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CHAPITRE VI

Ilcnrî III. — Édouard Ier. — Édouard II.

Sommaire. — Révoltes des barons. — Simon de Montfort, comte de Leicester, convoque pour la première fois un parlement de bourgeois. — Chambre des communes. — Défaite et mort de Leicester. — Mort de Henri III. — Dernières révoltes des Gallois. — Invasion d’Édouard en Écosse. — Soumission de Baliol et des barons écossais. — Soulèvements populaires sous Wallace. — Succès de Wallace. — Sa mort. — Fréquente convocation des parlements. — Articles additionnels à la charte. — Robert Bruce soulève l’Écosse. — Mort d’Edouard Ier. — Édouard se livre aux favoris. — Progrès de la puissance parlementaire. — Édouard battu par Robert Bruce. — Révolte des seigneurs commandés par la reine. — Déposition, captivité et mort d’Édouard II.

La confirmation de la charte fut un des premiers actes du régent. Mais, lorsque le roi Henri III eut pris le gouvernement, il appela près de lui les amis de sa mère, qui était Poitevine , et les étrangers se trouvèrent de

nouveau à la tète des affaires. Bientôt, par suite de son mariage avec Èléonore, tille du comte de Provence, les Provençaux accoururent en aussi grand nombre que les Poitevins; en sorte que les barons anglo-normands se trouvèrent encore une fois exclus de tous les offices militaires, civils et ecclésiastiques. Le principal ministre du roi était un prélat poitevin nommé Pierre Desroches, qui ne sut pas user modérément de son pouvoir.

Les barons se liguèrent de nouveau avec les bourgeois de Londres pour l’.expulsion des étrangers. A la tète des mécontents était Simon de Montfort, comte de Leicester. Ils saisirent l’occasion de faire valoir leurs griefs lorsque le roi convoqua à Westminster le grand-conseil ou parlement des barons et évêques pour leur demander des subsides (1267). Les barons se présentèrent dans la salle, armés de toutes pièces ; à cet aspect inaccoutumé , Henri alarmé s’écria : « Suis-je donc votre prisonnier? — Non, sire, repartit Itoger Bigot, comte de Hereford; mais votre partialité pour les étrangers et votre prodigalité ont plongé le royaume dans la misère. C’est pourquoi nous demandons que les pouvoirs du gouvernement soient délégués à un comité de barons et de prélats, qui puisse réformer les abus et faire des lois salutaires. » Une

violente altercation suivit ces paroles hardies; mais Henri jugea prudent de céder. Un comité de réforme fut institué, à la tête duquel on plaça le comte de Leicester.

Appuyé par les barons et les évêques anglonormands et par les bourgeois de Londres, le comité ne tarda pas à s’emparer de l’autorité souveraine, et Simon de Monfort était véritablement roi, ne laissant à Henri qu’une puissance nominale. En peu de temps, le grand-justicier, le chancelier, le trésorier, tous les gouverneurs des châteaux royaux furent destitués, et leurs places données aux chefs des réformateurs ou à leurs adhérents.

Il fut décidé que les parlements se réuniraient trois fois par an ; et les réformateurs eurent soin que ces assemblées fussent entièrement composées de leurs partisans.

Mais les réformes qu’ils avaient annoncées se faisaient attendre; et les principaux citoyens de Londres ne dissimulaient pas leur mécontentement; la division se mit aussi dans le comité, plusieurs chefs se montrant jaloux de l’autorité du comte de Leicester. Henri profita de ces circonstances pour tâcher de regagner son pouvoir. Rassemblant ses partisans, il se mit en campagne. Mais les barons, de leur coté, prirent les armes, et les évêques persuadèrent aux deux

partis de se soumettre à l’arbitrage du roi de France, Louis IX. Celui-ci condamna les barons comme usurpateurs des prérogatives royales; mais les barons, ne tenant pas compte de sa décision, les hostilités recommencèrent aussitôt.

Henri avait convoqué à Oxford les tenanciers de la couronne et avait été rejoint par Comyn, Bruce et Baliol, lords des frontières de l’Ecosse. Les confédérés étaient commandés par Simon de Montfort.

Lel \ mai 1264, les deux armées se rencontrèrent à Lewes; après une mêlée sanglante, les royalistes furent défaits, et Henri fait prisonnier avec son (ils Edouard.

