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partout sa puissance devant celle de son heureuse ri vale, n'étaient pas moins satisfaisantes pour l'Angleterre : toute la nation était dans l'ivresse et l'année t7»9 s'acheva pour elle au milieu des triomphes.
Pitt, à l'ouverture du parlement, se >it porté à ce faite au-dessus duquel l'ambition humaine n'a plus rien à pré* tendre. Il était considéré par ses concitoyens et par l'étranger comme le principal auteur de la fortune et de la gloire de son peuple Le parlement fut encore una* nime pour mettre dans ses mains tous les trésors de la patrie dont il faisait pour elle un si noble usage. Ce n'étaientpas des lauriers stériles qu'il avait conquis, c'étaient aussi de nouveaux et immenses débouchés pour le commerce anglais dans les deux mondes. Ce glorieux résultat fut constaté sur le monument que les citoyens de Londres ont élevé à Pitt, à Guild-Hall , el où on lit que sous son administration le commerce anglais fleurit en même temps que la (juerre et par la guerre .
L'année 1760 compléta les malheurs de la France. La campagne s'ouvrit par une tentative hardie du chef d'escadre Thurot qui, parti de Dunkerque Tannée précédente, avec cinq vaisseaux échappés à la surveillance de la flotte anglaise, avait été jeté par les vents sur la cote de Norwége. De là, lidele aux instructions qu'il avait reçues, il se dirigea sur l'Irlande, où une descente des Français avait été projetée, et dont la population in-
1. m L'Angleterre, dit le roi de Prune, a été longtemps en travail, el ellct eu beaucoup de peine a produire au jour M. Fill ; mais enfin rlle a eu f* nie 15
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digirne était maintenue par une législation oppressive Expédition dans un état d'hostilité permanente. Informé de la clé- d" £££ eo faite de la flotte française à Quiberon, et n'ayant luimême aucun espoir d'être secouru, il voulut du moins venger son pays par un coup d'éclat, et paraissant avec twh frégates devant Oarrick-Fergus, il débarqua, marcha sur la ville avec six cents hommes et remporta d'assaut. Il se retira devant des forces supérieures, et fut attaqué, en vue du rivage, par une division anglaise. Thurot lutta héroïquement jusqu'à la dernière extrémité : il fut tué enfin sur son bâtiment prêt à sombrer : s» won. ses frégates touchèrent sur des écueils, elles furent prises el leur capture ajouta aux trophées de l'Angleterre.
Les Français ne succombaient pas sans gloire dans cette guerre désastreuse, mais le faible gouvernement de Lonis XV, malgré les louables efforts de M. de Choiseul, secondait mal leur héroïque valeur. Les derniers coups lurent portés celte année à leur puissance dans le Canada, que défendait toujours Vaudreu il à Montréal, et où les Anglais n'avaient encore à Québec que des forces insuffisantes. Vaudreuil tenta de recouvrer cette ville, et envoya, dans ce but, une flottille avec cinq mille hommes de troupes sous les ordres du chevalier de Levis, à l'époque de l'année où, libre dans son cours supérieur, le Saint-Laurent était encore fermé à son embouchure par les glaces. Le gouverneur Murray occupait alors Québec avec trois mille hommes. A l'approche des Français qui, débarqués sur la rive gauche à une grande distance de la ville, s'avançaient, comme Wolfe, par te plateau d'Abraham, Murray sortit à leur rencontre avec sa garnison, engagea le combat, fut
Attaque battu, perdit mille hommes et rentra dans la place que
•t liège .le ' ' ,
Québec les Français investirent. Mais la terre, encore couverte parimFnnç*»^ nejge> était durcie par la gelée, les travaux du siège 1760. avançaient avec lenteur, et avant qu'ils fussent terminés les glaces étaient déjà fondues à l'embouchure du Saint- Laurent. Si une force navale française se fut alors montrée, Québec capitulaitet le Canada demeurait à la France: mais elle ne parut pas et déjà une escadre anglaise sous lord Colville, remontait le fleuve : elle entra dans le port : il fallut lever le siège : la flottille française fut dispersée ou détruite, et le chevalier de Levis regagna Mont réal en abandonnant à l'ennemi son artillerie, ses muni tions et ses bagages.
Le marquis de Vaudreuil vit alors, converger vers cette place à peine fortifiée, trois armées anglaises, l'une venant de Québec, une autre de Crown-Point, et la troisième d'Oswégo sur le lac Ontario. Celle-ci, forte de dix mille hommes, marchait sous le gouverneur général Amherst, dont les ordres furent si bien exécutés que, dans les premiers jours de septembre, les trois corps anglais, partis de points si différents, prirent terre presque ensemble dans l'île de Montréal et investirent la ville. En présence de forces si nombreuses, la valeur devenait upituUtioa impitigKjjte, toute résistance était vaine et Vaudreuil ob- Montréal tint une capitulation honorable. Cependant le gouvernement français avait fait un effort, et une flottille portant des secours de toute sorte sous la protection de plusieurs Le frégates avait reçu l'ordre de gagner Montréal. Elle arcnade tnUu riva lrop à ien^e fa Saint-Laurent : poursuivie par
France. ia flotte anglaise, elle fut attaquée et détruite dans la baie des Chaleurs, et le Canada fut perdu sans retour pour
la France, qui ne conserva, de toutes ses possessions dans l'Amérique septentrionale, que les établissements de la Louisiane à l'entrée du Mississipi.
