‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés. T. 2Chapitre 120 sur 224 · V UK IV. CIIAI’I IIIK I · texte numérisé non relu

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bile à lui faire considérer comme siennes et goûter comine s’il les eût conçues les mesures ordonnées en son nom. Peu scrupuleux dans le choix des moyens, et sans souci des lois ou des libertés du royaume, lorsqu’il s'agissait d’accroître la puissance de son maître ou la sienne; jaloux cependant de la grandeur de l’État; superbe avec ses ennemis, affable et bon pour ses amis et ses serviteurs, avide et généreux tout ensemble, il passait tour à tour, et selon la fortune, de l’extrême insolence à la plus basse humilité; il ne sut en un mot ni se commandera lui-même ni se contenir; mais il contint Henri Mil, qui ne donna qu’après sa mort pleine carrière à sa férocité. L’Angleterre lui sut gré du rôle important qu’il lui lit prendre en Europe, de son goût pour les arts, de ses fondations utiles et magnifiques; la postérité enfin lui tint compte de la mort chrétienne par laquelle il termina une vie trop féconde en scandales. Son éloge ou son excuse est dans l'histoire des temps qui suivirent sa chute, et la maladie qui l’emporta avant l’âge, dérobant sa tète à Henri VIII, fut pour Wolsey une dernière et signalée faveur de la fortune.

Seconde partie et fin du règne de Henri Vill.

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La chute de Wolsey rapprocha de Henri VIII des hommes plus souples encore et plus serviles, les ducs de Suffolk et de Norfolk, anciens conseillers de son père, cl Thomas Cromwell, qui de l’atelier d’un foulon, s’éleva au

IlKMil Mil.

au

plus liant poste dans l'Eglise et dans l’Etat. Le roi, par un étrange caprice, leur adjoignit dans l’éminente charge de chancelier sir Thomas More, l’homme le plus illustre et l’un des meilleurs de son royaume, mais dont il ne connaissait encore que la science et les talents, et qui souvent l’avait charmé par une conversation aussi enjouée que spirituelle1. On vit en même temps grandir sur la scène le docteur Thomas Cranmer, savant théologien de Cambridge, devenu bientôt fameux à divers titres. Cranmer avait un des premiers suivi le mouvement imprimé par Erasme à la culture des lettres antiques dans le nord de l’Europe ; il était regardé comme une des lumières du l'université, lorsque Henri VUI l’envoya sur le continent, chargé de diverses missions relatives à son divorce. Lit, il épousa une femme de la secte de Luther, dont il avait en grande partie et il l’insu du roi, adopté les doctrines, lorsqu’en l’année 1S33, Henri VIH ayant besoin d’un instrument souple et docile pour gouverner sous lui le clergé, nomma le docteur Cranmer au siège primatial de Cantorbéry. Cranmer avait précédemment, et de concert avec sir Thomas More, engagé le roi à con-

I. Le roi trouvait un (cl agrément dans l'entretien de sir Thomas More, qu’il allait quelquefois le surprendre à ('improviste a sa résidence de Cheltea : il dînait avec lui et ils passaient familièrement la soirée ensemble. Daus 1a vie de More écrite par son gendre Roper. ce dernier rapporte que le roi, dans une de ses visites, parut un jour si ravi, qu'il sc promena une heure entière avec sir Thomas, tenant le bras passé aulour de son cou. Celui-ci cependant ne fut pas ébloui par un signe si prononcé de la faveur royale, et comme son gendre le félicitait : Oui, répondit More, Sa Grâce se montre trèshoniie pour moi, et elle m'honore singulièrement : néanmoins, fils Itoper, je u'ai pas lieu de m'enorgueillir; car si ma lèto en tombant pouvait lui donner seulement un fortin en France, bien certainement elle tomberait. (Roper, vie He Thoma* Wore.

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siiUer sur la validité de son premier mariage les principales universités de l’Europe. Celles-ci furent partagées d’opinion : les deux universités d’Angleterre, Oxford et Cambridge, et celle d’Italie furent favorables aux vœux du roi : il trouva une vive opposition dans celles d’Allemagne, et Luther s’éleva avec force contre lui, déclarant que Henri VIII serait moins coupable en prenant à la fois deux femmes qu’en répudiant la sienne. Le roi cependant déguisant les échecs, ne lit mention dans ses missions au parlement, que des réponses favorables qu’il avait obtenues, et Cranmer s’appuya d’elles pour obtenir l’assentiment des deux chambres de la convocation du clergé aux désirs du roi.

L’impatience de Henri VIII renversa tous les obstacles : il avait résolu d’épouser Anne Boleyn, et déjà, en septembre 1333, il l’avait établie à sa cour avec le titre du marquise de Pembroke. Après une résistance de six ans, elle s'était laissé vaincre, et au mois de janvier suivant, une grossesse s’étant déclarée, un mariage avait été secrètement conclu. Cranmer alors, dans une lettre habilement concertée avec le roi lui-même, représenta à Henri les malheurs auxquels une succession disputée exposerait la nation, et le supplia humblement de lui permettre d’entendre et déjuger la cause, prenant Dieu à témoin qu’il n’avait en cela d’autre but que le bien «le sa conscience et celui du royaume. Le roi fit gracieusement droit à celle requête, rappelant toutefois que la juridiction spirituelle appartenait à la couronne, et que le souverain n’avait aucun supérieur sur la terre. L’archevêque procéda au jugement, et cita Catherine d’Aragon a comparaître devant lui à Dunstable : la reine dé-

HLMU VIH.

daigna cette sommution et ne comparut pas. Cran mer alors déclara nul et non valide le mariage entre elle et Henri, comme contraire à la prohibition divine : puis communiquant cette décision au roi, il l'exhorta gravement à se soumettre à la loi de Dieu , 1 1 à éviter les censures qu’il encourrait nécessairement s’il persistait dans un commerce incestueux avec la veuve de son frère Huit jours plus tard, à Lambelh, Cranmer confirma le mariage du roi avec Anne lioleyn, et entin le t" juin suivant, elle fut couronnée reine. Ce divorce conclu sans l’autorisation du saint-siège, cette sentence rendue par l'archevêque dans une cause que le pape axait évoquée à lui-même, constataient déjà une rupture éclatante avec Home et marquaient le premier pas de Henri VH1 vers une séparation complète. Cet acte fut suivi de plusieurs autres qui, en frappant le clergé, eurent pour effet de le rendre docile ou de l’asservir.

Sous l’autorité de Wolsey, agissant comme légat du pape, le cierge presque tout entier, dans scs rapports particuliers avec le saint-siège, s’était rendu complice des actes, qui, en violant d’anciens statuts, avaient attiré sur le cardinal le ressentiment du monarque : une procédure fut ouverte contre les évêques, et aucun ecclésiastique ne pouvait plusse croire en sûreté. Le clergé eut alors recours, dans une pétition célèbre, à la miséricorde du roi, qui lui vendit son pardon pour une somme énorme, et qui reçut à cette occasion, pour la première fois, le titre de Protecteur ni clergé et de chef

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