CHAPITRE IV
nucc «les Tudors.
Sommuke. — Politique cauteleuse de Henri VII. — Le prétendant Lambert Simnel.— Son couronnement à Dublin. — Invasion en Angleterre. — Bataille de Stoke. — Prise de Simnel. — Guerre avec la France. Charles Mil achète la paix. — Deuxième prétendant, Peikin Warbeck. — Ses diverses aventures, sa captivité et sa mort. — Troisième prétendant, Ralph Wilford.— Son exécution. — Affaires extérieures. — Mort du roi.
Henri VII, qui devait sa couronne à une bataille heureuse et à des droits fort équivoques, montra dès son avènement l’esprit de subtilité, de ruse et de méfiance dont il fit preuve pendant toute la durée de son règne. Pour satisfaire tous les partis, il était convenu d’épouser Élisabeth d’York; mais, pour réserver les droits de Lancaster, il voulut être proclamé roi avant le mariage. De cette manière, il ne paraissait pas
devoir la couronne aux concessions de ses adversaires, mais à son propre droit. Cependant, comme ce droit pouvait être contesté avec quelque raison par le jeune Édouard, comte de Warwick, fils du duc de Clarence, il le fit enfermer à la Tour.
Les proscriptions qui avaient suivi chaque changement de dynastie furent encore mises en usage contre les familles nobles qui avaient défendu Richard III. En cela du moins, les guerres civiles furent de quelque utilité en Angleterre. Les puissants seigneurs, toujours prêts à prendre les armes contre la royauté, avaient été l’un après l’autre, et selon les fortunes diverses de la guerre, frappés dans leurs biens comme dans leurs personnes.
Les premiers succès de la maison de Lancaster, les longues et sanglantes querelles des deux races, avaient décimé les grands vassaux dont l’ambition turbulente compromettait sans cesse la tranquillité publique; et si Henri VII put s’occuper à régulariser le pouvoir et à introduire enfin un ordre durable dans un pays si longtemps déchiré, il le dut en partie aux massacres qui avaient ensanglanté les règnes précédents.
Aussi, la chambre des pairs, affaiblie par l’abaissement de ses membres les plus puissants, se
montre-t-elle un instrument docile des volontés de Henri; et les communes, fatiguées des troubles et effrayées par quelques actes arbitraires, subissent sans murmurer le joug de l’autorité royale.
Un règne nouveau ne se passe jamais sans lutte contre quelque prétendant. Mais ce qu’il y eut d’étrange sous Henri VII, c’est que les prétendants furent toujours des imposteurs déguisés. Le premier qui se. présenta voulut se faire passer pour le jeune comte de Warwick, enfermé, comme nous l’avons dit, à la Tour de Londres. Son véritable nom était Lambert Simncl, et il était fils d’un menuisier d’Oxford. Les partisans de la maison d’York avaient conservé une grande influence parmi lés colons anglais de l’Irlande, et Henri VII, encore mal affermi, n’avait pas osé leur retirer le pouvoir dans ce pays. Ce fut là, en conséquence, que le jeune Sirnnel fut conduit par un prêtre d’Oxford, qui dirigeait toutes ses actions, et lui avait probablement appris son rôle. Les principales autorités du pays le reconnurent, et il fut couronné roi par l’évêque de Meath. Deux seigneurs anglais, lord Lincoln et lord Lovell, se joignirent à lui, et la duchesse de Bourgogne, parente des York, lui envoya deux mille hommes de troupes allemandes. Une invasion fut tentée en
Angleterre (1); mais les insurgés échouèrent à Stoke (1487), où Simnel fut pris. Henri VII le fît entrer comme marmiton dans sa cuisine, et peu après lui donna les fonctions de fauconnier.
Henri VII profita de cette insurrection pour diminuer encore le pouvoir des nobles. A cet effet, il demanda au parlement d’abolir la « maintenance. » On entendait par ce mot une association d’individus sous un chef dont ils portaient la livrée, et envers lequel ils s’engageaient par serments et promesses, dans le but de soutenir par la force les querelles particulières du chef et des membres. Il en résultait que les seigneurs, ayant toujours sous leur maintenance un certain nombre d’hommes portant leur livrée et dévoués à leur cause, avaient le moyen de lever en peu de temps des troupes soit pour se combattre entre eux, soit pour les opposer au prince régnant. En conséquence, le parlement décida que le chancelier, le trésorier et le garde des sceaux privé , ou deux d’entre eux avec un évêque, un pair temporel, et les principaux juges du banc du roi, auraient le pouvoir d’appeler devant eux ceux qui, con-
(1) Voyez le Résumé de l’histoire d’Angleterre, pages 105 el suivantes.
trairement à la loi, engageraient par contrats ou serments des hommes à leur service, et leur donneraient des livrées, ou conserveraient des maintenances. Cbtte nouvelle cour, constituée pour juger et punir les émeutes et tous les actes d’opposition aux droits de la couronne , fut appelée la chambre étoilée, d’après la décoration de la salle où elle siégeait.
Henri, occupant un trône encore mal affermi, avait intérêt à ne pas se compromettre dans les chances d’une guerre étrangère. Aussi fit -il une paix durable avec le roi d’Êcosse, auquel il donna en mariage sa fille Marguerite. Cette union devait, plus tard, confondre les deux pays en un seul royaume.
