‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés. T. 2Chapitre 131 sur 224 · Statuts, 31e ann. de Henri VIII, c. VIII · texte numérisé non relu

Statuts, 31e ann. de Henri VIII, c. VIII

2- L’exception d'ail leur» qui accordait au roi tout pouvoir sur la vie, les biens et la liberté des citoyens dans le cas d’bérésie, eût suffi | our enlever toute limite à l’autorité royale sous un prince qui s’arrogeait le droit de définir l’erreur.

I IV IKK IV. f il 4P1TIIH f.

Mort

•le Jeanne.

Se) inour.

Henri VIII épouse Anne •le Clives.

Cliulc et supplice de

Cromwell.

constance grave, avait été déjà fort ébranlé. La troisième femme de Henri VIH. Jeanne Seymour, plus lieu reuse que les deux premières, était morte, regrettée du roi, et lui donnant un fds qui fut Edouard VI. Henri consulta Cromwell pour le choix d'une autre reine et, d’après son conseil, il se décida, sans l’avoir vue, pour la sœur du due de Clèves, la princesse Anne, dont llolbein avait fait pour lui un portrait trop flatté, la’ roi fut désabusé lorsqu’il la vit, néanmoins il l’épousa, mais il n’éprouva pour sa nouvelle compagne qu'une aversion toujours croissante et il imputa son malheur a Cromwell. 11 conçut en même temps des soupçons sur son orthodoxie: soit ressentiment enfin, soit lassitude et besoin qu’ont souvent les despotes de renouveler les instruments de leur tyrannie ', Henri arrêta dans son cœur la ruine de son ministre; il dissimula cependant, le combla de nouvelles faveurs, le nomma lord chambellan, chevalier de la Jarretière, comte d’Essex et lui témoigna une confiance illimitée. Cromwell parut encore dans la chambre des lords, siégeant à la droite du roi et au-dessus de l’archevêque de Cantorherv; il se vit de nouveau l’objet de l’envie et de l’adulation de tous et s’entendit proclamer digne, par ses mérites, d’être le vicaire général de l’univers. Peu de jours après, le 10 juin, comme il assistait au conseil privé à sa place accoutumée, le duc de Norfolk l'arrêta au nom du roi pour crime de haute trahison, et Cromwell fut conduit à la Tour. On l'accusa de concussions, d’abus de pouvoir et de penchant à l'hérésie. On

I. Scclciuin luiimlros ut pcrverli ali alm nolcbat, ita plcrumquc salulus, et oblalis in carndom operatu rwoiilibdf, tolerw et prtrjrave* afllmt. (Tarit. . .1nnal., lil». IV, 7.)

IIKNHI VIII.

:ui

eul recours à son égard au procédé sommaire cl odieux qu’il avait suggéré contre la comtesse de Salisbury, il fut jugé et condamné par bill lYatlaiuder sans être entendu. Les pairs, si longtemps prodigues pour lui de flatteries, saisirent avec joie l'occasion de venger sur lui leurs longues humiliations et leurs honteuses terreurs. Le chancelier Audley, complice de tous ses actes, demanda sa tête, et Cranmer, son ami, après avoir essayé de le défendre, signa son arrêt comme les autres; Cromwel fut condamné tout d’une voix. Il eut recours, pour fléchir Henri VIII, aux plus basses instances; mais le roi avait découvert ses relations avec les princes protestants d’Allemagne, il fut inexorable et l’Angleterre vit tomber sous le fer du bourreau ce grand favori, qui plus que tout autre dans ce règne si fécond en vicissitudes, éprouva ce qu’il y a de plus extrême dans la bonne comme dans la mauvaise fortune La chute de Cromwell précéda de peu de jours la rupture de l’union malheureuse qui l’avait causée. Les lords et les communes poussèrent la bassesse jusqu’à supplier humblement le roi de faire examiner par l’assemblée du clergé les motifs qui, à leurs yeux, disaient-ils, mettaient en question la validité de son mariage avec Anne de Clèves, et le roi consentit à cette hypocrite enquête, affirmant qu’il n'avait en cela d’autre objet en vue que la gloire île Dieu, la prospérité du royaume et le triomphe de la

1. Quelques extraits de l’ageuda de Tbonias Cromwell, public1 par M. Ellis, suffiraient pour faire apprécier ce ministre et son époque : « Item, envoyer l’aldié de llcddinp, pour être jugé cl exécuté à llcddinp, avec scs complices. Item, l’abbé de Glnsloobtiry pour tire jugé a Glaslnn et y être aussi exécuté. Item, envoyer Gardon a l;i Tour pour être mis a la toiture, clr., etc. •

LIVIVE IV. CIIAPITHE I.

