‹ Histoire d'AngleterreChapitre 14 sur 26 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Henri IV. — Henri V.

Sommaire.— Luttes contre les seigneurs.— Bataille de Shrewsbury. — Révolte des Gallois. — Owen Glendower. — Nouvelles prérogatives de la Chambre des communes. — Prédications des Lollards. — Révolte et persécutions. — Mort de Henri IV. — Henri V envahit la France. — Bataille d’Azincourt. — Guerres civiles en France. — Entrée de Henri V à Paris. — Sa mort.

• Henri de Lancaster, qui régna sous le nom de Henri IV, n’était pas, par droit de succession, le légitime héritier du tréne; car il descendait du troisième fils d’Èdouard III, et le duc de Clarence, second fils de celui-ci, avait eu une fille qui fut mariée au fils de Mortimer.

Leur fils, le jeune comte de La Marche, étant mort, sa succession était passée, par sa sœur, dans la maison d’York. Voilà les tiges de ces deux branches de Lancaster et d’York, dont la rivalité devait être si funeste à l’Angleterre.

Henri, comme tous les usurpateurs, eut beaucoup de luttes à soutenir contre les seigneurs qui l’avaient aidé à monter sur le trône. Pendant neuf ans, il fut constamment inquiété, tantôt par des tentatives secrètes contre sa vie, tantôt par des actes ouverts de rébellion ; mais sa vigilance et son activité le préservèrent des atteintes de ses ennemis.

Percy, comte de Northumberland, avait été l’auxiliaire le plus puissant de Henri, lorsqu’il opéra son débarquement. Ce fut son ennemi le plus dangereux lorsqu’il occupa le trône. Réuni aux Écossais et aux Gallois, il livra au roi une bataille sanglante à Shrewsbury, en 1403 ; quoique battu, il tint encore la campagne pendant un an, aidé par plusieurs autres seigneurs et par l’archevêque d’York. Mais, arrêté par surprise pendant une conférence, il fut exécuté.

Un ennemi plus dangereux encore occupa longtemps l’activité de Henri. Owen Glendower, chef gallois, appela ses compatriotes à ressaisir leur indépendance, livra plusieurs gran-

des batailles aux troupes anglaises, et, quoique souvent battu, il se maintint dans les rochers et les bois jusqu’après la mort du roi.

Les évènements extérieurs le préservèrent des attaques de ses plus redoutables adversaires, l’Écosse et la France. L’Écosse était gouvernée par le duc d’Albany, régent du royaume pendant la détention de Jacques, souverain légitime, que Henri avait l'ait enlever, quoiqu’il existât une trêve entre les deux couronnes. Albany, qui avait intérêt à ce que la captivité du jeune monarque se prolongeât, taisait à Henri toutes les concessions qui devaient conserver la paix avec le geôlier de son neveu.

La France, affaiblie par la folie de son roi, Charles VI, était déchirée par les querelles des Bourguignons et des Armagnacs. En sorte que Henri IV put s’occuper tranquillement de raffermir sa puissance à l’intérieur, et maintenir à son lils un trône solidement établi. 11 mourut d’une attaquo d’épilepsie le 19 mars 1413.

Sous ce règne, des modifications importantes furent introduites dans la chambre des communes. Jusque-là, la nomination des chevaliers, représentants des comtés, avait été faite par le shériff, qui, étant toujours lui-même nommé par la cour, avait soin de choisir des députés favorables aux intérêts du roi. Les

communes firent à ce sujet diverses remontrances, et elles obtinrent enfin une loi qui confiait la nomination des chevaliers aux électeurs du comté.

Une autre prérogative qui fut accordée à la chambre des communes, c’est qu’aucun de ses membres ne pût être arrêté ni emprisonné, depuis le jour de leur départ de chez eux jusqu’à celui de leur retour. Ce droit était d’une haute importance à une époque où les arrestations arbitraires étaient très fréquentes.

Une autre innovation non moins importante fut le droit de présenter les pétitions de vive voix, au lieu de les mettre par écrit. Dès lors, les orateursdes communes prirentune influence qui devait se développer plus tard. Henri fit bien quelques tentatives pour réprimer la liberté toujours croissante des orateurs; mais les communes défendirent avec opiniâtreté leurs droits, et trouvèrent occasion de les exercer, à cause des besoins d’argent occasionés par les dépenses des guerres civiles.

Une tentative plus hardie fut d’approprier les subsides à des services particuliers. Déjà les communes l’avaient fait sous la minorité de Richard II. Sous Henri IV, elles en firent un droit formel, et, à dater de 1404, les chambres déterminèrent l’emploi de chaque subside, à l’ex-

ccption d’une certaine somme laissée à la disposition du roi. Une fois, elles demandèrent l’état des recettes et dépenses du dernier subside; mais le roi refusa d’une manière péremptoire. Ce droit devait leur être acquis plus tard.

Nous devons aussi faire remonter à ce règne l’établissement de ce principe, que les subsides devaient être votés d’abord dans la chambre des communes; car, après une discussion qui s’éleva à ce sujet, le conllit fut réglé dans les termes suivants: « Le subside fut accordé par les communes avec l’assentiment des lords. »

Les disciples de WicletT continuaient de propager sesdoctrines; ils étaient alors connus sous le nom de Lollards. Leurs principes d’égalité et de nivellement commencèrent à éveiller la crainte de l'autorité. Un de leurs chefs, William Saxvtre, ancien recteur de Lynn, dans le Norfolk , fut déclaré hérétique dans un synode ecclésiastique, puis condamné par le parlement à être brûlé.

