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CHAPITRE II

Édouard VI.

Sommaire.— Annulation du testament de Henri VIII. — Somerset, protecteur. — Disgrâce de Gardiner. — Persécutions religieuses. — Mécontentement populaire. — Soulèvements. — Rivalité de Warwick et Somerset. — Arrestation de ce dernier. — Sa condamnation et sa mort. — Warwick, créé duc de Northumberland, s’empare du pouvoir, et fait signer au jeune roi un testament en faveur de Jeanne Gray. — Mort d’Edouard VI.

Par son testament, Henri VIII avait désigné pour lui succéder le jeune Édouard , fils de Jeanne Seymour, et, à son défaut, Marie, puis Élisabeth, toutes deux auparavant déclarées illégitimes. Il avait en outre institué seize exécuteurs et douze conseillers pour gouverner pendant la minorité du roi. Mais deux mois s’étaient à peine écoulés depuis la mort de Henri, que la forme du gouvernement établie par son testament était renversée. L’oncle maternel du

jeune roi parvint à se faire nommer protecteur et duc de Somerset. Pour augmenter ses richesses des dépouilles du clergé, il se déclara chaud partisan de la réforme, envoya partout des commissaires royaux pour faire reconnaître la suprématie, et lit distribuer des Bibles en langue anglaise. Gardiner fut disgracié, et Cramner chargé de l’éducation religieuse du jeune roi.

En Écosse, des réformateurs fanatiques avaient assassiné le cardinal Beaton, principal défenseur du catholicisme, et Knox, le prédicateur, s’était joint aux assassins avec un grand nombre de ses disciples. Somerset lit un traité avec eux, et marcha en Ecosse à la tète de dix-huit mille hommes. Son principal objet était d’obtenir pour Édouard VI la main de la jeune Marie Stuart. A la bataille de Musselburgh, il obtint un avantage signalé; mais il ne put en profiter: son pouvoir était trop précaire, et trop d’ennemis le menaçaient à l’intérieur, pour qu’il osât prolonger son absence.

Pour mieux appuyer son pouvoir sur le zèle des réformateurs, il lit annuler en parlement les statuts des six articles, et y substitua une liturgie composée par Cramner. La tyrannie ne faisait que changer de forme, car les peines les plus sévères furent portées contre quiconque emploierait un autre livre religieux que le ca-

téchisme de l’archevêque de Canterbury. Bientôt les messes privées furent abolies, les images et la plupart des cérémonies du catholisme proscrites; l’élection des évêques fut attribuée à la royauté, enfin le mariage fut permis aux prêtres. Cramner tenait beaucoup à cette réforme : il était depuis longtemps marié, et il n’avait dû la vie sous Henri VIII qu’à sa servile docilité. Du reste, aussi cruel que son royal maître, il faisait brûler ceux qui contestaient l’infaillibilité de son catéchisme.

Les ennemis de Somerset profitaient du mécontentement causé par les persécutions, et bientôt il rencontra un adversaire dans son frère, Thomas Seymour. Celui-ci, nommé grandamiral, avait épousé Catherine Parr, la veuve de Henri VIII. Après la mort de celle-ci, il aspirait à la main de la princesse Élisabeth. Dénoncé par le directeur de la monnaie à Bristol, qui avait promis de frapper monnaie pour lui, pour l’aider, prétendait l’accusation, à lever dixmille hommes, Seymour fut arrêté et condamné par la chambre des lords. L’ordre de l’exécution fut signé par son frère, et son dénonciateur conserva son emploi : ce qui fit présumer avec quelque raison qu’il avait été suborné pour le calomnier. Somerset sacrifia sans doute son frère pour se débarrasser d’un rival dangereux.

Le protecteur eut ensuite à lutter contre les mécontentements populaires. L’emploi de la nouvelle liturgie occasiona des soulèvements formidables dans les comtés de Devon et de Norfolk. Somerset les apaisa à l’aide des bandes d’aventuriers qui avaient été levées en Italie, en Espagne et en Allemagne.

