partie de U guerre d'Amérique
Tous les liens n'étaient pas encore rompus entre l'Amérique et la mère patrie; mais l'animosité grandissait des deux parts et tout semblait se préparer pour la guerre, qu'on peut considérer comme la plus importante des temps modernes, moins sans doute dans ses résultats par rapport à l'Angleterre elle-même,
(«EORGES III.
que relativement aux destinées générales de l'humanité.
Les Américains n'avaient vu, dans les clauses du bill de lord Norlli relatives à l'importation dans leurs colonies, des thés de la Compagnie des Indes, qu'une voie détournée pour prélever sur eux de nouvelles taxes : des résolutions violentes furent prises pour se soustraire aux conséquences de ces mesures entachées, à leurs yeux, de tyrannie, et dans le courant de décembre 1773 elles portèrent le peuple de Boston à des excès coupables. Trois bâtiments chargés de thé appartenant à la Compagnie des Indes, étant entrés dans le port, furent assaillis et pillés : une multitude d'hommes déguisés et masqués firent irruption dans ces bâtiments : les caisses de thé furent défoncées ou jetées à la mer, et les valeurs ainsi détruites représentaient, dit-on, la somme énorme de dix-huit mille livres sterling. Cet attentat demeura impuni et le cabinet anglais en conçut un profond ressentiment. Il présenta aussitôt et fit adopter par les deux chambres du parlement trois bills, dont le premier enlevait à Boston les privilèges de son port pour les transférer à Salem, petit |>ort du voisinage : le second retirait sa charte à la colonie de Massachussett, le troisième enfin accordait pour trois ans, au gouverneur de la colonie, le droit de faire traduire en jugement, à sa volonté, en quelque lieu que ce fût du territoire américain ou même dans la Grande-Bretagne, toute personne compromise dans les derniers troubles. Ces mesures rigoureuses eussent paru suffisamment justifiées par les circonstances, si elles eussent été précédées d'une sommation régulière, à l'effet d'obtenir la réparation de l'otfense et du dommage commis, ainsi que du refus d'y obtempérer; mais
Violences commîtes a
Boston.
CâWscs
Ihé jel<*e* à
la mer.
Mesures rigoureuse!
el
précipitées
prises contre les colon».
la précipitation impolitique avec laquelle ces trois bills furent votés et mis à exécution, leur donna le caractère d'une œuvre de colère et de vengeance : ils enflammèrent davantage les esprits et rendirent l'union plus étroite pour la résistance entre les diverses colonies, chacune d'elles se sentaut menacée, dans un avenir prochain, par les deux derniers bills, qui enlevaient au Massachussett ses plus précieux privilèges. Un congrès fut alors convoqué à Philadelphie pour aviser aux circonstances, et toutes les colonies, à l'exception d'une seule, de la Géorgie, y envoyèrent leurs délégués (t"74j. L'esprit de conciliation l'emporta sur les passions vio- Premier lentes dans cette assemblée, et les ressentiments furent h refoulés au fond des cœurs par la juste appréhension iidtiphif. responsabilité redoutable pour ceux qui les pre-
1771 miers, pousseraient le peuple américain à des actes après lesquels il n'y a de recours possible qu a répée, et de solution que dans le sang. Les décisions de ce premier congrès furent prises à l'unanimité et non moins dignes et fermes que sobres et modérées. Ses membres signèrent une habile déclaration de droits, réclamant pour eux-mêmes ces libertés qui sont le partage de tous les Anglais, et dont ils signalaient la violation dans les derniers actes du parlement britannique. La révocation de ces actes, dirent-ils, était nécessaire avant que le rétablissement de l'harmonie entre l'Angleterre et ses colonies fut possible, et pour atteindre ce but Héioiutiom toule importation de la Grande-Bretagne et de l'Irlande du fut prohibée aux Etals-Unis après le premier décembre,
coogrèi.
ainsi que toute exportation dans ces mêmes contrées après le dix septembre de Tannée suivante Une
tion fut formée pour surveiller l'exécution de ces mesures avec l'assentiment et la coopération de tous les membres présents : cette association grandit et devint générale aussitôt qu'elle fut connue dans les douze colonies. L'assemblée de Philadelphie se sépara en octobre et la convocation d'un nouveau congrès fut indiquée pour le mois de mai suivant.
L'esprit d'insurrection fermentait dans toutes les colonies de la Nouvelle-Angleterre et en particulier dans le Massachussett, où une assemblée provinciale se réunit de sa propre autorité à Concord et nomma dans son sein un comité de sûreté générale chargé de prendre toutes les mesures réclamées par les circonstances. Ce comité ordonna des approvisionnements en munitions et en vivres, et enrôla dans la milice un corps d'hommes choisis, connus sous le nom de minute m en (hommes à la minute) parce qu'ils devaient prendre l'engagement de se présenter en armes sans délai au premier appel. Le gouvernement répondit à ces démonstrations belliqueuses, par la défense d'importer dans les colonies des munitions de guerre : les colons s'en procurèrent de \ive force : le peuple à Rhode-Island enleva un train d'artillerie appartenant à la couronne ; un petit fort fut également emporté dans le New-Hampshire.
