I. MaMulay, Essays rritical and Misceifoneons
Principaux
conseillers
d’£lisal>clii.
Leur
caractère.
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grandes âmes, ni les dons brillants du génie; mais ils furent tous recommandables par la mesure, par la vigilance, et par cette volonté persévérante qui surmonte les obstacles et donne la durée aux succès. Ces traits-là furent communs aux grands ministres d'Elisabeth, au garde des sceaux, sir Nicolas Uacon, au secrétaire d’Etat, François Walsingham, et à celui qui fut plus avant que tous dans sa faveur, au lord trésorier Cccil, baron de Iturlcigli. C’est ainsi qu’ils obtinrent les louanges de leurs contemporains et de la postérité, et ils en furent dignes jusqu’à la tin par l’habileté singulière avec laquelle ils surent distinguer les signes du temps, et par
leur fidélité inviolable aux intérêts de leur pays et à la gloire de la grande reine qui avait mis en eux sa confiance. Quelque capables et puissants qu’ils fussent néanmoins, la main qui les avait élevés et qui les maintenait se faisait sentir dans tous leurs actes. Elisabeth, quoique jalouse au plus liant point de son autorité, ne craignit pas de mettre en lumière leurs talents et de les rapprocher d'elle; elle avait le sentiment île sa propre grandeur, et ce fut sa gloire, comme celle d’un de nos plus grands rois, de s’être entourée et servie des hommes les plus éminents de son époque, sans en être éclipsée.
Cependant c’est à la crainte d'aflaiblir son pouvoir en le partageant qu’il faut attribuer sa résolution secrète de ne se marier jamais, tandis qu’elle encourageait ouvertement les espérances de plusieurs grands princes qui aspiraient à sa main. Philippe II y prétendit, et après lui elle fut demandée par Catherine de Médicis pour son fils Charles IX, quoiqu’il fût plus
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jeune qu'Elisabelh de plusieurs années. Ayant échoué dans ce projet, Catherine le reprit plus tard pour son troisième fils le duc d’Anjou, mais sans plus de succès.
Ces divers projets de mariage, dans l’esprit d’Klisabeth , n’avaient rien de sérieux , elle en tirait parti pour la politique et pour sa vanité. Elle songeait toutefois à se ra|i- |H-ocher réellement de la France, son but étant de séparer les intérêts des deux grandes monarchies catholiques de l’Europe, la France et l’Espagne, et un traité d’assistance mutuelle, en cas d’invasion étrangère, fut signé ’lra,l<! 1,0 lil"'' entre elle et Charles IX à Blois, le 2;> avril 1572. Ce traité ne pouvait longtemps prévaloir contre les causes puissantes qui rattachaient la France aux intérêts généraux du catholicisme, tandis qu’Klisabeth était placée à la tète du protestantisme en Europe, el bientôt l’affreux massacre de la Saint-Barthélemy, dans lequel des milliers de protestants, Coligny et leurs plus illustres chefs, furent égorgés de sang-froid dans l’aris, éclaira d’un jour sinistre la situation véri labié. Celle épouvantable nouvelle remplit la reine d’indignation el d’horreur.
1, ambassadeur de France, Lamothe Fénelon, demanda plusieurs jours en vain à être admis en sa présence, et lorsqu’enfin il fut introduit il trouva Elisabeth en grand deuil avec toute sa cour et fut accueilli en silence dans un appariement sombre comme un tombeau. La reine n’admit aucune justification de cet exécrable attentat et ne cacha point ses craintes sur la durée de son alliance avec Charles IX : elle évita de lui donner aucun sujet réel de plainte : mais elle croyait le protestantisme menacé dans le monde par une conspiration redoutable, dont le massacre de Paris était un des il. 21»
résultats 1rs plus odieux, rl elle pourvut à sa sùrelé contre toute surprise par des mesures d’une grande énergie, resserrant ses alliances avec les princes allemands, fortiliant ses côtes et armant sa flotte. Ses alarmes étaient fondées et après la mort de Charles IX et l’avéncment au trône de France du faible Henri III, son frère, une ligue étroite se forma, pour renverser Klisabeth, entre le pape, le roi d’Espagne et le duc Henri de Guise, chef reconnu 4’rumSmiIi. du parti catholique français. Dans cette ligue entra le roi d’Ecosse Jacques VI , à peine âgé de quatorze ans et récemment échap|*é à la confédération anglo-protestante ipii s’était emparée de sa personne après le supplice du régent Morton, condamné et décapité comme complice du meurtre de Darnley. Jacques, quoique élevé dans la religion protestante, annonçait hautement l'intention de délivrer sa mère par les armes, et, sous la direction du comte d’Arran, il attendit, pour agir, le succès de l’invasion projetée en Angleterre par le duc de Guise à l’aide des subsides du pa[>e et de Philippe H Pour faire face a tant de périls, Elisabeth redoubla de vigilance, «le ruse s« politique. tq ^'activité. Elle avait resserré ses relations avec la cour de France, en faisant espérer sa main à Catherine de Médicis pour son quatrième lits le duc d’Anjou a , et en l'abusant, comme elle l’avait déjà fait deux fois par de fausses promesses. Elle députa l’habile Walsingliam auprès de Jacques VI pour le détacher du parti de sa En Ecosic. mère, et resserra ntSes liens avec tes adversaires du comte
1. t’aprera <ic Sitnunraa. InSIre «le Jacques V| Citer pot M Mignot. Ilitl. 41e Jtfaria Sluarf, c. IX.
