I. Pill <Mait cpcort» payeur général de l'armée
avec une incomparable éloquence et arrivant enfin à la récente alliance du puissant orateur Henri Fox avec le faible Newcaslle, il ne la dénonça point, mais il la rendit sensible à tous les yeux, par cette magnifique image empruntée aux souvenirs de son séjour en France. « Là, dit-il, tout à coup, à Lyon, j'ai été frappé du saisissant spectacle de la réunion du Rhône avec la Saône : celleci, faible rivière aux eaux lentes quoique sans profondeur; l'autre, torrent superbe, impétueux : et ce|>endant, si différents qu'ils soient, ils s'unissent enfin. Puissentils, ajouta Pitt avec une amère ironie, demeurer ainsi longtemps unis, pour leur satisfaction mutuelle aussi bien que pour l'honneur et la gloire de l'Angleterre 1 ! »
La majorité demeura néanmoins acquise au ministère dans les communes ainsi que dans l'autre chambre : le projet d'adresse fut voté et, peu de jours après, Henri Legge, Pitt et son beau-frère, George Grenville 2, furent changement» destitués : Fox fut nommé secrétaire d'Etat et remplacé m,,m,é,,eU par lord Barrington, dans son emploi de secrétaire de .
». Ut Jrui chambres n'ayant point encore établi la coutume de livrera l'impression !ct discourt de leur orateur*, un Irès-petit nombre de fragment» de ceux de William Ptil tout parvenu» jusqu'à nous, et celle perle est à jamais rea/eluMe. D'après le témoignage d'uu des homme* qui lui tout habiluelltmeni tre; • hostiles, de sir Horace Walpolc, qui l'entendil, il «éleva dans celte discussion de l'adresse des communes à une hauteur merveilleuse. • Il surpassa, écrit Walpole a son ami Conway, tout ce qu'on peut imaginer. Il parla durant une heure cl trente-cinq minute», avec plus d'esprit, de feu, d'élégance et d'audace, bref, avec une perfection de tout point plu» étonnante que vousmême, qui le connaissez, ne pourriez le concevoir. ■ (15 novembre 1755.) Walpolc analya cette magnifique harangue dans set Mémoirti du temps de Qturgt II, vol. II, p. i>5.
2. Pill, en é[>ou<aot, l'année précédente, la sœur du comle Temple, s'élail ■ni à la famille du nom de Grenville, qu'il ne faut pas confondre avec celle de lord Gran«ille.
la guerre : Henri Legge eut pour successeur, comme chancelier de l'Echiquier, sir George Lyttleton. Les résultats de cette modification peu considérable du cabinet furent raffermissement momentané du duc de Nuwcastleet la persévérance du gouvernement dans une voie pusillanime. L'Angleterre était partout représentée comme pouvant offrir une proie facile à une invasion française, et tandis que d'énergiques et courageuses mesures semblaient commandées par les circonstances, une forte majorité vota l'appel des troupes hanovriennes et hessoises dans le royaume, pour le mettre à couvert contre l'étranger. Pilt flétrit ce vote honteux, et les regards se tournèrent de plus en plus vers lui, comme vers l'homme qui était appelé à inaugurer une politique plus nationale et plus glorieuse.
Ces dispositions de l'opinion furent encore accrues par un grand échec, par la perte de Minorque et de son |K)rt célèbre (Port-Mahon) considéré comme le meilleur de toute la Méditerranée et qui avait été cédé à l'Angleterre par la paix dTtrecht.Le gouvernement français préparait à Toulon un armement formidable destiné en apparence Attaque h rmc pour l'Amérique, mais en réalité pour Minorque. Au com- Minorquc lïieiicemcnt d'avril tout fut prêt : le maréchal de Richei«Frînc«i«. neu eut ,e commandement de l'expédition ; l'amiral de i75G la Galissonnière avec douze vaiweaux devait escorter kl transports, protéger le débarquement et couvrir l'attaque. Le ministère anglais avait inutilement reçu de nombreux avertissements. Eclairé trop tard, il fit à la hâte d'insuffisants préparatifs de défense et envoya l'amiral Byng au secours d*1 l'île déjà envahie* Lorsque Byng parut enfin devant Minorque, les Français assiégeaient
GNUtt II.