Le parlement d'Angleterre touchait alors au terme de sa période septennale : il fut dissous et des élections générales eurent lieu sous l'impression récente des
Dissolution
troubles d'Amérique. L opinion y soutint la politique du belliqueuse du cabinet et du roi : les élections furent ^ moins vénales que les précédentes, et il suffit, pour ac- 1774 croître la majorité ministérielle, de l'indignation générale
de
la paix.
o5U LIVRE VI. CHAPITRE V.
Eicctiom. excitée, dans le royaume, par la conduite des colons'.
Entre les grandes cités Londres seule se déclara pour majoré eux t°us ges magistrats librement élus appartenaient ministérielle. ^ l'opposition. Déjà l'année précédente elle avait nommé pour ses sliériffs deux natifs d'Amérique, elle fit celte fois une élection plus significative encore et pour son lord maire elle choisit John Wilkes.
VaiM Un dernier effort pour la conciliation et la paix fut Cff 0aa,t.em0r,, tenté au début de l'année nouvelle par les membres les , »'".l,r. plus illustres de l'opposition dans les deux chambres,
le maintien 1 1 1
par Chatam dans celle des lords, et par Burke dans les communes. Le premier termina par ces prophétiques paroles son discours à l'appui de la révocation des mesures rigoureuses prises à l'égard des colonies : «J'ai lu l'histoire, dit-il, et elle a été mon étude de prédilection; mais aucun corps délibérant, aucune assemblée ne me semblent suj>érieurs au congrès général de Phila delphie. Toute tentative pour imposer la servitude à de tels hommes, pour établir le despotisme sur ce grand continent sera vaine et certainement fatale : il faut de toute nécessité mettre à néant ces actes violents et oppresseurs; ils doivent être annulés, et vous les révoquerez, oui, je jure que vous les révoquerez; j'y engage ma réputation : traitez-moi d'insensé si à la tin vous ne les révoquez pas. Evitez donc une humiliante nécessité... Enfin Mylords, si les ministres persévèrent ainsi à égarer, à mal conseiller le roi, je ne dis pas qu'ils pourront aliéner de la couronne l'affection des sujets, mais j'affirme
I. Le célèbre Buikc qui avait élevé la voit eo leur faveur fui avec diflcilif élu a Bristol.
(iEORGES III
qu'ils rendront la couronne peu digne d'être portée; je ne dis pas que le roi sera trahi, mais je déclare que ce royaume sera perdu.» Shelbume, Camden, Rockingham lui-même appuyèrent sans succès la motion de Chatam. Franklin, député à Londres pour la province du Massactiussett, aurait pu, par sa modération et son influence, éloigner encore les hostilités; le gouvernement britannique s'aliéna ce grand homme : il l'accusa d'un abus de confiance, et le procureur général Wed- Uwjrtu derburn, dans un comité du conseil privé, lui infligea . publiquement le plus sanglant affront *, Franklin dès Frank,,n lors inclina sans retour pour la séparation absolue des colonies d'avec la métropole : dans les deux chambres
I. DàM une correspondance confidentielle de Thomas Huschinson, gouverneur du Massachussclt el d'André Olivier, sous- gouverneur de la colonie avec Thomas Wbalely, secrétaire de G orge Grenville, ces deui magistrats avaient insisté sur la nécessité d'employer la force armée pour contenir l'irritation populaire. Leurs lettres, après la mort de Thomas Whalely, tombèrent par une voie inconnue mais réputée peu honorable, entre le» mains de Franklin, qui les communiqua au président de rassemblée du Mas»achu<sell et celui-ci les rendit publiques. Elles étaient de nature à enflammer davantage les esprits; elles soulevèrent l'opinion contre le gouverneur Huschinson et contre Olivier, et une pétition signée des représentants de la province el adressées Londres demanda leur révocation. Une enquête publique eut lieu a ce sujet devant un comité du conseil privé en présence des ministres : c'est là que Franklin fut attaqué, pour sa conduite, par le procureur général Weddcrburn. dans un plaidoyer fort éloquent, mais d'une insolence extrême, et auquel les ministres présents, à l'etceplinn de Nortb, eurent l'imprudence d'applaudir : Franklin se tut, mais I* poignard était entré dans son cœur : peu de jours après, il fut destitué de la charge d'administrateur général des postes qu'il avait jusqu'alors conservée. Ce procès malheureux, en suscitant dans Franklin pour l'Angleterre un irréconciliable ennemi, est considéré comme une «Us causes qui rendirent la guerre civile inévitable. Voyez la Vie du chanctlier Lnugkbûrovgh (Wedderburn), par lord Campbell, ut *uprà, vol. VI, p. 106, et par lord Brougbam Stnfetmen in thé Unes of George II!, vol. p. 46.
