avait alors tingl -cinq ans
2. La garnisou Je Sainl-David fut ainsi rcJuile a cent li oui nie» cl oella de Mat] ras ù ciut] cnlr.
GEOItGKS II.
n'avaient jamais vu le feu. Mais tous étaient pleins de confiance dans leur chef et électrisés par son exemple.
Le détachement quitta Madras au mois d'août 1751 et se dirigea sur Arcote : parvenu en quelques jours à dix milles de la place et presque en vue des avant-postes ennemis, il fut assailli par un de ces terribles orages des tropiques au milieu desquels tous les éléments semblent bouleversés et confondus : Clive ne s'en émut point et marcha en avant à travers la tempête. Frappée de son audace et saisie d'une terreur panique à son approche, la faible garnison n'osa l'attendre; elle évacua la ville dont Clive prit possession et où il fit toutes les dispositions nécessaires dans 1 attente d'un siège *. Ses prévisions furent promptement vérifiées : au bruit de la prise de sa capitale, Chunda-saëb détacha de son armée dix mille hommes, qu'il mit sous les ordres de son fils Rajah-saëb et qui vinrent fondre sur Arcote. Tout ce que peut le courage uni au talent, à une volonté per-DcfL^JrccanJero,,c sévérante et inflexible fut mis en œuvre par Clive dans ce siège mémorable; il relève des murs en ruines, dresse de nouvelles batteries, repousse d'innombrables assauts, il pourvoit à tout, il est partout et se multiplie lui-même; mais bientôt aux fatigues des combats se joignent les horreurs de la famine2. Dans cette extrémité un émis-
(. Il trouva «lans la ciladdle cinquante mille livres sterling que des marchai ds il Aicoïc y avaient déposées comme en lieu sûr. Il rendit lou'o la loiiinic nui dépositaire», cl o I ai le de désintéressement louaMe lui concilia Ici babilinl*.
2. Les liommes de allé même race, qui en IR.S7, s'csl montrée si férucc a IVjpr.t de* Européen», leur témoignèrent alors un dévouement dont un chercherait en va u dans l?hi luire un aussi remarquable uemplc : souffrant cux-mêmei
saire de Clive parvient jusqu'à un chef mahratte soudoyé par Mohamet Aly et qui campait avec six mille hommes dans les campagnes de Mysore : ce chef, malgré l'or qu'il avait reçu, restait encore incertain, mais en apprenant l'héroïque défense deClive dans Arcole, il dit : «J'ignorais jusqu'à présent que les Anglais fussent propres à la guerre, puisqu'ils savent comhallre je les assisterai. » Instruit et alarmé des dispositions du chef mahratte, Rajahsaëb résolut d'enlever Arcotc à tout prix, avant que la ville fût secourue. Il promet à Clive des trésors s'il consent à se rendre; s'il refuse, aucun quartier ne sera fait aux Anglais. Clive dédaigne ces offres comme ces menaces et Rajah-saëb donne ses ordres pour le plus formidable des assauts. Le jour qu'il choisit est celui d'un célèbre anniversaire dans la religion musulmane qui promettait le paradis aux guerriers qui succombaient ce jour-là les armes à la main. Rajah-saëb pour mieux exciter l'enthousiasme, distribua aux siens en abondance un breuvage enivrant : il donna le signal de l'attaque avant l'aurore, et de tous côtés ses colonnes se précipitèrent comme autant de torrents furieux sur la muraille à demi-détruite et démantelée. Dans le but de rendre le choc plus irrésistible, la tète des éléphants fut armée d'épaisses plaques de fer, et plusieurs de ces animaux monstrueux furent chassés et lancés contre les faibles portes afin de les briser. Mais atteints par le feu des Anglais, comme les éléphants de l'antiquité l'étaient jadis
cruoMomeiil de la f.iim, ili se privèrent volontairement de la meilleure pari de leur faible ration pour les Anglais, à qui, dirent-ils, une nourriluie plu* abondante était indispensable.
par les javelines des Romains, ils se retournèrent en fureur sur leurs propres troupes qu'ils foulèrent aux pieds. De toutes parts déjà l'assaut était repoussé : Clive luimême pointa le canon sur les colonnes ennemies et y jeta le désordre et la mort." L'attaque suspendue quelques heures recommença durant la nuit et fut également impuissante; enfin, au lever du jour les ennemis avaient disparu, laissant le sol jonché de leurs morts et abandonnant leurs munitions et leur artillerie.
