‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés. T. 2Chapitre 8 sur 224 · I. Froisxard, Ckroniqua, c. CCCXXI · texte numérisé non relu

I. Froisxard, Ckroniqua, c. CCCXXI

KDOIARD 111.

La reine reçut donc ces braves gens du roi Kdouard et prit soin d’eux; mais les habitants de Calais furent chassés de leur ville qui fut repeuplée par des Anglais, devint une colonie de cette nation et durant deux cents ans ouvrit la France aux armées étrangères.

La prise de cette importante place fut suivie d’une trêve entre l’Angleterre et la France. Le roi Philippe VI Jnciûc avait fait d’inutiles efforts pour la secourir, et, durant

la trêve même, un brave chevalier français, Geffroy de Chavignv, tenta vainement de la reprendre, en l’achetant au poids de l’or de son nouveau gouverneur.

Informé de la négociation pour cet objet, le roi Edouard ordonna au gouverneur de la poursuivre et se rendit secrètement dans la place , avec le jeune prince de Galles, son fils, et une nombreuse escorte de chevaliers, à la tête desquels était le vaillant Gautier de MauUy, sous la bannière duquel le roi voulut combattre, avec son fils, sans se faire reconnaître. Au jour convenu , l’argent fut livré; les Français attendaient que les portes leur fussent ouvertes : elles s’ouvrirent en effet, mais au lieu des traîtres qui devaient les accueillir, ils en virent sortir une grosse troupe de chevaliers qui fondirent sur eux la lance en arrêt. Un petit nombre de Français échappa; presque tous, après des exploits héroïques, furent tués ou pris, et parmi ces derniers, fut le fameux chevalier Eustache de Kibaumont, qui combattit longtemps corps à corps et sans le connaître, contre le roi Edouard, lui remit enfin son épée et reçut de lui en retour, avec une courtoisie incomparable, le prix delà valeur '.

I. Je cède au déair de donner ici textuellement celle belle page dans laquelle mieux peut-être qu’en aucune autre Kroimrd nous enseigne ce qu’il y avait de

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de le p'ile.

La Irève cependant durait encore et un fléau, plus terrible que la guerre, ravageait alors toute l’Kurope; la peste, venue d’Orient, enleva à Londres seulement 57,000 personnes. Ce fléau exterminateur s’étendit de l’homme aux animaux; les cadavres répandus dans les champs et sur les routes infectaient l’air. On abandonna les travaux de l’agriculture, les cours de la justice se fermèrent; tant de calamités servaient d’aliments à la superstition et au fanatisme : des enthousiastes des deux sexes crurent que leurs souffrances étaient agréables à la divinité ; on les vit par bandes nombreuses parcourir demi-nus les villes et les campagnes et se déchirer les épaules à coups de fouet, pour effacer, disaient-ils, les péchés du monde; on les nomma les Flagellants.

généreux eu de courtois dans les munira guerrières de l'époque. Après nous avoir montré le roi Edouard, revenu vainqueur de ce rude combat, et donnant à Calais un festin aux vaillants chevaliers français, scs captifs, ou ils furent servis au premier mets par le prince de Uslles et les chevaliers d’ Angleterre, le roi éiaul assis à table avec eux, il ajoute : • Quand on eut soupé, on leva les tables : si demeura le dit roi en la salle entre les chevaliers français cl anglais, et était à uii bout et portait un chapelet de lincs perles sur son

chef. Si commença le roi à aller de l'un a l’autre et à entrer en paroles

et s'en vint devers monseigneur Kuslacbc de Itibaumnnt, et lui dit joyeusement : « Messirc Euslachc, vous êtes le chevalier du inonde que je visse oneques

■ mieux ni vaillamment assaillir ses ennemis, ni son corps défendre; ni ne » trouvai oneques eu bataille, la où je fusse, qui tant me donnât ü faire corps b à corps que vous ave i fait; si vous en donne le prit, et aussi font tous les b chevaliers de ma cour par droite sentence. • A donc prit le roi le chapelet qu'il portait sur son chef, qui était bon et riche, et le mit sur le chef a monseigneur Euslache, et lui dit ainsi : a Mcssirc Eustachc, je vous donne ce chapelet » pour le mieux comhatlaul de la journée et vous prie que vous le portiez cette b anuée pour l'amour de moi. Je sais bien que vous êtes gai et amoureux, et que

• volontiers vous vous trouvez entre dames et demoiselles; si dites partout Ib

■ où vous irez que je vous l’ai donné , et comme vous ôtes mou prisonnier,

• je vous quitte votre prison et vous pouvez partir demain s’il vous platl. • (Chroniques } cccxix.)

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