CHAPITRE IV
Sommaire. — Invasions nouvelles des Danois. — Division du royaume entre les Danois et les Saxons. — Expulsion des rois de race saxonne. — Puissance du roi danois Knut. — Soulèvement contre les Danois. — Godwin, chef des Saxons. — Restauration des rois saxons.
Les Danois lixés dans le pays avaient embrassé le christianisme; mais beaucoup d’entre eux tournaient leurs regards vers la mer, espérant que leur ancienne patrie leur enverrait des libérateurs. Car les émigrations des hommes du nord n’avaient jamais complètement cessé. Sous le règne de d’Ethelred, en 988, elles réparurent plus formidables. Plusieurs vaisseaux de guerre jetèrent sur les côtes orientales une foule nombreuse de pillards, qui répandirent la terreur jusque dans Londres. Mais Ethelred ne ressemblait pas à ces anciens chefs saxons qui conduisaient eux-mêmes leurs troupes au combat, et donnaient à tous l’exemple de la valeur.
Par suite de l’accroissement de leur puissance, les rois s’étaient livrés au faste et à la nonchalance. Au lieu des guerriers qui les environnaient autrefois, on ne voyait autour d’Ethelred que des moines et des parasites. Eux seuls formaient son conseil , et leur pouvoir s’augmentant par son impuissance, ils s’attachaient à le maintenir dans un état de faiblesse qui devait leur profiter. Persuadé par eux, Ethelred aima mieux recourir aux négociations qu’au glaive, et il eut l’imprudence de donner aux pirates un tribut de dix mille livres, à condition qu’ils s’éloigneraient de l’Angleterre. C’était les engager à revenir. Aussi, au printemps de l’année suivante, Olaf de Norwége et Swen de Danemark se présentèrent dans la Tamise avec une flotte de quatre-vingts vaisseaux. Le roi saxon arrêta un instant leurs ravages, moyennant un subside de vingt-quatre mille livres. Mais les pirates ne s’empressaient pas de quitter un pays qui leur rapportait tant de richesses. Cantonnés sur la rive étrangère, ils recommencèrent bientôt à piller et à tuer. Les habitants saxons, trahis par leur roi, résolurent de se faire justice eux-mêmes. Après avoir pris leurs mesures dans le plus grand secret, ils se levèrent en masse à un jour donné, attaquèrent à l’improviste les étrangers et les massacré-
rent sans distinction, hommes, femmes et enfants (1003).
Le petit nombre de ceux qui se sauvèrent excitèrent par leurs récits la vengeance et l’avidité de leurs compatriotes, et Swen réparut l’année suivante avec une armée plus nombreuse. Ethelred l’accueillit encore avec de l’or; mais, désormais pleins de mépris pour ce faible adversaire, les Danois s’établirent sans résistance dans toutes les provinces du sud-est. Celles du centre se soumirent volontairement pour échapper aux exactions; et Swen, parcourant l’ouest jusqu’au golfe* de la Saverne, prit le titre de roi d’Angleterre , tandis qu’Ethelred effrayé se sauvait dans la Gaule auprès de Richard, duc de Normandie, dont il avait épousé la sœur (1013). Celui-ci, quoiqu’il l’accueillît avec bienveillance, ne s’empressa pas de lui fournir les secours qu’il sollicitait, soit par indolence, soit qu’il ne vît pas de profit .à entreprendre une guerre lointaine. Mais, à la mortdeSwen, qui fut remplacé par son fils Knut, les Saxons, fatigués du joug étranger, sollicitèrent Ethelred de revenir se mettre à leur tète pour combattre les Danois. Ethelred y consentit, et tint sa promesse en luttant avec vigueur, mais avec des succès divers, contre son compétiteur.
A sa mort, les Anglais prirent pour roi son
fils naturel, Edmond, tant à cause du courage dont il avait fait preuve dans les combats, qu’en raison de l’absence des enfants légitimes d’Ethelred, qui étaient demeurés en Normandie.
Edmond se montra digne de l’élection populaire. Dans cinq grandes batailles qu’il livra aux Danois, il releva la fortune nationale, et reprit Londres sur l’étranger.
Les succès d’Edmond contraignirent Knut à traiter avec lui, et les deux rois se partagèrent le royaume, en fixant à la Tamise la limite commune de leurs possessions.
Mais, à la mort d’Edmond, en 1017, le roi danois franchit cette limite, et s’empara de toutes les contrées du sud et de l’ouest.
Cependant les deux fils légitimes d’Ethelred étaient encore en Normandie, avec leur mère, Emma. Le duc Richard, leur onde, au lieu de leur venir en aide, entra en négociations avec Knut, et lui offrit en mariage la mère du roi légitime, Emma, sa sœur, qui donna son consentement à ce traité bizarre. Devenue de nouveau reine d’Angleterre, elle donna le jour à un fils qui fut nommé Hard-Knut, et sembla avoir oublié ses premiers-nés.
La puissance danoise, qui se fortifia sans obstacle sous le roi Knut, fut un instant compromise par les divisions qui survinrent à sa mort
(1035). 11 avait désigné pour son successeur lo fils d’Emma ; mais celui-ci se trouvait alors en Danemark, et les Danois d’Angleterre, pressés d’avoir un chef à opposer aux nationaux, choisirent un autre fils de Knut, appelé Herald. Malgré les intrigues d’Emma et les efforts de quelques chefs saxons, Herald se maintint sur le trône. Cependant Alfred, un des fils d’Ethelred, était accouru de Normandie pour faire valoir ses droits ; mais les étrangers dont il était entouré le rendirent suspect aux Saxons, et il fut facilement pris et tué avec ses compagnons.
Après la mort d’IIcrald, Ilard-lvnut fut appelé par les Danois d’Angleterre, et régna sans trouble, mais non sans faire peser lourdement sur les Anglo-Saxons le joug de l’étranger. Aussi, à sa mort , arrivée en lüil , les Saxons se lévèrent en masse, et prirent pour chef Godwin, qui, bien que de race saxonne, avait longtemps gouverné, au nom des Danois, une des provinces de l’ouest. Se mettant, avec son fils Harold, à la tète des insurgés, il attaqua successivement tous les postes des Danois, les chassa de ville en ville, et les força de regagner leurs vaisseaux et de rentrer dans leur ancienne patrie. Le soulèvement fut si général et la défaite des hommes du nord si complète, qu’ils ne songèrent plus à
venir reprendre la conquête dont ils avaient été dépossédés.
Maître de toute l’Angleterre , Godwin appela sur le trône Édouard, le second fils d’Ethelred, qui, soit par reconnaissance, soit parce que cette condition lui avait été imposée , épousa la belle Edilh, fille du chef saxon, auquel il devait sa couronne (1042).