EMMA RD VI
L’amiral ne pouvant gagner son frère, résolut de l< perdre, et tous ses efforts tendirent à diminuer son crédit dans le parlement et à le ruiner dans l’esprit du jeune roi. Il corrompit le secrétaire d'Edouard, entretint avec ce prince une correspondance secrète et tenta de l'éclaircr en lui montrant la réunion des pouvoirs de protecteur du royaume et de gouverneur du roi. dangereuse dans ta même main et portant trop haut la puissance d’un sujet. Seymour fut encouragé et maintenu dans cette voie téméraire par un homme plus liahilc (|ue lui et encore plus ambitieux, par Dudley, comte de Warvvick, qui s’attribuait le principal honneur de la victoire de l’inkey et qui, se donnant pour l’ami des deux frères, envenimait leurs querelles et les excitait sourdement l’un contre l’autre. 11 poussa l’amiral à des démarches qui devaient le perdre aux yeux du protecteur, en ébranlant celui-ci, et il préparait ainsi sa propre élévation sur la ruine de tous deux.
Somerset s’était réconcilié une première fois avec son frère; mais ensuite, le voyant persévérer dans ses intrigues coupables et chercher à soulever contre lui le parlement, le conseil, le peuple et le roi lui-même, il prêta l'oreille aux insinuations de Warvvick, dépouilla son frère de la charge d’amiral et le fit conduire à la Tour. 11 essaya en vain d’obtenir de lui l’aveu de ses tantes et la promesse formelle de renoncer a ses projets ambitieux. Seymour, trop confiant dans son crédit près du roi et des deux chambres, repoussa les avances de son frère; il demanda un jugement solennel et une libre défense avec confrontation de témoins, et brava hautement toute la puissance du protecteur. Somerset
Supplice.
lnrd Seymour.
Mictre
croissante
du
peuple.
alors étouffa dans son âme tout autre sentiment que la colère et la vengeance. Il résolut de frappe r son frère par la voie la plus courte et en même temps la plus sûre, et fit rendre par le parlement un hill d'atlainder ou de proscription qui dispensait, pour frapper l’accusé, de l’observation des formes légales. Il obtint, à cet effet, l’aveu d’Edouard, et triompha aisément de la faible opposition qui éleva la voix dans la chambre des lords et dans celle des communes. Le bill d'atlainder fut rendu presque à l’unanimité 1 : la tète de lord Seymour tomba sur l’échafaud à Tovver-Hill, et l’ordre d’execution fut signé par son frère. Celui-ci, quoique provoqué à sévir, parut avoir écouté la passion plutôt que la justice en refusant à Seymour un jugement légal, et il donna |>ar cette conduite à ses propres ennemis des armes contre lui.
Des troubles civils causés surtout par les changements profonds apportés dans l’administration des biens qui avaient appartenu au clergé, marquèrent la suite de ce règne si court. La réformation, en supprimant les monastères, ou une multitude de pauvres trouvaient leur subsistance, et en faisant passer en des mains nouvelles une partie considérable du territoire, occasionna, dans les premiers temps surtout, de très-vives souffrances. Lit mendicité, malgré les mesures légales décrétées pour la restreindre, s’accrut d’une manière effrayante : les fermes, les terres abbatiales, furent régies avec une rigueur inusitée lorsqu’elles passèrent de la main des moines dans celle des courtisans. Il y eut augmentation dans le prix des fermages et diminution dans les débouchés pour