Leicesterse trouva encore une fois investi de l’autorité royale, et, pour mieux consolider son pouvoir, il prit une mesure qui devait avoir dans la suite des résultats immenses: jusquelà, les parlements n’avaient été composés que des barons et des évêques, hommes d’épée et d’église. Leicester y appela des représentants des comtés, des villes et des bourgs. Cette innovation audacieuse lui assurait des partisans; mais elle avait en outre une portée politique qu’il ne prévoyait pas. L’élément démocratique se trouvait introduit au parlement; les nobles n’en étaient plus les seuls maîtres; les Normands n’étaient plus les seuls représentants de t. i. G

la nation; la puissance militaire et ecclésiastique n’était plus le seul titre aux droits politiques. La chambre des communes commençait son existence (1265).

Mais l’accroissement de la puissance personnelle de Leicester ne faisait pas le compte des autres grands barons. Glocester, jusque-là son plus fidèle allié, l’abandonna, fit évader le prince Édouard, se mit avec lui à la tête des royalistes convoqués de toutes parts, attaqua Leicester près de Kenilworth, le 4 août 1265, et le battit complètement. Leicester et son fils aîné, Henri de Monfort, furent tués en combattant vaillam« ment.

Tout rentra promptement dans l’obéissance. Henri III fut délivré, et son fils, Édouard, partit rejoindre saint Louis à la croisade. Il était encore en Palestine quand son père mourut, en 1271.

Quoique deux années s’écoulassent avant leretour d’Édouard, la tranquillité du royaume ne fut pas troublée. Les partisans de Simon de Monfort étaient affaiblis et abattus, et ceux de Glocester se contentaient de diriger paisiblement les affaires en l’absence du roi.

Il est vrai que Llewellyn, prince des Gallois, refusait de rendre hommageau nouveau monarque; mais le conseil des barons ne jugea pas à propos d’en faire un sujet de guerre. Cependant,

aussitôt après le couronnement d’Ëdouard Ier, il fut sommé de venir rendre hommage. Après bien des délais et des pourparlers, Llewellyn appela aux armes tous les Gallois, obtint quelques succès, mais fut tué dans une surprise, le Il décembre 1278. Son frère, David, continua pendant quelque temps une guerre de partisans ; mais, chassé de rocher en rocher, il fut pris et condamné à être pendu, en 1283. Ce furent les derniers efforts sérieux des Gallois pour conserver leur indépendance. Edouard passa plus d’une année dans le pays, afin d’assurer la durée de la conquête. Par un hasard heureux, ou par un calcul de politique, la reine Eléonore fit ses couches dans le château de Carnarvon (25avril 128i),et lenouveau-né fut présenté aux indigènes comme un de leurs compatriotes. Depuis ce temps, les (ils aînés des rois d’Angleterre eurent le titre de princes de Galles, et les vieux Cambriens purent s’imaginer, dans leurs illusions, qu’ils obéissaient à des princes nationaux.

Quatre ans après, les troubles intérieurs de l’Ecosse offrirent des aliments nouveaux à l’ambition d’Edouard. Deux prétendants se disputaient le trône de ce pays, Bruce et Baliol. Edouard, appelé comme arbitre, se prononça pour le dernier, mais à condition qu’il se décla-

rerait vassal de la couronne d’Angleterre. Il y avait déjà longtemps que les rois d’Ècosse et d’Angleterre se disputaient sur cette question de suzeraineté. Il est vrai que Malcolm avait prêté foi et hommage à Guillaume-le-Conquérant, se déclarant son homme lige. Mais les rois d'Ëcosse prétendaient que l’hommage n’avait été juré que pour les possessions qu’il$ avaient dans le nord de l’Angleterre; et que, quanta l’Écosse proprement dite, elle formait une souveraineté indépendante. Les rois d’Angleterre soutenaient au contraire que l’hommage avait été rendu pour l’Écosse, non moins que pour les propriétés anglaises. La question était grave, et avait été l’occasion de discussions fréquentes. Cependant Baliol, qui devait sa couronne à Édouard, consentit à soumettre son royaume à la suzeraineté de l’Angleterre.

