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CHAPITRE VII

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Sommaire. — Robert Bruce reconnu roi d’Ecosse. — Édouard déclare la guerre à la France. — Loi salique. — Bataille de Crécy. — Prise de Calais.— Victoire sur les Écossais. — Bataille de Poitiers. — Paix de Brétigny. — Expédition des compagnies mercenaires en Espagne. — Duguesclin et le prince Noir. — Bataille de Navarrotta. — Progrès de la puissance parlementaire. — Composition des Parlements. — Mort d’Édouard III.

La jeunesse du nouveau roi permit à Isabelle et à Mortimer de conserver quelque temps le pouvoir, quoiqu’il y eût un conseil de régence, composé de quatre évêques, quatre comtes et six barons.

Robert Bruce profita des incertitudes d’un règne mal affermi, pour recommencer ses invasions, et, malgré un grand déploiement des forces anglaises, un parlement, convoqué à York, le 10 mars 1328, reconnut la royauté de

Bruce, dans un acte qui plaçait les deux princes sur le même pied de souverains indépendants. Un parlement écossais, tenu à Edimbourg, ratifia l’acte du parlement anglais.

Cependant, la puissance de Mortimer provoquait les mêmes ressentiments qu’avait fait naître celle de Gaveston et de Spenser ; et les mécontents se faisaient une arme de plus de la conduite scandaleuse de la reine. Édouard d’ailleurs songeait à prendre l’autorité qui lui appartenait. Les barons, sûrs de son appui, enlevèrent donc Mortimer sous les yeux de la reine, le livrèrent au parlement, qui le condamna à être pendu. On épargna à Isabelle la honte d’un jugement ; mais son fils la relégua dans le manoir de Risings, ou elle vécut encore vingt-sept ans.

La mort de Robert Bruce, en 1329, offrit à Édouard l’occasion de recommencer la vieille querelle de suprématie. Édouard Baliol, fils de Jean Baliol, obtint des secours du roi d’Angleterre, sous la condition d’une reconnaissance de suzeraineté. Ses succès furent d’abord très rapides, et il fut couronné à Scone sept semaines après avoir pris les armes. Mais le patriotisme des Écossais se révolta encore à l’idée d’être soumis à l’étranger ; et, trois mois après, Baliol était repoussé aux frontières. Édouard

accourut, et, le 10 juillet 1333, remporta une brillante victoire à fîalidan-Hill , mais sans rétablir les affaires de Baliol. David Bruce, fils de Robert, conserva la couronne.

Ce prince était redevable d’une partie de ses succès aux secours qui lui furent fournis par Philippe de Valois. Édouard, mécontent, s’avisa de contester les droits de ce prince au trône de France, quoiqu’il les eût déjà reconnus en lui faisant hommage pour la Guyenne (1331). Neveu de Charles-le-Bel par sa mère, il prétendit que ses droits devaient passer avant ceux de Philippe de Valois qui n’était que cousin du dernier monarque, mais par la ligne masculine. Ce fut alors que les pairs de France décidèrent que, d’après la loi salique, les femmes ne pouvaient prétendre au trône de France, et, quoique cette loi ne contienne aucun texte formel à cet égard, cette décision devint un principe fondamental dans la monarchie française.

Quoi qu’il en soit, Édouard prit publiquement le titre de roi de France, écartela dans ses armes les lis français avec les lions anglais , s’allia avec le chef des Flamands insurgés, Jacques Ardeveld, brasseur de Gand, puis avec l’empereur d’Allemagne, Louis de Bavière, les ducs de Brabant et de Gueldres, et les comtes de Hainaut et de Namur. Les alliés de Philippe T. I. 7

étaient les rois de Navarre et de Bohème, les ducs de Bretagne, d’Autriche et de Lorraine, et plusieurs petits princes de l’Allemagne.

La guerre était également populaire chez les deux nations. Les communes, par une pétition, engagèrent Édouard à poursuivre son droit, et votèrent un subside du neuvième agneau, de la neuvième toison et de la neuvième gerbe, avec un droit additionnel sur l’exportation des laines pendant deux ans.

Le premier combat sérieux entre les deux compétiteurs se livra sur mer, le 22 juin 1340, auprès du fort de l’Écluse. La flotte française fut entièrement détruite avec des pertes immenses. Mais cette victoire demeura sans résultats , le défaut d’argent ayant contraint Édouard à regagner l’Angleterre.

Pendant ce temps, le duché de Bretagne était disputé entre Jean de Montfort et Charles de Blois. Celui-ci gagna sa cause devant les pairs de France, et par conséquent, son compétiteur fut appuyé par les armes anglaises.

Pour subvenir aux frais de la guerre, Édouard obtint du parlement un nouveau subside sur les laines, et Philippe établit la gabelle, c’està-dire le monopole du sel, au profit de la couronne. Ce qui flt dire à Édouard que son adversaire régnait véritablement par la loi salique.

