sous son autorité, les nababs ou gouverneurs de ses provinces. L'un d'eux était le nabab du Carnalie, le vieux Anaverdikan, justement irrité contre Dupleix, qui, après s'être engagé à lui livrer Madras conquis par La Bourdonnais, avait violé sa promesse. Le nababen tira vengeance et se ligua avec lesAnglais lorsque ceux-ci vinrent, en août 1748, avec dix mille bommes et la Hotte de l'amiral Boscawen, assiéger Pondicbéry. Dupleix, siénc quoiqu'il ne fut pas guerrier, dirigea héroïquement la Vonà\*Ui défense, et le siège fut levé après cinquante-six jours de tranchée ouverte. La paix d'Aix-la-Chapelle, signée cette

<• Immobile • Dehli, le grand mojol voyait les plus puissant* omrabs ,'prioce») Accourir de tous le> points de l'Iudoustau pour lui arracher a prix d'or le firman qui IcViliinait leur pouvoir; mais sitôt qu'il* avaient obtenu cette iMe»hlure indispensable dans l'opinion du peuple, ils retournaient dans leurs provinces ou ils rognaient sans contiole ; l'empereur n'était plus a leurs yeux qu'un chef nominal et symbolique (Alexis de Saint-Priest, La perte de l'Inde tns tosjH XV).

LIVHK VI. GIIAPITIIK IV.

même année, suspendit les liostilités dans l'Inde. La reddition mutuelle de toutes les conquêtes faites durant la guerre était une des clauses de celte paix et Madras fut rendu aux Anglais. Mais la glorieuse défense de Pondichéry avait porté loin la réputation de la France dans les Indes : elle ût concevoir aux princes indigènes une haute idée de la valeur de ses soldats, et Dupleix Lira un grand parti de ce prestige exercé par la France sur l'esprit des princes indous en intervenant avec succès dans leurs luttes.

Nizam-El-Molouk venait de mourir, laissant, dans la Guerre civile vice-royauté du Deccan, une succession disputée entre le Dccùn. s011 Nazir, déshérité par lui, et son petit-fils Murzapha. L'un et l'autre produisaient, à l'appui de leurs pré* tentions ou de leurs droits, un firman d'investiture délivré par l'empereur; Nazir réussit le premier, et monta sur le trône du Deccan. Il était l'allié des Auglais ainsi que son puissant vassal le nabab du Carnatic, province qui renfermait les principaux établissements anglais et français de Madras et de Pondichéry. C'était assez pour que Dupleix jugeât nécessaire de les détrôner l'un et l'autre en élevant à leur place ses propres créatures, les protégés et les alliés de la Franco.

Il se prononça pour Murzapha contre Nazir et opposa au vieux nabab Anavcrdikan dans le Carnatic, un prince nommé Chundasaëb, Issu d'une ancienne famille souveraine et dépossédée; mais celui-ci était captif et au pouvoir des Mahrattes K Dupleix n'hésite

1. l.e» Mahrattes parités en plusieurs tribut belliqueuses, formaicul, depuis la mort du fameui Sewaji, une sorte de république fédéralivf.

UKORGES II.

point, il paie de ses propres deniers la rauçon deCutindasaëb, il lui crée un parti puissant, lui fournil des Iroupes françaises et indigènes et le lance contre son ri?al. Une seule rencontre décida de la victoire : les deux adversaires, portés sur leurs éléphants, se heurlent dans la mêlée : Anaverdikan est précipité du sien avec sa tour et son drapeau, il meurt, cl Chundasaëb est proclamé nabab du Carnalic. ïl doit à Dupleix sa liberté, sa victoire et son titre, et dans l'effusion de sa reconnaissance, il donne aux Français un territoire comprenant quarante-cinq bourgades autour de Pondichéry et la ville de Mazulipatam, célèbre par ses riches et inimitables tissus.

Les Anglais se réveillent alors; ils reconnaissent pour nabab du Carnalic, Mohamet-Aly, fils d'Anaverdikan, puis ils appellent pour le défendre, leur allié Nazir, nouveau souverain du Deccan, à qui les Français opposaient son neveu Murzapha. Nazir répond à l'appel des Anglais, et après quelques entreprises de peu d'importance, il somme tous les nababs et rajahs du Deccan de rejoindre son étendard aux environs de la forteresse de Gingi et réunit ainsi une armée immense, forte, dit-on, de

trois cent mille hommes, de huit cents pièces de canon

et de treize cents éléphants. Mohamet-Aly s'y rend avec six mille chevaux. Tout semblait perdu pour Murzapha qui vint lui-même se soumettre à son oncle et recevoir des fers. Dupleix ne se laissa point abattre; il n'avait avec loi que quelques milliers de combattants français et indigènes; mais il possédait d'excellents officiers, Bussy, la Touche, d'Autcuil : il lui restait son audace et son génie; il persévéra et sacrifia des millions de sa propre

