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Telles furent en effet les bases du pacte heureusemen conclu entre ces deux hommes d'Etal si dissemblables, par les soins des lords Bute et Chesterfield, et toutes les difficultés semblaient aplanies; mais cette fois l'obstacle vint du roi, qui n'avait pu vaincre encore à I égard de Pitt ni ses préventions, ni sa répugnance. George II rappela vivement à Newcastle l'offre qu'il lui avait faite de diriger seul l'administration, et le duc reculant devant ce fardeau, le roi eut recours à Fox et à lord Waldprave et les chargea de former un cabinet.
Le vieux duc vit alors en frémissant le pouvoir lui
Intrigue*
échapper encore une fois et résolut de ne point y renoncer de
. .. . , Newcastle.
sans combat : il eut recours, dans ce but, a ses armes habituelles, à l'intrigue et aux sourdes pratiques. Il savait que l'impopularité croissante de Fox enlevait à l'administration formée par lui toute chance de durée : il eut l'art de le persuader à quelques-uns des membres du cabinet avec l'assistance desquels Fox avait compté gouverner, et lorsqu'il espérait leur assentiment et leur concours, lord Holderness, secrétaire d'Etat, offrit sa démission et lord Waldgravc lit pressentir au roi plusieurs autres refus. Le roi soupçonna Newcastle de les avoir provoqués; il se répandit en plaintes amères contre lui et contre ceux qui aimeraient mieux être les humbles valets d'un vieil intrigant que les amis et les conseillers de leur prince 1 ; mais il se vit impuissant à former un cabinet selon ses vœux : Fox lui-même n'eut pas le courage de persévérer, et faute d'un chef éloquent en état
1. Le roi dît, eu déplorant la perle de »a liberté d'action, qu'il ne croyait poi »»«ir autour de lui tant de laquaii du duc de Ncwcaillc. (Hor. Walpole, Me- ^irmfihf reign of Ike khg George il, I. III, p. 30.)
de diriger les débats dans les communes, le roi comprit qu'aucune administration n'était possible. U se soumit à la nécessité, et appelant auprès de lui lord Hardwick srcund m,ni.ièreil ,e charged de 8'enlendre avec Pitt et Newcastle pour
NewctsiU. composer un cabinet. Tout fut facile alors. Newcastle pu» revint à la trésorerie, Henri Legge à la chancellerie,
,ecré..,red-ÉU..lord fc f^f^y , . lord Tem||,e eut le ^
4756 privé, Holderness retira sa démission et eut pour collègue, comme secrétaire d'Etat, William Pitt maître de la situation et disposant enfin d'un pouvoir presque sans limites pour la gloire de l'Angleterre et le malheur de la France 2.
Fiu du règne de George II. - Administration de William Pitt. - Suite delà guerre de Sept ans. — Conquêtes de l'Angleterre en Amérique et dam les 1 n. les.
L'histoire ne présente aucune époque plus glorieuse pour l'Angleterre que celle des quatre années de l'administration du premier Pitt. On vit alors avec quelle rapidité une nation passe quelquefois du sommeil et
1. Henri Fox fil lui-même partie de l'administration, et consentit, contraint par le besoin d'argent, a descendre de sa haute position pour accepter, sous son rival triomphant, le po>le bien inférieur, nuis très-lucratif, de payeurgénéral.
2. Je me suis étendu sur les préliminaires de cette importante solution, plu» peut -être que ne le comportaient les limites du livre : mais ce récit offre au lecteur un tableau Irës-curiem des intrigues et des nomhrem ressorts de la
politique intérieure ru Angleterre.
d'un honteux découragement à une activité merveilleuse et à des espérances sans bornes, et comment le génie d'un seul homme, aidé de la fortune, suffit pour démentir les profonds calculs des observateurs politiques et des hommes d'Etat. Les Anglais, en 1757, semblaient ne prévoir pour eux-mêmes que revers et désastres, et ils étaient à la veille d'atteindre à une prospérité inouïe et d'asseoir leur domination dans les deux hémisphères, des bords du Gange à ceux de TOrénoque !.
