‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés. T. 2Chapitre 23 sur 224 · Elle était surnommée 1a bonne reine Anne · texte numérisé non relu

Elle était surnommée 1a bonne reine Anne

2. Malgré les torts antérieurs qu'avait eus Glocester à l'égard du roi, son arrestation, l’une des scènes le plus dramatiquement racontées par Froissard, fut un odieui et injustifiable guet-apens.

Vengeances

de

Richard 11 en

Angleterre.

Mort

de

Ciloccsler.

tage de leur docilité, se lit accompagner à Westminster d’une force militaire im|iosante. Tous les actes du parlement impitoyable fu refit alors annulés et plusieurs arrêts tout contraireslfurent rendus par un grand nombre de ceux qui avaient prêté leur concours aux précédents. Les comtes d’Arundel et de Warwick furent condamnés à mort pour crime de trahison; le premier fut immédiatement exécuté à la Tour : le roi commua la sentence du second en exil. Le duc de Glocester, prisonnier à Calais, fut à son tour sommé de comparaître; mais une lettre arriva le troisième jour, annonçant que le comtemaréchal ne pouvait produire le duc devant le roi en parlement, attendu qu'il avait été trouvé mort dans sa prison. Les lords appelants.soutinrent néanmoins l’accusation et demandèrent un jugement : le duc fut déclaré traître et tous ses biens furent confisqués au profit de la couronne.

Les pairs rendirent encore quelques autres sentences : de nouveaux cas de trahison furent définis; les lords, les communes et le clergé, par ses commettants, jurèrent d’observer les nouveaux statuts, et il fut décidé que les prélats prononceraient l’excommunication contre quiconque entreprendrait de les faire révoquer ou de les modifier. Richard alors combla de faveurs ses partisans fidèles et ceux de ses anciens adversaires qui avaient récemment embrassé son parti et donné des

I. D’apres un acte qui cia il censé contenir la confession de John liall, domestique du en mie de Notlintfliaiii, cl qui fui lu au parlement tous le règne suivant, le duc aurait péri à Calait, étouffé cuire deux matelas. Hall fut immédiatement mis à mort sans avoir été entendu, non plus qu’aucuue des personnes uoinméca comme complices du crime. L'intérêt qu'avait llenti IV, suc cessent de Richard, a noircir sa mémoire, rend cet acte susped.

KICIIAHD II.

gages de dév oiicineiit. De ee nombre étaient le comte de Noltingham et son cousin Henri, comte de Derby, fils du duc de Lancastre : Itichard parut ne se souvenir (|uede leurs récents services : le premier fut créé duc de Norfolk , le second, duc d’Hereford, et une amnistie générale fut proclamée.

Le roi, méditant de rendre son pouvoir absolu, ajourna le parlement, puis le convoqua à Shrfcwsbury, ville plus dévouée que Londres à sa personne, et là il lit confirmer par les lords et les communes des mesures extraordinaires et subversives de la constitution; ils accordèrent au roi, pour sa vie, la taxe sur les laines et les cuirs : les cas de trahison furent multipliés, au point qu’il était difticile d'échapper à une accusation capitale, autrement qu’en prenant la volonté du roi pour règle unique et absolue : pour lui obéir enfin, des attributions inconstitutionnelles furent données à un comité de dix-huit membres , dont douze pairs et six députés des communes. Le parlement autorisa ce comité, composé tout entier des créatures du monarque, à exercer en son absence tous ses pouvoirs

La fortune souriait à Itichard; mais la prospérité, l’écueil des rois, lui devint funeste, et lorsqu’il tint tous ses ennemis abattus, il se perdit lui-même. Il se mit audessus des lois, obligeant les juges à les interpréter selon scs caprices, levant des emprunts forcés, révoquant ses pardons et ses grâces et les mettant à prix, déployant

I. Richard, avec l'assentiment de cc comile, décida lot causes el publia des luis dans les mômes formes que si les deux chambres eussent siégé. Il arrêta même que loulc personne qui tenterait d'annuler ou de révoquer ces nouveaux statuts encourrait la peine de trahison. (I.ingard.)

