‹ Histoire d'AngleterreChapitre 5 sur 26 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Sommaire. — I.e roi Edouard s’environne de favoris normands. — Protestations des chefs saxons. — Visite de Guillaume , duc de Normandie. — Sa conduite astucieuse avec Harold. — Mort d’Edouard. — Guillaume reçoit du pape une bulle de donation. — Ban de guerre.

— Les seigneurs et barons de France accourent sous sa bannière. — Bataille d’Hastîngs. — Mort d’Harold.

— Guillaume entre dans Londres.

Édouard, élevé en Normandie et transporté tout à coup dans un pays devenu depuis longtemps étranger pour lui, ne tarda pas à mécontenter le peuple qui l’avait appelé à régner. Toutes les faveurs, toutes les dignités étaient réservées aux Normands, et, au moment où les Danois venaient d’être expulsés, il semblait qu’une nouvelle invasion eût lieu. Les chefs saxons, et à leur tête Godwin , ne tardèrent pas à protester contre la domination des étrangers, qui gouvernaient dans les principales forteresses, et s’étaient emparés de l’épiscopat dans les sièges les plus riches du royaume. Mais

Édouard, plus attaché à ses favoris normands qu’aux Saxons, qui étaient pour lui un peuple nouveau, disgracia Godwin , proscrivit ses fils, et renferma sa fille dans un couvent. Bientôt cependant, contraint par un soulèvement général à faire droit aux réclamations de Godwin, il se réconcilia publiquement avec lui, et consentit à l’expulsion de la plupart des Normands.

Toutefois, il ne tint pas longtemps les engagements qu’il avait souscrits, et peu à peu les chefs normands rentrèrent en possession des forteresses, et les évêques normands envahirent encore les principales églises.

Sur ces entrefaits, Guillaume, duc de Normandie , vint rendre visite au roi d’Angleterre, et rencontra dans toutes les villes des chefs qui étaient ses vassaux et des hommes qui parlaient sa langue. On prétend même qu’au milieu des fêtes que lui donna le roi anglais, celui-ci lui promit qu’à défaut d’héritier direct, il appellerait à sa succession le duc normand. Quoi qu’il en soit de la vérité de cette assertion, Guillaume la fit valoir plus tard, et ce fut son seul titre à la conquête qu’il entreprit.

Peu de temps après , Godwin était mort, et son fils Harold, héritier de sa valeur et de son influence, tenait le premier rang en Angleterre. En 1065, voulant réclamer ses deux frères, qui,

lors des troubles civils entre Godwin etÉdouard, avaient été envoyés comme otages en Normandie, Harold se rendit auprès du duc Guillaume, qui lui lit la réception la plus cordiale, partageant avec lui sa tente et sa table, et le traitant comme un frère. Un jour, au milieu des épanchements de l’hospitalité, l’astucieux Normand, parlant à Harold de la promesse vraie ou supposée que lui avait faite Édouard, lui demanda s’il ne l’aiderait pas, le cas échéant. Surpris et troublé, Harold répondit à cette ouverture par de vagues paroles d’adhésion.

Peu de temps après, au moment où Guillaume siégeait au milieu de ses barons assemblés, il fit apporter un Évangile et des reliques, et pria le chef saxon de confirmer par serment la promesse qu’il avait faite. Pris encore une fois au dépourvu , l’Anglais n’osa nier ses paroles en présence de l’assemblée, et repartit bientôt pour l’Angleterre, après avoir engagé sa foi d’une manière aussi imprudente.

Bientôt Édouard mourut, après avoir désigné Harold pour son successeur, à la grande satisfaction de tout le peuple anglais. Les étrangers normands perdirent leur influence; mais Harold , usant avec modération de sa puissance, ne les chassa pas du pays, et les laissa même en possession de leurs emplois. Ainsi , dès son

avènement au trône, il eut des ennemis autour de lui: car ceux-ci se mirent aussitôt en correspondance avec le duc Guillaume.

Celui-ci ne tarda pas à envoyer au roi saxon un messager, pour lui rappeler le serment qu’il avait prêté sur les saintes reliques. Harold répondit fièrement que sa royauté n’était pas à lui , et qu’il ne pouvait en disposer sans la volonté du pays.

Alors Guillaume accusa le Saxon à la cour de Rome, et demanda au pape de lui adjuger le royaume d’Angleterre, se fondant sur sa parenté avec Édouard, sur la promesse de celui-ci, et surtout invoquant à grands cris les foudres de l’Église contre le parjure d’Harold. Alexandre II, qui occupait alors le trône pontifical, fit tout ce que lui demandait Guillaume, guidé en cela par le moine Hildebrand, auquel il devait son élévation. Le duc normand reçut de Rome une

bulle de donation, un étendard béni et un anneau contenant un cheveu de saint Pierre.

Guillaume fit aussitôt publier son ban de guerre dans toutes les contrées qui l’avoisinaient , promettant de fortes récompenses à ceux qui l’accompagneraient, des châteaux et des terres aux seigneurs et barons, le pillage et une forte solde aux soldats et archers. De tous côtés accoururent bientôt des gens cherchant

fortune, les guerriers du Maine et del’Anjou,du Poitou et de la Bretagne. Il en vint même des bords du Rhin et du fond de la Bourgogne. Chacun faisait ses conditions, et le chef normand ne se montrait pas avare de promesses.

Enfin, tout étant prêt pour l’invasion, quatre cents navires à voiles et un millier de bateaux de transport sortirent du port de Saint- Valéry, et les troupes normandes abordèrent à Pevensey, près de Hastings, le 26 septembre 1066 , sans rencontrer de résistance; Harold était occupé à réprimer une insurrection dans le nord. 11 venait de remporter un triomphe complet sur ses ennemis, lorsqu’on lui annonça le débarquement de Guillaume. Aussitôt il accourut en toute hâte au-devant de l’envahisseur, et, dans son empressement à combattre, il ne voulut pas attendre l’arrivée des différents chefs saxons qui s’avançaient dans toutes les directions, pour l’aider à repousser l’étranger.

Le 14 octobre 1066, se livra la fameuse bataille de Hastings, qui devait mettre fin à la domination saxonne, et préparer à l’Angleterre des destinées nouvelles, en la mêlant activement aux luttes du continent, dont elle avait été jusqu’alors entièrement séparée.

Harold périt dans le combat avec ses deux frères et les plus braves de ses guerriers, de

sorte qu’après la défaite, les chefs saxons ne savaient sur qui jeter les yeux pour opposer un roi national au prétendant étranger. Enfin, après de vaines discussions à Londres, qui ne servirent qu’à exciter l’ambition des plus puissants chefs, on choisit pour roi Edgar, neveu d’Edouard, prince faible et sans volonté. La première conséquence de ce choix fut d’éloigner les grands chefs saxons, qui se voyaient préférer un homme incapable de relever la fortune nationale. En effet, à peine Guillaume victorieux se fut-il montré aux portes de Londres, qu’Edgar fut un des premiers à venir lui faire sa soumission, accompagné de plusieurs hauts dignitaires de l’Eglise.

Voyant ainsi sa conquête facilitée par les divisions des Saxons, Guillaume s’empressa de se faire couronner roi d’Angleterre dans l’église de Westminster, et l’archevêque d’York prêta son ministère pour consacrer l'étranger.

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