2. O prince, cou nu a'.bnrd comme duc d’Alctirnn, atiil pria, aprfci l'«»0mnncnl 4c Henri III. IclilfC <lc .lue (T Anjou.
ELISABETH
d’Arran, elle médita, de concert avec eux, une expédition en Ecosse; elle soutint les Provinces-Uni es dans "a"' i” .
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leur lutte avec Philippe II, et lorsqu’on 1585, l’assassinat du prince d’Orange, Guillaume le Taciturne, à Delft, eut mis en péril l’indépendance des Provinces-Unies, que ce grand homme avait affranchies, Elisabeth lit alliance avec les états généraux contre Philippe 11 et leur envoya six mille hommes sous les ordres de son célèbre et brillant favori , le comte de Leicesler. En France, enfin, où la En Freil<.c, mort prématurée du duc d’Alençon faisait tomber la succession à la couronne dans la branche protestante des Bourbons, et où les chefs de fa ligue catholique avaient forcé Henri III de s’unir à eux, Elisabeth se rapprocha du roi de Nav arre, héritier présomptif du trône et excommunié par le pape Sixte-Quint.
Des périls plus grands, peut-être parce qu’ils étaient plus cachés, menaçaient Elisabeth : le fanatisme religieux préconisait l’assassinat lorsqu’il avait pour but le triomphe de l’Eglise et l’extirpation de l’hérésie. Le double assassinat de Coligny et l’cxécrahle massacre de la Saint-Barthélemy avaient trouvé de nombreux apologistes dans tous les ordres de l’Etat : et le meurtre du prince «l’Orange , soudoyé par Philippe II , était devenu un litre d’honneur pour le meurtrier, dont la famille fut anoblie. Elisabeth en butte à de semblables attentats, n’ignorait pas qu’aux ennemis innombrables qu’elle avait en Europe se joignaient de cœur la plupart des catholiques anglais dont un grand nombre partageaient les sentiments d’un gentilhomme gallois, appelé Parry, qui pensa faire une action sainte en l’assassinant, et qui fut trahi par un complice avant d’exécuter son projet
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homicide. Klisabelli crut alors sa sécurité attachée à la ruine du catliolicisme dans son royaume : elle mit tout en œuvre pour l’eu extirper avec l'aide du parlement; aux conjurations et aux complots, elle répondit par des persécutions, et le parlement passa deux lnlls, dont l’un défendait, sous les peines les plus sévères, le séjour des étudiants dans les séminaires étrangers, déclarait coupable de haute trahison tout prêtre catholique anglais, qui se trouverait dans le royaume après le délai de quarante jours et passible d’emprisonnement à la volonté de la reine quiconque ne le dénoncerait pas. L’autre bill, en cas de mort violente de la reine, privait Marie et scs descendants de tout droit à la succession à la couronne.
Les dangers sans cesse renaissants d'Elisabeth, de si grands efforts pour la renverser en délivrant Marie . tant de ligues et de complots qui avaient pour but principal le rétablissement du catholicisme dans la tjrandc-Bretagne , et que rendait plus redoutable encore la vengeance excitée par le sentiment profond de la conduite injuste et déloyale d’Elisabeth envers sa royale captive, sont autant de preuves que la politique la plus froide et la plus calculée est souvent en défaut lorsque ses actes sont opposés à la justice et à la morale : Marie Stuart , prisonnière en Angleterre, était plus forle et plus redoutable pour Elisabeth quelle ne l’eût été dans les fers de ses ennemis en Ecosse ou dans l’exil sur le continent : ses longues épreuves ramenaient à elle l’opinion que ses égarements lui avaient aliénée, et elle était devenue l’objet d’une compassion enthousiaste qui entrainait ses amis
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et ses partisans a des entreprises audacieuses par lesquelles pins d’une fois le trône de sa rivale fut ébranlé. C’est ainsi qu’Elisabeth fut fatalement entraînée à ne plus voir son salut que dans la mort de sa captive, et à prendre, dans l’intérêt de sa sûreté, une résolution sanguinaire qui devint, pour sa conscience, un sujet de poignants remords, et pour sa mémoire une tache éternelle.