Les Anglais ne virent plus devant eux dans toute la région du Saint-Laurent et des grands lacs, d'autres ennemis que les Indiens Chérokois dont Montcalm s'était fait d'utiles auxiliaires et qui avaient combattu pour les Français avec toute la férocité habituelle à leur race. Le moment de les châtier était venu : les Anglais dirigèrent contre leurs tribus plusieurs expéditions successives : ils y portèrent le feu et les tlammes et parurent vouloir rivaliser avec leurs sauvages ennemis en actes barbares et exterminateurs.
L'Europe centrale comme l'Amérique et l'extrémité sud de l'Asie étaient alors inondés de sang : mais là en Allemagne, entre le Rhin et l'Oder, théâtre de cette lutte affreuse, les combats, les ravages se succédaient presque sans relâche et sans autre résultat positif qu'un surcroît de férocité dans le caractère des armées et de leurs chefs, et qu'un immense accroissement de misère au sein des populations décimées. Frédéric, en 1760, dans sa cin- ^ïïjjjj1/ quième campagne, menacé par cinq armées, par les Suédois dans la Poméranie, par les Autrichiens partagés en trois grands corps sous Daun, Laudon et Lacy, et par les Russes sous Totleben, redoubla d'activité pour échapper à tant de périls, et multiplia ses manœuvres habiles autant que hardies II vit Berlin, sa capitale, au victoire*
de
pouvoir des Russes, il tenta vainement de recouvrer Frédéric 11 Dresde qu'il bombarda sans pitié; mais il battit Lau- Leigniu don à Leignitz et Daun à Torgau où trente-sept mille k tm^u hommes demeurèrent sur le champ de bataille. La prê-
ta
AUouiagtif.
4ÎJ4 uvre VI. OUHIU IV.
mièrc de ces victoires affranchit la Silésic e4 força les Russes à évacuer Berlin , la seconde chassa les Autrichiens de la Saxe, où Dresde seulement, comme l'année précédente, demeura en leur pouvoir.
'Frédéric soutenait ainsi avec ses propres forces le plus grand poidsde cette guerre terrible, tandis que Ferdinand de Brunswick, avec les Hanovriens, et leurs auxiliaires allemands et anglais, contenait encore le maréchal de Broglie entre le Rhin et le Mein dans la Wcstphalie. Il n'y eut dans cette campagne, entre ces armées, aucune action décisive ; elle fut cej>endant glorieuse pour la France : Broglie battit l'ennemi à Gorbach près de Cassel, mais fut ensuite battu lui-même à Wartbourg : il prit néanmoins possession de Gassel et de Goltingue : puis, ayant appris qu'une partie de l'armée ennemie commandée par LrsFna- je prjnce héréditaire de Brunswick avait passé le Rhin
il vainqueur* * "
■ coréen pour assiéger Wesel, Broglie fit marcher vingt-cinq mille ctoitecmp hommes au secours de cette place, sous le marquis dt Castries qui s'établit dans une forte position à Closlercamp, sur la rive môme du fleuve. Le prince héréditaire, dans la nuit du 16 octobre, espéra l'y surprendre : ihtoucuicih un dévouement sublime déjoua son projet. Le chevalier * d'Assas, capitaine au régiment d'Auvergne , envoyé jHîndant la nuit à la découverte, est surpris, à une portée de voix de son camp, par les Hanovrieus : vingt baïonnettes sont sur sa poitrine, s'il parle il est mort : « A moi, Auvergne! s'écrie-t-il, c'est l'ennemi. » U tombe aussitôt |>ercé de coups, mais le camp français n'est pas surpris, les Hanovriens sont repoussés avec une perte de douze cents hommes; ils lèvent le siège de Wesel et refassent le Rhin Ce combat fut en Europe le dernier
événement mémorable de cette, année, ou la France comme on l'a vu, perdit le Canada, et où les derniers coups furent portés à sa puissance dans les Indes Orientales.