Mais il sentit bientôt que le serment de vassalité n’était pas une vaine formule. Tout plaideur devant sa cour, qui n’était pas content de la décision du roi, pouvait en appeler au jugement du seigneur suzerain; et, dès la première année de son règne, Baliol ne reçut pas moins de quatre citations pour comparaître devant la cour d’Angleterre, afin de prouver la légalité de ses jugements. En vain il soutint qu’il n’était pas tenu de répondre aux appelants ; les som-

mations se multiplièrent, et il ne put y échapper qu'en demandant des ajournements. Il était d’ailleurs soutenu dans sa résistance par les Écossais, dont la fierté s’indignait à l’idée d’ètre soumis à l’Angleterre, Bientôt scs barons le contraignirent à résister ouvertement au roi anglais, et, par leurs soins, un traité d’alliance olTensive et défensive fut conclu avec le roi de France, Philippe-le-Bel.

A cette nouvelle, Édouard se porta rapidement en Écosse, joignit l’armée de Baliol près de Dumbar, le 27 avril 12î)6, la battit complètement, et s’empara de toutes les villes fortes du royaume. Baliol vint en personne se soumettre, monté sur un bidet, portant une baguette blanche, emblème de vasselage, et reconnut à son seigneur suzerain le droit d’entrer en possession de son fief. Envoyé à Londres, il renonça solennellement à la couronne d’Écosse, et Édouard en prit possession, après avoir reçu les hommages des principaux barons. Les plus hauts offices du gouvernement furent donnés à des Anglais, sous Jean de W arenne, comte de Surrey.qui fut revêtu du litre de tuteur du royaume.

Mais si les barons s’étaient facilement soumis, il n’en était pas de même du reste de la population. Un homme obscur, William Wallace, fils d'un gentilhomme campagnard, rassembla dans

les bois quelques patriotes dévoués, attaqua et vainquit plusieurs détachements anglais, et vit bientôt accroître sa petite troupe. Un chef puissant, sir William Douglas, se joignit à lui. D’autres chefs indépendants se soulevèrent dans différents comtés, se déclarant les défenseurs de l’indépendance écossaise. Mais bientôt les seigneurs effrayés se soumirent de nouveau, et Wallace seul continua la guerre, après avoir pris le titre de tuteur du royaume. Dans une rencontre près de Stirling, il battit complètement l’armée anglaise, passa la frontière et ravagea pendant un mois le Nortliumberland et le Cumberland. Mais, battu à son tour dans une sanglante bataille près de Selkirk, il se réfugia de.nouveau dans les bois, d’où il continua à harceler les troupes anglaises. D’autres chefs prirent parti pour la cause nationale , et quoique Édouard traversât le pays dans différentes directions, toute la contrée au nord des deux Fritlis, ainsi que le Galloway, conserva son indépendance. Édouard fît un dernier effort, soumit de nouveau tous les châteaux qui lui résistaient, et reçut la soumission des seigneurs. Wallace seul ne voulut consentir à aucun accommodement. Mais, trahi par un des siens, il fut surpris dans son lit, conduit à Londres et exécuté le 23 août 1305.

Durant toutes ces guerres, des transactions importantes avaient eu lieu dans l’intérieur du royaume. Lors de sa première expédition dans le pays de ('«ailes, Édouard avait eu besoin d’argent, et, se rappelant l’exemple de Leicester, il avait convoqué les communes pour en obtenir des aides (1283). Douze ans plus tard, les représentants des cités et des bourgs furent encore convoqués en parlement, et cent dix endroits envoyèrent des députés, l.c roi fut très satisfait de l’épreuve; car les barons et les chevaliers n’accordèrent qu’un onzième de leurs biens meubles, et les nouveaux membres votèrent un septième. 11 n’eut garde de laisser tomber en désuétude un précédent aussi avantageux. Le nombre des bourgs fut augmenté et leurs députés furent convoqués plus fréquemment. 11 est vrai que ce n’était que pour leur demander des subsides, et on ne leur reconnaissait pas le droit de s’occuper des affaires de l'État; mais les hommes des communes purent faire entendre leurs griefs dans d’humbles remontrances, et quelquefois on leur accordait ou on leur promettait certaines réformes.

