‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculésChapitre 80 sur 145 · I7CI · texte numérisé non relu

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BteetioM gén«- quelles, pour cette cause, la corruption se montra plus générale et plus effrontée peut-être qu'à aucune époque précédente. Rien ne troubla ensuite durant quelques mois le calme intérieur du royaume, où les seuls événements d'un intérêt général furent le mariage du roi et son couronnemenl. George III demanda la main de la princesse Charlotte, sœur du duc de Mecklembourg-Slrélitz, femme beaucoup moins remarquable par les dons extérieurs que par la beauté morale d'une âme pure, pieuse et charitable 1 : le roi l'épousa le 8 septembre 1761, et, peu de jours après, les deux époux qui devaient rester unis cinquante-sept ans sur le trône, furent couronnés en grande pompe aux acclamations d une foule immense *.

Tandis que l'Angleterre était encore préoccupée toul entière des fêtes et des espérances, préludes ordinaires d'un nouveau règne, une guerre sanglante continuait à sévir dans l'Europe continentale. La Prusse était épuisée: Frédéric, pressé dans la Silésie par les Autrichiens sous Laudon et par les Busses sous Butterling, s efforçait de tenir tête, avec cinquante mille hommes seulement, à deux armées chacune plus nombreuse que la sienne.

Siiième campagne en

Allemagne.

1. Aucune femme ne contribua autant qu'elle au progrès de* bonne* mœurs en Angleterre. Une det dame* de ta suite, naus a laissé ce détail, plein

d'intérêt, sur une matinée du dimanche de la reïtV Ce matin, dit-elle,

avant l'heure de l'église, comme j'mlraii dans le cabinet de toilette de sa nuje«ié, je la trouvai lisant un livre de piété aui trois aluées des jeunes priaces»es. Je ne me bâtai point dam mon service, heureuse que j'étais de contempler a lo.sir le soin pieui et maternel que incitait la reine a faire ressortir par la force et l'expression da sa voit chaque parole de laquelle sas filles pouvaient tirer un enseignement moral. M— d'Arblay, Journal.

2. Le bruit courut et s'accrédita que le prétendant Charles-Edouard avait assisté sous un déguisement a Cette ctréuwiiia pour lui si poignante.

Il ne livra aucune bataille dans la campagne de 1761 et se tint sur la défensive à peu de distance de sa forte ville de Schweidnitz; mais Laudon, par un audacieux coup de main, emporta cette place fameuse, boulevard de la Silésie : les Russes enlevèrent presque en même temps au roi de Prusse celle de Colberg dont la prise leur permit d'hiverner en Poméranie; tandis que la chute de Schweidnitz laissait en Silésie le champ libre aux Autrichiens qui, pour la première fois depuis le début de la guerre prirent leurs quartiers d'hiver dans cette province. Frédéric prit les siens à Breslaw, il semblait aux abois Cependant il ne parut pas abattu et fit voir, dans une si grande extrémité, ce trait caractéristique des âmes fortes, cette qualité supérieure au génie même, une conslance inébranlable et intrépide sous la pression d'une ruine imminente 2.

La fortune était mieux balancée sur le Mein, dans le Hanovre et dans la Hesse, où Ferdinand de Brunswick luttait avec les forces hanovriennes et anglaises contre cent -vingt mille Français partagés en deux armées sous de Broglie et Soubise. Celles-ci, après quelques heureux exploits du maréchal de Broglie, opérèrent leur jonction vers le milieu de l'année, près de Teutenburg, tandis que Brunswick occupait derrière la Lippe les champs si fameux dans l'histoire par la défaite des légions de Varus. La mésintelligence entre les deux maréchaux fut fatale aux Français : leurs mouvements fu-

1 . Il écr'ml au général Zeslrow, gouterneur de Scbweidniu api es li prise de celle place : • Voici le moment pour nous de dire comme François I" après Pavic : Tout e$t perdu fort Vkonmur. •

2. On voit par les correspondances du temps que la situation à laquelle le r..i de Pi ua»e élail réduil semblait dé»csperé*.

rent mal concertés : de Broglie attaqua seul L'ennemi, le .3 juillet, prèsdeFillingshauzen, et fut repoussé : Sou bise, le lendemain, marcha trop tard pour le soutenir et la victoire leur fut ravie. Cet échec fut suivi de la dis grâce de de Broglie : il fut destitué et remplacé par d'Estrées1.