Premières bflfttilif*
Combat
Liiii'gtou.
enfin, une forte majorité, dirigée surtout par le puissant parti de la maison de Bedford, se prononça contre toute mesure pacifique, et il n'y eut plus de recours possible qu'à la force des armes pour régler les différends entre les deux peuples qui la veille encore n'en faisaient qu'un, et qui maintenant se séparaient irrités et irréconciliables.
Le premier sang fut versé à Lexington. Le général Gages, commandant des forces anglaises à Boston, avait envoyé, dans la ville voisine de Concord, huit cents hommes sous les ordres du colonel Smith, avec mission .d'arrêter deux agitateurs dangereux, Samuel Adams et John Hankocke, et d'enlever ou de détruire le dépôt d'armes et de munitions renfermé dans cette place. Déjà l'alarme s'était répandue, les patriotes des villages voisins avaient pris les armes, et sur la roule suivie par la colonne anglaise, déjà toute la campagne prenait un aspect menaçant, l'ne compagnie de volontaires américains rencontrée par elle à Lexington, se retira, après l'échange de quelques coups de feu, devant la fora- supérieure des Anglais : ceux-ci s'avancèrent jusqu'à Concord, ou ils exécutèrent en partie leur mission, pui> ils se replièrent en hâte sur Boston. Mais ils trouvèrent au retour et «le tous cotés l'insurrection en armes : partout ils ont à soutenir un feu meurtrier, tandis que chaque fossé, chaque arbre du chemin leur cache et dérobe à leun coups un ennemi : à Lexington leur re traite se change en déroute et tous peut-être auraient péri si un renfort considérable accouru pour les dégager, n'eût recueilli dans ses rangs leurs débris.
Le bruit de ce combat, glorieux pour la cause anié
ricaine, donna des ailes à l'insurrection! et huit jours s'étaient à peine écoulés qu'une armée de vingt mille miliciens sous les ordres du général Ward couronnaient déjà les hauteurs qui avoisinenl Boston et tenaient les Anglais assiégés au foyer même de la révolte. Quelques semaines plus tard, un détachement des milices coloniales sous les ordres d'un de ces hommes qu'enfantent les révolutions, non inoins fameux par ses talents que par ses trahisons, Bénédict Arnold, enleva les forts de ïicondéroga et de Crown Point, importantes positions sur le lac Champlain, et le jour même où la première de ces forteresses succombait (10 mai 1775), le second congrès national des colonies insurgées se réunissait à Philadelphie. Cette assemblée à laquelle Benjamin Franklin, récemment revenu d'Europe, fut adjoint, par un vote unanime de sa province, prit sans délai toutes les mesures indispensables commandées par les circonstances. L'argent manquait, elle autorisa la fabrication d'un papier monnaie pour la somme de deux millions de dollars; l'armée n'existait pas, le congrès ordonna, dans chaque province, la levée d'un corps de troupes soldées et distinctes de la milice : le premier besoin était celui d'unité dans les opérations militaires, et l'avenir tout entier des colonies semblait dépendre du choix du général en chef : le congrès fut heureusement inspiré et choisit Washington. Nous avons vu celui-ci porter les armes axec succès dans sa jeunesse, à la tète des milices de la Virginie, contre les Français et les tribus indiennes et se préparer ainsi, à son insu, au milieu des combats et des plus rudes épreuves, au grand rôle que lui résenait la destinée, et il avait déjà acquis le grade de colonel lorsqu'il fut
Premieri etplotlt
d'Arnold.
Second
congre»
général.
Aclw da congre».
Wa»liiuuloii élu général
en chef.
UVRK VI. i.H \ l'Il H K V.
nommé jmr le congrès au commandement général des forces américaines. Washington alliait au plus pur patriotisme le sentiment le plus élevé du devoir et toutes les qualités propres à rendre ces vertus fécondes, le bon sens, la prudence, la fermeté, un courage indomptable, une activité merveilleuse. D'autres ont eu des dons plus brillants, plus faits pour charmer et pour éblouir; nul n'a été au même degré prêt à répondre à tout ce que les circonstances ont demandé de lui dans la paix comme dans la guerre, dans la vie privée comme à la tète de ( administration et des armées. Toujours digne, mais aussi toujours simple et vrai, il commandait le respect et la confiance; non-seulement il se montra constamment à la hauteur des événements, il sut y élever les autres, obtenir d'eux des efforts dont sans lui ils n'eussent pas été capables. 11 reçut en commun avec plusieurs grands hommes le glorieux titre de père de la patrie; mais jamais personne ne mérita mieux cet honneur : plus on étudie l'histoire de ces temps mémorables, plus on est frappé (le la grandeur du héros, et |Kîut-ètre est-il permis de douter qu'il y ait eu, dès la fin du dernier siècle, une Amérique indépendante, si pour l'affranchir il ne s'était rencontré un Washington.