fortune au succès de ses plans. M ourdit des trames secrètes dans la cour de Nazir, il gagne ses principaux nababs par son or et par ses promesses, et les audacieux exploits de ses lieutenants jettent en même temps l'effroi dans l'âme du soubadar : l'un d'eux, le fameux Bussy, enlève, par un prodigieux fait d'armes, avec une poignée d'hommes, la forteresse de Gingi, réputée imprenable et assignée pour point de ralliement à toute l'armée ennemie. Cependant Nazir approche et plante ses tentes innombrables à peu de distance du petit camp des Français. Mais la trahison l'environne, de faux rapports l'abusent et lorsqu'il n'aurait qu'à marcher pour vaincre, il s'arrête et demande à traiter. Dupleix gagne un temps précieux, il achève d'endormir son ennemi en l'enveloppant de ses trames; et tandis qu'il négocie, son lieutenant La Touche, appelé par les conjurés, pénètre dans le camp ennemi et y fait un affreux carnage. Nazir se voit enfin trahi : dans sa fureur il commande qu'on Victoire lui apporte la tète de Murzapha, et donne le signal du do Uuplrn coinjja^. ,najs au premier choc, et à la vue des drapeaux de Mur»i>ba français, les nababs conjurés se déclarent, Nazir meurt assassiné : Murzapha est proclamé à sa place ; il passe, comme Chundasaèb, de la prison sur le trône; il commande à (rente nababs, à unerfoule de rajahs, à trentecinq millions d'hommes : il reconnaît Dupleix pour L'auteur de sa fortune, il le nomme son frère, et sa reconnaissance est sans bornes comme l'avait été sa terreur.

Dupleix triomphait et rien ne semblait au-dessus de ses espérances et de son ambition, quand tout à coup une révolte éclate à Hyderabad, capitale du Dcccan, où Murzapha s'est rendu pour prendre possession du trône

et où l'accompagne Russy avec trois cents Français. Un E«pW»iu combat s'engage dont Russy sort vainqueur et la révolte ,,c Bus*T est étouffée, mais tandis que Murzapha foule sous les pieds de son éléphant, ses ennemis abattus, une flèche le frappe à la tête et il expire dans sa victoire. Divers compétiteurs se présentent pour sa succession et une lutte entre eux paraît imminente : pour la prévenir les chefs de l'armée s'adressent à Russy, le choisissent pour

Bussy pris pour

arbitre et l'invitent à donner un successeur à Murzapha, «rhii.e à nommer le soubadar du Deccan. Bussy donne le trône f ^'^"J0",! " à Salabut, frère de Nazir, oncle de Murzapha et retenu jjjjj^ par lui prisonnier : Salabut est élu : il décore Russy et Dupleix de titres éclatants, nomme celui-ci son père, le comble de richesses, confirme toutes les donations de son prédécesseur et, pour mieux assurer aux Français la possession de Mazulipatam, il y ajoute quatre grandes provinces : enfin il conserve près de lui l'héroïque Russy avec l'aide duquel il triomphe de tous ses ennemis, et qui gouverne sous son nom avec un pouvoir sans limite.

Dupleix cependant, préoccupé de l'avenir au milieu de la joie même du triomphe, et toujours empressé de colorer des apparences du droit les conquêtes de l'audace, fait légitimer par le grand Mogol les con-

Pui'sance

cessions de Murzapha et de son successeur, et toutes les de Dupleix acquisitions anciennes et nouvelles de la compagnie des Je i/lFralK.c Indes Occidentales sur la côte de Coromandel. 11 remplit

llntlc.

de son nom l'Inde entière : par son génie enfin et par son courage, la France domine avec lui, dans le Deccan, sur trente millions d'hommes du fleuve Krishna au cap Comorin. Les Anglais dans toute l'étendue de ce magnifique ter-

ritoire, ne possédaient alors que la ville de Madras avec ses environs et quelques forteresses, dont la principale était le fort Saint-David. Chanda-saéb, créature do Dupleix, était, sous son autorité, reconnu pour nabab du Carnatic : une seule ville, Trichinopoly, tenait encore pour son rival Mahomet - Aly, protégé des Andé glais et réfugié dans ses murs. Chunda-saëb vint l'asînch.iiopoiy. gjégeravec son armée. La place investie résista, et là vint

se briser la fortune de Dupleix et de la France : elle tomba devant le génie d'un seul nomme, né pour donner un empire à l'Angleterre, il se nommait Robert Clive. k«I«h r.iivo. issu d'une famille très-ancienne mais pauvre, Clive