la redoutable citadelle de Saint- Philippe qui domine Mahon et son magnifique port. La garnison était d'environ trois mille hommes, et en l'absence du gouverneur, son lieutenant, le vieux général Blakney, fit malgré son âge et ses infirmités une opiniâtre défense. L'espérance des assiégés était dans la flotte de Byng, égale à peu près en nombre et en force, à la flotte française. Elles furent en présence le 20 mai et engagèrent combat naval, le combat : l'aile gauche des Anglais, sous l'amiral West, Vieioir« eut d'abord l'avantage, mais fut mal soutenue. La ligne des rraoçai». française, un moment rompue, se reforma, obéissant à une tactique supérieure, et soutint victorieusement tous les efforts de Byng. Celui-ci perdant l'espoir de porter Fllil« secours à la place investie, abandonna Minorque à sa Vtmir*\ Byn destinée et fit voile avec son escadre pour Gibraltar '.Les Français redoublèrent d'ardeur et d'efforts : Richelieu, beaucoup moins célèbre jusqu'alors par ses exploits guerriers que par ses galanteries, se montra un héros. Il ordonna l'assaut, et animant les assiégeants de son exemple sous le feu le plus meurtrier, il emporta, l'épée à la main, tous les ouvrages extérieurs, fit capituler la forteresse et donna Minorque à la France.
Cette grande perte excita en Angleterre autant d'indignation que de surprise. L'opinion accusa l'imprévoyante impéritie du cabinet : elle flétrit la conduite de
1. L'amiral français mi«it la flolle au^lai^c jusqu'à la hauteur de l'île de Lairc: il retint le 2l reprendre son poste a l'entrée du port pour barrer le» secours qui auraient pu, en son absence, chercher a entrer dans la plice. Il écrivit au maréchal de Richelieu : • J'ai préféré votre gloire a la mienne, et le principal objet de notre mission h l'honneur particulier que j'aurais pu retirer en poursuivant quelques vaisseaux ennemis qui m'ont paru Irès-mallrailés. •(Nèmoir<$ de Rochambeau, I. !•'.)
Byng, elle demanda satisfaction et vengeance : le malheureux amiral, brûlé partout en effigie, fut la victime désignée : sir Edouard Hawkes fut envoyé à sa recherche dans la Méditerranée "avec l'ordre de l'arrêter, ei il ramena Byng prisonnier à Portsmouth.
Les deux nations étaient depuis longtemps en hostilité ouverte avant que la guerre eût été déclarée. Elle le fut, de la part de l'Angleterre, le 18 mai seulement, quelques semaines avant la prise de Minorqueel peu de jours après la signature du fatal traité de Versailles, entre la France et l'Autriche. Marie-Thérèse en caressant, par le conseil de Tr8i(é Kaunitz, la vanité de Mm* de Pompadour toute-puissante deverwiiic» alors en France1, était parvenue à faire dévier le roi
entre
la France Louis XV, de la politique habituelle de sa maison et à l'Autriche, contracter avec lui une alliance défensive. Par le traité I756 conclu entre eux le roi s'engageait envers l'impératrice reine et ses successeurs, selon l'ordre de la pragmatique, à garantir et à défendre tous ses états. Marie-Thérèse prenait un engagement semblable, en faisant néanmoins une réserve pour les suites de la présente guerre entre la France et l'Angleterre. Les deux souverains se promettaient enfin un secours de vingt-quatre mille hommes, comme une protection mutuelle contre leurs ennemis communs 2.
