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sa grâce sur l’écbafaud : lorsqu’il fut lié au poteau, on plaça devant lui, sur un tabouret, les lettres de grâce que la reine lui accordait au cas où il voudrait se rétracter. 11 les fit éloigner et souffrit la mort dans sa rigueur la plus terrible. Le bois était vert et le vent portait la flamme loin de lui; toutes les parties de son corps furent consumées avant que les parties vitales fussent attaquées ; une de ses mains tomba en charbon el il continua de se frapper la poitrine avec l’autre; on l'entendit prier et exhorter le peuple jusqu’à ce que sa langue, épaissie par la violence du tourment, fût devenue incapable d’articuler : il fut trois quarts d’heure a mourir et montra jusqu’à la tin une constance inaltérable. Sandera fut brûlé à Coventry, on lui offrit sa grâce aux mêmes conditions, il la refusa aussi : « Bienvenue soit la croix de Jésus-Christ, s’écria-t-il en embrassant le poteau, bienvenue soit la vie éternelle! » L’acte pour lequel presque tous les protestants furent condamnés était le refus d’acquiescer à la présence réelle. (Jardiner voyant grossir chaque jour le nombre des victimes, se reconnut avec effroi chargé seul de l’horreur de tant d’exécutions, il voulut en rejeter une partie sur d’autresel confia ce soin odieux à l’évêque de Londres, Bonner, homme violent et féroce, qui repaissait avec joie ses yeux des souffrances des victimes. Il suffira d’ajouter quelques noms à ceux déjà connus : Ferrar, évêque de Saint-David, fut brûlé dans son diocèse; Kidley et Latimer, anciens évêques, l’un de Londres, l’autre de Worcester, célèbres tous deux par leur savoir et leurs vertus, périrent ensemble dans les flammes, à Oxford, en s'exhortant l’un l’autre. Lors-
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qu’on eut lié Latimer au poteau, il dit à Hidley : « Kéjouissons-nous, mou frère, nous allumons aujourd’hui en Angleterre un (lambeau qui, s’il plaît à Dieu, ne s’éteindra jamais. »
Parmi ceux qui subirent le martyre sous ce règne, aucun, plus que l’archevêque Cranmer, justement nommé le patriarche de la réforme en Angleterre, n’excita une émotion profonde et durable. Cranmer, homme bienveillant, mais sans force morale, avait traversé des règnes orageux en se pliant aux circonstances, suivant presque toujours le torrent, et n’opposant sous Henri VIH que de faibles digues aux volontés d’un despote intraitable et sans pitié. 11 avait été, sous le règne suivant, le docile instrument de l’ambition de Warwick ; il avait couronné l’infortunée Jeanne Cray et nous l’avons vu, pour ce fail, condamné à mort. 11 obtint sa grâce cependant, mais non la liberté. Marie le réservait à de plus grandes douleurs, et après avoir accompli la réconciliation de son royaume avec l'Eglise, elle provoqua contre lui l’explosion de la colère du saint-siège. Cranmer fut cité à comparaître à Home devant le pape : il était alors retenu prisonnier à Oxford et dans l’impossibilité absolue de se rendre à cet appel; m,„ i
sa sentence fut néanmoins prononcée par la cour ro- d“al
mairie et Marie donna l’ordre de l’exécuter. L'effroi des Cr»nnur. tourments et de la mort l’emporta, dans ce moment (tsss) terrible , sur ses convictions : Cranmer se rétracta , abjura ses croyances et demanda la vie. Le matin même du jour marqué pour son supplice, il signa une rétractation nouvelle, mais il se parjura en vain : l’ordre fut donné de le conduire au bûcher : alors seulement, n’es-
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Itérant plus rien des hommes, il trouva du courage dans l’excès de sa honte et de sa douleur et s’éleva au-dessus de lui même. On attendait de lui une rétractation |)uhlii|iie et verbale qui confirmât celle qu'il avait donnée par écrit, et il fut conduit à cet effet à l’église Sainte-Marie, où un sermon fut prêché par un prédicateur envoyé à Oxford par la reine. Un écrivain catholique, témoin de cette scène lugubre, nous décrit, dans cette circonstance, la conduite de l’archevêque en des ternies que nous transcrivons ici fidèlement : « Qu’ai-je liesoin de rappeler , dit-il , son air triste , ses joues baignées de larmes, tenant ses yeux tantôt levés au ciel avec espérance, tantôt inclinés vers la terre avec honte : image vivante de l'affliction, mais néanmoins toujours grave et tranquille, ce qui augmenta tellement la pitié des spectateurs, qu’ils prenaient un intérêt évident à lui, croyant voir dans sa conduite les marques du repentir. Mais Cranmer, adressant la parole à l’auditoire, le détrompa en lui révélant la cause véritable de sa contrition et de ses regrets. « J’arrive maintenant, dit-il, au grand motif qui trouble ma conscience plus que toute autre chose que j’aie pu dire ou faire, dans tout le cours de ma vie, c’est d’avoir publié des écrits contraires à la vérité, par crainte de la mort et pour sauver ma vie, s’il était possible; ce qui comprend tout ce que, depuis ma dégradation, j'ai écrit de faux et revêtu de ma signature. Et, attendu que ma main a péché en écrivant ce qui n’était pas dicté par mon cœur, elle sera brûlée la première quand je serai livré aux flammes.... » On lui rappela alors sa dissimulation et sa rétractation, et il répondit : « Hélas j'ai toute ma
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vie aimé la franchise et je n’avais jamais dissimulé la vérité jusqu’à ce moment que je regrette. » On le lit taire alors et on l’emmena. Arrivant au bûcher d’un air tranquille et résigné, il se dépouilla rapidement de ses vêlements , et restant debout en chemise , il déclara qu’il se repentait amèrement de sa rétractation; sur quoi lord William, qui présidait à l’exécution, dit aux bourreaux : « Hâtez-vous. » Le bûcher ayant été allumé , l’archevêque étendit la main droite et l’exposa aux flammes quelque temps avant qu’elles eussent atteint les autres parties de son corps, et chacun put voir sa main brûler, tandis qu’il s’écriait à haute voix : « Cette main a péché. » « Sa patience dans les tourments, dit le même auteur catholique, son courage en mourant, si c’eût été pour la gloire de Dieu, pour le bien de son pays, ou pour rendre témoignage à la vérité, et non pas pour une erreur pernicieuse, auraient été un exemple digne d’éloges et d’une renommée égale à celle de tous les pères de l’Eglise des anciens temps. Chacun regretta sa mort : ses amis par affection, ses ennemis par pitié, les étrangers par ce sentiment général d’humanité qui nous attache les uns aux autres '. »
Telle fut la Un de cet homme célèbre, et sur lequel les opinions sont encore partagées en Angleterre. Les uns lui vouent un culte comme au fondateur de la réforme dans leur pays, et comme avant couronné son œuvre par le martyre; les autres ne se *souviennent que de ses nombreuses faiblesses. On peut dire de lui avec vérité
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