Il se fit violence pour se rendre au vœu général de ses concitoyens et il se décida enfin par le seul motif pour lequel peut-être un autre eût hésité. Dans le grand honneur qui lui était conféré, il ne voyait qu'un immense devoir à remplir : cette considération l'emporta dans son cœur; il céda, mais en acceptant la charge que lui imposait le congrès, il en refusa les émoluments. Bientôt après il se mit en marche pour rejoindre l'armée de-
vant Boston. Là, peu de jours avant son arrivée, un combat furieux avait été livré aux Américains, par les assiégeants, pour enlever les batteries dressées sur les C°™eb*1 hauteurs voisines, connues sous le nom de Bunkers Bu,,ier»-II,,,• Hills. Les Anglais demeurèrent maîtres de la position, mais leurs pertes furent énormes, et lee Américains exaltèrent comme une vicloire cette journée où ils combattirent en héros, et après laquelle leurs adversaires ne surent tirer aucun avantage des succès obtenus.
Le congrès cependant hésitait toujours à briser les derniers anneaux qui attachaient les colonies à l'Angleterre : il affectait encore de distinguer le roi de son gouvernement et il n'avait pas ouvertement renoncé à toute obéissance envers la couronne. Il tenta un dernier effort pour ramener la paix et l'union. Une pétition fut rédigée dans ce but et adressée au roi, dont les signataires se dirent encore les sujets respectueux. Ils faisaient appel, dans cet acte, à sa royale mansuétude pour qu'un mode quelconque de pacification fût proposé par la couronne.
Le soin de porter en Angleterre cette pétition qu'on nomma la branche d'olivier t fut confié à Richard Penn, justement honoré de tous les partis et fondateur de 1 état de Pensylvanic, où le congrès était assemblé. Sa mission échoua : le gouvervemenl de Georges III se sentait soutenu par l'opinion courroucée : le congrès améri- EIU échoue, cain, au nom duquel la pétition était présentée, n'ayant aucun caractère légal et ne tenant son titre que de l'insurrection, c'était assez pour que son envoyé ne fut point admis, et le chef du cabinet déclara que la pétition ne serait pas reçue : déjà l'épée était tirée, mais
Minioii pacifique do Pcnn.
après la déclaration de lord North, le fourreau fut jeté.
Dès l'ouverture du parlement (octobre 4175), le roi annonça l'intention de pousser avec vigueur la guerre contre les rebelles : le projet d'adresse, dans les deux chambres, approuvait cette politique belliqueuse : il fut combattu dans celle des lords par le duc de Grafton, récemment sorti du ministère 1 et dans les communes par Burke, Fox et Hartley, mais une immense majorité soutint le cabinet. In bill contenant des clauses d'une grande rigueur, fut présenté par lord Norlb et rapidement adopté : ce bill interdisait tout commerce avec les treize colonies insurgées2, il autorisait la saisie des propriétés et des vaisseaux américains, et l'incorporation dans les équipages anglais de leurs ennemis capturés, pour servir contre leur patrie rebelle. Déjà la guerre apparaissait avec toutes ses horreurs dans des Ac,„ actes d'une sauvage barbarie : l'exemple en fut donné ,,arj*re* par lord Dunmore, gouverneur de la Virginie qui, hors Anglais, d'état de défendre cette colonie et contraint de l'évacuer. 1775 voulut y laisser un monument de sa fureur : il incendia, en se retirant, la ville de Norfolk, l'une des cités les plus florissantes sur les rives du Chesapeak, et la brida jusqu'aux fondements.
Toutes les autorités anglaises avaient quitté leurs résidences malgré les efforts des colons demeurés fidèles
1. Quelques changements étaient sut venus dans le cabinet : le duc de Grêlon opposé a la guerre s'était retiré el avait • té remplacé au sceau privé p*r lord Danuoulb, qui céda 11 secrétairerïc d'Etat pour les affaiies d'Amérique,» lord George Germaine : celui-ci, plus connu sous le n>m de lord George Saokville, avait obtenu dans la guerre de SeptAns uuc célébùté malheureuse : un autre de» secrétaires d'Etat, loid Rothfort, eut p»ui successeur lord Weymouib.