1. Elle l'euifra de louange* et »'»bai»aa jusqu'à l'appeler sa cousiue.
2. Le» condition? de ce traité n'étaient pa» égile», Marie-Thérèse ayant eicepté l'Angleterre du nombre des puistanres contre lesquelles elle s'engageait à garantir l'intégrité de* possessions françaises, a Son ambition, dit Sisntondi, élail de i amener tous le* anciens membres de l'empire à une dépendance absolue de son chef. Une politique ainsi dirigée ver» l'abaissement de loua les petit» Etats pouvait être bonne pour l'Autriche, qui seule an aurait recueilli tous le» proBl». Elle était fatale pour la France, qui u'atait po résister h la pté-
I n autre traité secret existait alors entre l'Autriche, la Traiié aecrei Russie, la Pologne et la Suède. L'habile Kaunitz, mi- |»A"l^ci»e /îistre de Marie-Thérèse, eut l'adresse d'engager toutes , cl
Ici puiMincci
ces puissances, par l'espoir d'acquérir elles-mêmes quel- du nord, ques lambeaux des dépouilles de Frédéric H, dans la nso lutte contre ce monarque, et déjà, au début de Tannée J756, tout était secrètement combiné entre elles pour l'écraser. Frédéric avait attiré sur lui cet orage, par sa parole mordante autant que par son agressive ambition, et, contre tant d'ennemis ligués pour le détruire, il ne vit plus que l'Angleterre dont il pût attendre un concours efficace. Neveu de George (I, il dédaignait son oncle et l'avait souvent blessé par un trait moqueur. L'intérêt commun les rapprocha, et déjà une première convention avait été signée entre les deux monarques ,Dékul
de U guerre
lorsque Frédéric obtint, par l'infidélité d'un subalterne, de communication du traité qui unissait les trois souve- Sfpl An*' rains du Nord avec Marie-Thérèse, pour le démembre- s ment de sa monarchie. Instruit de leurs plans, il résolut F»**éric il. de les prévenir; il se mit au mois d'août à la tète de ses I75G troupes, fondit sur la Saxe avec soixante mille hommes, s'empara de Dresde où il fit prisonnière la reine de Pologne et enferma dans Pirna le roi Auguste et son armée; puis il courut battre les Autrichiens à Lowositz et revint ensuite à Pirna, où il força l'armée saxonne tout entière à capituler. Tel fut le début de la sanglante guerre de Sept-Ans.
f>e graves événements étaient survenus dans les Indes
pondéra ne* impériale qu'à laide de» puisuocea du aecoud ordre. (Histoire des Frû%ç€i$t l. xi ix, p 50.)
siiu.ibt o« Clive était retourné l'année précédente (1 758), niais où Angiii* il "'avait dirigé aucune opération très-importante, n'ayant lUnsiei in.ics. encore, avec le grade de lieutenant colonel, que l'emploi 1753 sulwrdonné de gouverneur du fort Saint-David La convention de Madras, si funeste à la France, avait affaibli son prestige dans 1< Deccan tout entier, où Bussy résidait encore près du soubadar Salabut, qui lui devait son trône; mais elle n'eut, dans les premiers temps, de résultat direct, touchant la situation respective des deux peuples, que dans le Carnatic, où elle ruina la puissance réelle des Français au profit de leurs rivaux. Durant deux années cependant, après la signature de ce traité, les Anglais comme étonnés eux-mêmes d'un succès si peu prévu, ne se trouvèrent pas en mesure d'en tirer tout l'avantage désiiable > ils demeurèrent faibles, isolés les uns des autres et dans la dépendance plus ou moins étroite des petits tespotes de l'Orient.
Leur situation n'était nulle part plus dépendante et plus précaire que dans le Bengale, où ils avaient un établissement principal à Calcutta, sur l'Houglil y à l'entrée du Gange, comme les Français en possédaient un au-dessus d'eux, à Cbandernagor, et les Hollandais à Chinsura. Le Bengale formait alors, comme le Deccan, une des grandes divisions ou vice-royautés du vaste empire des Mogols dans l'Inde, et comme le Deccan aussi, il renfermait plusieurs provinces, Bengale, Orissa, Bahar, avec de grandes villes dont la principale était Moorshcdabad, aussi peuplée que Londres à cette époque. Un jeune homme , Surajah
1 Clive avait reçu du gouvernement le grade de lieutenant -colonel daoi l'innée : il tenait de la compagnie des Indes »on brevet de gouverneur Ju fori §aint David.