Despotisme

de

Richard 11 (1308)

(il) Ll) Il K III. (H.ll’ITKK II.

un luxe excessif et ruineux, consumant dans les orgies les subsides levés sur des objets d’utilité publique, et mettant dix-sept comtés en quelque sorte hors la loi, pour des faits accomplis dans les premières années de son règne. Il perdit ainsi toutes les sympathies qu’il avait gagnées jadis par son courage et ses malheurs : toute l’Angleterre appela de ses vœux un nouveau règne; les cœurs se tburnèrent vers Henri de Lancaslre, récemment créé duc d'Hereford, également connu sous le nom de Uolingbrokc, et la popularité de celui-ci s’accrut avec les rigueurs dont il fut l’objet.

Hereford, dans ses anciens complots contre le roi, avait eu |>our complice le duc de Notlingham, maintenant comme lui rentré en grâce et créé duc de Norfolk. Us eurent ensemble un entretien secret, à la suite duquel Hereford dénonça Norfolk au roi comme ayant tenu des propos séditieux et médité de le renverser du trône. Norfolk opposa une dénégation formelle à son accusateur. Cette cause, déférée d'abord au parlement, le fut ensuite à une haute cour de chevalerie, et dans l’impossibilité de prononcer sur un fait qui n’avait eu aucun témoin, la cour autorisa le combat entre les deux parties. Norfolk et son accusateur Hereford entrèrent dans la lice, à Coventry, aux yeux d’un peuple immense, et déjà Hereford marchait la lance en arrêt sur son adversaire, lorsque le roi jeta entre eux son sceptre et prit ainsi, selon le langage du temps, la bataille dans ses mains, refusant de permettre un combat dont 1 issue, «lisait-il, serait funeste à l’un des champions qui, tous deux, lui étaient alliés par le sang; mais il les redoutait également, et sous prétexte que la tranquillité publique

Illl ll Ull) II.

(il

l'obligeait à les éloigner, il les exila l’un et l'autre. Hereford |K>ur dix ans et Norfolk pour la vie. Le premier ayant bientôt après hérité par la mort du fameux Jean de Garnit, duc de Lancastre , du nom de son père et des grands biens de sa maison, Richard, qui les convoitait, prétendit que la sentence de bannissement, prononcée contre son cousin, Henri de Bolingbroke, duc d'Hereford, nouveau duc de Lancastre, le rendait inhabile à succéder, et il confisqua ses biens au profit de sa couronne. Cet acte odieux mit le comble à l’irritation du peuple, dont l’exilé devint l’idole : les esprits fermentèrent, des complots furent tramés dans plusieurs provinces et la rébellion devint imminente. Richard s’aveugla sur son péril, et lorsque sa présence paraissait le plus indispensable en Angleterre, il la quitta pour aller châtier quelques insurgés en Irlande, laissant le duc d’York, son oncle, régent du royaume et le champ libre à ses ennemis.

Henri de Lancastre vivait alors retiré à Paris, où il épousa la princesse Marie, du sang royal de France, et frile du duc de Berry, l’un des oncles du roi Charles VL Ayant appris la confiscation de ses biens, et le départ du roi pour l’Irlande, il forma le projet de ressaisir ouvertement son héritage et fut encouragé dans cette entreprise par les membres les plus influents du clergé, et entre autres par le primat Arundel, qui vint en France le convier à franchir le détroit. Ce fut le principe des liens étroits qui unirent à l’Eglise la maison de Lancastre, antérieurement favorable à ses adversaires. Cette union, qui fit leur force commune, fut basée sur le besoin absolu qu’elles avaient l’une de l’au-

Henri de B dingbroke, duc de Lancastre, banni cl dépouillé par Ifirhard.