Il aurait bien voulu aussi rester en paix avec la France ; mais un évènement important le contraignit à lever une armée. Le mariage d’Anne, duchesse de Bretagne, avec Charles VIII, réunissait cette province à la couronne de France. Pour empêcher ce dangereux accroissement de puissance, Henri Vil demanda et obtint un subside considérable, et ses troupes mirent le siège devant Boulogne. Mais, en même temps, il traita avec Charles VIII, qui lui paya une forte somme, et s’engagea à un tribut annuel. Ainsi, il reçut de l’argent des deux côtés, de ses sujets pour faire la guerre, et de son rival pour
ne pas la faire. Ce prince thésauriseur et rusé avait beaucoup du caractère de Louis XI. Seulement Louis XI mettait son habileté à acheter la paix, Henri VII à la vendre.
A l’époque où Henri venait de déclarer la guerre au roi de France, on vit débarquer en Irlande un jeune homme de vingt ans, qui prenait le nom de Richard, duc d’York, second fils d’Èdouard IY, mystérieusement échappé de la Tour. Quoiqu’il rencontrât encore quelqu’appui auprès des comtes de Desmond et de Kildare, il ne fît pas de grands progrès en Irlande, et fut heureux de se rendre auprès de Charles VIII, qui, pour se servir utilement de lui, le reconnut publiquement comme duc d’York et lui donna une garde d’honneur. Henri VII alarmé se hâta de signer la paix avec le roi de France, et Charles ordonna au prétendant de quitter ses États. Il se retira chez la duchesse douairière de Bourgogne, qui l’accueillit comme son neveu, et ne l’appelait jamais que la rose blanche d’Angleterre.
De nombreuses correspondances s’établirent avec plusieurs seigneurs anglais, partisans de la maison d’York. Mais, trahis et dénoncés, ils furent condamnés et exécutés : à leur tête était le lord chambellan, sir William Stanley, qui avait assuré à Henri la victoire àBosworth.
Trois années s’écoulèrent encore sans que le prétendant fit aucun acte d’hostilité ouverte; mais, le 2 juillet 1495, il débarqua dans le comté de Kent à la tète de six cents aventuriers. Repoussé par les habitants, il passa de nouveau en Irlande et de là en Écosse, où le roi le reçut avec distinction et lui donna en mariage une de ses parentes.
liientôt, lui fournissant quelques secours en hommes et en argent, il .l’envoya tenter fortune en Angleterre. Mais personne ne se joignit à lui, et les Ecossais se contentant de piller les frontières, retournèrent chez eux, chargés de dépouilles. A peine ce danger étaitil passé, que les paysans du Cornouailles se soulevèrent contre les collecteurs des impôts, se réunirent au nombre de seize mille, et marchèrent sur la capitale, sous la conduite de lord Audley. Une bataille sanglante fut livrée aux portes de Londres, dans laquelle les insurgés furent battus. Lord Audley, pris les armes à la main, eut la tète tranchée (1497).
Six mois plus tard, le prétendant se présenta dans le comté de Cornouailles, où il restait encore des germes de mécontentement. Trois mille paysans se joignirent aussitôt à lui, et leur nombre s’étant accru, il mit le siège devant Exeter. Mais les habitants firent une résistance
opiniâtre, et l’armée royale s’étant présentée en force, il désespéra de sa cause et se mit à la merci de Henri VII. Il avoua alors ce qu’on avait déjà su par les émissaires du roi, qu’il se nommait Perkin Warbeck, et qu’il était fils d'un négociant de Tournai. Il fut enfermé à la Tour de Londres, et devint ainsi le compagnon de captivité du véritable comte de Warwick.
Un an après, parut un troisième prétendant, se faisant encore passer pour le comte de Warwick. Son véritable nom était Ralph Wilford, et il avait été préparé à ce rôle par un moine augustin nommé Patrick. Mais cette tentative n’eut pas d’autres suites que de faire arrêter les deux associés.Wilford fut pendu, et le moine condamné à un emprisonnement perpétuel (1499).
Pendant ce temps, le comte de Warwick et Warbeck, liés par une communauté de malheurs, complotèrent ensemble une évasion. Découverts avant l’exécution, ils furent condamnés à mort, et d’un seul coup Henri se trouva débarrassé d’un faux prétendant et du véritable héritier des Plantagenets.
Les affaires extérieures occupèrent Henri plus qu’aucun de ses prédécesseurs; mais, au lieu de les vider comme eux par des guerres, il cherchait à se créer de l’influence par des négo-
dations et des alliances. Sa fille aînée, Marguerite, était déjà unie au roi d’Ccosse. Son fils aîné, Arthur, fut marié à Catherine, fille de Ferdinand, roi de Castille et d’Aragon. L’Espagne alors commençait à former une puissance de premier ordre, et ce mariage devenait pour le monarque anglais un puissant appui contre le roi de France.
Mais le prince Arthur mourut quatre mois après son mariage, n’ayant encore que quelques mois de plus que quatorze ans. Après avoir obtenu une dispense du pape, le roi s’apprêtait à donner sa veuve en mariage au nouveau prince de Galles, Henri, lorsque la mort mit fin à son règne, le t>l avril 1509.
Monarque avide et parcimonieux, Henri VII profita constamment des révoltes de ses vassaux pour enrichir par ses confiscations le trésor royal. Pour tous ses actes il rencontra une docilité servile dans le parlement. Les pairs n’étaient plus ni si nombreux ni si puissants qu’autrefois, et les communes avaient perdu toute leur énergie dans les malheurs des guerres civiles. Ce règne, sans opposition dans l’intérieur du gouvernement, préparait le règne despotique de Henri VIII.