Nouveau

divorce.

Mai iaj’-»

de fleuri V || I e!

de Calhctino Howard.

foi De futiles prétextes furent accueillis comme des raisons graves et concluantes par l'assemblée du clergé qui, à l’unanimité, déclara nul le mariage de Henri VIH avec Anne de Clèvcs et le divorce fut aussitôt prononcé par les deux chambres du parlement 2.

Le roi épousa ensuite lady Catherine Howard, nièce du duc de Norfolk, chefclu parti catholique. Celui-ci remplit alors quelque temps la charge de principal ministre; il profila de sa faveur pour frapper sans pitié tous ceux qui défendaient ouvertement les opinions nouvelles, tandis que le chancelier, qui les favorisait en secret, se montrait non moins implacable envers les adversaires de la suprématie religieuse de la couronne. Le roi provoquait ces rigueurs barbares et se faisait gloire d’une cruauté qui montrait tout ensemble son orthodoxie et son impartialité. C’est ainsi qu’il fit traîner le même jour, à Sinitlilield, trois malheureux qui avaient nié la transsubstantiation, ayant chacun à leur côlé, sur la même claie, un catholique qui persistait à reconnaître le pape pour chef de l’Kglisc, et tandis que les tlammcs consumaient les premiers comme hérétiques, les autres, punis comme traîtres, étaient pendus et mis en quartiers.

Le duc de Norfolk et le parti catholique auquel il appartenait, considéraient comme une victoire le choix que le roi avait fait d’une nièce du duc, de lady Catherine Howard , pour sa cinquième femme. Sa fin tragique

1. Journal des tords. — Herbert (le Clicrbury, Fie de Henri Y lll. — Celle comédie, dit Liiif.anl, fui décrite, trois jour» avant d’éire jouée, dans une lettre du ronscil a Clarke, en date du 3 juillet.

2. Anne de Clètet obtint, en retour de son consentement ou divorce, un revenu annuel do trois mille livres sterling.

ébranla leurs espérances. Des avertissements touchant son inconduite avec plusieurs personnes, furent portés à Henri VIII par l'archevêque Cranmer. Le roi, surpris autant qu’irrité de cette découverte, résolut aussitôt de venger dans le sang de sa nouvelle compagne son honneur et son amour-propre offensés. Ceux qu’on lui donnait pour amants, convaincus d’avoir eu avec elle, avant son mariage, des relations coupables, furent condamnés à mort et exécutés. La malheureuse reine, quoique accusée d’incontinence depuis cette époque, sur de légers indices, ne réussit point à se justifier. L’implacable Henri VIII enveloppa dans son châtiment lady Kocliefort, sa dame d’honneur, soupçonnée d’avoir favorisé ses intrigues, et tous ceux qui, les ayant connues, les lui avaient cachées. De ce nombre étaient la duchesse douairière de Norfolk, sa grand’mère, la comtesse de Bridgevrater, lord William Howard et sa femme, avec d’autres de condition inférieure. Tous indistinctement Coodtmmiiun

furent compris dans le bill iVattainder que le parlement supplice fulmina contre la reine. Peu de jours après, l’infortunée JVûw«rd!"° Catherine Howard monta sur l’échafaud avec sa coin- (1542) pagne, lady Hochefort. Dans son repentir ou dans sa terreur, elle s’avoua coupable envers Dieu et envers le roi, et pour la seconde fois, dans ce règne de sang, l’Angleterre vit la tète d’une reine tomber sous la hache du bourreau. Ce n’était point assez pour l'amourpropre offensé de Henri VIH, et afin de mettre désormais son honneur à couvert contre de pareils affronts, il obtint des deux chambres un statut digne des plus affreux tyrans, par lequel toute femme réputée vierge, qui n’ayant pas gardé une chasteté inviolable, n’en faisait

.144 L1V HF. IV. CHAPITKE I.

pas l’aveu avant d’épouser le roi, était déclarée, pour ce seul fait, coupable de trahison et punissable de morj. M> liage La inain sanglante de Henri VIII devint ainsi un objet ,u Hr»n mu tj>eg>roj p0ur touies |es jeunes filles qui, loin d’aspirer à h!'"'"' partager sa couronne, fuyaient son contact comme mortel et il épousa une veuve, lady Catherine Parr, mariée en premières noce3 avec lord Lalimcr.