La France eut cette année encore une autre disgrâce à subir. Belle-Isle, rocher stérile en face des côtes de la Bretagne, fut attaquée par neuf mille Anglais et prise après une résistance courageuse et prolongée du commandant français, le chevalier de Sainte-Croix. Pitt avait ordonné cette conquête humiliante pour la France, avec la pensée de lui en offrir plus tard la restitution en échange de Minorque. Déjà des négociations pour la paix étaient ouvertes entre les deux cours, et vivement suivies par le brillant duc de Choiseul qui dirigeait alors les conseils de la France; mais il rencontrait, dans son grand adversaire William Pitt, des prétentions excessives et absolues. ^ ( Le secours longtemps vainement espéré que la France

roi d'E$p»gnt. reçut alors de l'Espagne prolongea les hostilités. Charles III avait succédé à sou père Ferdinand IV sur le trône d'Espagne (1759). Il y apporta des vues intelligentes avec un grand désir du bien, et, par une administration vigî-

1. Soutme «1 de Itroglie te dénoncèrent el »'occusèr ni réciproqucmfi«i • Vmaillet où M"" de Pompadour éfail encore loulc-puittante. Soubiaa l'adulait et gagna ta came; mail le public avait déjà prit l'habitude de catter In jugements de la cour. On jouait Tancrède àu Théâtre- Français le jour où l'on apprit la dWgràce du maréchal de Broglie : le public lui fit l'application àt cea deux rera :

On dépouille T«nerè<!c, on l'ctile, on l'outrage. CVat 1« toit d'an horoi d'être pmécntl.

el ils Turent applaudit atec Irausporl. — Lacrelelle, Histoire de Fra»<* «» XVIII» siècle.

d'Espagne.

lanle autant qu'éclairée, il répara beaucoup de ruines et fit de nombreuses améliorations dans son royaume. Mais il i'enlraîna aussi dans une voie funeste en cédant aux sollicitations de la France par faiblesse pour son sang et aussi par d'anciens ressentiments contre les Anglais, Nouveau pacte et le 15 août 1761, il signa secrètement un nouveau pacte c»ue de famille. Ce traité stipulait une alliance mutuelle entre ^tTr^îT les diverses branches de la maison de Bourbon, déclarant ennemi de toutes quiconque, à l'avenir, le serait de l'une d'entre elles. Il était fait en vue des guerres qui éclatèrent dans la suite; il fut cependant, quant à l'Espagne, déclaré applicable à la guerre actuelle entre la France et l'Angleterre, dans le cas où celle-ci ne serait point terminée au 1" mai de Tannée suivante (1762).

Pitt obtint par ses agents communication du pacte de famille avant qu'il n'eût été rendu public, et il ne voulut pas attendre pour attaquer l'Espagne que celle-ci eût ouvertement déclaré son hostilité. Il insista dans le cabinet pour frapper sur-le-champ les premiers coups : le moment, dit -il, était opportun : l'Espagne attendait du Nouveau-Monde ses galions chargés d'or : elle comptait sur ces ressources pour la guerre et il importait de les lui enlever. Mais Pitt rencontra une vive opposition dans le conseil, où Newcastle ainsi que lord Bute inclinaient à la paix, et se voyant impuissant à y faire prévaloir son avis, il o il rit sa démission que le roi accepta : son beaufrère lord Temple suivit son exemple et sortit avec lui du cabinet *.

Démissions de Pili et de lord Temple.

I . Uni Bute fut alors con-idéré comme premier ministre sans en aroir encore le titre.

Telle fut la fin du premier ministère de ce grand homme qui réussit, à force de succès, à réduire au silence l'esprit de parti, l'envie et la haine, et à remplir, pour un temps, la nation tout entière des fécondes ardeurs du patriotisme et d'un puissant esprit public. Il eut l'ambition d'un véritable homme d'Etat et ne voulut conserver le pouvoir qu'avec les moyens de l'exercer, selon ses vues, pour l'intérêt national : il donna enfin l'exemple d'une intégrité à toute épreuve et sortit sans s'être enrichi, d'un poste où il avait tenu dans ses mains tous les trésors de l'Etat Le roi lui donna une pension de cinq mille livres sterling et une pairie pour sa femme avec le titre de baronne de Cliatham. Pitt ne voulut point recevoir pour lui-même cet honneur qui l'eut enlevé à la chambre des communes, théâtre véritable de sa force et de sa puis sance. Il continua d'y siéger, qualifié glorieusement de grand comwoner par l'admiration publique, et il y apporta quelque temps dans son langage, après sa retraite, une parfaite convenance de langage et une modération qui ne lui était pas habituelle.

Les événements lui donuèrent bientôt raison : l'Espagne dissimula jusqu'après l'entrée de ses riches galions dans ses ports : elle prit ensuite un ton hautain et menaçant qui ne laissa plus aucun doute sur ses intentions hostiles et la guerre fut déclarée à cette puissance. Celle-

Ouerre .

«vec l'EipiRii*. ci n'ayant pu contraindre le gouvernement portugais a l7CI faire cause commune avec elle contre l'Angleterre, une armée espagnole envahit le Portugal et marcha sur Lis-

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