Cependant, malgré le succès de la répression , ces insurrections successives avaient ébranlé le pouvoir du protecteur. L’inutilité de ses efforts en Écosse l’avait déjà compromis : ce qui acheva de le perdre, fut le mauvais succès des armes anglaises en France, où les troupes ennemies avaient repris tout le lîoulonnais conquis par Henri VIII, et menaçaient de prèslloulogne, qui ne pouvait plus résister. 11 venait en outre d’éprouver un nouvel échec dans ses négociations pour le mariage du roi avec Marie Stuart. La princesse fut accordée au dauphin de France, et cette alliance augmentait la puissance des deux ennemis de l’Angleterre.

Le comte de Warwick avait été envoyé par lui contre les insurgés de l’intérieur, et en avait heureusement triomphé. De retour à Londres, il se mit à la tête des ennemis de Somerset, et parut ostensiblement comme son rival. La majorité des exécuteurs et des conseillers désignés par le testament du dernier monarque se joi-

gnit à Warwick : Somerset alarmé demanda des explications. On vit qu’il avait peur, et on l’arrêta. Vingt-neuf chefs d’accusations furent formulés contre lui pour malversation. Il confessa à genoux sa culpabilité, et implora sa grâce. Elle lui fut accordée; mais dès alors c’était un homme perdu.

Le comte de Warwick prit alors la direction du conseil : c’était avoir le pouvoir royal, parce que les opposants étaient facilement effrayés ou écartés.

Son premier soin fut de faire la paix avec la France; mais les conditions en étaient humiliantes pour l’Angleterre et compromirent aussitôt la popularité de Warwick. Cependant il était soutenu par le nombreux parti des catholiques, qui voyaient en Somerset leur persécuteur. De leur côté, les réformateurs étaient alarmés; la majorité de la nation était incontestablement contre eux; mais Warwdck ne crut pas devoir s’écarter en ce point de la politique de son prédécesseur; il avait l’appui de la couronne et de tous les hommes en place intéressés à le défendre, afin de se protéger eux-mêmes. Les membres du conseil, et Cramner surtout, ne cessèrent de poursuivre avec acharnement tous les hommes éminents qui étaient attachés à l’ancienne foi. Son ancien rival, Gardiner, fut en-

fermé à la Tour, dans un cachot étroit, pour n’avoir pas voulu souscrire à tous les articles de son catéchisme. Les évêques de Worcester et de Chichester furent privés de leurs évêchés. La princesse Marie elle-même fut menacée par les lords du conseil : ils emprisonnèrent les premiers officiers de sa maison, et lui signifièrent, par ordre du roi, de se conformer à la nouvelle liturgie. Marie résista avec un noble orgueil à toutes les menaces, brava les fanatiques missionnaires de Cramner, et le conseil fut forcé de céder devant une volonté aussi énergique.

Cramner ne se montrait pas moins cruel envers les hérétiques qui se permettaient de pousser la réforme plus loin que lui. Des unitairiens et autres dissidents furent brûlés.

Cependant Somerset, rendu à la liberté, et en apparence réconcilié avec Warwick, travaillait avec activité à ressaisir le pouvoir. Warwick, qui s’était fait créer duc de Nortbumberland, laissa son rival s’engager assez pour se compromettre, et, quand il fut sur la trace de ses menées, il le fit de nouveau arrêter. Condamné par la chambre des lords, il fut exécuté le 22 janvier 1552.

Dès lors, Nortbumberland, en pleine possession du pouvoir , ne dissimula plus ses projets ambitieux. Lejeune roi était d’une sauté faible.

et une violente inflammation de poitrine pouvait faire prévoir une mort assez rapprochée. Le duc , en ces circonstances , maria son fils Dudley à Jeanne Gray, petite-nièce de Henri VIII , et fit signer au jeune roi un testament qui appelait celle-ci au trône , à l’exclusion de Marie et d’Élisabeth. Peu après, Édouard mourut, à l’âge de seize ans (1553).

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