‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés. T. 2Chapitre 112 sur 224 · RR IV. C.HAI'ITRR I · texte numérisé non relu

RR IV. C.HAI'ITRR I

évêque de Lincoln, puis archevêque d’York, en 1514. cardinal en 1515, et chancelier la même année, il fut nommé quatre ans plus tard légat du pape avec un pouvoir sans limites, tandis que d’autre part toute la puissance temporelle du monarque était comme en dépôt dans ses mains. Parvenu à ce faite, il donna carrière à son goût pour le line et la magnificence : il était, dit Hume, [dus av idc encore de gloire que de puissance, et quoique instruit et très-capahic, son habileté était inférieure à son ambition : libéral et magnifique, il favorisa les arts et les sciences et encouragea surtout l’érudition de son siècle. La fortune cependant développa son orgueil comme ses talents; hautain avec les étrangers et dur aux malheureux, il opprima le peuple et fut un des instruments de la politique absolue, particulière aux princes de la maison de Tudor : l’insolence enfin qu’il déploya, à ce faite où la fortune l’avait porté, jetait chacun dans une tentation violente de lui rappeler la bassesse de la condition d’où il était sorti '. VVolscy avait sans cesse besoin d’or pour alimenter son faste; les princes du continent savaient l’art de le rendre docile, et parmi eux, le jeune Charles d'Autriche surtout réussit à se rendre Henri VIII favorable en gagnant sou ministre.

Ce prince, connu [dus lard sous le nom de Charles V, commençait à se produire sur la scène du monde; fils de Jeanne la Folle, fille et héritière de Ferdinand le Catholique, il possédait du chef de sa mère l’Aragon, la Castille, le royaume de Naples et les possessions espa-

\. WoUcy, <1 il -ou, (Mail fils «l’un boucher d'Ip-.witli. Quelques auteurs ont contesté ce fait, 'railleurs sati* impôt lance pour mémoire.

HENRI VIII

gnôles d’Amérique ; il hérita |>ar Philippe le Beau, son père, des Pays-Bas, et enfin, l’empereur Maximilien, mort en 1516, lui ayant laissé son duché héréditaire d’Autriche, Charles, avant vingt ans, se vit le monarque le plus redoutable de l’Europe. François I*r, successeur de Louis XII sur le trône de France, était seul capable, par la situation géographique de ses états et par leur masse compacte plus que par leur étendue, de balancer la puissance colossale de Charles d’Autriche, et il le fit souvent avec plus d'audace que de prudence et de bonheur. Leur longue et sanglante rivalité occupa une grande partie du xvi* siècle et la mort de l’empereur Maximilien fit éclater entre les deux monarques les premiers symptômes de la lutte qui ne devait finir qu’avec leur vie. Tous deux prétendirent à l’empire; mais l’Allemagne, menacée par les Turcs, avait besoin d’un empereur dont les états servissent de barrière à l’invasion musulmane; et l’électeur de Saxe, Frédéric le Sage, ayant refusé la couronne impériale, la fit donner à Charles, qui dès lors devint célèbre sous le nom de Charles Quint. François I", blessé au cœnr dans son ambition, redemanda Naples, enlevé par Ferdinand le Catholique à Louis XII, et somma le nouvel empereur de lui rendre hommage pour le comté de Flandre, tandis que Charles Quint réclamait Milan comme fief impérial masculin et le duché de Bourgogne comme héritage de son aïeule Marie, fille de Charles le Téméraire. Les souverains rivaux recherchèrent l’un et l’autre l’appui de Henri VIII, qui eut avec François I" à Guines, près de Calais, une entrevue célèbre par la magnificence qu’on y déploya, et qui fit donner au lieu des conférences le nom de champ du drap d'or. il. 19

Rivalité

de

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François |*r ait champ du Drap d'or.

Après trois semaines île réjouissances et de fêtes splendides, les deux rois signèrent un traité d'alliance qui devint illusoire, Charles Quint ayant visité lui-même auparavant Henri VIH, et déjà séduit le cardinal Wolsey par ses largesses. Tant d’empressement de la part des- deux plus puissants monarques de l’Europe pour gagner Henri à leur cause, lui lit adopter cette devise superbe : Qui je dé[emh est maître.

