Déposition de maître Aman Viole, avocat au parlement
3. Jeanne était k jeun : son bôle essaya de la retenir et voulut l’engager a goûter d’un poisson qui venait d’èirc pèc lié dans le fleuve. a Gardci-lc jusqu’à ce loir, dit-elle, je vous amènerai un tioJdarn qui eu mangera sa part, et repasserai le pont, après avoir pris les Tournelles. » (Dépositions de Colette, de maître Aman Viole et do Jean d’Aulon.)
HENRI VI
première attaque eut lieu contre un boulevard hérissé de canons qui couvrait au sud la redoutable bastille : l’assaut fut terrible : Dunois, le maréchal de Ravz, l’amiral Louis de Culan, les sires de Villars, Florent d’Illiers, de Termes, la Hire et Xintrailles s’élancèrent dans les fossés et luttèrent corps à corps sous une grêle de traits et de pierres, et sous le feu roulant de l’artillerie, dont il fut fait des deux parts grand usage dans ce siège mémorable. Jeanne était partout, étonnant amis et ennemis par son courage, son habileté, sa constance et les fatigues inouïes qu’elle endurait; guidant, exhortant, ralliant les siens tour à tour. « Ayez bon courage et bonne espérance, criait-elle, voici le moment où l’Anglais va fléchir. » Voyant les siens épuisés et prêts à désespérer, elle saisit la première une échelle et l’applique à la muraille : une flèche anglaise l’atteignit en ce moment entre le sein et l’épaule: elle tomba; les Anglais s’élancèrent pour la prendre , ils furent repoussés : un chevalier français 1 la saisit et l’emporta sur son cheval en lieu sûr. Là, désarmée, étendue sur l’herbe, et voyant la profondeur de sa blessure, qui avait pénétré de part en part, elle se sentit femme un moment, et fondit en larmes. Elle assura que les anges lui apparurent alors pour la consoler et la fortifier : son courage héroïque lui revint et. arrachant elle-même le trait de sa blessure, elle dit, voyant le sang couler :
4. Le tire deGantacbe. Il «Tait été son ad Ternaire dans le conseil, et admiraut son héroïsme, il accourut pour la délivrer. Il frappa plusieurs eunemis de sa hache, et présentant son cheval h la pucellc : • Acceptez ce don, dit-il, brave chevalière, plus de rancoeur ; j’advouc mon tort quand j'ai mal présumé de vous. • {Vie de Gnill. de Gamache.)
« Ce n'csl pas ici mon sang , c'est ma gloire. » Quelques-uns s'approchèrent, essayant de conjurer le mal par des charmes. Elle les repoussa : « Mieux vaudrait mourir, dit-elle, que de faire ce qu’on sait être un péché , un acte contraire à la volonté céleste : « et comme on lui demandait si elle mourrait de sa blessure, elle répondit : « Je dois mourir un jour : je ne sais ni où, ni quand, ni comment ; mais si quelqu’un ici peut me guérir sans péché , je souhaite qu’il le fasse. » Un appareil ordinaire fut mis sur la plaie : elle p-ia que la foule se tînt à distance et elle se confessa avec une grande ferveur comme dans l’attente de la mort.
Sa blessure répandit la consternation parmi les Français : le soir approchait et déjà les chefs ordonnaient la retraite. Les trompettes sonnèrent, l’artillerie quitta ses positions, et les troupes abandonnèrent le pied des remparts. Ainsi la pncelle semblait avoir poussé l'armée malgré ses chefs a une entreprise qui dépassait ses forces : voyant la retraite commencer, elle en conçut une poignante douleur, elle comprit qu’en cette occasion un échec |>ortcrait une atteinte mortelle à sa réputation et à la cause royale : elle conjura Illinois d’arrêter le mouvement : « Bientôt, dit-elle, nous entrerons, n’en doutez pas. Quand vous verrez mon étendard toucher a la muraille, saisissez vos armes el marchez hardiment, la victoire sera vôtre : maintenant, arrêtez et prenez des forais. » Donnant alors son étendard à un homme d’armes non loin du fort , elle remonta à cheval et, se retirant à l’écart dans une vigne, loin de la foule et du tumulte, elle y demeura un quart d'heure eu
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prière La confiance cependant était revenue aux Anglais, et ils se crurent vainqueurs. Mais le brave d’Aulon, écuyer de la pucelle, avait compris aussi toutes les déplorables conséquences d’une retraite. Voyant l’étendard de Jeanne aux mains de l’homme d’armes, il lui vint, comme à elle, dans la pensée que, s’il était porté vers l’ennemi, l’armée ne l’abandonnerait pas, et le confiant à un Basque vigoureux et résolu , ils s’avancèrent ensemble vers le rempart et descendirent dans le fossé a. L'héroïne ranimée, fortifiée par la prière, voit en mouvement son précieux étendard : elle s’élance alors, s’en 'saisit, et le porte en avant vers l’ennemi 3. Les Français reprennent courage, se précipitent en foule et retournent à l’assaut : l’étendard de Jeanne touche enfin la redoutable bastille : alors d’une voix inspirée, elle s’écrie : « Tout est vôtre et y entrez. » A ces mots, dit la chronique contemporaine, ils montèrent contremont le boulevard aussi aisément comme par un degré, et ne savaient comment il se |K>uvait faire ainsi, sinon par ouvrage comme divin et tout extraordinaire 4. Les Anglais les repoussent à coups de lances et de haches, et font rouler sur eux des pierres énormes, l’artillerie tonne et un nouveau combat s’engage plus furieux et plus acharné. Tandis que la pucelle et l’armée assiègent ainsi la forteresse