2. La Géorg'u- avait alors adhéré au manifeste des douze autres colonie».
BS1
à la cause royale et auxquels fut donné le nom de loyalistes, et déjà le sol américain tout entier, à l'exception de Boston et d'un petit nombre de places encore occupées par des garnisons anglaises, paraissait affranchi. Chaque jour cependant l'horizon devenait plus sombre, et les périls se multipliaient pour les colons : des renforts considérables arrivaient aux Anglais : lord North avait conclu des marchés avec plusieurs princes allemands, qui lui vendirent leurs soldais, et cinquante mille hommes allaient bientôt être réunis sous les drapeaux de la Grande-Bretagne pour soumettre ses provinces insurgées : de nombreux vaisseaux interceptant tout leur commerce, portaient le ravage sur leurs côtes : enfin le général Howe, dont on vantait les talents, fut donné pour successeur à Boston au général Gages, accusé d'indécision et de trop de lenteur, et l'amiral Howe, son frère, eut le commandement de la flolte. Tous deux eurent l'ordre de conduire avec vigueur les opérations militaires, mais de pleins pouvoirs leur furent aussi donnés pour accorder des amnisties aux villes et aux provinces insurgées, qui rentreraient volontairement' dans l'obéissance.
Pour résister à des forces si considérables, à des situation moyens si puissants pour soumettre ou pour comprimer, P*"*1™* Washington n'avait que d'insuffisantes ressources et Wasbiigioii. se trouvait dans la situation la plus critique, se confiant tout entier en Dieu et dans la justice de sa cause. Son armée, déjà fort affaiblie, n'était encore qu'une masse d'hommes confuse, sans organisation, sans discipline, sans hiérarchie : tout manquait à la fois : point d'ambulance, point de caisse militaire, point de muni-
uvm vi. <.iurnRK v
tions ni d'artillerie : des passions locales et toutes personnelles, fruits de l'esprit démagogique, comprimaieul dans les cœurs l'élan du patriotisme : l'insubordination était partout : chacun ne voulait obéir qu'aux chefs de son choix et dans de certaines limiles : nul ne se sentait affermi dans le commandement, et les chefs, au lieu de faire respecter leur autorité, par leurs inférieurs, ne son geaient qu'à se la faire ordonner. Et c'était avec de tels éléments et dans de semblables conditions que Washington, en face de l'ennemi, avait à lever une armée, à dresser des soldats, à former, d'une masse incohérente et irrégulière, des bataillons, des régiments, des brigades : partout éclataient autour de lui la plainte et la menace; il lui fallait tout à la fois donner courage aux conscrits et satisfaction au\ vétérans : il était l'âme, la force et l'espérance de toute son armée, et pour tout faire, il avait à lutter contre l'autorité même dont il tenait ses pouvoirs et qui ne les lui avait donnés qu'avec une parcimonie ombrageuse et funeste. La courte durée des engagements militaires était pour lui un autre sujet d'inquiétudes et de peines sans nombre : le congrès n'avait permis les enrôlements que pour une année, on s'engageait même pour une période beaucoup plus courte, et lorsqu'avec des efforts inouïs, Washington était parvenu à réunir et à organiser quelques bataillons, le fruit de tant de labeurs était bientôt perdu, il fallait recommencer et former une armée nouvelle. Cependant le sentiment du devoir poussé en lui jusqu'à l'héroïsme le soutint : son cœur intrépide ne faiblit pas et il eut assez de forces.
C'était surtout vers le nord et du côté du Canada que
l'eunemi lui semblait vulnérable. La population de cette Invasion province étant toule française, on pouvait croire qu'elle c»mA» se lèverait en masse contre ses nouveaux maîtres, à , r*'
If* milices
l'approche d'une force suffisante pour seconder l'insur- «méricioe». rection, et trois mille hommes furent mis pour cet ,775 objet sous les ordres du général Montgomery, ofûcier d élite, estimé de ses ennemis mômes. Il eut l'ordre d'envahir le Canada par les grands lacs, en descendant le Saint-Laurent jusqu'à Québec, tandis qu'un autre corps d'environ mille hommes, sous le colonel Arnold, s'auncerait vers le même point par une route différente et réputée impraticable. Le général Carleton défendait alors celte province, que les Anglais croyaient à l'abri d'une attaque soudaine : il avait |>eu de troupes, mais suppléait au nombre par le talent et l'activité. La population canadienne trompa l'espoir des Américains : elle se souvenait encore de la sanglante lutte qu'elle avait soutenue, dans la guerre précédente, contre ses voisins de la Nouvelle-Angleterre. Elle considérait les descendants des vieux puritains comme les ennemis de sa race et de son culte, et elle avait vu sa religion et ses anciennes coutumes tolérées et protégées à l'ombre du drapeau britannique; elle ne s'insurgea point et l'expédition américaine n'eut à compter pour le succès que sur elle-même. Montgomery accomplit glorieusement la première partie de sa mission : il s'empara de Montréal et de quelques forts où il laissa garnison et descendit vers Québec jusqu'à la pointe des Trembles, où le 30 décembre il opéra sa jonclion avec Arnold. Il occupait les hauteurs célèbres d'Abraham où Wolf avait été enseveli dans sa victoire, et c'est de ce côté qu'il attaqua la ville, après avoir partagé ses
Mort de
Monlgonvrv
Attaque troupes en deux divisions, l'une sous ses ordres, l'autre Québec, sous le commandement d'Arnold. Ils furent reçus par un feu terrible, et dès le début de l'action, Montgomerv tomba mort 1 : Arnold reçut deux blessures et fut enlevé du champ de bataille. Ce double revers décida du sort de la journée et Québec fut sauvé, mais les Américains occupèrent quelques mois encore les abords de la place.