Depuis longtemps la triste Marie ne se faisait plus que faiblement illusion sur sa destinée. Déjà deux années auparavant, et lorsque son fils était tombé en Ecossq an pouvoir de la confédération anglo-protestante, elle avait adressé à Elisabeth une lettre admirable par l'éloquence de ses plaintes et de sou désespoir : « Ne craignez plus rien de moi , disait-elle , je vous proleste sur mon honneur que je n’attends aujourd’hui d’autre royaume que celui de mon Dieu, lequel je me vois préparé pour la meilleure fin de toutes mes afflic-. lions et adversités |>assées... # Elle la conjurait de lui rendre la liberté dans quelque lieu de repos pour préparer son âme à Dieu Votre prison sans aucun droit
et juste fondement a jà détruit mon corps : il ne me reste que l'aine , laquelle il est en votre puissance de captiver... Donnez-moi ce contentement avant de mourir, que voyant toutes choses remises entre nous, mon âme délivrée de ce corps ne soit contrainte depandre ses gémissements vers Dieu pour le tort que vous avez souffert m'être fait ici-bas1.»
Mais Elisabeth s était trop avancée vis-à-vis d’elle dans
I . Uhaiiuff, Correspondante tic Mûrit Stuart, I. V, p. 3IH a 338.
Situation
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Marie Sluait.
la voie de l'injustice pour oser, quanti bien elle l'eût voulu, rien relâcher de ses rigueurs : chaque nouveau complot qui arrivait à sa connaissance rendait la surveillance plus étroite autour de sa captive et, dans le cours de l’année 1585, lorsque la ligue de Ses ennemis a l’étranger et à l’intérieur paraissait plus que jamais menaçante, Marie Stuart fut transférée du château de Wingfield dans les sombres murs de Tutbury , puis un |kmi plus tard à Chartley et mise sous la garde sévère de l'inflexible sir Amyas Paulet. Aucune douleur à cette époque ne lui fut épargnée. Comme reine, l'espérance l'abandonnait, et comme mère son âme était remplie d’une grande amertume, par la conduite du jeune roi son (ils qui se laissait guider par ses adversaires , et abandonnait sa défense pour négocier avec sa cruelle ennemie. Jacques VI d'ailleurs avait adopté sincèrement les doctrines de la réforme , et Marie Stuart , dont la foi demeura toujours inébranlable au milieu de ses épreuves, s'indignait de penser que son propre (ils ferait asseoir le protestantisme sur le trône d’Ecosse... «Je le désavouerai pour mon (ils, dit-elle dans son courroux , le déshéritant, non-seulement de ce qu’il tient, mais de ce que pur moi il peut prétendre ailleurs.» Elle donna suite a ce projet lorsqu’elle apprit le traité d’alliance défensive conclu l'année suivante contre la ligue catholique entre lui et Elisabeth , et elle annonça l'intention formelle de transférer tous ses droits sur l’Ecosse et sur l’Angleterre au grand défenseur du catholicisme en Europe, à Philippe II : elle agissait ainsi, disait-elle, pour la d charge de sa conscience et pour
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la restauration, dans l’ile, delà foi catholique à l'aide du prince le plus zélé cl le plus capable de la rétablirQuant à elle, brisée par la douleur et le corps affaibli par les maladies et par une si longue captivité, elle ne demandait, déjà depuis une année, à Elisabeth qu'un peu de liberté et de repos pour son âme et son corps si affligés avant l’heure prochaine de sa tin *.
Le terme de scs épreuves n’était pas éloigné, et il fut avancé par une vaste conspiration. Les principaux conjurés étaient un John Savage, ancien officier anglais au service de l’Espagne, le prêtre John liallard, et Hahinglon, gentilhomme catholique qui donna son nom à ce complot, oii entrèrent avec eux onze autres personnes , et dont les fils étaient tenus par l'artificieux ministre de la reine, Walsingham , qui en avait pénétré le secret.
Déjà la perle de l’infortunée reine était résolue. Dur leigli et Walsingham, ses plus ardents ennemis après Elisabeth, ne cherchaient qu’un prétexte pour la frapper; celle conjuration tramée contre la vie de la reine d’Angleterre devait le leur offrir, dans le cas où ils réussiraient, parquclque artifice, à donneraux conjurés Marie Stuart pour complice. Walsingham mil tout eu œuvre dans ce but; il l'entoura de traîtres et d’espions, il feignit de se laisser abuser par Hahinglon, et il lui donna, a son insu, des facilités secrètes pour entretenir la reine d'Ecosse par écrit et pour obtenir son aveu en lui montrant sa délivrance et le rétablissement du catholi-