RICHAUD
occasion pour l’éloigner de sa personne. L’expédition échoua malgré le concours du roi de Portugal : Lancastre se retira en Guyenne, et plus heureux dans les négociations que par les armes, il réussit à marier sa tille Catherine au prince Henri , héritier du trône de Castille.
L’Angleterre fut en son absence le théâtre de grands événements et fut menacée par les Français d’une redoutable invasion. Le roi Charles VI et ses oncles avaient ordonné dans ce but d’immenses préparatifs. L’armée d’invasion devait être composée de vingt mille chevaliers et d’autant d’arbalétriers; quinze cents vaisseaux, réunis au port de. l’Ecluse, furent destinés a ce trans- |»orl : on voulut en outre une ville toute prêle pour recevoir Farinée à son débarquement : le connétable Olivier de Clisson en fit construire une de trois mille pas de diamètre dans les forêts de la Bretagne; elle pouvait être démontée et formait la charge de soixantedouze vaisseaux. L’entreprise avorta par la mésintelligence des princes français, et les frais énormes quelle avait coûtés furent perdus sans aucun fruit pour lu France. Mais la menace d’un prochain débarquement avait répandu la terreur sur la côte opposée, et le duc de Gloccstcr mit à profit pour son ambition l’irritation du peuple anglais et son effroi : il rendit les ministres responsables des dangers du pays, obtint leur renvoi et lit poursuivre par les lords et les communes le chancelier Suffolk, comme coupable de s’être enrichi contre son serment aux dépens du roi et du royaume et d’avoir apposé le sceau de l’Etat à des pardons illégaux : Suffolk. après trente années de loyaux services, fut cou-
Menace et préparai i f* d'invasion des Français en
Angleterre.
G lûtes ter s’empare du
pouvoir.
t’arlemml
mpilnyable.
damné a la restitution et à la prison. Ce ne fut pas le terme des humiliations du monarcpie • les lords et les communes, à l'instigation du duc de Glocester et du comte d’Arundel, lui refusèrent tout subside jusqu’à ce qu’il eût souscrit à la nomination d’un conseil suprême de onze membres, où entra Glocester, avec son complice Arundel, et qu’ils dirigèrent à leur gré.
Justement irrité et indigné de l’abaissement de la majesté royale en sa personne, Richard tenta de secouer le joug; il s'éloigna, parcourut les comtés du nord et fit rédiger secrètement, * par plusieurs juges du royaume, une note qui établissait l'illégalité du nouveau conseil de régence et mettait la volonté du souverain au-dessus des lois; mais le secret fut trahi. Glocester prévint le péril par sa promptitude : étroitement ligué avec quatre des principaux seigneurs du royaume, les comtesd’Arundel, de Nottingham, de Derby et de Warwick, il parut tout à coup avec une armée aux portes de Londres, raffermit son autorité chancelante et convoqua un parlement où il lit exclusivement élire ses créatures et ses partisans, et devant lequel il traduisit pour crime de trahison les confidents de Richard et les juges qu’il avait consultés. Ce parlement, justement nommé le parlement impitoyable, condamna au supplice des traîtres, malgré les termes du statut d’Edouard 111, les amis et conseillers du malheureux prince. Un grand nombre furent exécutés et parmi eux Tressilian, sir Nicolas bamber et un vieux chevalier, sir Simon Hurley, ancien gouverneur de Richard et qu’il aimait comme un père. La reine se jeta aux pieds de Glocester pour sauver ses jours et l’implora longtemps : Glocester fut inexorable. Rurley
RICHARD II
ss
mourut sur l'échafaud 1 ; <| mli |iics autres accusés, et parmi eux le duc d'Irlande, se dérobèrent à la mort par la fuite.
La guerre continuait avec la France et l'Ecosse. lt’iiuporlanls succès du comte d’Arundel, amiral de la (lotte anglaise sur les côtes de Bretagne, 11e compensèrent point pour l’Angleterre la défaite de son armée sur la frontière d’Ecosse à Olterburn. Le comte de Douglas, chef de l’armée ennemie, périt dans cette journée; mais les Anglais furent battus, et le vaillant Henri Bercy2, leur général, surnommé Holspur (brûlant éperon), fut fait prisonnier.
Ces événements eurent peu d’influence sur la conduite des partis à l’intérieur, où l’ambitieux Glocester, après avoir versé beaucoup de sang, croyait sa puissance affermie; il s’abusait, et son règne fut court. Le 3 mai de l’année suivante, le conseil étant assemblé, le roi entra et s’adressant à son oncle : « Diles-moi mon âge? demanda-t-il au duc. — Votre Grandeur, répliqua Glocester, est dans sa vingt-deuxième année. — Eh bien donc, dit le roi, j’ai assez d’âge pour m'occuper de mes affaires. » 11 congédia sur-le-champ le conseil, s’empara des sceaux et des clefs du trésor, et publia, tout ensemble, une amnistie générale et une proclamation annonyant que désormais il tiendrait lui-même les rênes de l’État.
Défaite des Anglais à
Ollcrlntrn.