Les évènements qui suivirent vinrent donner une nouvelle force au parlement des bourgeois. Les dépenses extraordinaires auxquelles obligeaient des guerres continuelles contraignirent

Édouard d’employer des mesures arbitraires pour recueillir de nouveaux impôts. Il demanda au clergé la moitié de son revenu ; le clergé résista. Édouard saisit tous ses biens laïques, et les prélats, par une transaction, cédèrent le cinquième de leur revenu. Aux plaintes du clergé s’ajoutèrent bientôt celles de la bourgeoisie; le roi frappa de droits exagérés la laine et les cuirs qui formaient les deux principaux articles du commerce. De nouvelles réquisitions furent aussi faites auprès des barons, de sorte que tous les ordres étaient également mécontents. Profitant de l’absencedu roi, qui était allé en Flandre combattre les Français, les prélats et les barons se réunirent en parlement, le 30 septembre 1297, et demandèrent au fils du roi, qui gouvernait en son absence, la confirmation de la grande charte et de la charte des forêts, en ajoutant à la première des articles supplémentaires dont nous devons citer le plus important : « Aucune taille ou aide ne sera « désormais établie ou levée par nous ou nos <( héritiers dans notre royaume, sans la bonne « volonté et le commun assentiment des arclie- « vêques, évêques et autres prélats, des comtes, « barons, chevaliers, bourgeois et autres hom- « mes libres de notre royaume. » Édouard, quoiqu’avec répugnance, signa la confirmation

des deux chartes avec les articles additionnels; et, quoiqu’il essayât plus tard de lever des impôts sans le consentement du parlement, les résistances qu’il rencontra le forcèrent à maintenir ces concessions, et elles furent transmises à ses successeurs comme les lois fondamentales du pays.

Depuis la mort de Wallace et la déposition de Baliol, l’Écosse paraissait entièrement soumise, lorsque Hubert Hruce, petit-üls de l’ancien compétiteur de Baliol, réunit, en 1306, quelques partisans, prit le titre de roi d’Écosse, et se fit couronnera Scone. Ses premières expéditions ne furent pas heureuses, mais bientôt il lit assez de progrès pour qu’Édouard en prit l’alarme et se préparât lui -même à aller le combattre; mais il mourut en route, au mois de juillet 1307.

Édouard II n’hérita ni de l’ambition , ni de la bonne fortune de son père. Sa faiblesse le livra aux favoris qui devaient lui taire perdre le trône et la vie. Le premier fut Pierre de Gaveston, fils d’un gentilhomme de Guienne, avec lequel il avait été lié depuis son enfance, et qui était devenu le compagnon de ses débauches. Dès le commencement de son règne, il accabla ce favori d’honneurs si excessifs , que les barons indignés exigèrent et obtinrent son

exil. Pendant que le roi luttait avec eux, il avait assemblé son parlement pour obtenir une aide, mais les communes osèrent attacher à leur vote la condition, sans précédents, que leur pétition pour le redressement des griefs fût accueillie au préalable. Le roi fut obligé d’y consentir, et consacra par là une des prérogatives les plus importantes de la chambre des communes.

Le rappel de Gaveston fut le signal d’une révolte ouverte à la tête de laquelle était le comte de Lancaster. Assiégé et pris dans son château, Gaveston fut décapité, et Édouard, malgré sa douleur, fut obligé de pardonner aux meurtriers.

Pendant qu’il luttait pour un favori , il perdait un royaume. Robert Bruce avait successivement repris toutes les forteresses qui commandaient l’Êcosse. Les châteaux d’Édimbourg et de Stirling furent les derniers qui cédèrent. Ce ne fut qu’après avoir perdu toutes ses possessions dans le pays, qu’Édouard songea à faire activement la guerre. Quoiqu’un grand nombre de ses barons eussent refusé de le suivre, il s’avança contre Robert Bruce et le rencontra

dans les plaines de Bannock-Rurn, au mois de juin 1314. La journée fut favorable aux Écossais, et le roi Édouard, poursuivi par un détachement de cavalerie, n’osa s’arrêter qu’à Dumbar, après

avoir laissé aux mains des vainqueurs son sceau privé et ses trésors. En vain il convoqua les barons pour venger sa défaite : ils refusèrent de l’aider aussi longtemps qu’il n’aurait pas accepté la nomination d’un comité de pairs, qui, sous le nom d’ordonnateurs, devaient régler la maison du roi, et redresser les abus dont se. plaignait la nation.

