Déposition au procès de révision
HENRI VI
primait l’engagement de ne plus à l’avenir prendre les armes et porter l'habit civil, et reconnaissait avoir été induite en erreur par ses voix. « Tu abjureras, dit en Unissant Guillaume Érard, ou tu seras brûlée. » Jeanne demanda ce que c’était qu 'abjurer, et après l avoir appris, elle dit : « Je m’en rapporte à l’Eglise universelle si je dois abjurer ou non. — Tu abjureras à l’instant même, dit l’impitoyable Érard , ou tu seras brûlée. — Je me soumets à l’Eglise et au Pape, s’écria Jeanne; mais j’affirme que je crois n’avoir rien fait que par ordre de Dieu.
Au surplus, j’ajoule qu’aucun de mes faits ni de mes dits ne peut être à la charge de mon roi : soit bien, soit mal, ils viennent de moi seule. » C’étaient précisément ces faits et dits qu’on voulait flétrir : menaces, prières, supplications, furent mises en oeuvre pour ébranler la constance de l’infortunée; elle persiste; et l’évêque de Beauvais commence à lire la sentence qui doit l’envoyer à la mort. « Tu abjureras, dit Érard, et la liberté te sera rendue. » « Ab ! s’écria-t-elle, visiblement ébranlée par celte espérance, vous aurez beaucoup de peine à me séduire. » Levêque suspend sa lecture, et les instances redoublent : Jeanne demande que la formule soit relue, et dit qu’elle s’en rapporte à l’Eglise pour ses apparitions et pour le reste. « Signe donc à l’instant, répète Erard, ou tu perdras aujourd’hui même ta vie par le feu ! » Et le bourreau attendait toujours... Peut-être en ce moment suprême Jeanne accusa intérieurement ses voix de 1 avoir abusée: n'ayant point compris le sens véritable du dernier avertissement qu’elles lui avaient donné, elle se crut trompée; elle pensa pouvoir le reconnaître sans Elle abjure, ingratitude et sans crime: elle fléchit. « J'aime mieux
signer, dit-elle, «m’être liriiléc. » Fille prononça rapidement la formule, prit la plume et mit une marque en rond au-dessous du papier. Scs ennemis voulaient davantage; les Anglais, surtout, se voyant frustrés de son sang, firent entendre d'effroyables menaces; une grêle de pierres tomba sur l'échafaud où se tenait Jeanne , et au milieu de la stupeur cl de l’effroi général, on vit un secrétaire du roi d’Angleterre saisir violemment la main de la victime et la contraindre d'apposer son véritable signe, une croix, à un autre (tapier dont lecture ne lui fut pas donnée, et où était écrite une déclaration injurieuse pour son honneur, calomnieuse et infamante. Cette seconde déclaration qu’elle n’avait point lue, «|ue ses juges et les assesseurs ne connaissaient même pas, fut substituée à la première, et elle est la seule dont le procès-verbal ait fait mention
première Jeanne, s’étant soumise, fut relevée de l’excommuniconirc cation, mais ne recouvra point sa liberté « Nous vous Jeanne .i Arc. condamnons> par grâce et par modération, dit l’évêque de Beauvais, à passer le reste de vos jours en prison, au pain de douleur et à l’eau d’angoisses, pour y pleurer vos péchés et n’en plus commettre à l’avenir. » L’inforforlunéc fut aussitôt reconduite dans son cachot, où elle revêtit des habits de femme et fut de nouveau livrée à scs gardiens affreux.
Le comte «le Warwick, gouverneur de Rouen pour le roi d’Angleterre, se montrait plus irrité que personne en voyant Jeanne échapper au bûcher. «N’ayez cure, lui dit
I. Déposition Je Jean Massier, qui, en qualité «I appariteur, it’avail pas un instant quitté la pucelle. (Pour les prouve» Je ce fait uJieut, vovez V Histoire de Jeanne d'Arc, par I-*’ Brun J<> Obar nielles.)
HENRI VI
un des assesseurs en présence «le révoque do i tenu vais, iléus la ivlrouverons bien... » Et l’effet suivit de près ces paroles. L’histoire n’a point suffisamment approfondi les odieuses scènes qui suivirent entre la malheureuse Jeanne et les soldats anglais, à qui elle demeurait abandonnée. Quoi qu'il en soit, le bruit se répandit bientôt qu’elle avait repris l'habit d’homme qu’on avait laissé auprès d’elle en un sac, et lorsqu’on vint s’assurer de ce que ses ennemis appelaient avec une joie féroce ta rechute. on la trouva en effet avec son habit du sexe masculin. Elle avait le visage bouleverse, sillonné de larmes et meurtri. « On ne m’a point tenu ce qu’on m’avait promis, » s’écria l’infortunée ; et elle se plaignit amèrement des violences et des outrages qu’il lui avait fallu, jour et nuit, repousser dans sa prison, et contre lesquels l’habit viril la défendait mieux '. Un témoin véridique, et qui ne la quitta point dans scs derniers instants, rapporte en outre qu’elle lui déclara que ses habits de femme lui ayant été enlevés par ses gardiens tandis qu’elle était couchée, elle fut contrainte, par nécessité de corps, à se lever et à revêtir l’habit d’homme qu’ils avaient, à mauvaise intention, laissé près d’elle*. Ce fut le prétexte dont on se servit pour l’accabler des noms odieux de rechne, de relapse, d 'excommuniée. L’évêque de Hcauvais accumula les charges contre elle, en lui demandant si elle entendait encore ses voix dans sa prison. Se redressant alors avec la fierté de la vertu offensée, rappelant, non plus pour les renier, mais pour leur rendre un éclatant