Les premières années du ministère de VVolsey avaient été marquées à Londres par un soulèvement des ouvriers anglais contre des étrangers qui, par leur industrie et leur travail , leur faisaient une concurrence redoutable. Excités par le prédicateur Bell , ils prirent pour chef un homme obscur nommé Lincoln , tuèrent quelques étrangers , et incendièrent les maisons des autres. Wolsey réprima ces excès, et les punit par de rigoureux supplices. Le sang, versé dans cette circonstance, n’est point une tache pour sa mémoire : il eut a rendre un compte plus sévère pour sa conduite envers son ennemi personnel, Edouard Strafl’ord, duc de Buckingham , connétable d’Angleterre et descendant Pracèt d’Edouard III. 11 lui intenta, sans motifs légitimes, une ,lr accusation de trahison et le traduisit, pour fait de nécro-

Buckiiiflham. . ,

mancie et de consultation téméraire touchant la vie du (l521' roi, devant un tribunal composé de pairs, la plupart ses créatures ou ses flatteurs. Buckingham, coupable d’indiscrélion seulement, fut condamné à la mort des traîtres. Le duc de Norfolk, qu’on retrouve dans presque tous les procès criminels de ce règne, avait été nommé pour présider au jugement de l’accusé dont la tille avait épousé son fils; il répandit des larmes, selon sa cou-

HENRI VIII

fume, en prononçant la sentence: « Puisse le Dieu éternel, répondit Buckingham , vous pardonner ma mort comme je vous la pardonne. » Il fut décapité le 17 mai 1521, et la multitude, témoin de son supplice, exhala par l’injure son indignation et sa haine pour VVolsey, à qui clic l’imputa

Sa puissance grandit encore et demeura longtemps entière et sans contrôle. Les anciennes institutions étaient en ouhli ou sans force, et durant sept années, de 1515 à 1523, aucun parlement ne fut convoqué. Le roi et son ministre avaient recours aux dons gratuits et aux emprunts, expédients insuffisants ou dangereux, et qui produisirent plus d’irritation que d’argent. Enfin, en 1523, un parlement fut réuni, et le gouvernement ayant demandé un subside plus considérable qu’aucun de ceux qui eussent encore été votés, une vive opposition se manifesta dans les communes. Wolsey tenta de la surmonter en se rendant lui-mème au sein de cette chambre, dans tout l’appareil de la puissance dont il était revêtu, et s’étant plaint du profond silence avec lequel on l’avait accueilli, l’orateur des communes, quoique favorable à la demande de la cour, répliqua qu’en vertu des anciennes franchises de la chambre , elle n’était tenue à faire aucune réponse, et qu’il ne lui était pas permis à lui-mème de répondre sans que la chambre l’y autorisât. Cet orateur était le célèbre Thomas More, qui fut depuis chancelier et qui périt martyr pour sa foi.

Mais Henri ne s’arrêtait point aux obstacles: il fit venir

4. Le docteur Lingard a essayé de disculper Wolsey de toute participation a la nturl de Buckingham.

F.\lor»ions de Henri VIII.

Taxe*

et subsides.

en sa présence lord Montaguo, l’un des principaux opposants, et appuyant la main sur sa tète, tandis que Montague se tenait le genou en terre devant lui : « Ayez soin, lui dit-il, que demain mon bill passe, autrement demain votre tète tombera.» Le bill passa le jour suivant, quoique modifié par la chambre. Le subside accordé était payable en quatre années seulement; Henri l’exigea et le fit acquitter dans le cours de la même année. Le roi arracha en même temps de l’assemblée des membres du clergé la moitié de leur revenu annuel. Deux ans plus tard, il tenta de lever une taxe énorme, équivalente à la sixième partie des biens de chacun sans l’assentiment ou le concours d’un parlement. Wolsev, informé à celte occasion de l’agitation populaire, convoqua le lord maire et les principaux citoyens de Londres et leur dit qu'il invitait le peuple à payer ou qu’il en coûterait quelques tètes. Mais le soulèvement causé, par celle taxe ayant pris des proportions formidables, le roi écouta la prudence et retira sa demande *.

Cependant aucun but ne semblait trop élevé pour l'ambition de Wolsev, soit dans l’Église, soit dans l’Etal : déjà, une première fois, en 1320, à la mort du pape

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