Pendant ce temps, les Écossais ravageaient le nord de l’Angleterre, et une famine horrible contraignait le parlement à fixer un maximum pour le prix des vivres. Mais ce maximun ne lit qu’accroître les maux et dut être rapporté.

Bientôt un nouveau favori, Hughes Spenser, vint réveiller l’animosité des barons ou lui fournir de nouveaux prétextes. Le comte de Lancaster se mit à la tète des mécontents et força Édouard à exiler Spenser et son vieux père. Ceux-ci, cependant, revinrent peu après, levèrent des troupes qu’ils amenèrent au roi, battirent Lancaster, qui, fait prisonnier, fut condamné par les comtes et les barons royaux, et exécuté aussitôt (13:22).

,Le parti des barons confédérés semblait anéanti, mais de nouveaux complots se préparaient. Des différends étaient survenus pour l'hommage de la Guienne. La reine Isabelle fut envoyée en France, auprès de son frère Charles-

le-Bel, pour terminer les difficultés. Bientôt le jeune Édouard, lils et successeur du roi, rejoignit sa mère en France, pour être investi du duché de Guienne. Dans le même temps, Boger Mortimer, un des partisans de Lancaster, qui s’était échappé de prison, avait rejoint Isabelle à Paris; et bientôt le bruit courut publiquement que la reine d’Angleterre avait abandonné son mari, pour devenir la maîtresse d’un rebelle exilé.

Cependant, surles plaintes réitérées d’Édouard, qui lui reprochait de détenir sa femme et son fils, Charles-le-Bel, qui affectait d’ignorer la conduite scandaleuse de sa sœur, lui fit donner un asile à la cour de son vassal Guillaume, comte de Hainaut. Là, guidée par les conseils de Mortimer, elle signa un contrat de mariage entre son fils Édouard et Philippa, seconde fille du comte; un corps de deux mille hommes d’armes fut mis à sa disposition ; tous les exilés du parti de Lancaster se rallièrent autour d’elle, et le 24 septembre 132G elle aborda en Angleterre, à la tête d’une armée.

Aux yeux de presque toute l’Angleterre, la guerre était dirigée contre le favori Hughes Spenser, et ceux qui songeaient à frapper plus haut n’avaient garde de détromper le peuple. Aussi Édouard lit-il vainement appel à ses

tenanciers : peu d’amis fidèles accoururent près de lui, tandis que l’armée envahissante se grossissait tous les jours. La résistance devenait impossible. Le vieux Spenser fut pris et condamné. Ce vieillard de quatre-vingt-dix ans fut torturé d’une manière atroce. On lui arracha, vivant, les entrailles : son corps fut ensuite coupé en morceaux et jeté aux chiens. Peu après vint le tour de Hughes Spenser. Pris dans les bois où il se cachait, il fut traîné au supplice vêtu d’une robe noire, avec les armes de sa famille renversées, couronné d’orties, et. pendu à une potence haute de cinquante pieds.

Édouard, qui s’était volontairement rendu, fut envoyé dans la forteresse de Kenilworth. Mais ce n’était pas assez de sa captivité :1e 7 janvier 1327, un parlement fut assemblé à Westminster, et fut appelé à voter sur la déposition du monarque. Pas ’’ne voix ne s’éleva en sa faveur. Nul ne songeait alors combien ce précédent était dangereux pour la royauté.

Aussitôt partit pour Kenilworth une députation composée de prélats, de comtes, de barons, de chevaliers , de citoyens et de bourgeois. Ils notifièrent au roi sa déposition, et, le laissant captif, revinrent assister au couronnement du jeune prince.

Six mois après, le vieux roi périssait assassiné

dans la prison, et la voix publique attribuait ce crime aux ordres d’Isabelle et de son amant.

Ce règne, plein de troubles, est surtout remarquable par l’intervention, beaucoup plus fréquente dans les affaires publiques, des représentants des cités et des bourgs. Les nombreux parlements, convoqués par les différentes factions poursanclionnerleursactes, augmentaient considérablement la puissance des communes, et la féodalité guerrière reconnaissait un pouvoir nouveau.

Ce fut sous ce règne qu’eut aussi lieu l’anéantissement de l’ordre des Templiers, un an après leur condamnation en France.

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