CHAPITRE
RÈGNES DK HKNIU VII ET DK HENRI VIII.
Rèanc de Henri Vil.
Le règne de la maison de Tudor est. pour l’Angleterre, une époque de transition entre le moyen âge et les temps modernes. L’ardeur des haines intestines s’était éteinte dans des flots de sang : l’Angleterre, épuisée par des guerres d’un demi-siècle, avait vu soixanteseize princes du sang royal moissonnés sur les champs de bataille ou sur les échafauds et une très-grande partie de la noblesse anéantie : chacun, au sortir d’une agitation si prolongée, aspirait au repos, le pays demandait pour le régir une main ferme et habile : l’Angleterre, en un mol, était dans un de ces moments où une servitude est acceptée comme une délivrance, et elle reçu!
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avec acclamation le vainqueur de Bosworth. Henri luimême se considéra comme porté au trône par un jugement de Dieu, il exprima cette pensée devant le parlement et lorsqu’il eut été couronné, il dit à la chambre des communes, qu’il régnait par le droit de sa naissance et par la volonté de Dieu qui s’était prononcé pour lui, sur le champ de bataille Lui-même cependant reconnaissait la faiblesse de son titre, il voyait la faction ennemie des Yorks, assoupie par lassitude beaucoup plus que détruite, il savait d’ailleurs que ce |>arli avait pour lui les préférences d’une portion considérable de la nation, et jugeant nécessaire de calmer les alarmes de son propre parti et de satisfaire au vreu du pays pour une paix durable, en annonçant son prochain mariage avec la jeune princesse Elisabeth, fille d’Édouard IV, il lit révoquer l’acte par lequel un parlement avait déclaré sa naissance illégitime sous le règne précédent. La pensée de cette union, qui ne fut pas accomplie aussitôt qu’annoncée, lui avait été suggérée uniquement par la politique, car il gardait, à la maison d’York, une haine implacable, et quoiqu’il eut songé tout d’abord à consolider sa puissance par l’espoir qu’il donnait à tous de ce mariage, il lui répugnait d’y chercher son titre, et ce fut surtout en qualité de prince et d’héritier de la maison de Lancastre, qu’il prit |K)ssession du trône d’Angleterre 1 2. Dans l'acte de suc-
1. La môme doctrine avait été soutenue par Edouard IV : a Dans les querelies qui s’élèvent entre deux princes au sujet de l'exercice de la puissance souveraine, la preuve cciiaiue de la mérité du bon droit et de la VOLOWTé DK MKU ne se peut établir que par l'autorité de la raison et de la victoire daus les combats. • (Rymer, t. X.)
ïî. H n'était pas l’héritier le plus proche de cette maison. Plusieurs princes et princesses «l’une légitimité incontestable, descendants de la première femme
Mariage de H»mi VH avec
Eli «a bel II d'Yoïk.
cession à la couronne aucune mention ne fut faite d’Elisabeth ni de ses héritiers : il ne fut fait non plus, dans cette pièce importante et habilement rédigée, aucune allusion au droit que Henri VU pouvait tenir de la victoire : il fut dit simplement que l’héritage de la couronne était, demeurait et appartenait à la personne royale du souverain seigneur actuel, le roi Henri VII, et aux héritiers légitimes de son sang, à perpétuité par la grâce de Dieu et à nul autre. » Henri sollicita la sanction du pape Innocent VIII pour cet acte en même temps qu'une dispense pour épouser sa parente, et ce ne fut qu’âpres les avoir obtenues que, cédant au vœu qui lui fut exprimé par l’orateur des communes, il consentit à tenir sa promesse en donnant sa main à l’héritière d'une race détestée, à Elisabeth d'York, détenue à Sheriff- Hutton, depuis l’avénemcnt de Richard III. Dans celle même résidence languissait captif un «autre héritier de la maison d'York, le jeune Edouard Plantagenet, comte de Warwick, tils de l’infortuné Clarence exécuté par l’ordre d’Edouard IV. Ce jeune prince, encore enfant à la mort d'Edouard, avait été renfermé dans les murs de SherifT-Hulton, par Richard III : Henri VII l’en tira et le fil conduire «à la Tour.
Toute la politique et la prudence de ce prince ne le mirent point à l'abri des complots : ses ressentiments contre une faction rivale l’entraînèrent à des actes peu compatibles avec les exigences de sa situation,
«le Jean «le («ami, Blanche de Lnnoastre, el de la seconde, Constance de Castille, vivaient alors dan» la péninsule espagnole, mais leur éloignement el le déTaut de moyen* pour soutenir leurs droits leur enlevaient toute espérance de les faire valoir. (Mac-lntosh, flist. H'Angl.)
HENRI VII
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«*l c’est en traitant comme ses ennemis mortels les partisans de la maison d’York, qu’il les contraignit à l’être en effet. Son avarice , d’ailleurs, était insatiable, et cette passion combinée avec la haine le porta dès le début de son règne à excepter de l’amnistie accordée aux partisans de Richard III un certain nombre d’hommes influents et riches dont il confisqua les biens Quelques-uns d’entre eux prirent aussitôt les armes et furent vaincus; plusieurs furent arrêtés et exécutés, d’autres s’enfuirent et l’un d’eux, lord Lovcl, trouva un refuge à la cour de Marguerite , duchesse douairière de Bourgogne, troisième sœur d’Edouard IV : princesse qui unissait , dit Bacon , au caractère de l’homme, la violence des passions de la femme 2, et dont la haine contre les lancastriens n’était égalée que par celle de Henri VII contre le sang d’où elle était sortie. Elle fut l’âme de tous les complots formés contre ce prince et elle excita lord Lovcl à se jeter dans une audacieuse entreprise qu’elle appuya de ses efforts et de son nom.
l'n prêtre adroit, Richard Symmons, conçut l’espoir d’échafauder sa fortune sur celle d’un jeune homme de quinze ans, son élève, nommé Lambert Simnel. flls d’un obscur marchand d’Oxford. II eut l’idée de le produire dans le monde sous le nom de ce même Edouard Plantagenet, comte de Warwick, que Henri VII retenait prisonnier, et ce projet n’aurait eu aucune chance de suc-
1. Le roi révoqua a«»n lotiU*» Ica concessions failli par la couronne depuis la lrenl<M]ualrième année du règne de Henri VI. (/I otui. Parlem.)