La délivrance d'Arcole eut dans l'Inde un immense retentissement : elle y porta loin le nom de Clive et releva celui des Anglais. Lfe lendemain Clive fit sa jonction avec les mahrattes : il poursuivit l'ennemi , livra une nouvelle bataille et fut encore vainqueur, victoires Il marcha ensuite sur la ville de Conjeveram, où les clf*c Indous avaient un temple fameux nommé la Grande Pagode et où les Français tenaient garnison : la place fut enlevée, et Clive victorieux reprit le chemin du Tort Saint -David. Rajah -saëb cependant avait réuni après la défaite, une force considérable, et s'était porlé rapidement sur la ville de Madras, privée de ses défenseurs, et aux environs de laquelle il mina les établissements de la Compagnie. Clive accourut avec sa petite armée anglaise et indigène, il rencontra et battit de nouveau l'ennemi soutenu par un faible corps français. Retournant ensuite au fort Saint-David, Clive traversa une ville nouvelle et française à laquelle Dupleix avait donné son nom et où une colonne était dressée à sa gloire : il abattit ce pompeux trophée et en rasa les fondements. Tout lui réussissait, et pour couronner ses pre-
miers el brillants exploits, il s'agissait de délivrer Triehinopoly dont le siège traînait en langueur : une expédition fut résolue dans ce but avec une force auxiliaire considérable de mabrattes et de mysoriens. Les Anglais marchèrent on deux divisions séparées fous le major Laurence et sous Clive au secours de la place. Clive, quoique le moins ancien dans le commandement, dirigea les opérations : par ses habiles manœuvres l'armée assiégeante franco-indoue se trouva elle-même assurance dans de Scringhaui sur le fleuve Cavory et Tnri.inopoiy ej|e ^ contrainte .a mettre bas les armes. Le nabab Mort Chunda-saëb se rendit à un chef indou et fut poignardé:
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Cbandc«tib. son rival Mahomet-Aly reçut sa tête, el Triehinopoly fut délivré.
Là s'arrête à peu près la première période de la brillante carrière de Clive. Les fa ligues avaient gravement altéré sa santé, et après quelques autres opérations également heureuses, il revint en Angleterre (1753), où il reçut l'accueil qu'il méritait Bien différente fut eu France la conduite des ministres et de la compagnie des Indes à l'égard de Dupleix. Celui-ci, malgré les rudes échecs portés par les victoires de Clive à l'inflqence française dans le Carnalic, avait courageusement poursuivi sa politique habile et commençait à réparer ses pertes. Il profita d'une lutte survenue entre Mahomet-Aly et les chefs mahraltes et mysoriens, et fil, avec une activité infatigable et une générosité sans bornes des etForls prodigieux. Son mobile n'était point l'amour des ri-
I. La cour des directeurs lui volt corama récompense une épée magnifique garni.1 en diamants.
cbesses; il aspirait [à une grande renommée, il voulait pour son pays la puissance et la gloire et prodigua, dans ce noble but, les restes de sa fortune. Il forme et discipline une nouvelle armée, nomme et soutient un second nabab du Garnatic ; il investit de nouveau Trichinopoly et assiège Arcote , landis que le compagnon de ses travaux, l'héroïque Bussy, toujours près du vice-roi Salabut, continuait à combattre et à vaincre.
