I. Bacon, tlist. de Henri Vit
Entreprise rl ovni turcs «R* IVtVuis
Wai liei'k
Warbeck, (ils d’un juif converti <le Tournai , qu’elle vit secrètement , dont elle encouragea sous main les espérances et qui se donnait pour Richard l’iantagenet, duc d’York, qu’on disait échappé dans la Tour aux bourreaux d'Edouard V, son frère.
Perkins, par son conseil, après avoir vécu un an caché en Portugal, passa en Irlande, où une population crédule lui lit la incme réception qu'elle avait faite précédemment à l’imposteur Simnel, et de là il se rendit en France, au moment où la guerre était déclarée entre le roi d’Angleterre et Charles VIII. Accueilli par ce prince avec honneur, d’après la secrète recommandation de la duchesse Marguerite, il fut reconnu par lui pour le véritable duc d’York , frère d’Edouard V, et traité comme tel. Néanmoins, aux approches de la signature du traité d’Etaples, Perkins, réclamé par Henri Vit, quitta la France et se rendit ouvertement à la petite cour de la duchesse douairière de Bourgogne, qui cette fois, et après avoir joué la surprise, l’embrassa comme son neveu , le reconnut pour le vrai portrait d’Edouard IV, le nomma la rose blanche d’Angleterre et le seul héritier légitime des Plantagenets et du trône. Les Flamands adoptèrent cette fable qui se répandit rapidement dans toute l’Europe, avec un caractère de grande probabilité, et qui, avidement reçue en Angleterre par les nombreux ennemis de Henri Vit, mit la couronne en péril.
Beaucoup d’hommes puissants furent convaincus de la légitimité des prétentions de Perkins, et ils conspirèrent pour renverser Henri VII, qui ne pénétra le secret de celte trame et ne découvrit les noms des conjurés et
HENRI Vil.
l’origine de l’aventurier qu’après de longues recherches et en entourant celui-ci d’espions, dont plusieurs, et entre autres sir Robert Clifford, appartenaient aux premières familles du royaume, et vendirent leurs complices. Le plus illustre entre ces derniers, par la naissance cl. par le rang, était lord William Stanley, grand chambellan , frère du comte de Derhv, beau-frère du roi, et qui, à Bosworth, avait assuré la victoire à Henri VII. Dénoncé par Clifford, il fut convaincu, par ses aveux, de connivence avec les partisans du prétendu duc d’York, surtout pour avoir dit que si celui-ci était en effet le (Ils d’Edouard IV, pour lequel il se donnait, il ne tirerait point l’épée contre lui '. Rien ne put sauver Stanley, qui tout à la fois offensait l’orgueil de Henri, par l’importun souvenir de l’immense service qu’il lui avait rendu et tentait son avarice par les grandes richesses dont il était possesseur. Stanley fut exécuté, lorsque déjà plusieurs complices de l’imposteur avaient péri sur l'échafaud.
La terreur causée par ces exécutions et surtout par la mort du grand chambellan, fut profonde et arrêta les progrès de Perkins, qui se vit abandonné de la plupart de ceux qui lui axaient prêté leur concours. L’autorité du roi fut en même temps raffermie en Irlande, par sir Édouard Poynings qui, débarqué dans l’ile avec quelques troupes, réprima les partisans de la maison d’York et
I. Pulyd. Virg. — Il était dit dans Pacte d'accusation que Stanley avait consenti k une mission donnée par Perkins à Clifford dont il se croyait sûr, et qu’il avait promis de recevoir et d’aider les personnes qui lui seraient envoyées par celui-ci avec un signe convenu et secret ( Slaté trials , citai, de Lingard.)
Eiéculion
tir William Stanley.
LIVItK IV. C1I.UMTHK I.
tint, à Dublin, un parlement qui rendit un statut fameux par lequel toutes les lois anglaises précédentes étaient mises en vigueur dans la partie subjuguée de l’Irlande, et aucun bill ne pouvait être introduit sans être auparavant revêtu de la sanction du conseil d’Angleterre. Ce statut subsista plusieurs siècles, il établit d’une manière absolue la domination anglaise dans nie et il est célèbre sous le nom de Statut de Poyninys: Perkins, voyant l’Irlande lui échapper, aborda en Angleterre, sur les côtes de Kent, avec une troupe d’aventuriers et de gens sans aveu au nombre de six cents hommes. Il échoua dans cette entreprise, se rembarqua et se réfugia en Écosse (1493).