trc. Hert loril débarqua en Angleterre, dans le Yorksliire, avec quinze lances seulement et un petit nombre de serviteurs. Il venait, disait-il, |>onr recouvrer son héritage; mais l’accueil qu’il reçut éleva rapidement ses espérances jusqu'au trône : les puissants comtes de Northumbeiland et de Westmoreland se déclarèrent pour lui : le duc d’York, régent, n’osa le combattre ni l’atitrtour tendre et se retira vers l’ouest. Le chemin de Londres

«le

Henri je était ouvert : Lancastre marcha aussitôt sur la capitale, iMinRbrok.. Rlnjanj juj t0U8 mécontents et annonçant qu’il préicniion» venajt redresser les griefs du peuple et punir les mé- «s chants qui avaient dévoré les revenus de l’État et abusé

sc* progrès. .

de la faveur du monarque. L unanimité t|u il rencontra et la rapidité avec laquelle cette révolution s’accomplit, ne sont comparables qu’à ce qiii se manifesta trois siècles plus tard, à la chute îles Stuarts, et sont la preuve la plus concluante de l’excès auquel le mal était alors parvenu. Partout Lancastre fut reçu avec enthousiasme : à chaque pas son armée grossissait, et à Saint-Alhans, près de Londres, il comptait déjà soixante mille hommes sous sa bannière. Il traversa la, capitale sans s’arrêter, se dirigeant vers l’ouest, à la |>oursuite du régent, qu’il atteignit à peu de distance du château de Herklcy, de sinistre mémoire 1 : les deux princes se virent, s’entendirent, et la perte de Kichard fut résolue. Peu de jours après, la forte place de Hrislol ouv rit ses portes à Lancastre, sur l’ordre du régent : trois des principaux favoris du roi , surpris dans ses mm s, furent condamnés et sur-le-champ mis à mort.

I . l!Ysl a licrkley ipi'Kilouard It mourut cruel lemenl assassine.

IliCII VRI) II.

li.'l

Le malheureux roi apprit presque en même temps le ilélmri|iiement île son ennemi mortel et ses rapides suceès:«Oh! s’écria-t-il, rappelant ses pertidics, si j’avaiscru son père, cet homme ne m'offenserait |>as aujourd’hui : trois fois déjà je lui ai pardonné, et voici sa quatrième offense.» Il lit partir aussitôt le comte de Salisburv avec l’ordre de rallier ses partisans dans le pays de Galles, nii il se disposait à le suivre avec sa Hotte et un corps d’Irlandais levé à la hâte. Les Gallois répondirent d'abord à son appel, et Salisburv réunit à Convvay une armée nombreuse sous l’étendard royal. Mais diverses causes retinrent le roi et la défection se mit dans les rangs de celle armée avant que Hichard eût débarqué : il n’en trouva plus qu’un faible débris, et se vit aussi abandonné de ses Irlandais : mettant alors toute son espérance dans les fortes murailles du château de Conway, réputé imprenable, et d’où il pouvait fuir et s'embarquer pour la Guyenne si l’Angleterre se dérobait à lui, il s'y enferma avec une garnison peu nombreuse, mais fidèle.

Ses ennemis, (Kjur le contraindre à en sortir et pour s’emparer de sa personne, eurent recours à la ruse. Nortlmmbeiiand ayant mis en embuscade, à quelque distance, un corps nombreux de cavaliers et de gens de trait, se présenta presque seul aux portes de la forteresse : il négocia une prétendue convention entre le roi et son ennemi, et invita Hichard, sous la foi du serment, à sceller ce traité en allant au-devant de Henri de Lancaslre jusqu'au château de Flint pour y recevoir son hommage. Le roi le crut; il sortit, fit quelques pas, et, apercevant l’emhuscade, il voulut rentrer au château : mais le comte, jetant le masque, arrêta Hichard ; sa

Arrestation

de

Hichard.

lit

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