Son

caractère, avait montré dans son enfance une humeur difficile et indomptable. Toujours en action, toujours en lutte, aussi peu propre à la vie sédentaire qu'à l'étude, nul plus que lui ne rappelle du Guesclin enfant : chez l'un comme chez l'autre, on voit un naturel sauvage, une volonté inflexible, une merveilleuse audace : la ressemblance ne s étend pas plus loin, et, avec un génie de premier ordre pour l'administration et pour la guerre, on ne rencontre chez Clive ni cette loyauté chevaleresque, ni cette bonté généreuse et compatissante qui ont popularisé le nom de du Guesclin autant que ses exploits. Un jeune homme de cette trempe ne pou\ait être dans une sphère toute pacifique et au foyer de sa famille qu'un grave sujet de trouble et d'inquiétude. Une occasion s'offrit de l'en-

Dt'buUdc 'Clive . , . . « «

dans voyer aux Indes pour y occuper un emploi modeste, dans les indes. un jes comptoirs de la compagnie, et le jeune Clive partit pour Madras, où il remplit, durant plusieurs années, les humbles fonctions de commis, existence pénible, aussi opposée à sa nature qu'à son génie, dont il voulut s'af-

franchir par le suicide, et qu'il ne supporta enfin que parce qu'il se crut appelé par la destinée à quelque chose de grand *.

L'heure désirée arriva enfin : Clive était parmi les membres de la compagnie anglaise que Dupleix fil prisonniers lorsqu'il refusa de ratifier la capitulation de Madras et qu'il amena captifs à Pondichéry. Il s'échappa, rejoignit les Anglais au fort Saint-David et quittant aussitôt la plume pour l'épée, il offrit ses services au major Laurence, commandant des forces militaires de la compagnie, et se fit remarquer par son coup d'œil et son courage dans plusieurs rencontres avec les Français et les indigènes. A la paix d'Aix-la-Chapelle Madras fut rendu : Clive reprit sa place dans les bureaux de la compa gnie et mêla quelque temps les opérations commerciales aux expéditions guerrières : il y avait paix entre les couronnes de France et d'Angleterre; mais il y avait guerre entre les princes indigènes, et nous avons vu les Européens intervenir des deux parts, en auxiliaires dans leurs querelles comme agents de leurs compagnies respectives, stipendiés par elles et non par leurs gouvernements. Ceux-ci étaient préparés, selon l'événement, à avouer leurs actes ou à les répudier : c'était une sorte de lutte tout ensemble clandestine et gigantesque entre de simples particuliers et dont le prix était un empire : l'Angleterre sut le comprendre et la France l'oublia.

4 Deux fuit dans une même journée à Madras, dite porta un pistolet h son front et tâcha la détente, et deux fois le coup ne partit pas. Quelqu'un étant survenu, Clive le pria de décharger l'arme par la fenêtre, et celte fois le coup partit. Avant ainsi acquis la preuve que le pistolet avait été chargé, il s'écria : Jouit donc réservé pour accomplir quelque chose! cl il abandonna son projet.

On a vu Dupleix, vers le milieu de Tannée 1751, étendre l'influence française dans le Deccan tout entier, et soumettre le Carnalic h son autorité personnelle. Une seule ville, Trichinopoly, résistait encore au nabab de son choix, Cbunda- saëb, qui la tenait étroitement assiégée et où s'était réfugié Mahomet- Al y, rival de ce prince et ami des Anglais. Ces derniers virent avec raison dans la cbute probable de celle place, la ruine définitive de leur influence dans lïndostan, et quoique disposant de très-faibles ressources en officiers, en hommes et en matériel, ils résolurent de tenter un etfort et de marcher à son secours. Clive 1 comprit, malgré son audace, toute l'inutilité de cette tentative de quelques centaines d'hommes contre une armée nombreuse; mais il vil avec l'instinct du génie, le succès qu'on pouvait espérer d'une diversion puissante sur un autre point : il savait que toutes les forces disponibles de Cbunda saëb et des Français étaient devant la \ille assiégée, et qu'une très-faible garnison protégeait Arcole, capitale de la province : c'était là, selon lui, qu'il fallait marcher : en s'emparant d'Arcote on forcerait Chunda-saëb à partager son armée pour la reprendre : la prise d'Arcote

Eiiii*|trise serait la délivrance de Trichinopoly. tit*

ve sur Arcole Clive fut écouté : le conseil de la présidence le nomma 1751. capitaine et mit sons ses ordres toutes les forces disponibles, savoir : deux cents Européens et trois cents cipayes -, commandés sous lui par huit officiers dont quatre étaient commis marchands la veille, et dont six

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