EDWARD IV
gauche de la Saverne, avec un corps nombreux de Gallois dont la jonction avec les troupes que Marguerite amenait de France, aurait pu balancer la fortune. Warwick était tombé, mais les forces du parti de Lancastre étaient encore presque intactes. Somerset et les principaux chefs avaient rejoint Marguerite : de toute part des levées étaient en marche pour la rejoindre et en peu de temps elle eût pu se voir à la tête d’une armée plus redoutable qu’aucune de celles avec lesquelles, vingt ans auparavant, elle avait défendu son trône et remporté de grandes victoires. Édouard comprit que la même tactique qui l’avait aidé à vaincre Warwick, le servirait encore contre Marguerite : il marcha donc à sa rencontre avec sa célérité accoutumée et l'atteignit avant que toutes les forces de ses adversaires fussent réunies : il empêcha ainsi la jonction de la reine avec Pcmbroke et les Gallois, sur la rive gauche de la Saverne, et prit en face d’elle, à Tewkesbury, une forte position qui commandait le passage du fleuve. Là fut livrée une nouvelle bataille où la déroute des lancastriens fut complète et qui mit fin pour longtemps à la guerre des deux Roses. Trois mille hommes du parti de Lancastre demeurèrent parmi les morts sur le champ de bataille. La tète du jeune Édouard, fils de Henri VI, avait été mise à prix. Ce malheureux prince fut conduit prisonnier devant le roi : « Qui vous a rendu assez hardi, demanda le monarque en courroux, pour entrer dans mon royaume bannières déployées? — J’y suis venu, répondit le courageux jeune homme, pour recouvrer l’héritage de mon père qui a été transmis en ligne directe de son aïeul à sou père, de son père à lui el de lui
Bataille
de
Tewkesbury.
Nouvelle
défaite
de*
lancastrieof.
Vengeance»
bai barcs.
a moi. » A ces mots le roi, sans répondre, le frup|>a au visage de son gantelet de fer et le repoussa loin de lui. A l'instant môme les seigneurs présents à l’entrevue, les ducs de Clarence et de Glocester, les lords Dorset et Hastings percèrent le jeune prince de leurs épées et le mirent cruellement à mort '.
Somerset et d’autres chefs du parti vaincu s’étalent réfugiés dans une église. Edouard, malgré la sainteté du lieu, y entra l'épée haute. Un prêtre, portant l’hostie consacrée, se présenta sur le. seuil et arracha de lui la promesse d’épargner la vie de ceux que protégeait le sanctuaire : mais, en ressaisissant la couronne, Edouard avait aussi repris sa férocité; il viola sa promesse, il oublia que sa femme et ses filles, réfugiées six mois auparavant à Westminster avec deux mille de ses partisans, avaient dù la vie et la liberté au droit d’asile. Il fit arracher du sanctuaire Somerset, lord Saint-John et treize autres seigneurs, et leur fit trancher la tête.
Ces meurtres abominables couronnèrent dignement ce long et sanglant drame de trente années, durant lesquelles on vit l’aristocratie se déchirer de ses mains avec une incomparable fureur. La capitale, durant ces événements, faillit être surprise par un chef hardi du parti de Laucastre, le bâtard de Falconbridge , qui remontant avec une flotte jusqu’à la Tour, tenta de délivrer Henri VI et incendia les maisons du pont de Londres. Les habitants prirent les armes et soutinrent courageu-
i. Voyez le continuateur de Croylaud , Ilollingslcad , Slow, Fabiin. — S. Turner s’appuyant sur un manuscrit de la collection llarleyeunc récemment découvert, s’autorise du silence de l’auteur pour nier ce meurtre. Les raisons f|:i‘il donne semblent peu concluante».