Le secret des grandes choses accomplies par William Pitt fut la ferme confiance qu'il avait en lui-même et dans les ressources de son pays : fort de cette conviction, stimulé par les aiguillons d'un caractère hautain et dominateur, il prit avec ses collègues un ton d'autorité qu'aucun ministre depuis Stafford ne prit jamais et pour tout dire, en un mot, il fut le seul ministre dirigeant pour les relations extérieures, pour l'armée et pour la marine
Les premiers résultats cependant ne répondirent nulle |»rt, ni à son attente ni à ses efforts. Ceux-ci furent tout
1. Deut hommes d'une grande intelligence cl d'un regard très-pénétrant, Horace Walpole et Inrd Ch^sterfleld, nous ont laissé dons leurs écrits un curieux témoignage de leurs tristes prévisions pour leur pays à cette époque. • L'Angleterre, dit le prrmier, n'a plus rien à faire que de couper ses cables et de voguer a la dérive vers quelque océan inconnu. • (Lettre à sir Horace Man, 3 feplcmbre 4757.) • Gouverne qui voudra, dil le second, nous sommes également perdus a l'intérieur et au dehors, ici par noire dette et nos dépenses toujours croissante*, Il par notre mauvaise chance habituelle el notre incapacité Nous oe sommes pas une nation. Jamais je n'ai vu plus en noir. •
(Lettre a II. d'Ayrolles, 4 juillet 4757.)
2. Tel était son despotisme dans le cabinet, que le premier lord de l'Amirauté, le célèbre Anson, fut contraint de lui céder sa correspondance et de sir,nrr. uns lea lire, les ordres donnés par Pilt d-tns le service de la marine. Lord Brougham, BiilvrUùl iketckft, tic. Lord Ckalan.
France.
d'abord immenses. Plusieurs armements furent préparés ré'uhli» * grands frais pour agir contre la côte de Bretagne et contre les possessions françaises en Afrique et en Amérique. Une expédition dirigée sur Rochefort prit la petite île d'Aix; mais la mésintelligence se mit entre ses deux chefs sir John Mordaunt et l'amiral Hawkes, et para lysa leurs efforts : un jeune officier, dont la carrière fut courte mais glorieuse, le lieutenant-colonel Wolfe, offrît en vain de débarquer et de marcher sur la ville avec quelques bataillons !, les généraux désunis n'osèrent rien entreprendre et l'expédition revint en Angleterre en abandonnant son insignifiante conquête.
En Amérique. En Amérique, le comte de Loudoun, gouverneur dis établissements anglais, ne fut pas plus heureux contre le marquis de Montcalm, général non moins vigilant qu'habile, et qui gardait le Bas-Canada pour la France. Loudoun avait reçu l'ordre de tenter une expédition contre Louisbourg, capitale du cap Breton, et il avait réuni pour cet objet une armée de douze mille hommes ; mais au moment de marcher il recula et ne put môme empêcher Montcalm de prendre et de démolir le fort de William Henri, construit sur la rive méridionale du lac George et destiné à couvrir le territoire de New-York. Pitt n'avait pas encore fait passer l'ardeur martiale dont il était dévoré, dans l'âme des officiers qui commandaient pour l'Angleterre, au sein de ces régions lointaines, et l'amiral Holbourne n'osa attaquer en vue de Louisbourg, la flotte française, qui à peine supérieure en nombre de voiles, portait cependant [dus de métal
I. C'était U, dit Che5tcrfield indigné, une locution noirelle, récemment in-
Mais c'est en Allemagne que les armes anglaises reçu- opération» rent cette année leur plus grand échec. Tandis que Fré- Allemagne, défie, après la glorieuse campagne de 1756, concentrait J7fc7 toutes ses forces pour achever d'écraser les Autrichiens, dans la campagne suivante, avant l'arrivée des Suédois et des Russes, une armée nombreuse formée presque tout entière de divers contingents des principautés allemandes, se réunissait en Westphalie, sous les ordres du «lue de Cumberland. Cette armée avait pour destination de couvrir la Hesse et le Hanovre en arrêtant l'armée française du maréchal d'Estrées, forte de quatre vingt mille hommes et qui déjà avait franchi le Rhin. Frédéric avait gagné sur le prince Charles de Lorraine et le maréchal Daun la sanglante bataille de Prague et bloqué cette ville ; mais ensuite, et après une lutte héroïque, il s'était fait battre par Daun sur les hauteurs de Kollin : il fuyait à son tour avec les débris de son armée et déjà l'armée du maréchal d'Estrées inondait la Prusse Rhénane, entrait dans Clèves, Wesel et Cologne et refoulait devant elle le duc de Cumberland, tandis qu'une seconde armée française de vingt-cinq mille hommes, sous le prince de Soubise, avait également passé le Rhin et se dirigeait vers la Saxe pour opérer sa jonction avec celle des cercles d'Allemagne commandée par le prince de Hildburghausen. Cumberland recula jusqu'au Wcscr et prit derrière ce fleuve line forte position retranchée, entre Hameln et le village d'Hastcnbeck. 11 y fut attaqué et battu le 2G juillet par le maréchal
irodnite dan» le vocabulaire marchand, et lout à fait inconnue a Blake {Lettre a mo Tilt, 30 septembre lW.)