Si dans ces circonstances, le gouvernement français, si la compagnie des Indes eussent donné à Dupleix quelque sérieuse assistance, la France aurait encore pu régner de la côte du Malabar à celle de Coromandel; mais Dupleix fut abandonné : la Compagnie voyant diminuer ses dividendes par suite des troubles du Garnatic et des victoires de Clive, n'accueillit plus ses rapports avec confiance et se montra moins résolue à le soutenir : d'autre part, l'opinion publique, exaltée d'abord jusqu'à l'ivresse, au bruit de ses succès presque fabuleux, subit une réaclion instantanée en apprenant ses premiers revers : elle prêta l'oreille aux plaintes éloquentes de la Bourdonnais, prisonnier à la Bastille : elle ne vit plus en Dupleix qui avait contribué à sa ruine qu'un tyran jaloux et cruel : enfin le faible gouvernement de Louis XV craignit de voir dans les Indes la lutte entre les compagnies rivales amener des hostilités entre les gouvernements des deux nations, et d'être ainsi entraîné malgré lui dans une guerre avec les Anglais : il voulait la paix, il se flattait de la conserver par de timides concessions et il était entretenu par le cabinet de Londres dans celle fausse espé-
rance *. Duplcix l'inquiétait par son ambition, par son génie, par ses succès; il avait peur de la merveilleuse puissance de cet homme et de la terreur qu'il inspirait aux Anglais; ceux-ci voyaient en lui le principal obstacleà leurs progrès; ils voulaient que la France le sacrifiât et ils l'obtinrent. Il fut entendu entre les deux gouvernements, malgré les énergiques réclamations de la compagnie des Indes, que tout en Orient, serait remis sur le même pied qu'avant les derniers troubles, et que les acquisitions réciproques de territoire, faites depuis la paix d'Aix-la-Chapelle, seraient restituées, quoique les Anglais n'eussent presque rien acquis et que les conquêtes des Français et surtout les concessions qu'ils avaient obtenues fussent très-considérables. A ce pi h l'Angleterre fit espérer le maintien de la paix et déj une escadre de guerre avait appareillé et faisait voile pour les Indes. Si le gouvernement français, à cette époque encore, eut maintenu Dupleix dans ces contrées, ou s'il eût seulement permis à la Compagnie de soutenir son gouverneur avec ses propres ressources, rien n'eût été encore définilivement compromis ni perdu. Clive était retenu à Londres, et nous avons vu Duplcix prodiguer toutes ses ressources avec une générosité incomparable et redoubler d'énergie et d'efforts pour réparer ses échecs. Trichinopoly de nouveau assiégé, allait tomber en son pouvoir, et pour l'emporter, il n'attendait qu'un renfort de douze cents hommes recrutés et soldés par la Compagnie et depuis longtemps annoncés. Us arri-
1 Ce fait eil parfaitement éctairci dam le remarquable article déjà rit? : U perte de l'Inde Jfoui Louit XV, pat M. de Saiot-Pricil.
vèrcnt enfin; mais avec eux vint un commissaire d» gouvernement nommé Godeheu, chargé de traiter définitivement avec les Anglais, de remplacer Dupleix el de le renvoyer en France. Dupleix, depuis longtemps pressentait sa chute, il obéit, résigna ses pouvoirs et quitta pour jamais le théâtre d'une fortune inouïe comme sa disgrâce. Après avoir possédé d'innombrables trésors, élendu sa domination sur trente millions d'hommes et sur de vastes contrées, il revint en France dépouillé par ses propres mains, pour avoir voulu donner un empire à son pays : il rappela en vain ses glorieux services, ses droits, ses sacrifices immenses, et après peu d'années, il mourut pauvre et délaissé comme la Bourdonnais son rival et sa victime.
A peine eut-il quitté le sol des Indes qu'un traité ignominieux, ratifié plus tard en Europe, fut conclu à Madras par les commissaires des deux gouvernements 1 (octobre MU). Les principales clauses stipulaient : !• que les Co»vjn,,on deux compagnies s'interdiraient à jamaisd'intervenir dans Madras, la politique intérieure de l'Inde; 2° que leurs agents rené n'accepteraient des gouvernements du pays ni dignités, ni dc* codnofiuélc' charges, ni honneurs; 3° que toutes les places et ter- DuP,n*riloires occupés par elles seraient restitués au grand «754 Mogol à l'exception des possessions qu'elles avaient avant cette dernière guerre; 4° que les deux compagnies partageraient entre elles l'important district de Mazulipalam et que toutes leurs possessions seraient mises sur un pied d'égalité parfaite 2. Ainsi furent perdus en quel -
1 BfTtkou de Penhocu. Histoire dc U conquête et dc la fondation dc l'empire anghit dans l'Inde, t. I, p. 485-486. 2. Il est douhux, dit un historien anglais, qu'aucune nation cùl jamais
ques jours les fruits de tant d'exploits, d'une si profonde politique et des étonnants efforts d'un grand homme : l'Angleterre hérita dans les Indes de toute l'influence dont la France s'était elle-même dépouillée, et elle put librement et sans crainte jeter en Orient les fondements de sa grandeur future.