Tandis que Clive jetait dans le Bengale les fondements de la puissance de l'Angleterre, la France envoyait dans le Deccan, pour y conserver ses établissements, l'homme le plus propre à en achever la ruine, le comte de Lally, Irlandais d'origine lieutenant-général des armées du nommé (jôuterroi et désigné par le vœu même de la compagnie des de| "JJJ^. Indes au choix du gouvernement. Lally était brave, în- •»aM* ri»»çai»c»
lions
(eUigent, actif et s'était personnellement distingué, dans i.» i»de». la guerre de la succession d'Autriche, aux journées de Detlingen et de Fontenoy : mais il compromettait ces brillants avantages par de grands défauts, dangereux surtout dans l'exercice d'un commandement lointain sans surveillance et sans contrôle : il était dédaigneux, violent, rempli de présomption et tout à fait ignorant des ressources et des mœurs des contrées mêmes qu'il était appelé à gouverner. 11 montrait le plus grand mépris pour la politique de ses prédécesseurs et repoussait toute alliance avec les princes indigènes; il saurait enfin, disait-il, purger le pays des intrigants de toute sorte et des spéculateurs qui, en compromettant la compagnie et en abusant de son nom, étaient le plus grand obstacle à ses progrès.
Nommé gouverneur-général de l'Inde française avec des pouvoirs illimités, Lally s'embarqua avec quinze
I. Il était originaire de Tullif-Datt, nom «|ui fui modifié en celui de
cents hommes sur l'escadre du comte d'Acné, et jeta l'ancre, à la fin d'avril 1758, dans la rade de Pondichéry. L'amiral Pockoke commandait l'escadre anglaise dans ces parages; il livra sur-le-champ deux combats peu décisifs au comte d'Aché, qui après avoir soutenu dignement l'honneur de son pavillon, fit voile pour l'Ile-de-France. Lally à peine débarqué fit pressentir tous les malheurs de son gouvernement. Sa violence naturelle, sa bouillante impétuosité semblaient accrues encore sous l'action du conduite Dri|lant climat de l'Inde, et quelques-uns de ses actes
"••^e^B^ parurent tout d'abord marqués d'insanité. Le jour même de son arrivée, il voulut marcher sur le fort Saint-David sans donner un repos nécessaire à ses troupes : il tit à la France d'innombrables ennemis parmi les indigènes en heurtant brutalement leurs croyances traditionnelles et leurs plus indestructibles préjugés : il les assujettit pêlemêle aux plus rudes travaux sans distinction de culte ou de castes, attachant au même joug le brahme et le paria 1 ; il viola leurs pagodes sacrées, renversant et mutilant les images de leurs dieux 2. Ses procédés avec ses propres officiers n'étaient ni plus sensés ni inoins violents : il débuta cependant par des succès : il emporta le
Premier» »uc<*. fort Saint-David et quelques autres places, entre autres
t. Dans les Indes, dit l'historien Orme, les plus basse» classes ont elles-mêmes leurs distinctions, de telle sorte que le coolie qui porte un fardrou sur la tête ne le porte pas sur l'épaule. Des distinctions semblables existent dans l'ar méc : le cavalier refuserait de couper l'herbe qui nourrit son cheval cl maintenant encore le cipaye ne creuserait pas la tranchée qui doit le mettre a couvert du canon de l\ nuemi.
2. La consternation causée par un tel acte fut plus grande parmi les I«dous, que si Lally eût mis le feu a leurs villes «I en eût massacré leurs bal»ilauts. — Mill, ut rupra
la capitale delà province, Arcote, brillant théâtre des ex- g. ploits de Clive. Exalté par ces premiers sourires de la «>« ^dra» fortune, il voulut prendre Madras et vint l'assiéger. |7»9. Mais dans son impatience d'expulser les Anglais du Carnalic, il ruina l'influence et l'autorité de la France dans le Dcccan en appelant près de lui le fameux Bussy, le conseiller, le visir et l'ami du soubadar Salabut, et le dernier des trois hommes illustres que la fortune avait donnés dans les Indes à la France. Bussy obéit et quitta Salabut. Celui-ci se sentait incapable de se défendre contre ses belliqueux voisins sans l'assistance des étrangers. Abandonné par les Français, il se jeta dans les bras de leurs rivaux et signa un traité avec l'Angleterre. Bussy, dont la présence dans le Deccan valait une année, et dont Lally dédaigna l'expérience et les conseils, fut de peu de secours aux Français dans le Carnatic et acheva ainsi dans l'impuissance et l'obscurité sa glorieuse carrière.
Lally échoua devant Madras : il l'assiégeait avec toutes ses forces depuis deux mois lorsque l'amiral Pockoke en- ,750, tra dans la rade, amenant un renfort considérable aux Anglais. Lally craignit d'être enveloppé ; il leva promptement le siège et revint à Pondichéry, abandonnant sous les murs de Madras ses blessés, ses malades et cinquantedeux pièces d'artillerie. Quelques mois plus tard le comte OimUu d'Aché reparut avec des forces imposantes sur la côte du Coromandel : il rencontra l'amiral anglais le 2 septembre 1759 et combattit de nouveau vaillamment. Les Anglais obtinrent la victoire; mais cette fois encore sans aucun résultat sérieux, et d'Aché après avoir jeté dans Pondichéry quelques secours en hommes et en argent, ramena son escadre dans les îles françaises.