Ce royaume, ébranlé par des révolutions continuelles, avait vu son dernier roi, Jacques III, renversé par ses nobles et assassiné. Jacques IV, son (ils, était assis sur son trône sanglant lorsque Perkins, repoussé en Angleterre et en Irlande, vint lui demander en Écosse asile et assistance. 11 obtint l’un et l’autre : Jacques, favorablement prévenu en sa faveur par Maximilien devenu empereur et par Charles VIH qui , occupé de la conquête du royaume de Naples, saisissait avec empressement toute occasion de susciter au roi d’Angleterre des diflicultés dans son royaume. Perkins, par sa conduite prudente et sage, acquit bientôt un grand crédit auprès de Jacques, qui ajouta foi à son récit et poussa la confiance jusqu’à lui donner une de ses parentes, la belle lady Catherine Gordon, en mariage. Une rivalité jalouse subsistait toujours entre les couronnes d’Angleterre et d’Écosse : Jacques IV soutint ouvertement le faux prétendanl t une année écossaise franchit la frontière, pré-
HENRI VII
cédée d’un manifeste où l'erkins exposait son titre et flétrissait l’administration de Henri VU, invitant ses prétendus sujets à se rallier à lui contre l’usurpateur (1497) : mais déjà les prétentions de Perkins étaient devenues surannées et, pour lui aliéner l’Angleterre, il eût suffi de l’assistance du royaume voisin et des ravages commis par les écossais sur les frontières.
Au bruit de cette invasion Henri VII convoqua un parlement dont il obtint un subside considérable. La taxe, perçue sans opposition dans la plupart des comtés, provoqua une vive résistance dans celui de Cornouailles : la multitude, soulevée par deux démagogues, le procureur Flammock et le maréchal ferrant, Joseph, courut aux armes; soixante mille hommes sous les ordres de lord Audlev, marchèrent sur Londres, et vinrent campera Hlack - Heatli , menaçant de tirer vengeance des auteurs de la taxe. L’armée de Henri VII, commandée par le lord chambellan, livra bataille aux insurgés et les mit en déroute aux portes de Londres : les principaux chefs furent pris et mis à mort, le reste des vaincus obtint ou acheta son pardon : l’armée royale marcha ensuite à la rencontre des Écossais, leur fit lever le siège du château de Norham, franchit à son tour la frontière et rendit à l’ennemi ravages pour ravages. Jacques IV, convaincu de l’inutilité de ses efforts, accueillit les ouvertures de Henri VII pour la paix, refusant toutefois de lui livrer Perkins, qui s’élait confié à sa générosité, et une trêve de sept ans fut conclue entre l’Écossc et l’Angleterre.
L’année suivante 198), Henri Vit resserra son union avec la France, ou Louis XII succédait au trône à son
Invasion des Ecossais.
Soulèvement
populaire.
Trè«e
de sept ans eutio
l’Angleterre et l’Ecoste.
cousin Charles VIII : celui-ci avait perdu le royaume de Naples aussi rapidement qu’il l’avait conquis. Ayant vu les années françaises se répandre, en peu de mois, comine un torrent, jusqu’à l’extrémité de l'Italie, plusieurs souverains inquiets pour eux-mêmes, le pape, le roi des Romains, le roi d’Aragon, le duc de Milan et la république de Venise , firent une ligue pour garantir leurs domaines et contraignirent les Français à abandonner leur facile conquête : la victoire de Fournoue, rouvrit la France à Charles VIII et il eut plus de peine à y rentrer qu’il n’en avait eu à en sortir et à conquérir tout un royaume. Henri Vil n’entra dans celte ligue que pour contraindre la France à observer plus fidèlement le traité d'Etaples, que Louis XII, trois ans plus tard, s’empressa de ratifier en montant sur le trône. Une clause y fut ajoutée en souvenir de l’assistance que l'aventurier Perkins-Warheck avait trouvée auprès de Charles VIII : il fut dit que dans le cas où un sujet rebelle envers l’un des deux rois chercherait un refuge auprès de l’autre, il serait livré à sa réquisition dans les vingt jours '.
Mais déjà l’imposteur n'était plus à redouter. Il avait prévu que le roi d’Écossc, Jacques IV, quoiqu’il eût refusé de le trahir, serait forcé de l’abandonner. Prenant alors conseil de son courage ou de son désespoir, il arma quatre vaisseaux et suivi seulement de cent vingt compagnons de sa fortune, il déploya l’étendard de Richard IV, et descendit, comme roi d’Angleterre, sur la côte de Cornouailles, ou sa présence ralluma les feux mal
ltymer, I. XII.
HENRI VII
éteints de la rébellion. Six mille hommes tirèrent pour lui l’épée, et avec eux il marcha sur Exeter, dont il lit le siège : repoussé avec perte devant cette place, il gagna Tawnton : là il abandonna son armée qui, se voyant sans chef, se soumit au roi.