4îU LIVRE VI. CHAPITRE IV.
virioire d'tslrées qui au moment même où il triomphait sur le
«les Fiançai»
à champ de bataille d'Hastenbeck était destitue par une Hasienbrtk. |n^rj^ue (je cour et remplacé dans son commandement
par le conquérant de Minorque, le vieux duc de Richelieu. Celui-ci chassa devant lui jusqu'à l'Elbe l'année capiiui.i.on de Cumherland dont la situation fut bientôt désespérée cw. r-scTcn. et le contraignit à capituler à Closter-Seven. Les Fran- |757 yais, par oetto capitulation, n'obtinrent pas tous les résultats qu'ils étaient en droit d'espérer1; mais ils restaient en possession de l'électoral de Hanovre, les troupes de Brunswick, de Hesse, de Saxe-Gotha et les autres auxiliaires du Hanovre devaient se retirer dans leurs pays résistifs et demeurer neutres jusqu'à la fin de la guerre.
La capitulation de Closter-Seven concentraitsur Frédéric les efforts de toutes les grandes puissances du continent : ce prince paraissait perdu et désespéra un moment de sa fortune. Tout à coup, sïnspirant de son danger même, il se dérobe par de savantes manœuvres au maréchal Daun et marche, avec vingt-deux mille vétérans, à la rencontre de l'armée franco-allemande, commandée en chef par l'incapable Hildburghauscn et sous lui par Soubise. Frédéric franchit la Saalc près de Mersebourg, et s'arrête à Hosbach dans une forte position, près des champs fameux de Lutzen. Là, le 3 novembre, les confédérés, confiants dans leur nombre supérieur, tentent de l'envelopper et de forcer son camp, mais Frédéric déjoue leurs
1. « La convention de Closter-Seven est inexplicable, dit Napoléon. Le duc de Cumbcrland élait perdu; il était obligé de mettre bas les armes et de se rendre prisonnier : il n'était donc possible d'admettre d'autre capitulation que celle-là. [Memoiru diclét à Sainte-Bel >' par Napoléon; précis des guerre* de Frédéric II ; dtuxicmt campagne de 1757 ; 8e obtervation. • )
(ÎEORGES II
manœuvres, il change de front à l'insu de l'ennemi dont victoires il laisse approcher les colonnes, et lorsque les Français VaiS*" et les impériaux arrivent à portée de canon, les tentes de ^ Jl Frédéric s'abaissent, et l'armée prussienne apparaît entre deux collines d'où part un feu meurtrier. Les assaillants sont frappés de stupeur el les troupes des cercles s'enfuient sans combattre; leur exemple entraîne l'infanterie française, qui se retire en désordre devant six bataillons prussiens, laissant derrière elle trois mille morts el six mille prisonniers. Frédéric vainqueur ne se fait pas illusion : il ne voit dans sa victoire inespérée qu'une halte dans un extrême péril. Les armées autrichiennes débordaient dans la Silésie; la capitale, Breslau, la principale place forte, Schwednitz, étaient en leur pouvoir, une de leurs colonnes avait passé jusque dans le Brandebourg et mis Berlin à contribution : l'hiver enfin était venu, mais Frédéric ne prend aucun repos jusqu'à ce qu'il ait recou\ré la Silésie : il s'avance à marches forcées de la Saale jusqu'à l'Oder et remporte, le 5 décembre, sur le prince Charles de Lorraine et sur Daun la sanglante et mémorable victoire de Leulhen ou de Lissa !, dont les résultats furent l'évacuation de la Silésie par les Autrichiens, le blocus de Schwednitz et la prise de Breslau.
