‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés. T. 2Chapitre 42 sur 224 · Chronique sans titre · texte numérisé non relu

Chronique sans titre

du côté du sud, les habitants d’Orléans tentent une attaque du côté opposé ; ils accourent avec le reste de la garnison |»ar le pont dont plusieurs arches sont rompues : tout ce peuple électrisé n’a qu’une âme et qu’un bras : des solives, des poutres sont en hâte apportées de la ville, et on en fait un fragile pont volant d’une pile à l’antre : le premier qui ose tenter cette voie périlleuse est le vaillant Nicole de Gircme, chevalier commandeur de Rhodes, illustré sous d’autres cieux par cent combats : il s’avance revêtu de toutes ses armes, le front ceint de son casque aux panaches flottants, portant sur son bouclier la croix de son ordre: il court rapidement sur la solive étroite au milieu d’uue grêle de flèches et de boulets; rien ne l’arrête : il franchit l’obstacle, il touche le boulevard ennemi, il monte l’épée étincelante à la main ; une foule de chevaliers s’élancent apres lui; le peuple à grands flots les suit, remplit les fossés, court aux échelles, en jetant de grands cris, et la forteresse est investie de toutes parts. Le vertige et l’épouvante s’emparent des Anglais, ils croient voir toutes les puissances de l’enfer liguées pour leur destruction. Glasdale, leur chef, se sent vaincu lorsque l’héroïque pucelle, apparaissant debout, son étendard à la main, sur le boulevard du sud, lui crie : «Glasdas, Glasdas! rends-toi, rends-toi au roi des cicux. Tu m’as appelée d’un nom infâme : j’ai grand pitié de ton âme et de l’âme des tiens '. » Glasdale recule, il tente de se replier du boulevard extérieur dans le corps même de la forteresse, qu’un pont-levis liait aux ou-

Lit Français nommaient Glasdale Glacidas ou Glasdas.

vrages extérieurs. Déjà il le traversait avec sa troupe lorsqu’un boulet vient frapper le pont qui s’écroule : Glasdale et les Anglais tombent précipités dans le fossé, où ils périssent tous ensevelis dans la fange. Ce désastre était irréparable et les Français pénétrèrent aussitôt de toute part dans la bastille conquise. Jeanne, à la tète du peuple et de l’armée, rentra le soir dans Orléans, au son des cloches , aux cris de triomphe et de joie de la ville délivrée, et elle y revint par-dessus le pont ainsi qu’au départ elle l’avait annonce *.

Suffolk et Talbot avaient été témoins de cet étonnant revers sans oser, de leur côté, rien entreprendre pour le prévenir. Ils tinrent conseil la nuit même et la levée du siège fut résolue. Le lendemain, au |>oint du jour, les assiégés virent les Anglais sortir des tentes et des bastilles qu’ils tenaient encore et se former en deux divisions, marchant l’une à l’ouest sous Talbot, l’autre au nord sous Suffolk, et se formant en bataille sous les murs de la place. Us se crurent au moment d’une attaque générale et sortirent des portes pour rencontrer l’ennemi. Jeanne d’Arc accourut en armure légère accompagnée des maréchaux et princijmux capitaines, et rangea elle-même les Français en bataille, en face et à très-peu de distance des Anglais *. Toutefois elle défendit aux Français « pour l’amour et l’honneur du saint dimanche », de les attaquer les premiers, ni de leur rien demander : « Car, disait-elle, c’est le plaisir et la volonté de Dieu, s’ils veulent |»artir, qu’on les laisse aller3.

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