LIVRE III. l'.ll Al'll RE II
rant plus do quarante années, une double succession <le papes et d’antipapes, qui, établis à Home et à Avignon . déliaient à l’envi les sujets des serments prêles à leurs princes et se chargeaient mutuellement d’anathèmes.
Ainsi tombaient aux yeux des peuples de l'Europe tous les liens apparents ou invisibles «pii les retenaient dans l’ordre et dans l’obéissance, et la pl upart des causes qui mettent en mouvement de nos jours les masses aveugles, se réunissaient fatalement pour déchaîner, contre les puissances, les classes inférieures plus dangereuses alors qu’aujourd’bui, car elles étaient plus grossières et plus malheureuses: le commun peuple des villes et des campagnes, accablé, ruiné par des guerres perpétuelles et des exactions intolérables, était poussé au désespoir et à la révolte par l’excès de l’oppression et de la misère, et passait rapidement d’une dure servitude à une licence effrénée. Tel était le tableau qu’offraient les plus grands Etats de l'Europe, vers la fin du xiv siècle, au moment où le sceptre de l’Angleterre tombait «les mains victorieuses d’Édouard 111 aux mains débiles d’un enfant.
Cet enfant était Richard de Bordeaux, üls du fameux prince Noir, ,1e modèle des chevaliers et l’idole du peu-
conclave a Home, élurent, sous les menaces de la foule qui voulait un pape italien, Uarchevéque de Bary, qui prit le nom d’Urbain VI. Exaspérés bientôt par ses rigueurs, ces mômes cardinaux protestèrent un mois après contre cette élection qu’ils déclarèrent nulle, comme ayant été arrachée par la violence, et réunis h Agnani, ils élurent un nouveau pape, le cardinal de Genève, qui prit le nom de Clément Vil, et fut immédiatement reconnu pour seul et véritable pontife par la France, l'Ecosse, l'Espagne, la Sicile et Chypre : l’Angleterre et le* autres pays restèrent dans l’obéditncc d’Urbain.
RICHARD II
pic, et dont le glorieux souvenir dis|»osa favorablement la nation pour son jeune héritier. Celui-ci lit à Londres, le 46 juillet 1377, son entrée solennelle aux acclamations de la multitude.
L’homme le plus puissant à cette époque était encore le premier des trois oncles du jeune roi ', Jean de Gand, duc de Lancastre, chef de la famille des Plantagenets et prétendant par sa femme aux couronnes de Castille et de Léqn. Les lords craignirent qu’il n’usurpât le trône, et, pour balancer son autorité, ils nommèrent avec lui un conseil de onze membres chargés de partager, durant la minorité du roi, avec le chancelier et 1© trésorier, les soins du gouvernement : ce conseil fut modifié par le premier parlement du règne. Les communes, que présidait le célèbre Pierre de la Mare, obtinrent l’adjonction de nouveaux conseillers, et deux marchands de Londres, Walworlh et Philpot, furent nommés trésoriers pour administrer les subsides de guerre au nom du parlement.
Les débuts du règne furent marqués par des expéditions sans gloire , bientôt suivies de grands troubles à l’intérieur. La trêve avec la France était expirée, et le nouveau théâtre de la guerre fut la Flandre et la Bretagne. Une tentative téméraire de Charles V, pour réunir cette dernière province aux domaines de la couronne, parut d’abord favorable aux Anglais, que les Bretons appelèrent à leur aide contre le roi de France. Mais Charles V mourut en 1380; la paix fut alors conclue entre son successeur Charles VI et Montfort, duc de
Les deux autres oncles do Rirlmrd II étsienl les ducs de Gloceslcr cl d’York.
Conseil de régence.
Expéditions
des
Anglais.
En Bretagne.
En Flandre.
En Ecosse.
Rrctagnc, qui le reconnut |Kiur suzerain, et les Anglais se rembarquèrent sans avoir combattu.
Une autre expédition conduite en Flandre, en 1383, par Henri Spenser, évéque de Nonvieli, au secours des Gantois, de nouveau révoltés contre le comte Louis, leur suzerain, n’eut pas une issue plus heureuse 1 : les Anglais battirent en retraite devant l’armée française, victorieuse à Rosbecque et commandée par le jeune roi Charles VI en personne.
L’Angleterre enfin était encore en guerre, à la même époque, avec l'Écosse, où Robert Stuart 2 avait succédé, en 1370, à son oncle David II. Les seigneurs écossais avaient fait irruption dans les comtés du non!, et mille chevaliers français, sous les ordres de l'amiral Jean «le Vienne, étaient venus en aide aux envahisseurs. Le jeune Richard, accompagné de ses oncles et d’une année nombreuse, marcha au nord pour le repousser. Il s’avança jusqu’au coeur du pays et brûla Edimbourg, ville encore à moitié barbare. Les Écossais rendirent aux Anglais ravages pour ravages et portèrent le fer et la flamme dans le Northumbcrland. L’armée anglaise revint sur ses pas pour couvrir les fron-
1. Le but primitif de celle expédition était une croisade, publiée par Urbain VI, contrôle* adhérents de son compétiteur Clément VII. line bulle d’Urbain accordait h tous ceux qui s'engageraient dans celle entreprise les mêmes indulgences qu'à ceux qui pai (aient pour combattre les inlideles. L'expédition était dirigée cuulrc la France; mais la campagne s'ouvrit eu Flandre, ce pavs étant un des grands fiefs de la couronne de France : le comte Louis cependant avait reconnu Lrbain VI.
2. Le roi Robert II était fils de Majorie, fille de Robert Bruce et de Waller, lord lUgh steward, ou grand-intendant d'Ecosse. Le nom de cette charge devint celui de la famille, et Robert II fut le premier qui l’ait porté sur le trône.
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tiércs et fut ensuite licenciée sans avoir obtenu aucun avantage sérieux ou durable.
Ces entreprises épuisaient le royaume, et le besoin de subsides, sans cesse renaissant, avait fait imposer, en 1381, une capitation de douze sols sur chaque in- insurrection dividu au-dessus de quinze ans : cette taxe vexatoire r°Pu,*iredonna lieu à d’odieuses recherches *, causa une irritation générale, et il suffit d’une étincelle pour tout embraser. Un collecteur d’impôts outragea, sous prétexte de s’assurer de son âge, une jeune tille de quinze ans d’une rare beauté. Le père, forgeron de son état, accourut aux cris de la mère indignée, et frappant l’insolent collecteur de son marteau, il l’étendit mort à ses pieds.
Cet événement devint le signal d’une vaste et formidable insurrection : les serfs des bourgs et villages des bords de la Tamise se soulevèrent, animés par les prédications incendiaires d’un prêtre nommé John Bail, qui les haranguait et les enflammait contre la noblesse, en prenant pour texte ces paroles :
Quand Adam liécliait et qu’Êtc lilail,
Qui était alors gentilhomme'?
L’insurrection s’étendit des cotes méridionales de Kent a la rive droite de l’Humber, et l’on vit se reproduire les atrocités de la jacquerie française. Une multitude furieuse se répandit dans les campagnes et dans les villes, pillant et démolissant les châteaux et les maisons, massacrant leurs possesseurs, brûlant les archives des tri-