Cette exécution n’arrèta pas la prédication des Lollards, et ils comptaient déjà un grand nombre de disciples , lorsqu’IIenri V, à son avènement sur le trône, eut occasion de sévir contre eux. Durant le premier parlement du roi, on lut avec surprise, sur les portes des différentes églises de la métropole, des placards où il était

dit que, si l’autorité de la couronne était employée à combattre la doctrine des Lollards, ils étaient en état de rassembler cent mille hommes prêts à tirer l’épée pour leur défense. On découvrit ensuite que le chef des Lollards était un homme de guerre nommé lord Cobham. Arrêté et emprisonné dans la Tour, Cobham trouva le moyen de s’échapper et de rassembler ses partisans. Des émissaires furent aussitôt envoyés dans les comtés voisins, et un grand nombre de Lollards se dirigèrent par différents endroits vers la métropole. Leur rendez-vous était dans les plaines de Saint-Giles. Mais le roi, averti de la conspiration, se dirigea secrètement vers le lieu du rendez-vous, et arrêta les premières bandes qui se présentèrent; celles qui étaient en marche furent averties parles fugitifs, et se dispersèrent dans toutes les directions. On assure qu’ils n’étaient pas moins de vingt mille. Lord Cobham ne put être saisi, et échappa pendant plusieurs années aux poursuites. Mais plusieurs de ses partisans furent pris et exécutés.

Henri 1Y mourant avait dit à son fils d’occuper les Anglais au-dehors pour avoir la paix audedans. Ce fut sans doute pour obéir à cette politique qu’il résolut de faire revivre les prétentions d’Édouard III à la couronne de France. La guerre acharnée que se faisaient les princes

français, l'incapacité du roi, le mécontentement du peuple, offraient une occasion favorable; et cependant Henri, après son débarquement en Normandie, ayant pénétré dans l’intérieur du pays, rencontra dans les plaines d’Azincourt une armée formidable (1415). Mais la bataille fut gagnée par l’habileté des archers anglais. Les pertes du coté des Français furent immenses, et les plus nobles familles y furent décimées. On comptait parmi les morts huit mille chevaliers et écuyers-, plus de cent bannerets, sept comtes, les trois dues de Brabant, de Bar et d’Alençon, le connétable et l’amiral de France.

Mais la victoire et les maladies avaient tellement affaibli l’armée anglaise, qu’IIenri regagna l’Angleterre, où il fut reçu avec enthousiasme. Le parlement lui accorda de nouveaux subsides pour continuer la guerre; et, fortifié par l’alliance du duc de Bourgogne, il débarqua de nouveau en Normandie, où il prit l’une après l’autre les principales villes.

Pendant son absence, des intelligences secrètes avaient été pratiquées entre le cabinet écossais et les chefs des Lollards. Le duc d’Albany et le comte Douglas attaquèrent les villes frontières, et en même temps lord Cobham, sortant de sa cachette, arriva aux environs de Londres.

Mais les Écossais se retirèrent précipitamment devant l’armée du duc de Bedford, et Cobham se réfugia dans les marches de Galles, où, après une résistance opiniâtre, il fut pris, traduit devant les 'pairs , et condamné à être pendu. Au moment de mourir, il assura à ses partisans qu’il ressusciterait le troisième jour ; et le nonaccomplissement de la prophétie fit parmi eux grand tort à sa réputation de sainteté.

Cependant Henri, par la prise de Cherbourg, avait achevé la conquête de toute la Basse-Normandie, sans qu’il se présentât aucune armée pour arrêter sa marche victorieuse. Paris venait d’être ensanglanté par le triomphe des Bourguignons et le massacre des Armagnacs. La reine Isabelle de Bavière, alliée au duc de Bourgogne, gouvernait dans la capitale au nom du roi, tandis que le jeune dauphin , Charles , retiré à Poitiers avec les débris des Armagnacs, se faisait proclamer régent du royaume. Ces deux gouvernements rivaux, acharnés l’un contre l’autre, se mirent à négocier avec Henri, qui les méprisa tous deux. Bientôt la prise de Rouen jeta une consternation générale . dans toute la France. Le dauphin et le duc de Bourgogne entrèrent en pourparlers , mais sans franchise de part ni d’autre. Dans une entrevue qu’ils eurent ensemble sur le pont de Montereau, le

duc de Bourgogne fut assassiné en présence du prince, par un des suivants de celui-ci, Tanneguy-Duchâtel.

Cet acte audacieux ranima la fureur des partis. Les Bourguignons et Isabelle traitèrent avec Henri. Celui-ci demanda la main de la princesse Catherine, la régence du royaume pendant la vie du roi et la couronne à sa mort. Cet odieux traité fut signé (1L20) par le faible Charles VI, la reine Isabelle et le duc Philippe de Bourgogne, et Henri s’engageait à conquérir, au profit de son beau-frère, les territoires qui restaient en la possession du jeune Charles, (( se disant dauphin. » Les états-généraux et le parlement ratifièrent le traité, et le roi d’Angleterre fit son entrée solennelle à Paris avec le titre de régent de France.

De là, se rendant en Angleterre pour y chercher de nouveaux renforts, il revint poursuivre le cours de ses succès, chassa le dauphin des murs de Chartres, et le repoussa jusque dans la ville forte de Bourges. Enfin, par la prise de Meaux, il se vit maître de toute la partie septentrionale de la France, depuis la frontière jusqu’à la Loire, à l’exception du Maine, de l’Anjou et de quelques châteaux en Picardie. La France, la France indépendante de l’étranger, n’était plus représentée que par quelques seigneurs guer-

royant du fond de leurs châteaux, et par la petite cour du dauphin , lorsqu’Henri Y mourut à Vincennes, en 1422, laissant ses frères, le duc de Bedford, régent de France, et le duc de Glocester, régent d’Angleterre.

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