Réfugié dans un sanctuaire, Perkins en sortit avec pro- p'''lin‘
prisonnier.
messe de pardon et fut conduit à la suite du roi à Londres, où il eut l’enceinte du palais pour prison. Après ^ six mois de séjour dans la capitale, il trompa la surveillance de ses gardes et s’échappa; mais, poursuivi et sans espoir d’être secouru, il se rendit une seconde fois après avoir obtenu sûreté pour sa vie, et fut ramené enchaîné à Londres. Là, exposé tout un jour aux regards du peuple, il fut contraint de faire une confession publique de sa naissance et de son imposture, et fut ensuite renfermé à la Tour. Il y trouva, pour compagnon de captivité, le jeune et infortuné héritier de la maison d’York , Edouard Planlagenet , comte de Warwick, qui vivait depuis son enfance prisonnier, inconnu à tous, victime de sa naissance et accablé de son nom. Unis par l’infortune, Perkins et Warwick contractèrent amitié et conspirèrent ensemble pour leur délivrance. Quatre gardiens gagnés par eux promirent , dit-on , d’assassiner le gouverneur et de les conduire dans une place de sûreté, où Perkins serait proclamé une seconde fois sous le nom de Richard IV, tandis que Warwick rallierait pour sa cause les partisans de la maison d’York. Ce complot fut découvert. Perkins-Warbeck fut pour ce fait s» mon. condamné à mort et exécuté. Warwick, cité devant (|49g^ la chambre des lords , fut déclaré coupable sur ses
Supplice il u
comte
de Warwick, dernier de»
Platilagenels.
propres aveux : sa sentence fut aussitôt prononcée, et peu de jours après il passa, étranger au monde et aux choses humaines, de la prison à l’échafaud Ainsi périt le dernier héritier, dans la ligne masculine, des fameux Plantagenets, comtes d’Anjou, qui avaient régné près de quatre siècles sur l’Angleterre, distingués presque tous par un caractère ferme, audacieux et résolu, mais appartenant à une race, dit l’illustre historien de Henri Vil, qui trempait souvent ses mains dans son propre sang.
Le véritable crime du jeune comte de Warwick fut la crainte qu’il inspirait au roi en sa qualité de représentant d’une famille abhorrée, et de candidat au trône, et sa mort fut un meurtre. Henri allégua pour excuse le désir que lui avait exprimé le roi d’Aragon, avant d’accorder à son fils aîné Arthur, prince de Galles, la main de sa fille Catherine. Ferdinand avait écrit à Henri VH qu’il ne voyait aucune sûreté pour sa succession au trône d’Angleterre , aussi longtemps que le comte de Warwick serait vivant , et ce fut pour satisfaire son ambition que Henri sacrilia une victime innocente -. Cette triste union 11e dura qu’une
1. Ce jeune Immmc avait langui quinze année» dans un emprisonnement solitaire: privé, presque depuis son enfance, d’air, de lumière et d’exercice. Plusicui» historien» parlent de lui comme étant réduit à un état complet d’idiotisme. « Il était, dit Uolinslicd, un véritable innocent. •
2. Ce fut seulement lorsque le meurtre du comte de Warwick eut été tacitement résolu, que le mariage d’Arthur, prince de Galle», avec Catherine d’Aragon, fut célébré par procuration, le 19 mai H 99 ; mais la princesse ne fut envoyée que trois ans , plus lard à son époux, lorsque celui-ci eut complété sa qualoi zieute aunée. La négociation de ce mariage, dit Bacon, dura sept ans : ce qui fut occasionné en partie par ta grande jeunesse de ce couple et particulièrement du prince; mais la vraie raison est que Henri VII et Ferdinand, étant
HENRI VII
année, et fut rompue par la mort prématurée d’Arthur, prince de grande espérance. Catherine, pour complaire aux deux rois, fut fiancée l'année suivante (1503), avec dispense [du pape, au frère du défunt, alors âgé de douze ans seulement, et qui fut le terrible Henri VIII. Longtemps après , au milieu des cruelles épreuves qui suivirent ce second mariage,' accompli après la mort dé Henri VII ', et qui fut dissous par un divorce, l’image sanglante du dernier des Planlagenets poursuivit l’infortunée Catherine : et rappelant sa disgrâce, elle s’écria dans son effroi et dans l’amertume de son âme : « Ceci est un jugement de Dieu, car ma première union avait été cimentée dans le sang. » L’année même où Henri resserra ainsi son alliance avec le roi d’Aragon et de Castille , il en conclut une autre avec le roi d’Ecosse , Jacques IV , qui épousa sa fille Marguerite Tudor, union qui rendit la paix durable sur une frontière toujours menacée , et prépara la fusion des deux royaumes. Henri VII, à cette occasion, montra une sagacité remarquable. Comme on disait en sa présence dans le conseil que, par suite de ce dernier mariage , la couronne d’Angleterre pourrait quelque jour passer sur la tète du roi d'Ecosse : « Dans ce cas, dit-il, ce serait l’Ecosse qui serait ajoutée à l’Angleterre et non l’Angleterre à l’Ecosse : le plus grand royaume entraînerait le plus
lotis deu\ de grands politiques doués d'un jugement profon*!, ils se regardèrent longtemps l’un i 'autre pour voir quel cours prendrait leur fortune. (Baron, Mit. de Henri VU )