Washington tenait toujours le général Howe et son armée assiégés dans Boston. 11 avait porté la sienne, par les plus grands efforts, à vingt mille hommes et, en mars 1770, il s'empara des hauteurs de Dorchester d'où ses batteries plongeaient sur la place et sur le canal de Boston. Depuis l'insurrection générale des colonies, la possession de cette ville située à l'extrémité du territoire insurgé et toute dévouée a la cause américaine, n'était plus que d'une importance secondaire pour les Anglais. C'était au cœur des colonies, à New- York, ville remplie de loyalistes, qu'il fallait porter la guerre. Occuper ce point central d'où les communications étaient plus faciles avec les provinces du nord et du midi, et où ses armées trouveraient dans la population des colonies voisines plus de sympathie et d'assistance que dans la Nouvelle- Angleterre, fut le
Par plan du général Howe : le i 7 mars, l'armée anglaise égales Anglais.
cua Boston dont les Américains prirent aussitôt possession, et Howe la conduisit d'abord à Halifax, pour y attendre du renfort. Washington avait pénétré sa pensée
1. il était, dit If savant auteur de la Biographie américaine, du petit nomhre des bomm s qui arrivent rapidement a la renommée et qui roeureol i l'entrée de la carrière nvec une réputation rarement acquis* par les labeur» de toute une vie. J. Spaiks, Suuvelle série, t. m, p. 29.
Evacuation de Boston
et deviné son plan d'opération, et tandis que l'ennemi occupait Halifax pour se diriger de là vers le sud au centre même du territoire américain, déjà Washington était en marche avec toute son armée pour New-York.
A cette époque l'opinion qui tendait à provoquer une séparation complète entre l'Angleterre et ses colonies révoltées fit des progrès rapides : Washington avait depuis longtemps compris que le maintien d'une union pacifique et durable était devenu impossible, et après les combats et les scènes sanglantes dont plusieurs colonies avaient été le théâtre, la cause de l'indépendance avait été ouvertement plaidée dans les journaux et dans les prédications populaires. Personne dans cette polémique ardente et quotidienne ne se distingua plus que Thomas Payne, natif d'Angleterre, adopté par FAmérique, et célèbre plus tard par la violence démagogique de ses théories républicaines dans la révolution française. Un de ses écrits, intitulé le Sens commun et publié an printemps de 1776, eut dans les colonies un retentissement immense, et disposa les esprits à juger nécessaire une rupture complète avec la mère patrie. Benjamin Franklin, d'autre part, soutenait avec force la même opinion au sein du congrès : l'Angleterre, disait-il, n'élait point en mesure, quoi qu'il arrivât, de déployer plus de forces qu'elle ne le faisait maintenant pour réduire ses colonies rebelles, tandis que celles-ci redoubleraient d'énergie pour la défense commune lorsqu'elles auraient reconnu l'impossibilité d'un arrangement à l'amiable et d'un retour volontaire sous le sceptre britannique : celte considération, disait-il encore, était aussi de la plus haute importance pour obtenir contre l'Angleterre l'appui de l'éiv. 36
MJ2 LIVKK VI. CIlIPITIIK V.
tranger. L'opinion de Franklin l'emporta au sein du congrès, et après une mure délibération, l'acte célèbre sous IMchniion le nom de déclaration d'indépendance, fui rédigé par un
< 1 1 1 1 » I ** p ii n *i 1 11 cp
comité qui compta dans son sein trois hommes illustres, 17/6 Franklin, John Adams et Jefferson. Cet acte, à la suite de rémunération dos droits que tout homme tient de son créateur, rappelait les nombreuses violations de ces droits par le gouvernement anglais et finissait par ces paroles mémorables : « Nous, les représentants des Etats- Unis d'Amérique, réunis dans un congrès général, après avoir invoqué le juge suprême des hommes en témoignage de la droiture de nos intentions, nous publions et déclarons solennemenl que ces colonies unies sont et ont le droit de s'intituler Etats libres et indépendants. » Neuf colonies adhérèrent sur-le-champ à cette déclaration : les délégués de quelques autres ne la signèrent qu'à la suite de longues et difficiles transactions, et elle fut enfin produite, malgré quelques points de dissidence, comme l'expression de la volonté unanime des treize états. Les armoiries de la Grande Bretagne furent aussitôt partout enlevées ou détruites : on brûla les portraits du roi, on renversa sa statue de bronze sur la place publique de New- York, on fondit ses débris en projectiles pour les armes à feu, et l'on inaugura, par des fêtes populaires, l'ère nouvelle qui s'ouvrait pour l'Amérique. Tandis que le congrès délibérait encore, l'armée ^«mmi*1* roYaïe> *°us ïes ordres du général Howe, était entrée dans Niw-Yu.k |a ra(fc de New-York : Washington occupait cette grande
clelciiiluc
p«r cité et le territoire environnant : le moment était venu \\«»bms ..n. j,^^ e^ (je frapper deg coups décisifs. Déjà, avant de quitter Halifax, le général anglais avait dirigé une expédition
(iKORKF.S III.