Cette campagne de 1757 eut un immense retentissement en Angleterre, où Gumberland revint disgracié pour mourir bientôt après dans l'oubli : mais les victoires de Frédéric y excitèrent au plus haut point
I. « Celte bataille est un cbef-<!'oeuvre de mouvement*, de manœuvre et <lc résolution : seule elle suffirait pour immortaliser Frédéric et lui douner ranft psrmi les plus grands généraux. • (Napoléon, ut mprà, 10* observation.)
l'enthousiasme et remplirent les cœurs anglais d'une émulation ardente et belliqueuse. Pitt en profita pour l'exécution de ses vastes desseins : il fil rompre la capitulation de Closter-Seven, dont le cabinet de Versailles refusait aussi de confirmer plusieurs clauses, trop favorables aux vaincus. Il fit comprendre au parlement cl à la nation l'utilité de soutenir énergiquement le roi de Prusse dans sa lutte avec les puissances continentales, afin d'occuper et de partager les forces de la France, tandis que les armées et les flottes anglaises ravageraient ses côtes et menaceraient ses possessions lointaines dans les deux mondes. Entraîné par l'énergie du ministre et par L'enthousiasme national, le parlement vota pour le roi de Prusse un nouveau subside de 700,000 livres sterling. Frédéric prit alors à sa solde l'armée dissoute à Closter- Seven, et lui donna pour chef le prince Ferdinand de Brunswick qui justifia sa confiance.
Autant les armes de l'Angleterre furent malheureuses dans le cours de cette année (1757), en Europe; autant elles acquirent de lustre avec Clive, dans les Indes. Clive, on l'a vu, avait été désigné par le conseil de la présidence de Madras, pour chef de l'expédition destinée à reprendre Calcutta et à venger les horreurs commises sur ses compatriotes dans cette résidence. Il eut pour associé dans cette importante mission l'amiral Watson, déjà célèbre par de glorieux services. Le corps expéditionnaire mis sous ses ordres consistait en deux mille deux cents hommes seulement dont neuf cents Anglais et le reste indigent; : il s'embarqua sur l'escadre de Watson, et, vers la fin de décembre 1 756, il parut devant Calcutta. Surajah Dowlah n'y avait laissé qu'une faible garnison :
celle-ci, après de vaines démonstrations de défense et quelques décharges d'artillerie, abandonna la place qui fut ainsi reprise presque sans combat par les Anglais. Clive et Watson, maîtres de Calcutta, remontèrent le fleuve Hooghly jusqu'à la ville du même nom, ils la prirent et la livrèrent au pillage. Le soubadar sortit alors (ie sa capitale avec une grosse armée, marcha de nouveau sur Calcutta et s'arrêta à peu de distance de la ville. Clive accourut, et par une nuit sombre, il pénètre à l'improviste dans le camp ennemi où il fait un grand carnage. Passant alors, avec la mobilité d'un Asiatique, d'an mépris insensé à une crainte excessive, Surajah Dowlah négocie et demande à traiter La guerre venait d'éclater entre la France et l'Angleterre : la première avait vu s'évanouir le fruit espéré de ses immenses sacrifices dans l'Inde, et la honteuse concession qu'elle avait faite pour le maintien de la paix n'avait été qu'un puissant aiguillon pour l'ambition de sa rivale. Les Français avaient perdu en Orient, tous leurs avantages et leur prépondérance, mais ils étaient encore redoutables et il importait aux Anglais de s'assurer contre eux l'appui des indigènes. Us oublièrent le crime exécrable commis à Calcutta, les horreurs du Black Ilole et leur vengeance, et conclurent, avec l'odieux tyran qu'ils avaient résolu de punir, un pacte d'alliance offensive et défensive 2.
Le moment était propice pour l'attaque des établisse-
I. Il refoulait aussi une prochaine invasion .les Afghans, qui lavageaienl a!ort l'empire Mogul el s'étaient empiré! de Delhi. (J. Util. Hislory of Brilisb lojta, I. IV, c. 3.)