CHAPITRE III
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Sommaire. — Préparatifs de guerre contre la France. Louis XI achète la paix. — Mort d’Édouard IV. — Son fils lui succède sous le nom d’Édouanl V. — Ambition de Glocester. — Il est nommé protecteur. — Assassinat d’Édouard V et ses frères. — Glocester occupe le trône sous le nom de Richard III. — Soulèvement des seigneurs sous la conduite d’IIenri Tudor. — Rataille de Bosworth. — Défaite et mort de Richard III.
Édouard devait son trône au duc de Bourgogne; les sollicitations de ce prince, et le désir d’occuper au dehors l’inquiète activité des seigneurs, l’engagèrent à tenter une invasion en France. Les préparatifs furent immenses, et Farinée, débarquée à Calais, le 20 juin 1475, était des plus brillantes.
Mais Louis XI acheta la paix, et Édouard, prince voluptueux et toujours besogneux, aima mieux toucher les subsides du roi français que
de courir les risques d’une guerre incertaine. D’ailleurs, la plupart de ses conseillers étaient gagnés par Louis XI, et beaucoup de hauts fonctionnaires de l’Angleterre ne rougirent pas de se reconnaître pensionnaires du roi de France.
Par le traité passé entre les deux couronnes, Marguerite fut rachetée, et cette femme extraordinaire alla mourir dans une obscure demeure, sur les coteaux de la Loire.
Cependant, Clarence trouvait que son frère ne lui témoignait pas assez de reconnaissance pour ses services. Édouard, au contraire, croyait faire beaucoup pour lui en oubliant sa première trahison. Des deux côtés, la méfiance se changea bientôt en hostilité ouverte, et Clarence fut envoyé à la Tour. Dans ce temps de troubles, il n’était pas difficile de formuler et de soutenir un acte d’accusation; Clarence, cité à la chambre des lords , fut condamné comme coupable de haute trahison. Mais le roi recula sans doute devant l’exécution publique de son frère. Dix jours après le jugement, on annonça que Clarence était mort dans sa prison ; on fit courir le bruit ridicule qu’il avait été noyé dans un tonneau de vin de Madère.
Édouard , qui était soupçonneux et cruel , fut à peine débarrassé de Clarence, qu’il com-
monrn à regarder d’un œil jaloux son second frère, Richard, duc de Glocester, dorfl l’ambition mieux dissimulée n’en était que plus dangereuse.
Cependant, soit par indolence, soit par suite do l'affaiblissement de sa santé, il laissa à Glocester le soin des affaires militaires, et celui-ci venait de faire avec quelque succès une campagne contre les Écossais, lorsque Édouard mourut, en 1483, laissant deux fils mineurs. L’aîné était âgé douze ans; et lui succéda sous le titre d’Édouard V ; le second, Richard, duc d'York, avait onze ans.
Glocester, qui était sur la frontière d’Ecosse, accourut promptement, et, de concert avec le duc de Buckingham et lord Hastings, arrêta le comte Rivers, oncle maternel du jeune roi, et lord Grey, son frère utérin, et força la reine Élisabeth à se réfugier avec son second fils et ses cinq lilles dans le sanctuaire de Westminster.
Glocester se fit déclarer protecteur, logea le roi dans la Tour, et contraignit la reine à lui livrer son second fils qui alla rejoindre son frère. L’armée du nord, ramenée par le duc de Buckingham, campait aux environs de Londres, et déjà Glocester ne dissimulait pas ses projets, faisant publier en tous lieux, par ses T. i. 10
partisans, que le mariage du feu roi avec Élisabeth était nul , et que ses enfants étaient des bâtards.
Puis, par une comédie concertée d’avance, il se fit offrir la couronne par Buckingham, porteur d’une adresse au nom des lords spirituels et temporels et des communes d’Angleterre.
Avec une feinte modestie, il refusa d’abord le fardeau de la royauté ; mais, pressé plus vivement par Buckingham, il répondit enfin qu’il était de son devoir d’obéir à la voix de son peuple, et que, puisqu’il était choisi par les trois états, il accédait à leur pétition.
Le lendemain, 16 juin 1483, Glocester se rendit en cérémonie à Westminster, et de là à Saint-Paul, où il fut couronné sous le nom de Richard III.
Mais bientôt se forma un parti considérable, à la tête duquel se mit Buckingham lui-même, pour rendre la couronne au jeune Édouard; et les confédérés avaient toute confiance dans le succès, lorsque le public fut informé que les deux jeunes princes, enfermés dans la Tour, avaint cessé de vivre.
Quant au jour de leur mort et à la manière dont elle s’accomplit, il est resté à cet égard un mystère impénétrable.
Cette nouvelle, reçue avec horreur par les
confédérés, ne les découragea cependant pas. Ils résolurent d’ofiïir la couronne à Henri Tudor, comte de Richmond, représentant, du chef de sa mère, de la maison de Lancaster, mais à condition qu’il épouserait la princesse Élisabeth, fille d’Édouard, à qui passaient les droits de la maison d’York. Cette union devait mettre un terme aux fatales dissensions qui avaient si longtemps déchiré le royaume.
Les conditions furent acceptées par Henri, qui était alors réfugié en Bretagne. Mais une première tentative ne fut pas heureuse; une tempête dispersa la petite tlotte du comte de Richmond; Buckingham fut pris et exécuté avec plusieurs autres seigneurs confédérés.
Cependant, «de nouveaux secours accordés à Henri par Charles VIII, roi de France, le mirent en mesure de recommencer la lutte. Parti de Honfleur le 1er août 1485, il débarqua au port de Milford, à la tète de quatre mille hommes.
Richard s’avança à sa rencontre avec une armée bien supérieure en nombre et en discipline. Mais la plupart des seigneurs qui l’environnaient étaient chancelants, et chaque jour de nombreux déserteurs passaient de son camp dans celui de son rival. Le 22 août, les deux armées étaient en présence dans les plaines de Bosworth.
Richard, dès la première attaque, se précipita au fort de la mêlée pour attaquer corps à corps son compétiteur. Apercevant Henri, il se précipita vers lui en criant : «Trahison! trahison!» tua de sa main le porte-étendard, et porta à son rival un coup désespéré. Mais, accablé par le nombre, et jeté à bas de son cheval, il fut tué sur la place. La couronne qu’il portait sur sa tête fut placée sur celle de Henri, aux acclamations de l’armée victorieuse, et, au bout de quelques jours, le comte de Richmond faisait son entrée dans la capitale, où il fut couronné sous le nom de Henri VII.