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CHAPITRE III

Sommaire. — Invasion des Danois. — Leurs succès. —

Ils s’emparent de tous les royaumes de l’Heptarchie.

— Aventures du roi Alfred. — Sa fuite. — Son retour.

— Ses triomphes. — Sagesse de ses institutions. —

Unité du royaume d’Angleterre.

On sait que, vers la fin du vme siècle, les pirates (lu nord, appelés ordinairement Normands ou Danois, apparurent presque simultanément sur toutes les côtes de l’Europe occidentale. Ce n’était, à vrai dire, qu’une continuation, à long intervalle, des premières invasions saxonnes. Les nouveaux pirates venaient, en effet, des mêmes pays, et parlaient la même langue que leurs prédécesseurs. Mais ceux-ci, convertis au christianisme et devenus habitants des villes, étaient, aux yeux de leurs farouches descendants, des hommes dégénérés, qu’ils traitaient avec le même mépris et la même cruauté que les populations anciennes devenues leur proie.

Déjà les Danois avaient fait quelques apparitions sur les côtes de l’Angleterre, lorsque, vers

l’année 83o , une expédition nombreuse prit terre dans le pays de Cornouailles. Cette contrée, peuplée principalement d’anciens Cambriens, que les Anglais avaient enfin contraints à leur payer tribut, n’opposa pas de résistance aux corsaires. Profitant, au contraire, de l’occasion qui se présentait de combattre leurs oppresseurs, ils se réunirent aux Danois, et livrèrent avec eux bataille aux Saxons; mais leur tentative ne fut pas heureuse. Battus avec les hommes du nord, ils retombèrent sous le joug, qui s’appesantit plus durement sur eux.

Trois ans après, les Danois reparurent avec des flottes nombreuses, et pénétrèrent dans l’intérieur du pays, en remontant le cours des neuves. Ce n’était de tous côtés que pillage et dévastations. Bientôt les pirates voulurent se fixer dans une terre qui leur offrait un butin si facilement acquis ; et une première colonie s’établit dans la région du nord-ouest, entre les fleuves de l’Humber et de la Tyne. Vainement le roi saxon s’efforça de les déloger : tous les chefs northumbriens furent tués ou chassés , et le royaume de Northumberland appartint aux Danois. Poursuivant rapidement leurs conquêtes, ils furent bientôt maîtres de la Mercie. Les royaumes d’Estanglie, d’Essex, de Sussex et de Kent subirent le même sort, et, en 871, de tous T. i. 2

les royaumes de l’Heptarchie, il ne restait plus que celui de Wessex; de tous les rois saxons, il ne restait plus que le jeune chef des occidentaux, appelé Alfred.

Ce prince , qui avait de bonne heure voyagé sur le continent, qui connaissait les langues savantes et les livres de l'antiquité , avait des mœurs et des connaissances bien supérieures à celles de ses compatriotes. Mais ces avantages ne servirent qu’à lui aliéner les esprits; et des réformes trop brusques, qu’il voulut introduire, produisirent un mécontentement dont il ressentit les funestes effets dans ses luttes contre les Danois. Abandonné des siens ou mal secondé par eux, il ne put repousser les envahisseurs, et fut contraint de se réfugier dans les bois, où il vécut inconnu, attendant et préparant l’occasion de ressaisir son trône.

Sur les limites du territoire anglais et du pays de Cornouailles, était une petite presqu’île entourée de marais. Là se retira le roi saxon, cachant son nom et son rang, et vivant dans la cabane d’un pêcheur, qui lui faisait payer son hospitalité en l’associant à ses travaux. Bientôt, appelant autour de lui quelques hommes dévoués, il fit des incursions dans les établissements danois , surprenant leurs bandes isolées, et portant chez eux, dans des courses

nocturnes, l’incendie et le pillage. Les Saxons accouraient en foule vers ce chef de partisans dont ils ignoraient le vrai nom, et bientôt Alfred se vit à la tète d’une force assez nombreuse pour commencer des opérations régulières. Enlin, encouragé par le succès, il lit un appel à tout le pays de l’ouest, se lit connaître à ses soldats, attaqua le principal camp des Danois, situé à Ethanduen, sur la frontière des provinces de Wilts et de Sommerset, et remporta sur eux une victoire signalée (878).

La nouvelle de ce triomphe réveilla le patriotisme des Saxons; accourant de tous côtés, ils venaient aider le jeune roi à combattre l’étranger, et bientôt il se trouva seul maître des royaumes du Wessex, du Sussex, de Kent et de la Mercie. L’Angleterre et les Anglais indépendants se trouvèrent ainsi réunis en un seul corps que n’affaiblissaient plus les anciennes divisions de l’Heptarchie.

Pour mieux assurer la force intérieure de son royaume, Alfred lui donna de sages lois et d’utiles institutions; encourageant les arts elles sciences, sans négliger cependant de veiller par les armes au maintien de l’indépendance conquise. On peut dire que c’est de lui véritablement que date l’établissement des Anglais en corps de nation. Jusque-là, le royaume avait

été divisé en plusieurs colonies militaires souvent séparées d’intérêts. Avec lui commence l’unité par la législation, par les mœurs et par la défense commune.

Son fils, Edward, poursuivit son œuvre. Sans laisser reposer les Danois dans ce qui leur restait de conquêtes, il reprit sur eux les côtes de l’est, depuis l’embouchure de la Tamise jusqu’au golfe de Boston, détruisant ainsi les royaumes d’Essex et de l’Estanglie.

Ethelstane, qui lui sùccéda, passa l’Humber, prit la ville d’York, s’avança jusqu’aux bords de laTweed, et ajouta à ses possessions le royaume de Nortbumberland. Ainsi se trouvèrent réunis en 934, sous la domination d’un seul, tous les pays qui formaient l’Heptarchie. L’invasion des Danois eut pour effet de créer l’unité et de donner à l’Angleterre une force qu’elle ne pouvait acquérir sous la domination multiple des chefs de l’Heptarchie.

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