Suite du rogne île Gen-gci M jusqu'au ilctul «lu ministère «le William Pin — Commenc-t'incul de la guenc de Sepl an*.
Le ministère anglais était demeuré, comme le cabinet français, indifférent et presque étranger aux affaires de la péninsule indostanique jusqu'à l'époque des succès décisifs obtenus par Dupleix, et son active intervention ne se manifesta guère qu'après le retour de Clive dans le royaume. Ses brillants exploits, en saisissant les imaginations et en flattant l'orgueil national, avaient enfin attiré l'attention sur les Indes et il est présumable qu'ils stimulèrent; dans les années «7?>3 et 1 75 1, les actives né gociationsdu gouvernement anglais avec la France. Elles eurent pour résultat la convention conclue à Madras entre les commissaires des deux nations et marquèrent la fln du ministère pacifique de Henri Pelham. Cet homme
fait d'aussi grand sacrifices à l'amour de la pait que le lire m le» Français I celte occasion. Witku, cilé par M. Bercbou de Pcnboôn.
d'État habile et moins brillant que sage, mourut subi- Mon «ui.iic tement le 6 mars 1754. Sa mort consterna le roi, et Hinri ^t||iam en l'apprenant, il lui échappa cette parole prophétique : yw « Maintenant, je n'aurai plus de repos. »
Le duc de Newcastle, frère de Pelham, se trouvait alors i.ç duc l'homme le plus important du cabinet par son rang, par |>icmicr lord ses rclalions et par la longue possession du pou voir et de la ,a lrtJwia faveur royale sans qu'il eût d'ailleurs aucun titre personnel à celte grande position : il joignait l'incapacité à tous les ridicules, et son ignorance n'était surpassée que par son ambition. Celle-ci était sa vie même, elle lui tint lieu de talent et de savoir, et il fut un exemple remarquable, dit M. Macaulay, de ce que peut un homme dont toutes les pensées, tous les efforts tendent à un seul but ; le sien était le pouvoir et il le garda quarante ans. Il accepta de Georges II, avec le titre de premier lord de la trésorerie, la mission de former un cabinet, et la première difficulté qu'il rencontra fut le choix d'un collègue en état de diriger les débats dans les communes.
Trois hommes occupaient alors le premier rang dans cette chambre, Murray , Henri Fox et William Pitt. Murray, illustre plus tard sous le titre de lord Maosfield, et déjà célèbre au barreau par son éloquence, et dans la magistrature, comme solliciteur général, paraissait borner toute son ambition aux honneurs de sa profession et au poste éminent de premier juge du banc du roi. Henri Fox l, après avoir occupé longtemps d'importants emplois, était secrétaire de la
I. Il éUil ».cond Cl» Je lir Eiicnuc Fox cl frère du premier cotnle d'il cb'iter.
guerre depuis 1746. Formé à la politique de Walpole, il était considéré en 1734, par la plupart des membres survivants de l'ancien parti de ce ministre, comme l'héritier naturel de Henri Pelham. Il montrait, dans la discussion, tjuelques-uns des grands traits qui caractérisèrent après lui le grand orateur son fils, le bon sens, la saillie, la répartie rapide : sa parole était ferme, précise et allait droit au but; mais instruit à une dangereuse école, il en avait aussi tous les vices. Chargé de famille et peu riche, préoccupé d'intérêts tout personnels, sans scrupule comme sans souci de la constitution et du bien public, il se faisait honneur de l'absence des principes dont il regardait l'observation stricte comme le propre d^s esprits étroits, et il fut sévèrement mais justement qualifié, de nos jours, du nom d'aventurier politique l. L'homme d'Elat qui à tous égards, et particulièrement par le caractère, présentait un contraste avec Fox était • William Pilt, déjà très-célèbre, et qui, par son rare désintéressement dans sa charge de payeur général de l'armée 2, autant que par sa patriotique et fougueuse éloquence avait conquis une grande popularité. Pilt n'était pas un homme complet et, dans plusieurs occasions,