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MARIE
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comprendre jusqu’où peut s'égarer l'esprit humain aveuglé par le fanatisme. 11 n’v a rien à ajouter au simple récit des faits, et toute éloquence est ici au-dessous de la simple vérité. L’opinion détestable qui porte l’homme à égorger celui qui ne jiartage pas sa croyance a ses racines dans l’orgueil, et cette opinion était alors commune aux protestants et aux catholiques. Aucun «le ceux-ci, il est vrai, ne fut mis à mort sous Edouard VI, et comme ils étaient censés avoir conservé une portion considérable de la vérité, le statut terrible de llerelico cotnburendo. en vertu duquel un si grand nombre de leurs adversaires périrent dans les flammes sous le règne de Marie ne leurfut point appliqué : mais plusieurs anlitrinilaires et anabaptistes subirent la peine du feu sons le règne d'Edouard VI, et si les réformés épargnèrent les catholiques, ils observèrent en cela beaucoup plus la lettre écrite des statuts que les principes éternels de la tolérance, qui étaient alors partout méconnus, et aussi complètement étrangers aux persécutés qu’aux persécuteurs. Le cœur se serre et s’indigne au récit de tant d’atroces barbaries ; et l’on serait tenté de murmurer contre l'auteur souverain du inonde qui les a permises, si elles n’avaient pour résultat de mettre en lumière et dans son plus beau jour notre nature morale, de nous montrer l’esprit surmontant les angoisses de la chair, et le culte de la vérité poussé jusqu’au plus sublime dévouement : si lesperséculeursenfln.si ceux qui jugent leurs semblables dignes de fa mort la plus affreuse, parce qu’ils préfèrent celle-ci à l’apostasie et au mensonge, sonl aussi cruels que les esprits infernaux et plus stupides que les brutes, leurs victimes participent déjà de la nature cé-
lesle, elles nous font voir toute la sublimité de la vertu et d« la foi triomphantes, exemple le plus héroïque qui soit offert à l’admiration des hommes, et la plus forte garantiede leurs immortelles destinées.
On jugera par un seul fait de l’excès où fut portée à celte époque en Angleterre l'ardeur delà persécution: Philippe 11 la modéra : ce prince, si fanatique et si impitoyable dans ses propres Etats, ralentit le cours de ces cruautés sur le sol de la Grande-Bretagne par la crainte de l’horreur quelles y inspiraient : on assure que ce fut lui qui sauva la vie à la princesse Elisabeth, non sans doute par compassion, mais par un profond calcul de sa politique. La reine, âgée de plus de quarante ans et maladive, ne lui avait pas donné d’enfants : les catholiques jetaient déjà les yeux, pour sa succession, sur la reine d’Ecosse, Marie Stuart, unie au dauphin, fils de Henri II, et cette dernière union aurait rendu la France trop puissante si, à la couronne d’Ecosse, Marie avait joint celle d’Angleterre. Philippe, enfin, supposant le cas où il deviendrait veuf, [tarait avoir songé à épouser Elisabeth ellemême, la [dus proche héritière du trône. Mais s’il adoucit dans le royaume les effets de la persécution, il contribua puissamment à y introduire ses deux instruments les plus actifs, l’inquisition et la torture : une commission, composée de vingt-un membres, et que trois d'entre eux représentaient, fut armée de pleins pouvoirs contre l’hérésie, et la seule possession de livres infectés de doctrines hérétiques fut considérée comme un crime digne du feu La réaction alla plus loin encore : elle