contre les Carolines, et il avait confié pour cet objet un corps considérable au général Clinton. Il espérait, dans ces provinces, le concours des loyalistes et d'une multitude de gens sans auai qui, sous le nom de régulateurs, tenaient la campagne et pillaient le pays ». Mais l'opération fut mal combinée : l'insurrection des loyalistes éclata prématurément et fut repoussée avant l'arrivée des Anglais. Le général Clinton fut repoussé avec une grande perte devant Charlestown , et ayant reconnu l'impossibilité de ramener avec ses seules forces les Carolines dans l'obéissance, il rembarqua ses trouas et re joignit la flotte el l'armée anglaise dans la rade de New- York.
Howe avait enfin recueilli les renforts envoyés d'Angleterre et d'Allemagne, et se trouvait à la tète de trente mille hommes de troupes aguerries, tandis que Washington, après avoir revu un corps nombreux de la milice des étals voisins, n'avait pu réunir que vingt-sept mille hommes, la plupart inexpérimentés, arrachés la veille à leurs foyers, sans instruction, sans discipline et dont le quart environ était en proie aux maladies et hors de service. Mais il avait foi dans le triomphe de sa cause : sa grande àme était supérieure aux circonstances, et des expériences cruelles ne lui avaient pas encore enseigné la nécessité de prendre conseil d'une extrême circonspection plutôt que de son courage. Il se voyait au sein d'une population en grande partie hostile à la cause de l'indépendance : il jugeait nécessaire de la rallier pour
Inutile eip*diiioii île»
Anglais
dans In Caroline*.
I. Ht »'<M iifn i donné ce nom I eut me né en secouant le joug «le* lui?, el ils ne recoiinaiiMienl diulrc ju»tice que la leur.
364 UVRK VI. CHAPITRE V.
quelque coup d éclat, et il osa, eu face d'un ennemi supérieur et sans le concours d'une flotte, occu|»er »w- York, Tîle de ce nom et celle de Long-hland qui la protège. Il reconnut trop tard son erreur : une division anglaise et hessoise forte de huit mille hommes sous lesgé- B*'*'l,e néraux Orant, de Heister el Clinton, attaqua et enveloppa Long-hUad. à Brooklyn le corps américain qui défendait Long-ls- 1776 land : au brait du combat, Washington accourut et fut témoin de la déroute des siens : il évita de compromettre alors, par une dangereuse audace, le sort de toute son armée, et, à l'aide d'un brouillard, il opéra une Mie retraite, évacuant Lonjr-lsland pour couvrir New- York el emmenant avec lui ses blessés, ses munitions et son artillerie en face de l'ennemi victorieux Washington reconnaissait enfin qu'une guerre défensive lui était prescrite par les circonstances si difficiles où il se trouvait, et il sut s'y résigner. Après avoir livré un nouveau combat aussi malheureux que le précédent à Kip's Bay, près
de New- York 2, il évacua cette importante cité; puis l'ileeumj»uon y£racje (,e ||om pQur ge re[]Kr dans it,s montagnes de
New Urk New-Jersev, où il couvrait Philadelphie, siège du congre? : Wafhiiigtnn. i| passa en conséquence la Delaware le 18 octobre et prit 1770 position derrière ce fleuve qu'il mit entre lui et l'ennemi.
1. Celte retraite fui conduite avec Uni d'ordre cl Je secret que le Jcrmrr balrau tiavcrsYit la rivière avant que les Anglais en aient eu conniissanc*, l'iea que leurs avant-postes ne fussent qu'à un demi-mille environ (six ki*é T*4 t/are/xl de* lignes américaines. Sparks, VU de Washington, p. 1 1*3 -
2. Wdshit'gtuu s'eiposadhnsce combat auv. plus grands périls pour arrêter I» déroule' des siens et les ranimer contre l'ennemi, il frappa les fuyards dew» épée, déchargea sur eux sea pistolets et se lança presque seul sur les à«fWl viclorieut : ses aides-dc-camp ne purent l'arracher à la mort qu'en «aisi^»1 son cheval par la bride el en l'entraînant malgré lui.
