EDOUARD VI
les récoltes, dont le revenu, dépensé jadis sur les lieux mêmes, alimentait maintenant le luxe des grandes villes f;t surtout de la capitale : aucun lien d’habitude n’attachait plus les fermiers aux propriétaires, et les premiers, inconnus à leurs nouveaux maîtres, étaient en proie à l’avidité des intendants.
D’autres causes rendaient les souffrances plus vives encore. Les manufactures avaient fait des progrès rapides : la consommation de la laine anglaise était immense, soit dans le royaume, soit à l’étranger. Les pâturages qui les produisaient acquirent, en conséquence, une valeur très-supérieure au produit des terres labourables : la spéculation changea une grande partie de celles-ci en pâtures; elle les lit enclore, elles cultivateurs en furent expulsés avec leurs familles : pour comble de misère, enfin, et par suite de l’immense importation des métaux précieux du Nouveau Monde, le prix de tous les objets de consommation s’était beaucoup accru sans que les salaires eussent augmenté à proportion ; la détresse du bas peuple et des artisans était devenue extrême, et des plaintes douloureuses s’élevaient sur tous les points du royaume.
Touché des malheurs du peuple et soigneux de sa popularité, Somerset ordonna d’abattre les nouvelles clôtures, et nomma des commissaires pour écouter les griefs et y faire droit. 11 provoqua ainsi la colère de l’aristocratie terrienne et de ceux qui, enrichis par Henri VIII, étaient intéressés au maintien de toutes les conséquences matérielles de la révolution religieuse, et sans pouvoir apporter un remède efficace aux abus, il enhardit les mécontents qu’il s’efforçait de soulager.
ItévulUf.
Des révoltes éclatèrent sur plusieurs points. Lord Kusscl et lord Gray battirent les relielles à Exctcr. Vingt mille hommes conduits par un tanneur nommé Ket, se soulevèrent à Norfolk, et eurent d’abord quelques avantages. Ils s’emparèrent de Moushold-Hill, près de Norwieli. Leur chef érigea son tribunal sous un vieux chêne, auquel resta le nom de chêne de la réformalion, et là il rendit des arrêts terribles contre la noblesse du pays. Le comte de Warwick remporta sur cette multitude insurgée une sanglante victoire : les chefs de la révolte furent pris et punis du dernier supplice.
Ges rébellions, ( n occupant à l’intérieur les forces militaires du royaume, enhardirent ses ennemis au dehors. Les Ecossais, avec l'aide des généraux français de Thermes et d’Essé, poursuivirent leurs avantages et recouvrèrent encore quelques places. La 1- rance tenta également de ressaisir le territoire que Henri VIII lui avait enlevé, et elle assiégea Boulogne'. Somerset, se voyant ainsi pressé au nord et an midi, lit une tentative pour s’allier avec l’Empereur, et ce projet ayant échoué, il inclina aussitôt vers la paix. Ses ennemis, dans le conseil,opinèrent pour la guerre, et le rendirent responsable des revers. Un abîme se creusait sous ses pas. Inconséquent dans sa conduite, sacrifiant beaucoup d’une part au goût du faste et de la magnificence, et d’autre part briguant la faveur populaire, il prêtait aux accusations de tous les partis. Il avait ouvert dans sa résidence une cour des requêtes pour le peuple qu’il protégeait auprès
, Ce siégo fu' commandé par C.nfpant .te Cutigny, donl le nom, m famuun ,1.1 ui» appaiall ici pour la première fuis dans l'Iiisloirc.
îles juges et des tribunaux, et il faisait en même temps construire dans le Strand , près de la cité, un palais qui étonne encore par sa magnificence, et qu’il éleva sur l’emplacement de plusieurs églises et de leurs cimetières, provoquant ainsi l’envie et blessant à la fois le respect populaire pour les tombes. Warxvick, le voyant ébranlé, s’unit pour le perdre avec l'ancien chancelier Wriotliesley, comte de Soutbainplon, /.’t ils formèrent contre lui avec les principaux membres du conseil une ligue redoutable. Us s’entendirent tous secrètement avec les principaux officiers de la couronne comme avec les magistrats de la capitale, et Somerset eut à peine aperçu l’orage qu’il s’en vil écrasé. Il courba la tète, se reconnut coupable à genoux, signa sa confession et abdiqua. Cependant le moment de lui porter le dernier coup n’était pas encore venu, et, pour mieux frapper son rival, VVarwick s’en rapprocha : il lui rendit sa place dans le conseil, et conclut un mariage entre lord Dudley, son fils, et lady Jeanne Seymour, tille de Somerset.
Parvenu au pouvoir, Warwick prit le parti qu'il avait rejeté pour s'y élever : il opina pour la paix : le conseil rendit Boulogne à la France au prix de quatre cent mille écus; il restitua plusieurs forteresses à l'Ecosse, et à ces conditions la paix fut conclue. Warwick, tout-puissant dans le conseil, était alors le maître du royaume; mais son ambition croissait toujours avec sa fortune; et il obtint à cette époque de succéder au titre du dernier duc. de Norlhumhcrland, qui était mort sans enfants, et dont le frère, sir Henri Perev, condamné comme rebelle, avait été déclaré inhabile à recueillir sa succession. Warwick reçut en même temps des terres immenses
Abdication du |»Vo lecteur.