Anr«**»i M vtulf IllP de
Dowlah, dont l'ignorante et folle présomption égalait la férocité, venait de succéder à son aïeul Aliverdi-Khan comme soubadar ou vice-roi de cette vaste contrée. Il affectait le plus grand mépris pour les Européens, et en particulier pour les Anglais, faibles et isolés à Calcutta où ils accumulaient, disait-on, de grandes richesses. Tenté par une proie facile, il saisit leur comptoir de Cozimbazar, dans le port même de sa capitale, et marcha, avec une nombreuse armée, sur le fort William, unique défense de Calcutta. Cette ville n'avait alors, pour toute garnison, que deux cents Européens et mille soldais indigènes, et elle fut abandonnée de son gouverneur surajah DowUh et du chef militaire, qui l'un et l'autre prirent la fuite à rapproche de l'ennemi. Elle résista cependant ; mais, après une défense inutile de deux jours, il fallut se rendre : le soubadar vainqueur prit possession de sa conquête et n'y trouva qu'une faible partie des trésors qu'il avait espérés. C'est alors que fut commis un horrible attentat qu'on ne. peut rappeler sans frémir. ftfH»*rG*tfii. existait à Calcutta un donjon de dix-huit pieds carrés, r#r«nM ou l'air n'arrivait qu'à travers les barreaux d'une étroite vainqueur, fenêtre en quantité suffisante à peine, dans ce climat mo brûlant, pour quelques captifs. Ceux du soubadar étaient au nombre de cent quarante-six : ils furent poussés, à la pointe du sabre, dans cet affreux cachot, fameux encore dans les plus sombres fastes de l'Angleterre, sous le nom du Trou noir (Black hole) et on les y laissa durant la plus chaude nuit du solstice (21 juin 1796), en proie aux souffrances les plus atroces et au furieux délired'un étouffement prolongé. Le lendemain, quand la porte s'ouvrit, un petit nombre de malheureux furent retirés encore vj-
Allaquc et
vanls, tout le reste avait péri : cent vingt-trois cadavres jonchaient le sol, et le tyran retourna triomphant dans sa capitale, sans manifester ni pitié ni remords. Un cri d'horreur retentit dans toutes les possessions anglaises de l'Inde. Une expédition pour Calcutta fut résolue et Clive d'une voix unanime fut désigné pour la commander; mais à la fin de 1756, le résultat n'en était pas connu en Angleterre, où le bruit du désastre des établissements anglais à Calcutta était seul parvenu et ajouterait à la fermentation des esprits et aux difficultés du cabinet.
Dans ces graves circonstances, le ministère anglais déjà insuffisant et si faible, perdit encore le plus capable de ses membres : Fox se retira, fatigué autant qu'irrité des intrigues perpétuelles, des ruses et des perfidies de Newcastle; celui-ci fit, pour se maintenir, des efforts désespérés, il sollicita, il mendia successivement et sans l'obtenir le concours de tous les hommes en crédit, il Démiuioo fallut plier et Newcastle se démit enfin, suivi dans sa re-
du
duc de New cas i u- traite, du lord chancelier Hardewicke, du premier lord ,757 de l'Amirauté, Anson, et de sir George Lytllelon, chancelier de l'Echiquier.
Le successeur de Newcastle, après une vaine tentative de Fox pour former un cabinet, fut le duc de Devonshire, lord lieutenant d'Irlande, homme inoffensif et loyalement dévoué au pays et au roi. Le duc, ainsi que Fox l'avait iuutilement fait avant lui, demanda le concours du seul homme qui parût assez fort pour tenir le gouvernail durant l'orage, et Pitt enfin consentit à entrer comme secrétaire d'Etat dans l'administration nouvelle dont les principaux, entre les nouveaux membres, furent,
Ouverture