Washington vit alors successivement retomber au pouvoir des Anglais New-York, Rhode-Island, l'état de New-Jersey presque en entier et sa faible armée eut été anéantie si l'ennemi eut connu sa détresse. Celle-ci était extrême : le terme de nombreux engagements approchait : beaucoup d'hommes n'avaient point attendu ce moment pour rentrer dans leurs foyers, tristes et découragés; la désertion autant que les maladies, les blessures et les fatigues, avaient décimé ses rangs. Deux mille huit cents hommes, imprudemment laissés dans le fort Washington, n'avaient pu défendre cette citadelle et s'étaient rendus prisonniers : Washington entin ne comptait plus autour de lui qu'environ trois mille hommes : dans plusieurs états, les amis de l'indépendance perdaient confiance en leur cause, et les loyalistes reprenaient courage; la banqueroute enfin était imminente, tout manquait à la fois et le congrès faiblissait. Washington sous le poids d'un fardeau trop lourd pour les forces américaines, continuait ce|>endant à opposer une fermeté magnanime aux disgrâces de la fortune, aux murmures comme aux plaintes de tous et aux secrètes défaillances de sa propre pensée. Ce moment fut le seul de sa vie où il ait presque désespéré de sa cause, mais il ne laissa rien transpirer au dehors ou en public de ses intimes appréhensions 1 : il élevait ses pensées, il mettait tout son es|>oir dans l'arbitre suprême de nos destinées qui permet souvent que les peuples comme les individus qu'il protège, tombent en appa-
I . Vojci la lellre qu'il écrivit alors à ton frère : « J.« crains, lui disail-il, que la partie ne soi! bieniùl perdue* Wash., Wriiings I. IV, p. 231.
LIVKE VI. CHAI'IIKK V.
renée au dernier degré de la détresse ou du besoin i»our rendre plus sensible à l'heure décisive, l'assistance qu'il leur donne.
La fortune des Américains prit soudain une face nouvelle, grâce surtout au courage, à la vigilance, à l'indomptable énergie du grand homme qu'ils avaient à leur tète. 11 reçut le renfort de plusieurs régiments, de nou\ elles levées arrivèrent, et la milice de Pensylvanie accourut pleine d'ardeur sous ses drapeaux. Le général Bowe s'endormait alors dans la plus complète sécurité à New- York : il avait confié à lord Cornwallis, un de ses lieutenants, la défense de Meic-Jersey, et celui-ci demeurait inaclif après avoir établi son quartier général à Prince- Town, et gardé la rive gauche de la Delawareen face des lignes américaines, par une chaîne de postes dont le principal était à Trenton. Washington conçoit alors la pensée de reprendre l'offensive et d'enlever celle importante su<cè< position. Dans la nuit de Noël (I77G), au souffle d'une
«1rs
Ain. ricain» lempéle, il se met en marche avec deux mille cinq cents irenioti, «ouïmes et vingt pièces de canon, il franchit la Delaware
^./J7* Sllr ^a *>*ace , l divise son armée en deux corps qu'il di- Princt-Tuwn, rige su r Tren ton, occupé par deux régiments hessois : il
J 1777 les surprend, les culbute et les disperse, emporte le bourg à la baïonnette et s'y retrauche après avoir fait un millier de prisonniers et enlevé six canons à l'ennemi. Huit jours plus tard, lord Cornwallis songe à prendre sa revanche, et il marche à son tour sur Trenton pour en déloger son adversaire; mais tandis que ses bataillons attaquent ce poste où les Américains sont trop peu nombreux pour le défendre, Washington médite de tourner par derrière les positions anglaises et
GKORGES Itl 567
d'enlever leur quartier général à Prince-Town. Par son ordre, et pour abuser l'ennemi, de grands feux sont entretenus, en face de ses ligues, dans les retranchements américains, et lorsque la nuit est plus sombre, Washington et l'élite de sa petite armée, par une marche secrète et rapide, se portent sur Prince-Town où ils apparaissent aux premiers rayons du jour et jettent l'épouvante. Là, trois régiments sont mis en déroute et se retirent sur Brunswick, laissant sur place une centaine de morts et trois cents prisonniers aux mains des assaillants. Au bruit de l'attaque de son quartier général, lord Cornwallis abandonne celle de Trenton, il accourt avec des forces supérieures devant lesquelles Washington se retire, après avoir accompli son objet : il a su vaincre, inspirer aux Anglais la terreur de ses armes et rendre confiance dans les leurs à ses concitoyens. Lord Howe se tint renfermé dans New -York sans rien entreprendre d'important durant le reste de l'hiver, et Washington établit ses quartiers à Morris-Town; il avait reconquis la rive gauche de la Delaware et toute la partie septentrionale de New-Jersey.
La marine naissante des Américains s'était aussi signalée dans plusieurs rencontres, et dès la première année de son existence elle captura trois cent cinquante bâtiments anglais dont la cargaison fut évaluée à cinq millions de dollars (vingt-cinq millions de francs) 1 ; mais déjà les succès de Washington avaient permis au congrès de rentrer dans Philadelphie : celte assemblée alors, instruite par l'expérience, et surmontant à l'approche du