Voulant pénétrer au cœur de la France, Édouard débarqua en Normandie, et rencontra les Français à Crécy, petit village de Picardie, le 26 août 1316. Le succès des Anglais fut complet. Un nombre immense de barons français périrent dans l’action, et Philippe de Valois se retira un des derniers, accompagné seulement de cinq barons et de soixante chevaliers.

La perte des Français se monta à trente mille hommes.

Le résultat de cetie journée fut la prise de Calais, qui, malgré les efforts de sa vaillante garnison, fut emporté après un an de siège.

Quelques mois après la bataille de Crécy, les lieutenants d Ëdouard , dans le nord do l’Angleterre , remportèrent une victoire signalée sur les fccossais, et firent prisonnier le roi David Bruce.

Tout réussissait à Ëdouard. Les marins de la Biscaye, qui étaient considérés comme les meilleurs matelots de l’époque, ayant pénétré dans la Manche, le roi lui-même alla à leur rencontre, leur livra bataille, et, par une seconde victoire navale, commença à signaler la puissance anglaise sur mer (29 août 1551).

A la mort de Philippe de Valois, Édouard offrit de renoncer à ses prétentions sur la couronne de France, à condition que le nouveau

roi, Jean, reconnaîtrait la souveraineté indépendante des provinces que le roi d’Angleterre tenait comme vassal. Des conférences eurent lieu; mais les barons français déclarèrent qu’ils ne souffriraient jamais que leur roi cédât une souveraineté qui était le plus beau fleuron de la couronne de France.

Édouard entra donc de nouveau en Picardie par Calais. De son côté, le prince de Galles ou prince Noir ( ainsi appelé à cause de la couleur de son armure) leva une armée en Guienne. Attaqué par Jean , qui avait des forces supérieures, et sur le point de capituler avec lui, il le vainquit à Poitiers, le 19 septembre 1356, et le fit prisonnier.

Ainsi, les deux rois des nations qu’il combattait, David d’Écosse, et Jean, roi de France, étaient entre les mains d’Édouard.

David fut rendu à la liberté, moyennant cent mille marcs de rançon ; et, après trois ans de captivité , Jean consentit , pour se racheter, à céder toutes les provinces françaises que Henri II avait possédées. Mais les états de France refusèrent de ratifier ce traité anti-national. Alors Édourd fit une nouvelle invasion en France, ravagea plusieurs provinces, bloqua Paris, mit le feu aux faubourgs. Mais ces promenades militaires épuisaient ses finances, et

comprenant enfin que les Français n'accepteraient jamais la domination anglaise, il signa la paix, à Frétigny, le 6 mai 1360.

Far ce traité, Édouard abandonnait toutes prétentions à la couronne de France, et Jean devait renoncer à la suzeraineté de la Guicnne, du Poitou et du Ponthieu. Mais les conditions ne furent exécutées ni de part ni d’autre. L’armée d’Édouard était principalement composée de compagnies mercenaires qui ne vivaient que de pillage. Lorsqu’il voulut leur faire évacuer les forteresses qu’il était tenu de remettre au roi de France, les compagnies refusèrent. D’un autre côté , les barons français s’opposèrent fortement à la renonciation de suzeraineté ; Jean ne pouvait payer les sommes promises pour sa rançon, et son fils, le duc d’Anjou, qui avait été donné en otage, s’échappa de Calais, et revint à Paris. Ce fut à cette occasion que Jean fit entendre ces paroles mémorables : «Si l’honneur était banni de l’univers, il devrait trouver asile dans le cœur des rois, » et il retourna se constituer prisonnier à Londres, où il mourut en 1304.

Charles V, qui lui succéda, ne put rien changer aux relations qui existaient entre la France et l’Angleterre. Les deux pays étaient dans un état de trêve menaçante; mais ils étaient éga-

lement épuisés par la guerre, et même la lutte qui continuait en Bretagne, entre Jean de Montfort et Charles de Blois , ne troubla en rien la paix générale. Par bonheur encore , Charles de Blois mourut ; et le roi de France reconnut Jean de Montfort, qui lui rendit hommage.

Restait à débarrasser la France des compagnies qui, au nombre de trente mille hommes, mettaient partout le pays à contribution, sans reconnaître aucune autorité. Un traité fut conclu entre les chefs de ces bandes et le roi de France, en vertu duquel, sous le commandement du célèbre Dugueslin , elles allèrent en Espagne soutenir la lutte de Henri de Transtamare contre don Pèdre de Castille. Celui-ci, battu et détrôné, se réfugia en Guienne auprès du prince Noir, qui, sous le titre de duc d’Aquitaine, commandait à tous les pays situés entre la Loire et les Pyrénées. Henri de Transtamare avait été soutenu par les Français; le prince Noir prit le parti de don Pèdre. Franchissant les Pyrénées, il rencontra Henri et Duguesclin dans les plaines situées entre Navarette et Najora, les battit complètement, et lit Duguesclin prisonnier (1367). Cette victoire rendit le trône à don Pèdre.