après le duc de Devonshire, lord Temple, beau-frère de Pitt et premier lord de l'Amirauté, Henri Legge, chancelier de l'Echiquier et le duc de Bedford, lord lieutenant d'Irlande. La présence de Pitt dans le gouvernement fut aussitôt révélée par une politique plus ferme qu'annonça George II dans son discours d'ouverture de du la nouvelle session parlementaire. Il dit que les troupes par,PmenU étrangères de Hanovre et de Hesse allaient être ren- 1757 voyées sur le continent, et que des mesures législatives seraient demandées pour la levée de forces suffisantes de terre et de mer et pour l'armement d une milice nationale. Bientôt en effet les troupes étrangères quittèrent le sol anglais : le parlement, sur la demande du ministre, vota les fonds nécessaires pour l'entretien de cinquante-cinq mille soldats et de quarante -cinq mille matelots, et une nombreuse milice fut organisée en armée. Pitt par un mouvement généreux et que l'événement justifia, appela les clans écossais, désarmés par l'administration précédente, à la défense de la commune patrie : il leur rendit des armes et en forma des régiments qu'il envoya sur le continent. Le gouvernement anglais transforma ainsi, par la confiance qu'il leur témoigna, les indociles montagnards en sujets fidèles et dévoués. Pitt alla plus loin encore dans son opposition au sentiment national et ne craignit pas de compromettre sa popularité en demandant au parlement deux cents mille livres sterling, pour la défense de Hanovre. Il ne montra pas moins de courage en plaidant auprès du roi une cause impopulaire, celle de l'infortuné Byng. Humiliée autant qu'irritée par la récente perte de Minorque, la nation presque tout entière demandait à ven-
ger cette disgrâce dans le sang du malheureux amiral à la conduite duquel elle l'attribuait, et de toutes parts un même cri s'élevait pour hâter son jugement et le proci* vouer à la mort. Le procès s'ouvrit avec l'année 1 757. Byng
de
l'imitai BynB. fut condamné, non pour fait de lâcheté ou de trahison; l756 mais par l'application rigoureuse d'un article de la loi martiale, qui frappait de mort tout officier qui par né* gligence, manquait à son devoir devant l'ennemi. Les juges, dans cette douloureuse circonstance, semblent avoir confondu le défaut de capacité avec l'absence de volonté suffisante, et après avoir rendu la sentence, ils signèrent à l'unanimité une demande en grâce. Les communes, à la demande de Pitt, s'associèrent à ce vœu et luttèrent avec lui contre le flot courroucé de l'opinion. Pitt et lord Temple enfin sollicitèrent, en faveur de Byng, la clémence du souverain », mais George II, comme tous les esprits étroits, était absolu : il pensait qu'un exemple rigoureux était nécessaire pour rafTeriuir la discipline et stimuler les généraux en les forçant d'opter, comme jadis chez les Carthaginois, entre la victoire et le supplice : il fut inflexible et l'exécution de la sentence fut ordonnée. Byng, prisonnier sur le Mnmrqut, dans la rade de Porlsmouth, avait montré une vive satisfaction lorsqu'il apprit que l'arrêt n'entachait point son honneur. Il demanda à être exécuté sur le lillac, mais s« mon. non au lieu désigné pour les criminels. Un fauteuil l'attendait : il y marcha d'un pas ferme et s'assit, refusant de s'agenouiller ou de se bander les yeux. On lui objecta
I. Le »tin<jueur de Mabon, le martlul de Richelieu lui-même, tollicilé par Voltaire, fit un imprudent effort pour taurer \'n\[orl%tU Byog. (Lacrctell'*, Ui$lvire de la France durant U XVlii* tiède.)
GEOB€£S II.
que ses regards pouvaient troubler les soldats; il mit le bandeau alors, disant : S'ils ont peur de moi je n'ai pas peur d eux : il donna le signal, et mourut. 11 tomba victime de l'interprétation sévère d'une loi trop rigoureuse, et dont le moindre inconvénient, après l'apaisement des passions qui s'en sont fait un instrument, est de transformer, aux yeux de la postérité, un clief souvent incapable ou médiocre en martyr ou en héros. Ce temps n'était pas encore venu pour Byng, sa mort ne calma pas l'irritation populaire, et les communes, pour répondre au vœu général, ordonnèrent une enquête sur la défense de Min on | ii i 1 .
Le ministère cependant élait mal affermi : une condition essentielle de durée lui manquait : il ne possédait pas la confiance de la couronne à laquelle il avait été imposé, et deux de ses principaux membres, William Pilt et son beau-frère, lord Temple, le dernier surtout, étaient l'objet de son antipathie. Pilt d'ailleurs, populaire au dehors, n'avait qu'une majorité incertaine, dans un parlement où Newcastl s'était fait de nombreuses créatures en multipliant ses intrigues, en prodiguant l'or, les places et les promesses.
