CHAPITRE II
Sommaire. — Introduction du Christianisme. — Pélasgianisme parmi les Cambriens. — Le pape Grégoire envoie des missionnaires pour convertir les Saxons. — Succès du moine Augustin. — Conquêtes des Saxons sur les Cambriens. — Les Scots s’avancent jusqu’à la Tweed.
A la suite de la domination romaine, le christianisme introduit dans la Bretagne avait été accepté avec toutes les autres conséquences de la conquête. Mais en même temps les querelles qui divisaient l’Église y avaient aussi eu leur influence, et le pélagianisme avait été accueilli avec faveur par les prêtres et les évêques cambriens. Déjà des missionnaires du continent étaient venus pour combattre l’hérésie; et dans les premiers temps de l’invasion saxonne, Lupus et Germain d’Auxerre, tous deux Gaulois, parcouraient la Bretagne, et s’efforcaient de soumettre tous les esprits aux doctrines soutenues par l’Église romaine.
Lorsque les Anglo-Saxons eurent achevé leur
conquête, Grégoire, qui occupait le trône pontifical, entreprit de rallier à la foi les païens vainqueurs : c’était en même temps acquérir à l’Église des serviteurs nouveaux, et susciter des adversaires formidables aux Pélagiens de la Bretagne. Il fit donc partir de la Gaule des missionnaires dirigés par un moine d’une grande habileté, nommé Augustin.
Par le même heureux hasard qui avait puissamment contribué aux succès apostoliques de saint Remy en Gaule, il se trouva que l’un des plus puissants chefs anglo-saxons, Ethelbert, roi du pays de Kent , était marié à une femme franke et de religion catholique. Ce fut donc vers cette partie de la Bretagne que se dirigèrent les missionnaires. 11 est à croire qu’ils furent activement secondés par l’épouse chrétienne; car Éthelbert se laissa promptement convaincre, et bientôt le roi eut de nombreux imitateurs. La cité capitale de Kent, Canterbury, fut érigée en archevêché dont Augustin fut le titulaire, et elle est restée depuis le siège métropolitain du catholicisme, et, par suite, du protestantisme en Angleterre.
Un début aussi favorable encouragea les missionnaires, qui bientôt se rendirent auprès du roi des Saxons orientaux, Sigebert, dontl’accueil fut non moins bienveillant , grâce aux recom-
mandations d’fcthelbert, scn parent. Londres, capitale des Saxons orientaux , forma bientôt un évêché, ainsi que Rochester , situé entre Londres et Canterbury.
En vertu de la hiérarchie ecclésiastique, la dignité métropolitaine accordait à Augustin des droits de suprématie , non-seulement sur les nouveaux convertis, mais encore sur tous les prêtres et les évêques de race bretonne. Aussi bientôt lit-il signifier au clergé des vaincus l’ordre de le reconnaître comme archevêque souverain de Elle entière. Mais les Cambriens, qui voyaient en lui l’ami de. leurs oppresseurs saxons, et qui trouvaient encore fort contestables les droits que s’arrogeait sur eux le pontife de Home, répondirent avec fierté à ses sommations. Ils ne tardèrent cependant pas à ressentir les effets des menaces d’Augustin ; car une armée de païens saxons pénétra sur leur territoire, et y fit de terribles ravages.
Durant ce temps, les missionnaires faisaient de nouvelles conquêtes parmi les Saxons. Éthelberghe, fille d Êthelbert, avait été mariée au chef païen du Northumberland , Édwin. Elle partit du pays de Kent en compagnie d’un prêtre, Romain de naissance, nommé Paulin, qui fut d’avance consacré archevêque d’York. Les caresses de l’épouse et l’habileté du moine
triomphèrent promptement du chef barbare, et il ne fallut pas longtemps pour convertir tous les Saxons du Nortbumberland.
Ceux de l’Estanglie se laissèrent facilement entraîner à cet exemple, et, trente ans après, une femme de ce pays convertit le roi de Mercie. Les Anglo-Saxons du sud étaient désormais les seuls qui persistassent à conserver leur ancien culte, auquel ils ne renoncèrent qu’à la fin du septième siècle.
Cependant la lutte entre les Saxons et les Cambriens devenait plus vive à mesure que les querelles de religion se mêlaient aux vieilles haines nationales. Les Saxons orthodoxes étaient sans cesse encouragés à la guerre par leurs évêques, et les Cambriens résistaient avec une opiniâtreté indomptable aux prescriptions de l’Église de Rome, qui leur étaient transmises par les tyrans saxons. Mais, dans leurs luttes perpétuelles, les Cambriens perdirent du terrein. Vers l’année 800, OfTa, roi de Mercie, franchit la Saverne et construisit un long rempart et une tranchée qui s’étendit du sud au nord , depuis le cours de la Wye jusqu’au vallon où coule la Dee. Ce rempart fut désormais la frontière des deux races : là s’arrêta l’invasion saxonne; là commençait l’indépendance bretonne, qui ne fut jamais entièrement vaincue, et qui se maintint
pendant plusieurs siècles dans le pays de Galles, jusqu'à ce que les habitants se réunirent volontairement à la couronne d’Angleterre.
A l’époque dont nous parlons, les frontières anglo-saxonnes venaient d’ètre resserrées vers le nord. Au commencement de leur conquête, les envahisseurs s’étaient étendus jusqu’aux fleuves du Fortli et de la Clyde. Mais, à la fin du vne siècle, les Scots, attaqués par Egfried, roi du Northumberland, le défirent dans une bataille sanglante où il succomba, et s’avancèrent jusqu’à la rivière de Tweed, qui devint, à dater de ce jour, la limite commune des deux pays connus depuis sous les noms d’Ècosse et d’Angleterre.