CHAPITRE II
Sommaire. — Etablissement du régime féodal. — Révolte de Robert, fils de Guillaume. — Guerre avec Philippe, roi de France. — Mort de Guillaume.
Après avoir achevé sa conquête, Guillaume voulut la régulariser, en examinant les titres de propriété non-seulement des Saxons qui n’avaient pas été dépossédés de leurs biens, mais aussi des chefs normands qui, dans plus d’une province, avaient empiété les uns sur les autres. Des commissaires envoyés par lui dans toutes les provinces dressèrent un cadastre général de toutes les propriétés; et le roi, se faisant juge des contestations, établit l’ordre dans la spoliation, et consacra désormais la possession des terres conquises.
Après celte première opération, vers la fin de l’année 1086, il assigna, à Salisbury, un rendez-vous général de tous les conquérants ou Jils de conquérants. Us se trouvèrent soixante mille, chacun à la tète de ses gens d’armes et
des feudataires de ses domaines. Tous renouvelèrent successivement au roi Guillaume leur serment de foi et hommage, et le régime féodal se trouva dès lors définitivement établi avec tous les avantages de la hiérarchie et tous les vices de son système de morcellement.
Cependant les heureux succès du conquérant étaient troublés par des chagrins domestiques. Son fils aîné, Robert, s’était révolté contre lui, et, après avoir été vaincu, parcourait tous les pays de l’Europe, maudissant son père et sollicitant des secours contre lui. Ses chefs normands même, premiers compagnons de sa conquête, se plaignaient qu’il eut mal récompensé leur fidélité, et c’était surtout pour couper court aux prétentions exagérées de ses grands vassaux qu’il venait de soumettre à un ordre régulier les résultats de la conquête.
Après ce dernier soin, il quitta l’Angleterre pour aller porter la guerre dans les États de Philippe, roi de France. La ville de Mantes, avec tout le territoire qu’on appelait le comté de Vexin, avait été, durant les troubles de la minorité, séparée de ses États patrimoniaux. Après avoir adressé à Philippe de vaines réclamations, il résoulut de faire valoir ses droits les armes à la main, envahit et ravagea le territoire disputé, et mit le feu à la ville de Mantes. Pendant
qu’il galopait à travers les décombres, son cheval, ayant posé le pied sur des cendres brûlantes, lit un bond furieux et jeta le roi sur le pommeau de la selle. La contusion produisit une rupture accompagnée de fièvre et d’inflammation, et Guillaume fut rapporté à Rouen, où il languit encore l’espace de six semaines.
Avant de mourir, il désigna son second fils, Guillaume, pour son successeur au trône d’Angleterre, laissant à son fils aîné, Robert, le duché de Normandie et le Maine.
Les Normands avaient introduit en Angleterre la langue française bu romane, qui était parlée par toute la race des conquérants, et qui fut, pendant longtemps, la seule en usage dans les actes publics.