Géné par Pitt et blessé par Temple dans sa dignité même, le roi fit proposer secrètement à Newcastle de le rapj»eler à la Trésorerie et à la tète de l'administration, il le trouva hésitant, partagé entre la soif du pouvoir et la crainte des périls de la situation. L'enquête surtout, touchant l'affaire de Minorque si mal conduite sous son ministère, le remplissait de terreur; et il exhorta le roi à différer la formation d'un nouveau cabinet jusqu'après le vote sur l'enquête et sur es subsides. Un incident ira-
prévu précipita la crise. Le duc de Cumberland, ennemi de Pilt, avait été nommé au commandement de l'année qui se réunissait en Hanovre. Il méconnut ou feignit d'oublier l'appui donné par Pitt aux mesures prises pour protéger cet électorat et refusa de s'y rendre en laissant derrière lui, dit-il, à la secrétaircrie d'Etat, un ministre anti-hanovrien, avec le pouvoir de contrôler ses actes. Ce de put refus de son fils décida le roi : il congédia Pitt et son ..rd Temple ^au-frère l°rd Temple que remplaça lord Winchelsea à la tête de l'Amirauté ; mais il ne se rencontra personne pour accepter la succession de Pitt. Celui-ci, aprè3 avoir repris sa place accoutumée dans les communes, tint une conduite plus prudente et plus modérée qu'on ne l'eût attendu de son caractère impétueux et vindicatif : il évita surtout de blesser le roi durant les débats relatifs à la perte de Minorque, en provoquant un vote de censure contre Newcastle : il adopta un moyen terme, appuyant une motion égalemenl éloignée de l'approbation et du blâme, et qui portait en substance qu'il n'avait pas été possible d'envoyer de plus grandes forces au secours de Minorque : cette motion fut votée par la majorité. Pitt adoucit ainsi le roi, sans rien perdre d'ailleurs de la liante position qu'il occupait déjà dans l'opinion et que sa récente disgrâce avait encore grandie. Mécontente des premières opérations de la guerre en Europe et en Amérique, la nation tout entière tournait de plus en plus ses regards vers Pitt, glorieusement désigné depuis lors comme le grqnd commoner *. De tous côtés lui arrivaient
i. Il faut entendre par ce mol, difficile a JéGuir «n fraocai*, tout la citoyen» qui n'éleut point pairs du royaume «ml tournis, tu toute choie, a la
loi commune.
des témoignages d'adm ira lion, de confiance et de sympathie : il y eut à sa chute une baisse sensible dans les fonds publics ; les villes principales Rath, Chester, Worcesteret beaucoup d'autres lui décernèrent le privilège de bourgeoisie dans leurs murs ; les corporations des bourgs et des cités lui envoyaient des tabatières d'or : Exeter se distingua en votant à Pitt, comme un emblème de la vertu, une boîte en cœur de chêne.
Déjà il avait acquis un tel ascendant qu'aucun ministère ne paraissait avoir sans lui aucune chance de durée, et Newcaslle sollicita de nouveau son concours : mais Pitt, confiant dans sa force, était résolu à ne rentrer dans le cabinet qu'avec le pouvoir nécessaire pour y faire prévaloir ses vues et sa politique hardie. Il se sentait trop grand pour n'être pas responsable des actes du cabinet, s'il en eût été membre, et c'est en maître qu'il y voulait rentrer. Newcastle, toujours avide d'une autorité dont il était incapable de bien user, recula devant les impérieuses exigences d'un si redoutable collègue et fui invité par le roi à s'adresser à Fox. Mais celui-ci avait perdu dans l'opinion tout le terrain que Pitt avait gagné, il n'inspirait plus ni confiance ni estime; il était généralement haï, et Newcastle eut peur de son impopularité : il se croyait capable et avait foi en lui-même : le danger de l'enquête était passé et les subsides étaient votés : il offrit donc au roi de diriger seul le gouvernement comme premier lord de la Trésorerie, en se donnant pour collègues des hommes d'une importance secondaire, et il se mita l'œuvre ; mais il rencontra des obstacles inattendus, et l'Angleterre demeura trois mois sans gouvernement complet et régulièrement constitué. La nécessité enfin