Mais les frais de cette expédition avaient

épuisé le trésor du due d’Aquitaine. Il accabla ses provinces d’impôts excessifs, et les barons mécontents, se rendant à Paris, en appelèrent de l’oppression de leur seigneur immédiat à la protection de leur suzerain , le roi de France.

Charles V, par un traité d’alliance, s’assura la coopération de Henri de Transtamare, qui avait reconquis le trône de Castille après avoir tué don Pédre, puis cita le prince Noir devant la cour des pairs. Celui-ci répondit en prenant les armes ; mais les armées de Charles, secondées par le mécontement des habitants, reprirent sur les Anglais toutes les provinces qu’ils avaient en France. Le prince Noir, déjà depuis longtemps atteint d’une maladie de langueur, retourna en Angleterre, où il mourut peu d’années après. Son fils, Richard, fut présenté au parlement comme héritier présomptif de la couronne.

Après tant de succès et un règne si longtemps glorieux, Édouard III, de toutes ses conquêtes, ne conservait que Calais, et il avait perdu la Guienne, que lui avaient transmise ses prédécesseurs.

. Sa vieillesse fut troublée par l’ambition de son second fils , le duc de Lancaster, qui se plaça à la tète de l’administration, et mécon-

tenta plus d’une fois les communes et le peuple de Londres.

Les expéditions militaires d’Édouard , quoiqu’elles fussent sans résultats profitables audehors, produisirent à l’intérieur des avantages que certes le roi n’avait ni cherchés ni prévus. Obligé sans cesse d’avoir recours au parlement pour des subsides, il lui fournissait toujours l’occasion de demander la suppression de quelques abus, et les pétitions se changèrent peu à peu en mesures législatives.

Aussi, la nation fut -elle alors pleinement convaincue de l’utilité de la tenue fréquente des parlements, et obtint-elle du roi que le parlement serait tenu au moins une fois l’an. Édouard, d’ailleurs, n’avait garde de s’y opposer ; car ses besoins le poussaient continuellement à réclamer l’assistance de son peuple.

itien n’était cependant régulier, soit dans le mode de convocation, soit dans le mode de réunion.

Ce qu’on appelait un plein parlement se composait alors de trois états : le clergé, les lords et les communes. Le clergé, ou premier état, était convoqué par l’archevêque, à la réquisition du roi. Mais, comme il ne s’occupait que des affaires ecclésiastiques, et refusait d’intervenir dans les décrets civils, le mot parle-

ment en vint bientôt à désigner seulement les deux autres états réunis par convocation royale.

Le second état , composé de ce qu’on appelait les grands de la terre ou pairs de la terre, était divisé en lords spirituels et lords temporels. Les premiers n’étaient pas appelés en vertu de leur titre ecclésiastique, mais, ainsi que les autres, comme tenanciers de la couronne.

Le troisième état « les petits de la commune , » se composait de deux ordres , les chevaliers des shires ou comtés, et les représentants des cités et des bourgs. Tous deux avaient droit à un salaire que payaient leurs commettants, depuis le jour de leur départ jusqu’à celui de leur retour. On donnait 4 shillings par jour à un chevalier, et 2 shillings à un citoyen et à un bourgeois.

Comme dans les trois états, les pétitions et les intérêts étaient différents, ils devaient délibérer séparément. Le chancelier, après leur avoir proposé en commun les objets à examiner, leur indiquait différentes chambres dans lesquelles ils devaient s’assembler et discuter. Quelquefois même les membres d’un même état étaient convoqués en différents endroits. Ainsi, en 1300, les communes furent divisées en cinq corps différents, délibérant en même temps dans cinq différentes villes.

Un principe généralement reconnu , c’est qu’aucun des états ne pouvait , sans son consentement, être lié par aucune loi octroyée à la prière d’un autre. C’était assurer l’unité aux mesures législatives.

Outre ces assemblées des trois états, le roi avait coutume de convoquer de temps à autre un grand-conseil de barons et prélats, qu’il consultait dans les circonstances importantes.

Outre ces grands-conseils, on en rencontre, dans ce règne et les précédents, plusieurs composés de marchands, négociants, habitants des marches et des côtes de la mer, soit convoqués individuellement, soit envoyés conformément au mandat royal, par les comtés, cités ou bourgs, à l’effet de se consulter avec le roi ou les commissaires royaux sur les matières dans lesquelles on les supposait spécialement versés.

Ces convocations avaient surtout pour but de faire subir aux assemblées la responsabilité des mesures financières que le roi imaginait ; mais elles accoutumèrent si bien la nation au droit de se taxer elle-même, qu’elle finît par le considérer comme son plus précieux privilège.

Ce fut sous le règne d’Èdouard III que le réformateur Wycliffe ou Wicleff -ommença les prédications qui devaient appela sur lui les foudres de l’Église.

Édouard III mourut le 21 juin 1377, après cinquante années d’un règne glorieux, mais laissant à son successeur moins de possessions qu’il n’avait reçu de ses ancêtres.

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