Une guerre de quelques années avec l’Ecosse et avec la France attira au dehors l’attention du roi, sans apporter aucun relâche à la sombre tyrannie qu’il exerçait à l’intérieur. Les forces considérables qu’il mit sur pied exigeaient pour leur entretien des sommes immenses et il obtint, pour se les procurer, le concours du parlement à des mesures violentes et arbitraires. Après avoir arraché au clergé comme aux laïques également frappés de terreur, des subsides énormes, il altéra le titre des monnaies *, fil prononcer par le parlement de 1544 Eiiciion», l’abomion des dettes contractées par des emprunts, obliforci?,, géant ceux qu’il avait remboursés à rapporter au trésor

etc.

les sommes reçues, et maigre ce statut inconcevable et peut-être sans exemple dans l’histoire d’un peuple, il ordonna un nouvel emprunt, réputé volontaire, mais auquel le refus de souscrire était puni d’un enrôlement

I. A r«YéMit»rut ilo Henri VIII, l'once d'or cl la livre d'argent valaient chacune quarantc-sii sliiUirp.it: il fit émettre une nouvelle monnaie, mêlée d'une quantité considérable d’alliapc cl parvint cii même lempi a s'emparer do l'ancienne, on offrant une prime a ceux qui l’apporteraient à la falriqur*. Avant Ij fin de U guerre, les monnaies contenaient autant d'alliage que d'argent : l’année d'après, l’alliage excé-Jail l'argent dans la proportion de deux parties sur une. Le roi bouleversa ainsi toutes les transaction» commerciales, cl ses succès mus furent obligés de retirer sa monnaie de la circulation, (l/ingard, Règne d* fleuri r///.)

Il EMU VIII.

force dans les conditions les plus dures Le parlement enlin, après l’octroi d’un considérable et dernier subside, abandonna au roi tous les collèges, chantrcrics et hôpitaux du royaume, avec tous les manoirs, terres et héritages qui en dépendaient.

Une portion des sommes immenses ainsi recueillies fut employée par le roi, à soutenir les armées qu'il entretint sur le continent et sur la frontière d’Ecosse. N’ayant pu persuader à son neveu, Jacques V, roi de cette contrée, de suivre son exemple en rompant avec Home, il voulut l’y contraindre. Une armée anglaise, sous le duc de Nor- Guerre folk, passa la Tweed à Berwick, ravagea le pays, et à "vrcl,co5 l’approche de trente mille Ecossais , se relira devant (,5,2t eux pour mettre la frontière anglaise à couvert. Le roi Jacques voulut la franchir à son tour, mais sa noblesse refusa de le suivre ; dix mille hommes seulement obéirent et, par son ordre, pénétrèrent en Angleterre à l’ouest, par le détroit de Solway. Surpris à l'improviste, à Solway-Moor, par un corps de cinq cents Anglais, ils se crurent attaqués par l’armée anglaise tout entière et prirent honteusement la fuite, laissant un grand nombre de prisonniers de marque dans les mains du vainqueur. Le chagrin profond qu'il éprouva de cette défaite, joint au ressentiment qu’il eut de la rébellion de sa no-

I. Tbonii Kead , aldcrmau Je la cité Je I.onlrcs , ayant réfuté Je payer sa part d'un don gratuit (bentvolencc), fut enrôlé de la sorte. II ciiste uno lettre adressée par le roi II lord Esers, gênerai de scs troupes sur la frontière d'Éc«*s»c, dans laquelle il lui enjoint de soumettre Read à tout ce que le service a de plas pénible ofin qu’il fût mieux disposé à payer une autre fois. « Traitei-le en toutes rliosf 8 , dit le roi, avec la rigueur de la discipline dos armées «lu Nord. • (l.odgr, p. 80, cité par llallam j

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